‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 46 sur 97 · ENVISAGÉ COMME PRUNCIPE DE MORALE · texte numérisé non relu

ENVISAGÉ COMME PRUNCIPE DE MORALE

8io& 's*effAce Inen vite; Tamour-propM n^applftudit qtt*àvec répugnance. L*on convient sans peine de la beauté de la vertu,

parce que cet aveu ne coûte rien ; mats cét acte de complaisance plutôt que de conviction ne déLennine point à se corriger soimême, à vaincre ses mauvais pench.mls, à d(>Mi|iter ses passions. Les pl.3 rriiiiciens auraient dû se rappeler Tcspaee innncuse quil y a entre 1 Ktre des êtres et la créature Fragile. CoaiuienL proposer à cette créature d'imiter son Créateur, dont par son état circonscrit et borné elle ne peut se former qu'une idée vague et indé^ terminée? Notre esprit est assujetti à l'empire des sens; notre raison n'agit que sur les dioses où notre expérience nous éclaire* Lui proposer des matikes abstraites, c'est Tégarer dans un labyrintlie dont elle ne trouvera jamais l'issue; mais lui présenter des objets palpables de la nature, c*est le moyen de la frapper et de la convaincre. 11 est peu de grands génies capables de conserver le bon sens en se précipitant dans les ténèbres de li inri (physique. L'homme, en général, est né plus sensi!)l>' que raisonnable. Les épicuriens, abusant du terme de volupté, énervèrent sans y penser la bonté de leurs principes, et fournirent, par cette équivoque mémé, des armes à leurs disciples pour dénaturer leur doctrine.

La religion cbrétienne, en respectant ce qu'on y suppose de divin, et n'en parlant que pbilosophiquement, la religion cbrétienne, dis -je, présentait à l'esprit des idées si abstraites, qu'il aurait fallu changer chaque catéchumène en métaphysicien pour les coneevoir, et ne choisir que des hommes nés avec une imagination forte pour s'en pénétrer: peu d'hommes sont nés avec des tètes ainsi organisées. L'expérience prouve que chez le vulgaire l'objet présent i emporte, parce qu i! iiappc ses sens, sur l'objet éloigné, qui l'atTecte plus faibltni» ut: et par Cdii^c* ji lenl les biens de ce monde, à la jouissance dci-cpiels il touche, auront sans contredit la préférence sur des biens imaginaii^s dont il se représente confusément la possession dans une perspective éloignée. Mais que dirons -nous des motifs qu'on tire de faniour de Dieu pour rendre l'homme vertueux, de cet amour que les quiétistes exigent dégagé des craintes de l'enfer et des espérances du paradis? Cet amour est -il dans la possibilité des choses? Le fini ne peut concevoir l'infini; par conséquent nous ne pouvons nous former

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aucune idée eiacte de la DîTinité; nous potiTons nous crnivaioeré en général de son eiistence, et voilà tout. GonmieDt exiger d*iine Ame agreste qu'elle aime un être qu'elle ne peut eonaaitre en aucune* façon? Contentons -nous d*adorer dans le silence, et de boriMT les mouvements de nos eœurs aux sentiments d*une profonde reconnaissance pour TEti'e des êtres, en qui et par lequel tous les êtres existent.

Pins on examine cette matière, pins on la discute, et plus il paraît évident qu'il fatiJialL cmplc*>ei un piincipe plus généra! et plus sinipl*^ pour rendre les liomme'î vertueuir. Ceux qui se sont appliques à ia eonnaissancc du cœur inimain auront sans doute découvert le ressort qu'il faudrait mettre en jeu. Ce ressort si puissant, c'est l'amour- propre, ce gardien de notre conservation, cet artisan de notre bonheur, cette source intarissable de nos vices et de nos vertus, ce principe caché de toutes les actions des hommes. 11 se trouve en vat degré éminent dans Tbomme d*esprit, et il éclaire le plos stupide sur ses intérêts. Qu*y a-t-il de plus beau et de plus admirable que de tirer, même d*ua pi*ineipe qui peut mener au vice, la source du bien, du bonheur et de la féltcité publique? Gela arriverait, si cette matière était maniée par les mains d'im hidiile philosophe : il réglerait ramour- propre, il le dirigerait au bien, il saurait opposer les passions aux passions, et, en démontrant aux hommes que leui- intérêt eôt d'être vertueux, il les rendrait tels.

