‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 25 sur 97 · INSTRUCTION AU MAJOR BORGKE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION AU MAJOR BORGKE

Je yont confie Fédueetion de Dion ncreiit l'héritier ppésomptif de la eouronne; et comme il est trèi- différent de bien âever ua particulier, ou cehii qui est destinéii gouverner des États, je tous donne ici une instruction sur toutes les choses que vous deves

observer.

I* ToucliaiiL les maîtres.

il Faut que mon nev^u pai-cdure l'histoire ancienne, qu'il sache les dili'éietites monarchies qui se srnit siirrédé. de 1 lilstoire grecque surtout ce qui se passa dans la guerre d'Artaxerce, de Philippe et d'Alexandre. Dans Thistoire romaine, le temps des guerres puniques et de César. H ne faut point lui fatiguer la mémoire par les noms des prinees qui se sont succédé, pourvu qu'il sache ceux des hommes illustres qui ont joué un grand rôle dans leur patrie.

Il ne suffit pas de lui apprendre Thistoire comme à un peiroquet; le grand usage des fkits anciens eet de les comparer aux modernes, de développer les causes qui ont produit des révolutions, de montier comme pour Fordinaire le vice est puni et la vertu récompensée. Il faut, de plus, lui faire remarquer que les historiens anciens ne sont pas toujours véridiques, et qu'il faut examiner et juger avant de croire. La partie de l'histoire la plus essentielle et la plus indispensable, c'est celle qui prend à Charlemagne et qui finit à nos jours; j'entends par histoire celle de l'Europe. 11 la lui faut faire étudier avec soin, ne s'attacher qu'aux faits principaux, et n'entrer dans un plus grand détail qu'à la guerre de trente ans. Qu'il apprenne l'histoire de sa mai^ son, cela va sans dire.

m. INSTRUCTION

En apprenant la géographie, il est nécessaire de lui donner une idée des États et de leur gouvernement; et comme cette étude va très -bien avee celle de FUstoire, on peut, en lui enseignant l'une, lui apprendre l'autre en même temps.

Dans (juehpie temps on ponria lui laire un petit cours de logique dépouille de toute pédanterie, et autant qu'il en faut pour qu'il discerne de lui-même le point iaux d un i ti.^Dnneraent et en quoi une proposition [»as ju'ste. Kusuîle on pourra lui faire lire les orateurs, Cicérou, Déiuustliène, quelijues tragédies de Racine, etc.

Quand il aura quelques années de plus, on pourra lui donner tiD abrégé des opinions des philosophes et des diiîérenm religions, sans lui inspirer de haine pour aucune, en lui faisant voir qu'elles adorent tontes Dieu, mai» par des moyens différenln. * Il ne limt pas qu*il ait trop de oonsidénitioii pour le piétie qui rinstmit, et il faut qu'il ne croie les choses qu'après les avoir examtnéee.

J*en reviens à la religion catholique. Elle est assee étendue en Silésie, dans les duchés de Clèves et ailleurs. Si cet enfiuit devenait-ealviniste fanatique, tout serait perdu. U est très -nécessaire d*enipêcher même le prêtre de dire dévotMnent des injures aux papistes; mais le gouverneur doit adroitement faire senth* à son élève que lien n'est plus dangereux ([ue lorsque les catholiques ont le dessus dans un pays, pai rapport aux persécutions, a 1 ambition des ^ apes, et qu'un prince protestant est bien plus le maître chez, lui «pi'iin [ii ince caLhoIique.

II s'entend de soi -nu me que mon neveu apprenne à lire, à écrire, à compter; ainsi Je passe ces articles sous silence. Il est trop jeune pour apprendre les fortififla tiens, il en sera temps quand il aura dix ou onfee ans.

Lbs exercieea comme danser, faire les armes et monter à cheval peuvent s*apprendre l'après-midi, dans le temps de la digestion. Si ren&nt avait envie d'apprendre le latin, te polonais ou l'italien, il ne dépendra' que de lui; mais s'il n'y marque pas d'inelinatien, il ne faut pas le presser là -dessus, de même que la musique.

Volei pour ses études et ses eiereices. Votre grand art sera de lui faire faire' lé tout avec plaisir, de banmr la pédanterie de

• Voyez t. I, p. aia; t. VIII, p. i6o et t6i ; «itfi-iMMt, f. 6.

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ces étiuics et de lui ea feîi» ▼«oir le ^oùt; e'eit poufquoi, «u commencement surtout, il ne faut pas charger la do4e.

