‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 47 sur 97 · ENVISAGÉ COMME PRL\G1PE DE MORALE · texte numérisé non relu

ENVISAGÉ COMME PRL\G1PE DE MORALE

ressorts de runonr-propre, ramener tous les avantages des Jbonnes actions à celui qui en est Tauteur, c*est le moyen de faire de ce ressort du bien et du mal l'agent principal du mérite et de la vertu.

Je ne puis m'empêcher d*avouer à notre honte qu^on s'aperçoit dans ce siècle d'un refroidissement étrange pour ce qui concerne la reforme du cœur huniaio et des mœurs. On dit publiquement, on iiu[»riiiic iiièine que la morale est autant ennu\ «'use qu'inutile; on soutient que la nature de Thomnie est un composé de bien et de mal, que i on ne change point cet être, que les plus fortes raisons cèdent à la violence des passions, et qu'il faut laisser aller le monde comme il va.

Mais si Ton en usait ainsi à l'égard de la terre, si on ne la cultivait pas, elle porterait sans doute des ronces et des épines, et jamais elle ne donnerait ces abondantes moissons si utiles et qui nous servent d*aliments. J'avoue, quelque attention que l'on porte à coiri§;er les mœurs, qu il y aura toujours des vices et des crimes sur la terre; mais 0 y en aura moins, et c'est beaucoup gagner; il y aura, de plus, des esprits rectifiés et développés, qui excellerouL |i,ir leui's éminentes i|u;ilités. IS'a-t-ou pas vu sortir des écoles des philosophes tles ciaics sabliiiies, des ijommes presque divins, qui ont poussé la vertu aux plus hauts degrés de perfection où Thumanité puisse atteindre? Les noms des Socrate, des Aristide, des Caton, desBrutus, desAntonin, des Marc - Am*èle subsisteront dans les annales du genre humain, tant qu'il restera des âmes vertueuse» dans le monde. La religion n'a pas laissé de produire quelques hommes éminents, qui ont excellé par l'humanité et la bienfaisance. Je ne compte pas de ce nombre ces reclus atrabilaires et fanatiques qui ont enseveli dans des cachots religieux des vertus qui pouvaient devenir utiles à leur prochain, et qui ont mieux aimé vivre à la charge de la société que de la servir.

11 iaudiaiL commencer aujourd'hui par imiter Texeiuple des anciens, employer tous les encouragements qui peuvent rendre 1 espèce humaine meilleure, préféier dans les écoles l'étude de la morale à toute autre connaissance, prendie une méthode aisée pour l'enseigner. Peut-être ne serait-ce pas un petit acheminement à ce but que de composer des catéchismes oii les enfmts apprendraient, dès leur plus tendre jeunesse, que pour être IX. 7

98 VUl. ESSAI SUR L'AMOUR PROPRE.

heureux la vertu leur est indtsp^sablement nécessaire. Je voudrais que les philosophes, moins appliqués à des l'echerches aussi curieuses que vaines, exerçassent davantage kurs talents sur ia morale, surtout que leur vie servit en tout d^exemple |i leurs disciples; alors ils mériteraient avec Justice le titre de précepteurs du genre humain. Il faudrait que les théologiens s'occupassent moins à expliquer des dogmes inintelligibles, et que, désabusés de ia fureur de vouloir démontrer des choses qui nous sont annonces comme des mystères d*un ordre supâfeur à la raison, ils s'appliquassent davantage à prêcher la morale pratique, et (pi'au litMi de |U()ii(niLer dcb discoiiis llouris, ils lisseiil des discours lililes, simples, claii-s et à la portée de leur auditoire. Les hoiiiiiu > s endoi ineiit à la stiilc d Un raisoiiiRMiient alanibiquc , ils s'éveillent quand il est question de leur iiitérèL; de sorte que, par des discours adroits et pleins de sagesse, ou rendrait l'aniourpropre le coryphée de la vertu. Des exemples récents et analogues à ceux qu*on veut pei-suader peuvent être employés avec succès, comme, s'il s agissait d'animer un laboureur paresseux à mieux cultiver son chanq) , on Tencourageralt sans doute en lui montrant son voisin qui s'est eniidii par son activité laborieuse; il ne dépend que de lui de prospérer de même. Biais les modèles doivent être choisis à la portée de ceux qui doivent les imiter, dans leur genre, et non pas dans des conditions trop disproportionnées. Les trophées de JMiltiade empêchaient Thémistode de dormir.

Si les grands exemples ont fait de si fortes impressions sur les anciens, pourquoi de nos jours en feraient -ils de moindres? L*amour de la gloire est inné dans les belles âmes; il ny a (pi'à l'animer, il n'y a qu'à l'exciter, et des lionitnes (|ui végétaient jusqu'alors, ciitlainnies par cet heiu«ux instinct, vous paraîtront changés en demi -dieux. Il me semble culln r|uc si la méthode que je propose n'est pas suiiisarile poiu ( xlirpcr les vices de la terre , du moins pourra- t-clle faiie <pielques prosélytes aux bonnes mœurs, et féconder des vertus qui sans son secours seiaient demeurées dans i'engoui^dissement. C'est toiijours rendre service à la société, et c'est le but de cet ouvrage.

Page 1