Le duc de La Roclu foueauld qui, en fouillant dans le cœur humain, a si bien dévoilé ce ressort de l amoni - jiropi * , s en est servi pour calomnier nos vertus, dont il n admet que 1 apparence. Je voudrais qu'on employât ce ressort pour prouver aux hommes que leur véritable intérêt est d être bons citoyens, bons pères, bons amis, en un mot, de posséder toutes les vertus morales ; et comme effectivement cela est véritable, il ne serait pas dilBcile de les en eonvaInGre.

Pourquoi tAche-t-on de prendre les Itomotes par leur intérêt qnand on veut les en^nger k suivre de certains partis, si «e n*est que rintéiét propre est de tous les arguments le plus fort et le

> Voyez MS Pensées, maximes ri réflexions, publiées pour la première fois Ml iWL U Roi M r«iir<lo0et. VU. p. 104.

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pltts' eotiTaînoaiit? SenronB-noiiB donc de ee même argrnnent

pour la morale ; qu'on représente aux hommes les malheurs qu^ils s'attireront par une conduite vicieuse» et les Liens qui sont inséparal)lcs des bonnes actions. Lorsque les Cretois niatidissaient leurs ennemis, ils leur souhaitaient de se livrer à des passions vicieuses; c'était leur souhaiter qu'ils se précipitassent eux-uièiues dans des malheurs et dans l'opprobre. i< Ces vérités aisées scmt susc^tibles de démonstration, et se trouvent également à la por* tée des sages, des gens d*esprit, et de la plus vile populace.

On m'objectera sans dotite .que mon hypothèse trouvera quelque difficulté à coneUier avec le honheur que j'attache aux bonnes actions ces persécutions qu'éprouve la vertu et ces espèces de prospérités dont jouissent tant d'âmes perverses. Cette difificulté est facile h lever, si nous voulons nous borner à n'entendre par le mot de bonheur qu'une parfaite tranquillité de l'àme. Celle tranquillité de VAme se fonde sur le contenUMiienl de nous-mêmes, sur ce <pie notre conscience nous permet d'applaudir à nos actions, et sur ce que nous n'avons point de reproches à nous faire. Or, il est clair que ce sentiment peut exister dans une personne d'ailleurs malheureuse; mais jamais il n'existera dans un ceeur barbare ei atroce, qui ne peut que se détester lui-même, s'il se considère, quelles que soimt les prospérités apparentes dont il parait environné.

Nous ut combattons point l'expérience; nous avouons qu'il y a une muldtude d'exemples de crimes impunis et de scélérats qui jouissent de ces g^randeurs que les idiots admirait. Mais ces criminels ne Cl aignent-ils pas que le temps ne dévoile enfin celle vérité si terrihh^ pour eux, et ne (i»'couvre leur opprobre? Et ces monstres couronnés, un Néron, un Gali^ila, unDoniilien, nu Louis XI, les grandeurs vaines dont ils Jouissaient les eaipcchaient-elles d'entendre la voix secrète de la conseienee qui ks condamnait, d'être dévorés de Tomords, et de sentir ce fouet vengeur qui, quoique invisible, les déchirait en les âistigeant? Quelle âme peut être tranquilie dans une telle situation? M'qkrouve-telle pas plutôt dans cette vie tout ce que les tourments des enfers peuvent avoir de plus affreux? D'ailleurs, c'est mal raisonner

n V«lir6 Maxime, ItraeVir, chap. a.

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que de juger du bonheur des autres par les apparences. Ce bonheur ne peut être évalué que sur la façon de penser de eelui qui réprouve; cette façon de penser varie si fort, que Fun aime la

gloire, cet autre des objets de plaisir: eeliii-ci s'attache à des ba-^. gatelles, celui-là à des choses cpi on juge importantes; et même les uns dédaignent et méprisent ce que le* autres désirent ou regardent connue le souverain bien.

