‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 16 sur 97 · II. DISSERTATION SUR LES RAISONS · texte numérisé non relu

II. DISSERTATION SUR LES RAISONS

Les désordres s*acGriirent dans les villes, de nouveaux vices prirent naissance, et les pères de (amille, comme les plus intéressés à les réprimer, convinrent, pour leur sûreté, de s'opposer à ce débordement. On publia donc des lois, et Ton créa des magistrats pour les faire ol>server; tant est grande la dépravation du cœur luuuaiii, que, pour vivre en paix et heureux, on fut obligé de l'y contraindre par la puissance des lois.

FiOs premières lois ne parèrent qu'aux grands inconvénients : les ci\ ilcs r»'elaient le culte des dieux, le partage des terres, les contrats de mariage et les successions; les lois criminelles n'étaient rigoureuses que pour les crimes dont on redoutait le plus les effets; et ensuite, à mesure qu'il survenait des inconvénients inattendus, de nouveaux désordres donnaient naissance à de nouvelles lois.

De l'union des villes se formèrent des républiques, et, par la pente que toutes les choses humaines ont à la vicissitude, leur gouvernement diangea souvent de forme. Lassé de la démocratie, le peuple passait à raristocratie, à laquelle il substituait même le gouvernement monarchique; ce qui arrivait en deux manières « ou lorsque le peuple mettait sa confiance dans la vertu éminente d'un de ses citoyens, ou lorsque, par artifice, quelque ambitieux usui'pait le souverain pouvoir. Il est peu d'Etats qui n*aîent pas essayé de ces diflérents gouvernements; mais tous eurent des lois différentes.

Osiris est le premier législateur dont l'histoire profane fasse mention; il était roi d'Egypte, et il y élabliL ses lois. Les souverains même > étaient soumis; ces lois, qui réglaient le gouvernement du royaume, s'étendaient sur la conduite des particuliers.

Hérodote. Lcs rois n'acquéraicnt l'amour de leur peuple qu'autant qu'ils Piodore de g'y conformaient. Osiris » institua trente juges, dont le chef portait au cou la figure de la vérité pendue à une ehaine d*or; e'était obtenir gain de cause que d*ètre touché par cette figure.

Osiris régla le culte des dieux, le partage des terres, la distinction des conditions; il ne voulut point qu*il y eût prise de corps contre le débiteur; toute séduction de rhétorique était ban-

I Quelques auleurs y ajoutent Isis*

D'ÉTABLIR OU D ABROGER L£S LOIS. i3

me des plaidoyers; les Egyptiens engageaient les cadavres de'Ieurs

pères, ils les déposaient chez leurs créanciers pour nantissement « et c'était une iulainie ijuc de ne les pas dégager avant leui- mort. Ce léf;islaLcur crut que ec n'était pas assez de punir les iioiaines pendant leur vie; il ét^}>l!l un tribunal qui tes jugeait après leur mort, afin que la flétrissure attachée à leur condamna lion servît d'aiguillon pour animer les \ivanls à la vertu.

Après les lois des Egyptiens, celles des Crétois sont les plus HoUîn, anciennes. Minos fui leur législateur; il se disait liU de Jupiter, ^^i^'otreanet assurait avoir reçu ces lois de son père, aiia de les rendre plus respectables.

Lycurgue, roi de Lacédémone, fit usage des lois de Minos, Pliit«r(|iM. auxquelles ii en ajouta quelques-unes d*Osiris, qu*il recueillît lui-même dans un voyage qu'il fit en Egypte; il bannit de sa ré* pubUque Tor, Targent, toute sorte de monnaies, et les arts superflus; il partagea également les terres entre les citoyens.

Ce législateur^ qui avait intention de former des gueiTiers, ne voulut point qu'aucune espèce de passion pût énerver leur courage; il permit pour cet effet la communauté des femmes entre ks eilo)ens, ce qui peuplait l'Etat, sans attacher Lroj» les particuliers aux liens doux et tendres du mariage; tous les enfants étaient élevés aux Irais du publie. Lorsque les parents pouvaient prouver que leurs enfants étaient nés malsains, il leur était j»erniis de les tuer. Lycurgue pensait qu'un homme qui uelait pas en état de porter les armes ne méritait pas la vie.

11 i*égla que les ilotes, espèce d'esclaves, cultiveraient les terrés, et que les Spaiiiates ne s'occuperaient qu^aux exercices qui les l'cndaient propres à la guerre.

La jeunesse des deux sexes luttait; ils faisaient leui*» exercices tout nus, en place publique.

Leurs repas étaient réglés, où, sans distinction des états, tous les citoyens mangeaient ensemble.

Il était défendu aux étrangers de s'arrêter à Sparte, afin que leurs mœurs ne corrompissent pas celles que Lyeiurgue avait introduites.

On ne punissait que les voleurs maladroits. Lvein gue avait intention de former une république militaire, et il y réussit.

i4 H DISS£RXATiOJN SUR L£S RAISONS

PlnUrqn*, Dracon > fut à Ja vérité le pimier législateur des Athéniens; Vie deS(Uon. u^j, ^ étaient Bî rigoureuses , qu'on disait qu^elles étaient

Remarques , . , , , , i n

d« Dai^cr plutôt avec du sang qu avec de I encre.

ÎSoiis avons mi coiiiine les lois s'établiicuL en Kgypte et à Sparte : voyons maioteuaot coiumc elles furent réibrmées à ' Athènes.

Les désordres qui i é^iieieiit dans l'Attique, et les suites fimestes qu'ils présageaient, iirent qu'on eut recours à un sage qui pouvait seul réformer tant d'abus. Les pauvres , qui souffraient à cause de leurs dettes des vexations cruelles de la part des riciies , songèrent à se choisir un ehef qui les délivrât de la tyramûe des eréaneiers.

