VIII. ESSAI SUR L'AMOUR -PROPRE
d*iine félicité inel&ble. Moïse, pour encourager ses Juifs à des actions bonnes et louables, leur annonça des bénédictions ou des peines temporelles. La religion chrétienne, qui s^éleva sur les mines de la judaïque , atterra les crimes par des punitions éternelles, et encouragea à la vertu par Tespérance d'une béatitude infinie; non contente de ces ressorts, se proposant d'atteindre au dernier degré de perfection possible, elle prétendît que l'amour de Dieu devait seul servir de principe aux bonnes actions des hommes, quand même il n'y aurait ni peines ni récompenses à attendre dans une auU'e vie.
Nous devons convenir que les sectes des pMosophes ont formé des hommes du plus grand mérite; nous convenons de même que du sein du christianisme il est sorti des âmes purès et remplies de sainteté. Néanmoins, par une suite du relâchement des philosophes et. des théologiens, et par la perversité du coeur humain, il est arrivé que ces différents motifs d'encouragement à la vertu tt*ont pas continué de produire les bons effets auxquels on s'at^ tendait. Combien de philosophes qui ne Tétaient que de nom, chez les pàSéns! 11 n'y a qu'à jeter les yeux sur Lucien pour se convaincre du peu de réputation où ils étaient de son temps. Que de chrélietis qui dégénérèrent, et qui corrompirent l'ancienne pureté des nui'urs! La cupidité, 1 anihition , le fanatisme remplirent des crpui's qui i'aisaicnt prolession de lenoncer au monde, et perveiliienr oo (fuc la simple vertu a\ ait établi. De pareils exemples fourmillent dans l'histoire. Knhn, si Ton excepte qneîques reclns aussi pieux qu'inutiles à la société, les chrétiens de nos jours ne sont pas préférables aux Romains du temps des Marins et des Sylla; bien entendu que je borne uniquement ce parallèle à la comparaison des mœurs.
Ces réflexions et de semblables m'ont conduit à rechercher les causes qui ont influé sur cette étrange dépravation du genre humain, «le ne sais s'il m'est permis de hasarder mes conjectures sur des matières aussi importantes; mais il me parait qu'on s'est peut-être trompé dans le choix des motifs qui devaient porter les hommes à la vertu. Ces motifs, ce me semble, avaient le défaut de n'être point à la portée du vulgaire. Les stoïciens ne s'aperçurent pas que fadmiration est uu sentiment forcé dont fimpres^