Il n'y a donc point de règle certaine pour juger de ce qui dépend d'un goût arbitraire et souvent fantasque; d'où il arrive qu*on se réaie souvent sur le bonheur et la prospérité de eeuz qui gémissent amèrement en seeret du poids de leurs afflictions. Puis donc que ce n'est pas dans des objets eiiiérieurs, ni dans ees fortunes que la scène mouvante du monde produit et détruit tour à tour, que nous pouvons trouver la félicité, il faut la chercher en nous-mêmes. Il n*y en a point d'autre, je le répète, que la tranquillité de l'âme; c'est pourquoi notre intérêt doit nous porter à rechercher un bien aussi précieux; et si les passions le troublent, c'est elles qu'il faut dompter.

Ainsi qu'un Etat ne saurait être heureux tandis qu'il est déchiré par une guerre civile, de même l'homme ne saurait jouir du bonheur lorsque ses passions révoltées combattent l'empire de la raison. Toutes les passions portent avec elles un châtiment qui leur semble attaché; celles même qui flattent le plus nos sens n'en sont pas exemptes : chez celles-ci, c'est la ruine de la santé; chez celles-là, ce sont des soins et des inquiétudes renaissantes; ou c*est le chagrin de ne pas réussir dans des projets vastes que l'on a imaginés; ou c'est le dégoût de n'avoir pas toute la considér.iLiua que l'on croit latriter, ou la rage de ne pouvoir se venger de ceux qui vous ont outragée, ou le remords d uii ressentiment trop barbare , ou la crainte d'être démasqué après cent fourberies consécutives.

Par exemple, la soif d'amasser des richesses travaille sans cesse l'avare; les moyens lui sont égaux, pourvu qu'il ' se contente; mais la crainte de voir échapper ce qui lui a coûté tant de peines à ramasser lui ôte la jouissance de ce qu'il possède. L'ambitieux perd le présent de vue pour 'se précipiter aveuglément dans l'avenir; il enfante sans cesse de nouveaux projets; il foule

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impérieusement à ses pieds tuut ce <ju il \ a de plus sacre, puar arriver a ses lins; les obstacles qii il 1 encontre l'aîe^rissent et Tirritent; toujours incertain entre la crainte et l'espeiance, il est en eifet malheureux; et la possession même de ce qu'il désiie est accompagnée de satiété et de dégoût. Cet état d'insipidité lui &it naître de nouveaux projets de fortune, et ce bonheur qu'il cherche, il ne le trouve jamais. Faut -il dans une aussi courte vie former d'aussi longs projets? Le prodigue qui dépense le double de ee qu'il amasse est comme le tonneau des DanaTdes, qui ne se remplissait jamais : il en est toujours aux expédients, et ses nombreux désirs, qui multiplient sans cesse ses besoms, font à la fin dégénérer ses vices en crimes. L*arooareux tendre devient le jouet des retmiies qui le trompent, 1 ;iiiioureux \(ilago ne séduit que parce ((u'il est paijure, et le débauché peid sa santé, en abrégeant ses jours.

Mais l'homme dur, Tinjuste, l'ingrat, quels reproches n'ontils pas à se laire! Celui qui est dur cesse d'èUe homme, parce qu'il ne respecte plus les privilèges de son espèce, et méconnaît ses frères dans ses semblables; il n'a ni cœur ni entrailles, et, ne sentant pas de compassion, il renonce en effet à celle qu'on doit avoir pour lui L'injuste rompt l'accord social; il détruit, autant qu'il est en lui, les lois sous la protection desquelles il existe; il se révolterait contre Toppresuon qu'il aurait à souffrir, pour s'arroger le prîvilége exclusif d'opprimer ceux qui sont plus faibles que lui; il pèche par une mauvaise logique, ses principes se trouvent en contradiction, et d'ailleurs les sentiments d'équité que la nature a gravés dans tous les cœurs ne doivent -ils pas se soulever contre ses prévarications? Mais le vice le plus abominable de tous, le plus noir, le plus infâme, c'est l'ingratitude. L'ingrat, insensible aux. bienfaits, commet un crime de lèse -majesté contre la société, parce qu'il corrompt, qu'il empoisonne, qu'il détruit les douceurs de l'amitié; il sent les offenses, il ne sent pas les services; il met le comble à la perfidie en rendant le mal pour le bien : mais cette âme dénaturée et dégradée de l'humanité agit contre ses intérêts, parce que tout individu, faible de sa nature, quelque élevé qu'il soit, ne peut se passer du secours de ses semblables, et qu'un ingrat, excuxiuuiuiié de la société,