Dans ees dissensiom, Solon fut nommé ardionte et arbitre souverain > du consentement de tout le monde. Les riches, dit Plutarque, Tagréèrent volontiers comme riche, et les pauvres comme homme de bien.

Solon déchargea les débiteurs; il accorda aux citoyens la liberté de tester.

11 permit aux lemnies qui avaient des inarifi impuissants d'en choisii il autres pai mi leurs pareuls.

Ces lois iujposaient des chùliaienli» à roisiveté: elles absolvaient ceux qui tuaient un adultère; elfes défendaient de coolier la tutelle des enfants à leurs plus proches héritiers.

Ceux qui avaient crevé l'œil à un borgne étaient condamnés à perdre les deux yeux ; les débauchés n'osaient point parler dans les assemblées du peuple.

Solon ne fit aucune loi contre le parricide : ce crime lui pa* raissait inouï; il pensait que c*eût été renseigner plutôt que le délimdre.

Horeri, A'e- Il voulut que ses lois fussent déposées dans Taréopage; ce tiomteû-e. conseU fondé par Gécrops, qui au commencement avait été corn- Plakai^e P^^^ trente jusres, s'aus^menta jusqu'à cinq cents; l'aréopage

tenait ses séances de nuit; les avocats y plaidaient les causes simplement; il leur était défendu d'exciter les passions.

2 Dracon inOi^eail pttpîtioQ de mort contre les pins petite* favlee; il «11* josqa'à faire le procès aux choses iDaaiiuces : une statue, par ezemple, qui ea tonbant avûl biesaé qaelqu'm, était bannie do la viUn.

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Les lois d'Athènes passèrent ensuite à Rome; mais comme les lois de cet empire devinrent celles de tons les peuples qu'il conquit, il sera nécessaire de nous étendre davanta^ sur leur sujet.

Romulus fut le l'ondaleur et le premier léçislatcui" de Rome; Tiic-Live.

voici le peu qui nous reste des lois de ce iiiinte. . Wutwrquc.

Il 1 I • j Cicëron.

I! voulait que les ro»8 eussent une autorité sou\ < i ;i inc ""ï"^ Deny, d'Haies affaires de justice et de religion; qu'on n'ajuut.it point toi aux Ucarnasse, fables qu'on rapporte des dieux; qu'on eut d'eux des sentiments -Antiquités saints et religieux, en n'attribuant rien de désbonnète à des natures bienheureuses. Plutarque' ajoute que c*est une impiété de croire que la Divinité prenne plaisir aux attraits d'une beauté mortelle. Ce roi si peu superstitieux ordonna c^endant qu'on n'entreprit rien sans avoir préalablement consulté les augures.

Romulus plaça les patriciens dans le sénat» les plébéiens dans les tribus, et il ne comptait pour rien les esclaves dans sa république.

Les maris avaient le droit de punir de mort leurs femmes lorsqu'elles étaient convaincues d'adultère ou d'ivrognerie.

La puissance des pères sur leurs enfants n'avait point de bornes; il leur était permis de les faire mourir lorsqu'ils naissaient monstrueux. On punissait les parricides de mort. Un patron qui fraudait son elient était en abomination; tuic belle-fdle qui battait son père était abandonnée à la \ engeance des dieux pénates. Romulus voulut que les murailles des villes fussent sacrées; et il tua son frère Rémns pour avoir transgressé cette loi en sautant par > dessus les murs de la ville qu'il élevait.

Ce prince établit des asiles; il y en avait entre autres auprès de la Tocfae tarpéienne.

A ces lois de Romulus Numa en ajouta de nouvelles; comme Plutarque, ce prince était fort pieux, et que sa religion était épurée, il dé- ^ fendit que personne ne donnât aux dieux la figure humaine ou ^ celle de quelque bète. De là vint que, les cent soixante jiremières années depuis la fondation de Rome, il n'y eut pomt d'images dans les temples.

Tullus Hostilius, alin d'exciter le peuple à la multiplicalion Danel, /?/cde l'espèce, voulut (jue, lors-qiJ ime lemme accoucherait de trois 'wwiwwiw enfants à la fois, ils fussent nourris aux dépens du public jusqu'à i'âge de puberté.

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Nous remarquons parmi les lois de Tarquin qu'il obligea chaque dtoyea de donner au Roi le dénombrement de tous ses biens, au risque d*ètre puni s'il y manquait; qu*il régla les dons que ohaeun devait faire aux temples; et qu'entre autres il permit que les esclaves mis en liberté pussent être reçus dans les tribus de la ville. Les lois de ce prince furent favorables aux débiteurs.

Telles sont les principales luis que les Romains reçurent de leurs rois ; Soxtus Papirius les recueillit toutes, et elles prirent de lui le nom de code papirien.

La plupart de ers luis, laites pour uu Etat monai'chique, iiu'ent abolies par l'expulsion des rois.

Valérius Publicola , collègue de Hrutus dans le eonsnlat, un des instrumcDts de la liberté dont Rome jouissait, ee .consul si favorable au peuple, publia de nouvelles lois, propres au genre de gouvernement qu*il venait d'établir.

Ces lois permettaient d'appeler au peuple des jugements des

magistrats, et défendaient, sous peine de mort, d'accepter fes

charges sans son aveu. Publicola diminua les tailles, et autorisa

le meurtre des citoyens qui aspiraient à la tyrannie.

Tiie-Live, Ce ne fut qu'après lui que s'établirent les usui-es : le farauds

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