U IV. DISCOURS
commettre une injustiee criante et le comble des m^duncet^. Ces pestes publiques diffèrent en ce qu*il y a un intérêt bas dans le flatteur, et un fonds inépuisable d'ényie dans le satirique ; ils sont conune une rouille qui ne s*attacbe qu'aux favoris de la fortune ou au mérite supérieur des talents.
Que Virgile, qu*Horace aient eu la bassesse de flatter un tyran aussi lâche que cruel, leur exemple doit détourner tout homme, pour peu qu'il soit amoureux de sa réputation, de les imiter; que Juvéual ait emplovc toute l'amertume de son style mordant pour décrier un ministre comme Séjan, un monstre comme Néron ou comme Caligula, c'était un opprobre qu'ils avaient mérité par une conduite infâme et par l'extravagance de leurs cruautés. Mais où sont les monstres qui, de nos jours, leur ressemblent? Dans les siècles précédents, nous comptons un Louis XI, un Charles IX, rois de France, un Philippe II, roi d'Espagne, on pape Alexandre VI, qui étaient dignes de la haine publique; aussi Thistoire, qui doit rendre un bommage pur à la vérité et recueillir soigneusement les faits, ne les a-t-elle pas ménagés; Os sont traités avec toute la rigueur possible par ceux qui nous ont transmis leurs règnes. Dans ce sîède, les hommes en place, les ministres, les favoris, les souverains mêmes reçoivttit à peu près la même éducation; les moeurs sont adoucies, fesprit philosophique a gagné, et fait tous les jours de nouveaux progrès; les sciences et les arts i*épandent un vernis de politesse et de décence qui rend les esprits plus flexibles et plus LiaiiaLlcs; le dehors des lionirnes bien élevés est ù pou près semblable en Kurope.
S'il est vrai que ami-^ axon-^ moins de ces génies extraordi- ' naires et transcendants qui s Clivent avec tant de supériorité sur leurs égaux, comme iantiquité en a produit, nous avons au moins l'avantage de ne point voir dans les premières places des monstres de cruauté que le monde doit avoir en exécration. Il ' faut convenir que les grands rie font pas tout le bien dont ils sont capables, que les courtisans ont des passions, et les rois, des fiùblesBes; mais ils ne seraient pas hommes, s'ils étaient parfaits. Quelle démence y a-t-il donc à suivre les traces de Juvénal, lorsque Fou manque de sujets pareOs aux siens, pour exercer le misérable talent de la satire! Y a-t-il rien de plus pitoyable que