‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 28 sur 97 · SUR LES SATIRIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES SATIRIQUES

de faire métier de noirdr les répolatioiu, d*inventer des im* postures grossières, de calomnier à tort et à travers, de crier, de publier des mensonges, pour contenter sa méchanceté? En entendant ces vaines dameurs, on est porté à croire que tout Tuni-

vers est en danger; et, à 1 examiner, ce n'est au fond qu'un chieu qui aboie à ia lune.

Ces sortes de déclamateurs qui attaquent avec cette eÛVonteric imjuidente les hofnmes en j»lai'e sont, pour la plupai't, des misérables inconnus .dans leur obscurité; ils deNicnnent les organes mercenaires de quelque gi and, euvieux d'un compctiteiu', ou ils se livrent à la turpitude de leur coeur, au funeste penchant de mordre comme des dogues enragés ceux que le hasard leur fait rencontrer dans leur chemin. A les lire, on croirait qu^ils ont des espions gagés dans les cours, qui leur rendent compte des moindres particularités qui »*y passent; mais leur imagination supplée en eifet à leur ignorance, et ils connaissent aussi peu ceux que leur plume maltraite que la vertu qu'ils outragent si étrangement Qu'y a-t-'il de plus facile que de médire des grands? On n'a qu'à grossir leui-s défaut;;, qu'à exa^éi-er leur faible, qu'à commenter les médisauces de leuis eiiiicmis; et, au dôiaut de tant de belles i*essources, on trouve un rcperloiic d'anciens libelles, que l'on copie, en les accommodant aux temps et aux personnes. Les déclamations contre les puissants de la terre sont devenues des lieux communs ; chaque emploi a son étiquette banale et des calomnies qui lui sont affectées ; on est sûr, en lisant un écrit contre un contrôleur de finances, d!y trouver qu'il a le cœur dur, qu'il est inexorable, que c'est ym brigand public qui s'engraisse de la substance des peuples, qu'il les charge impitoyablement, et que ses lopérations sont celles d'un imbécfle. S'il s'agit d'un ministre de la guerre,. ies forteresses tombent en ruines, le militaire est négligé, il refuse les emplois pai* goût, et ne les accorde qu'à la faveur ou à fimportunité. On est sûr qu'un secrétaire d'Etat se repose de son travail siu* les commis; ceux-là pensent, dirigent et tiavaillciit, tandis qu'ii n » st pas au fait des affaires; quoi qu'il fasse, on trouve à redire à tout, dans la gueri'e à son ambition, dans la paix à sa faiblesse, et on le rend responsable des événements. Pour les souverains, ils ne récompensent

46 IV. DISCOURS

jamais Je mérite, prindpakment de ceux qui sont très-penuadés d*en avoir beaucoup; ils passent souvent pour avares» parce «ju'ils ne contentent pas la cupidité de ceux qui voudraient pouvoir être prodigues; leurs faiblesses sont des crimes, et leurs iautes, car qui n*en &it pas? passent pour des actions InovSTes. Voilà, à qrielqties nuances près, a quoi se réduisent ces fil>elles, qui ne sont que IV'cho d'cinclcnncs accusations toutes aussi injustes ; mais fc <jiii est làchcux, c'est que le sort de ces ailniiialiles ouvrages est cl'i'tic lus quand ils sont nouveaux, po.ur être ensevelis enbuitc pour jamais dans ua éleruel oubli.

Si j'a\ ais ua eotiscil à donner à ces beaux esprits qui s'érigent ainsi en censeurs de personnes respectables, ce serait de prendre à présent un tour nouveau; car, depuis Salomon, injures et louanges, tout a été dit, tout a été épuisé. Qu'ils essayent de se peindre eux-mêmes dans leurs écrits, qu'ils expriment le désespoir que leur cause la prospérité des grands , l'aversion qu'ils ont pour les talents et pour le mérite dont l'éclat les anéantit, quils donnent à l'univers une grande idée des connaissances qu'ils ont dans Fart de régner, II y a encore des royaumes électifs : peut-être feront^ils fortune et les croira-t^on sur leur parole; au moins leur ingénuité nouvelle épargnerait- elle aux lecteurs Tennui d'autres atrocités et d*autres impertinences. Si le peuple était sensé, on pourrait se rire des libelles, quels qu'ils fussent; mais ces indignes cciils sont un mal réel, parce que le monde peu instruit, enclin à croire le mal plutôt que le Lien, reçoit avidement de mauvaist^s injpressions <|iril est dinicile de déraciner: de l i n tissent des préjugés souveal préjudi* inhies aux moiiaicjucs mt me?.

Jamais iialious n'oul poussé la satire j»lus loin (jiie les Anglais et les Fraav**iî'î "y ^ guère d hommc connu dans ces monarchies qui n'ait essuyé quelques éclaboussures en passant. Quelles horreurs n'a-t-on pas publiées du Régent, duc d'Orléans! à quels excès ne s est -on pas emporté contre Louis XIV même!

. Louis XIV ne méritait cependant ni les louanges outrées ni les injures atroces dont il a été accablé. Ce prince avait été élevé dans une ignorance crasse; les amusements de sa première jeunesse furent de servir la messe au cardinal Mazarin; il était né avec du bon sens, sensible à rbonnenr, plus vain qtt*ambiticux;

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