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8*est rendu indigne par sa férocité (réprouver désormais de nouveaux Liejil'aiLs. Il faudrait dire sans cesse aux homnies : «Soyez «doux et liumains, parce que vous êtes faibles et que vous avPK «besoin d'assislaiice; soyez justes euveis les autres, afin tpi à «votre tour les lois puissent vous pioLeger coutie toute violence «étrangère; en un mot, ne faites point à d autres ce que vous ne «voudriez pas que Fon vous Ht. »

Je n'entreprends point de détailler dans eette légère esquisse tous les arguments que Famour-propre fournit aux hommes pour vaincre leurs mauvais penchants et les inciter à mener une vie plus vertueuse. Les bornes de ce discours ne permettent pas que cette matière y soit épuisée ; je me contente d*avancer que tous ceux qui trouveront de nouveaux motifs propi^s à réformer les mœurs rendront un service important a la société, j'ose méine dire à la religion.

Rien de )>lus vrai^ de plus évident que la société ne saurait subsister ni se maintenir sans la vertu et les bonnes mœuiâ de ceux qui la composent. Des mœure dépravées, une eiïronterie scandaleuse dans le vice, un mépris pour la vertu et pour ceux qui fhonoi'ent, de la mauvaise foi dans le commerce, des par^ jures, des perfidies, un intérêt particulier qui succède à celui de la patrie, sont les avant •com'curs de la chute des Etats et de Ja ruine des empires, parce que, aussitôt que les idées du bien et du mal sont confondues, il n'y a plus ni blâme ni louange, ni punition ni l'écompense.

Cet objet si importt'tnt des mœurs n'intéresse pas moins la reliifion (|ue l'Etat. Les religions chrétiennes, la juive, la mahométane el la chinoise ont à peu près la niènie morale. La religion chiéliennc, accréditée depuis longtemps, a cependant encore deux sortes d'etnieniis à combattre. Lea uns sont de ces philosophes qui, n'adiuellaiit que le bon sens et des raisonnements rigoureusement exacts selon les principes de ia logique, rejettent les idées et les systèmes qui ne se trouvent pas eonfbmies aux règles de la dialectique; nous ne parlons pas actuellement de ceux-là. Les autres sont des libertins dont les mceurs corrompues par une longue habitude du vice se révoltent contre la dureté du joug que.la religion veut imposer à leurs paieioni; ils re-

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jettent ces* entra vcs , ils renoncent tacttement k une loi qui les Kènc, et chercheuL au asile dans une incrédulité parfaite, .le soutiens donc que lon^ K ^ luotiis (|ui peuvciit être employés pour réformer des personnes de ce caiactèie tourneot évidemmenf au plus grand avantage de la religion chrétienne, et j'ose croire (|ue 1 intérêt propre des hommes est le motif le plus puissant que Ton piiisse employer poui* les retirer de leurs égarements. Dès qu'une fois rhomme sera bien persuadé que son propre bien demande qu'il soit vertueux, il se portera à des actions louables; et comme efiectivemeot il se trouvera vivre conformément à la morale de rÉvangtlo, il sera facile de le détennlner à fiiire pour Tamour de Dieu ce qu'il pratiquera déjà pour Famour de lui-même; c'est ce que les théologiens appellent changer des vertus païennes en des vertus sanctiliées par le cliristianisme.