Nous en yenons à présent à la plus grands et essentielle partie de réducation, qui est eeUe des mœurs. Ni vous, ni tontes les

puissances de l'univers ne sauraient changer le caractère d'un enfant; tout ce 411e pcui 1 éducation, c'est de modérer la violence des passions. Traitez mon neveu comme un particulier qui doit {aire sa fortune; dites-lui «|ue s'il a des défauts, ou s'il n'appi eiid rien, il sera niépnsé do (ont le monde. Citez-lui l'cxi'nijdr dn Mr. de Schv^edt « et de Henri.* Il ne faut point lui metti'e du vent en tête, et Télever tout simplement. Qu'il soit obligeant envers tout le monde, et que s'il fait une grossièreté à quelqu'un» que * celui-là la lui rende sur-le-champ. Quil apprenne que tous les hommes sont égaux, et que la naissance n*est qa*une ohimèie, si die n^est pas soutenue par le mérite.1» Laissez*le pailer tout seul avec tout le monde, pour qu*il devienne haidl. Qu'importe qu'il parle de tort et travers? on sait que e*est un enfant, et, dans toute son éducation, faites, autant qu'il sera en vous, qu*il agisse par lui -même, et qu*il ne s'accoutume point à se laisser mener; que ses sottises soient h lui, de même que les bonnes choses qu'il fera.

II est d'une très -grande importance de lui iuspiici du goût pour le militaire: pour cette raison il faut dans toutes les occasions lui dire tant \ oiis - niéjiie «pie de lui faire dire par d'antres que tout homme de iiais<;anrp (|ui n'est pas soldat n est qu nu misérable. Il faut le mener tant qu'il veut voir des troupes. On peut lui montrer les cadets et en £sire venir avec le temps cinq ou six chez lui faire l'exercice; que cela soit un amusement et non pas un devoir, car le grand art est de lui donner du goût pour ce métier, et ce serait tout perdre que de Tennuyer ou de le ivhuter. Qu'il parle à tout le monde, à un cadet, à un soldat, à un bourgeois, à un ofiiaer, pour qu'il devienne hardi.

Qu'on lui inspire surtout de rattachement pour ce pays, et que personne ne lui tienne des discours que de bon patriote; et sur toute sorte de sujets et de discours on peut y glisser quelques réflexions de morale, qui tendent à lui prêcher rhumanilé, la

• Vovp? au sujet «le ces deux margraves l. V. p. 65 et aoa; et t. VI, p. aaï. (> Voyez i. I, p. I ; t. U, p. 2%; et t. VIU, p. 88, i«6 «t 1^7.

4ô m. INSTRUCTION AU MA.IOIi BORGKE.

bonté et les sentiments qii*il convient à un homme d*hoiineiir et surtout à un prince d*avoir.

Je veux que, quand il sera plus âgé, il commence à faire le service de lieutenant, pour qu'il passe tous les grades; ainsi il ne faut point lui mettre du vent dans la tète. Que les officiers qui dînent avec lui Fattaquoat et Tagacent pour le rendre hardi et gai, et qu'il voie le plus de monde que se pourra. Dans ses heures de récréation, s'il a envie de voir des enfants de son às^e, cela ne ft'ia pas de mal; il est un peu tacilurnc, et il est tiès-nécessaiie de l'éveiller; c'est pourcpioi vous vous appJiipierez à le readre le plus gai fpic possible. Dans toutes les oecasious vous aure/> grande attention à lui ineulquer le respcot et l'amour qu'il doit à son père, à '^n mère, et la déférenre envers ses parents. Quand vous le connaîtrez davantage, il faudra voir quelle sera sa passion. Dieu nous garde de la détruire! mais travaillons à la modérer. Quand il est dans son particulier, qu'il ne £isse jamais des choses sans en rendre raison, à moins que ce ne soit dans ses heures de récréation. S'il est souple, soyez doux, s'il est rétif, donnez -vous toute l'autorité qu'il vous convient, punissez -le en lui dtant l'épée, en le mettant aux arrêts, et, tant qu'il se peut, en le piquant d'honneur; jusqu'à présent il parait fort doux, mais avec fàge il se développera davantage.

Vous rendrez toutes les semaines compte de sa conduite au père , et à mol tous les mois. S'il y a quelque cas extraordinaire,' vous pourrez toujours recourir à moi Me le rendez pas tindde par de trop grands ménagements pour sa santé , ou par crainte que malheur n arrive. 11 faut avoir un grand soin de lui, mais il ne faut pas qu'il s'en aperçoive, cela le rendrait douillet, timide et pusillanime. Mon frère pourra régler ses heures eomme il le jugera à propos, et vous pourrez, prendre vos mesures là -dessus.

Cette instruction n csi linmjc que jusqu'à l'âge de dix à douze ans, où il vous en faudra une autre proportionnée aux progrès de mon neveu, à son âge et aux circonstances.

Fait à Potsdam, ce a4 de septembre ijâi.

( Signé J Fkdkkic.

Instruction an major Bordce.

DISCOURS

SUR

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