IX. DIALOGUE D£ MORALE
de la patrie, nous devons employer tous nos talents pour lui être utiles, nous devons Tainier sincèrement, parce que c*est notre mère commune, et si son avantage le demande, nous devons loi
sacrifior nos biens et notre vie.
Dkmandk. Ah <,'à, voilà de heaux et de bons principes. Il S*agit à présent de voir comment vous concilier, ce» devoirs de la sooH'té avec votre propre intérêt. Ce respect et cette soumission Jiliale que vous avez pour votre père ne vous géoe-t-elle pas ^and vous êtes obligé de céder à ses volontés?
Ri^poNSE. Il n'est pas douteux que pour obéir je ne sois quelquefois obligé à me faire violence; mais puis -je être assez reconnaissant envers ceux qui m'ont donné le jour? £tmoninté« rêt ne demande-t-ii pas que j'encourage, par mon exemple, mes enfants à m*imiter en ayant une même soumission à mes volontés?
Dbmandb. n n'y a rien à répliquer à vos raisons; je ne vous dis donc plus rien sur ce styet Mais comment conserverez -vous Tunion avec vos frères et sœurs, si, eomnie il arrive souvent, des affaires de famille ou des discussions d'héritage vous divisent?
RtEpoNSE. Croyez "VOUS donc les liens du sang assez faibles pour qu'ils ne l'emportent pas sur un intérêt passager? Si notre père a lait un testament, c'est à nous à souscrire à sa dernière volonté. S'il est mort sans tester, nous avons les lois, qui terminent nos différends. Ainsi donc, rien ne peut m'apportcr de préjudice important; et quand même la fureur de 1 envie et la rage de la chicane me posséderaient, ne sentirais -je pas que nous mangerions le fond de notre héritage par nos procès? Ainsi je m'accommoderais à Famiable, et la discorde ne déchirerait pas notre famille.
Demande. Je veux croire que vous êtes assez sage pour ne pas donner lieu, par votre faute, aux mésintelBgmes de votre famille; cependant le tort peut venir de la part de vos frères et de vos sœurs : ils peuvent avoir de mauvais procédés envers vous, ils peuvent vous envier, parler de vous en termes déshonnétes, vous causer des désagréments, peut-être même travailler à votre ruine. Gomment conciIierez<*vous alors la rigidité de votre devoir avec l'intérêt de votre bonheur?
Réponse. Dès que j'aurais calmé les premiers moments d'in-
A L'USAGE m LA JEUNE NOBLESSE. io3
difinalion que leur ooodiiite m'aurait inapirést je me ferait gloire d'être plutôt l'ofFensé que roffenseor; ensuite je leur paiiaaîs, je leur dirais que, respectant et» eux le sang que mon pere et ma mère leur ont transmis, il me serait imposable d'agir envers eux comme envers des ennemis déclarés, mais que je prendrais mes précautions pour les empêcher de me nuire, (le procédé généreux pourrait les ramener à la raison, et si cela n'arrivait p.is, j'aurais toutefois la consolation de n'avoir aucim reprorlie à me faire; et comme un pnreil jirocédé doit s'attirer Tapplaudi^emeat deg sages, je me trouverais suffisamment récompensé.
Dbmamde. a quoi vous servirait cette générosité?
RfpoNss. a conserver ce que j'ai de plus précieux au monde, une réputation sans tache, sur laquelle je fonde tout mon bonheur.
Demande. Quel bonheur peut > il y avoir dans l'opinion qtie les hommes ont de vous?
Réponse. Ce n'est pas sor les opinions des antres que je me fonde, maïs sur la satisfaction ineflkble que j'éprouve en me trouvant digne d'un être rabonnaUe, humain et bienfaisant.
Demande. Vous dinez auparavant que si vous aviez des enfants, vous auriez plus de soin à les rendre vertueux que de leur amasser des ftehesses. Pourquoi pensez-v(His si peu à établir leur fortune ?
Rkfonse. Parce que les richesses n'ont aucun prix par ellesmêmes, et n'en aci|uicroiil (jue par le bon usagée qu'on en tail. Or, si je eulti> e les talents de mes enfants, si je les forme aux bonnes moMus, leur mérite personnel fera leur iortnne; au lieu que si je ne veillais pas à leur éducation, (juebjue j^rands qtie fussent les biens que je pourrais leur laisser, ils les dissiperaient bien vite. D'aiUeun, je souhaite qu'on estime en mes enfisnts leur caractère, leur cœur, leurs talents, leurs connaissances, et non pas leurs richesses.
Demande. Gela doit être trës*utile à la société; mais quant k vous, quel avantage en retirez- vous?
Réponse. Un très -grand, parce que mes enfants bien morigénés deviendront la consolation de ma vieillesse, qu'ils ne déshonoreront m mon nom ni leurs aiicétres par leur mauvaise conduite, et qu'étant prudents et sages , à l'aide de leurs talents, le
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bien que je pouirai leur kister sera suffisant pour les faire subsister honoriJiIement.
Demande. Vous ne croyez donc pas qu'une origine noble et d*iUustres ancêtres dispensent leur postérité d'avoir du mérite?
Réponse. Bien loin de là , c'est un encouragement pour les surpasser, parce qu il n'y a rien de plus bonteux que d'abâtardir sa race. Dans ce cas, l'éclat des aïeux, loin d'illustrer leurs descendants , ae sert qu'à éclairer leur infamie.
Demanue. Il faut vous dcinaadcr de même des éclaircissements touchant ce que vous avez, avancé de vos devoirs h l'égard de la société. ^ ous dites qu'il ne faut pas faire aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Cela est bien vague; je voudrais que vous me détailliez ce que vous entendez par ces paroles.
Réponse. Cela n'est pas difficile; je n'aurai qu'à parcourir tout ce qui me fait de la peine et tout ce qui m'est agréable, i* Je serais fâcbé qu'on m'enlevât mes possessions; donc je ne dois déposséder personne, a* Gela me ferait une peine infinie si Ton me débauchait ma femme; je ne dots donc pas souiller la coucbe d'un autre. 3* Je déteste ceux. qui me manquent de parole ou qui se parjurent; je dois donc fidèlement observer ma foi et mes serments, J'abborre ceux qui me diflament; je ne dois donc calomnier personne. 5* Aucun particulier n'a de droit sur ma vie; je n'ai donc pas le droit de l'ôter à qui que ce soit. 6" Ceux qui me témoignent de l'ingratitude m'indignent; comment serais -je donc ingrat envers mes bienfaiteurs? 7" Si j aime le repos, je n'irai pas troubler la tranquillité d'un autre. 8* Si j'aime à être secouru dans mes besoins, ji ne refuserai pas mon assistance à ceux qui me la demandent, parce que je sens le plaisir qu'on éprouve à rencontrer une âme bienfaisante, un cœur serviable qui, compatissant aux maux de l'humanité, défend, assiste, et sauve les malheureux.
Demande. Je vois que vous ûiites toutes ces choses pour la société; mais que vous ea revient -il à vous-même?
REPONSE. La douce satls&ctîon de me trouver tel que je désire d'être, digne de mériter des amis, digne de l'estime de mes concitoyens, digne de mes propres applaudissements.