Mais voici une nouvelle objcotiui] ijiii se présente. On nie dira sans doute : * \ ous êtes en contradiction avec vous-même; vous «ne pense/> donc [)as iju'on définit la vertu : une disposition de «fâme qui la porte au plus pariait désintéressement. Comment « pouvez-vous donc imaginer qu*on peut arriver à ce parfait dcs- « intéressement par l'intérêt propre, ce qui est précisément la dis* «iposition de Tâme qui lui est k plus opposée?» Quelque forte que soit cette objection, elle est facile k résoudre i pourvu que Ton considère les diiférents ressorts qui font mouvoir l'amour* propre. Si Tamour-propre ne consistait que dans le désir de posséder des biens et des honneurs, je n'aurais rien à répondre; mais ses prétentions ne se bornent pas à si peu d'objets : premièrement, ce&t l'amour de la vie et de sa propre conservation, ensuite l'envie d'être heureux, la crainte du blâme et de la honte, le désir de la considération et de la gloire, enfin une passion pour tout ce qu'on juge être avantageujL, ajoutez -y une horreur pour tout ce qu'on ci'oit nuisible à sa eoBservation. 11 n'y a donc qu'à rectifier le jugement des hommes. Que dois-je rechercher, que doisje fuir, pour rendre cet amour -propre, de brut et nut^k qu'A était, utik et louable?

' Les exemples du plus grand désintéressement que nous ayons nous sont fournis par des principes de l'amoui - propre Le dévouement généreux des deux Dcciu^, qui sacriilcreut voiontaire-

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ment leur jffopre vie pour procurer la victoire à leur patrie» d*oii provenait-il, si ce n*e8t qu'ils estimaient moins leur existence que la gloire? Pourquoi Scipion, dans sa première jeunesse, dans cet âge où les passions sont si dangereuses, rést8te*t-il aux tmtations * que lui donne la beauté de sa captive? Pourquoi la rend-il vierge à son fi.incé, en les comblant tous deux de présents? Pouvonsnous douter que ce héros n'ait ju^é que .^on pi oiJiidc noble et généreux lui ferait plus d'honneur que s'il avait brutalement assouvi ses désirs? Il préférait donc Ja réputation à la volupté.

Que de traits de vertu, que d'actions à jamais glorieuses ne sont eiTectivement dues qu'à imstinct de lamour-proprel Far un sentiment secret et presque imperceptible, les hommes ramènent tout à eux-mêmes; ils se placent dans un centre où aboutissent toutes les lignes de la circonférence. Quelque bien qu'ils £M8eot« ils en sont eux-mêmes Fobjet caché; la sensation la plus vive l'emporte chez eux sur la plus faible; souvent un syllogisme vicieux dont ils ne sentent pas les dé&uts les détermine. Il ne faut donc que leur présenter les vrais biens, leur en faire connaître la valeur, et savoir manier leurs passions en opposant un penehant & Vautre, pour en tirer avantage en faveur de la vertu.

S'agit -il d'arrêter le crime prêt à se commettre, vous trouvez le principe répiiniaut dans la crainte des lois qui le punissent. C'est alors qu'il faut exciter cet amour que chaque bojiiuie a |H »iir sa conserN ation , pour l'opposer aux desseins per\ ers qui l'exposeront aux plus rigoureux châtiments, à la mort même, (^et amoiu* de sa conservation peut servir également pour ramener des débauchés dont les débordcmentâ ruinent la &anté et abrègent les jours; de même contre ceux qui sont sujets aux emportements de la colère, car il y a des exemples que ces mouvements ont donné des accès d'épilepsie à ceux qui en étaient violemment agités. La crainte du blàme produit à peu près des effets semblables à ceux de Tamour de sa conservation. Combien de femmes ne doivent leur pudeur, à laquelle on applaudit, qu'au désir de conserver leur raputation à l'abri de la médisance! Combien d'hommes ne doivent leur désintéressement qu'à l'apprâiension de passer dans le monde, s'ils agissaient autrement, pour des fripons et poui' des malheureux! £niin, manier adroitement les différents

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