A L'USAGE D£ LA JEUNE NOBLESSE
Dbxandb. En yûqs conduisant de la sorte, ne sacrifiez -vous pas von8*niéine toutes vos passions?
Réponse. Je ne leur abandonne pas le frein; et si je les réprime, c'est pour mon propre avantage, pour TviainLenir les lois qui protègent le faible eontre les atrejilats du tort, pour soutenir ma répui.itioTi , et jmnr ne poiat encourir les punitions (jue ces lois infligent aux transgresseurs.
Demande. Il est vrai que les lois punissent les crimes publics; mais combien de mauvaises actions, enveloppées de ténèbres, se cachent à Tceil pénétrant de Thémis! Pourquoi ne seriez -vous pas du nombre de ces heureux coupables qui jouissent de leurs forfaits à l'ombre de l'iropunité? Si donc il se présentait une façon furtive de vous enrichir, la laisseriez -vous échapper?
R£poNSB. Si par des voies innocentes je pouvais faire des acquisitions, sans doute que je ne les négligerais pas; mais si c'était pai des moyens malhonnêtes, j'y renoncerais sur-le-champ,
Demande. Pourquoi?
Réponse. Parce qu'il n'y a rien de si caché qui ne parvienne au jour; le temps découvre tôt ou tard la vérité. Je posséderais des biens mal acquis , en tremblant, et je passerais ma vie dans la cruelle attente du moment qui me déshonor^ait à jamais devant le public en découvrant ma turpitude.
Demanob. Cependant la morale du grand monde est bien relâchée, et si Ton voulait examiner de quel droit chacun possède ses biens, que d*lnjustices, que de fraudes, que de mauvaise foi Ton découvrirait! Ces exemples ne vous encourageraient- ils pas à les imiter?
Réponse. Ces exemples me feraient gémir sur la perversité des hommes. Et conmie ni Imjssu ni aveugle ne me donne envie de l'être à leur exemple, je crois de même qu'il est indigne d'une âme vertueuse de se dégrader au point de se modeler sur le vice.
Demande. 11 y a cependant des crimes cachés.
RirONSS. «Ten conviens; mais les criminels ne sont pas heureux, ils sont tourmentés, comme je vous l'ai dit, par la crainte d*étre découverts, et par les plus violents remords. Us sentent qu'ils jouent un* rôle imposteur, qu'ils couvrent leur scélératesse
loS IX. DIALOGUE D£ MORALE
du masque de la vertu ; leur cœur rejette la fausse estime dont ils jouissent, et ils se condamnent eux-mêmes en secret au dernier mépris, qu'ils méritent.
Dpmandf. C'est à savoir, si vous étiez, dans ce cas, si vous leriez ces réllexions.
RépoNSK. Pourrais -je étouffer la voix de la conscience el celle des remords vengeurs? Cette conscience est comme un miroir; quand nos passions sont calmes, elle nous représente toutes nos difformités; je m'y suis vu innocent, et je m*y verrais coupable. Hélas! je deviendrais à mes propres yeux un objet dliorreur. Non , je ne m'exposerai jamais de ma propre volonté k cette humiliation, à cette-douleur, à ce tourment.
Dem ANDR. 11 y a cependant des concussions et des rapines que la guerre semble autoriser.
Réponse. La fjncrrc es^t un métier de gens d'hdiiiioiîr quand de<< eîtOY^•n^ exposent leurs jDUis pour le servies df loin patrie. Mais si riutérèt s'en mêle, ce noble métier dégénère en pur brigandage.
Demande. £h bien, si vous n'êtes point intéressé, au moins aurez -vous de l'ambition; vous voudrez vous pousser, et commander à vos semblables*
RipONSE. Je distingue beaucoup l'ambition de Fémulation. Souvent celte premi^ passion donne dans des excès, et toucbe de près au vice; mais l'émulation est une vertu qu'il &ut recher* cher : elle nous porte, sans jalousie, è surpasser nos concurrents en nous acquittant niieu.v de nos devoirs qu'ils ne font; elle est l'iime des plus belles actions tant militaires que civiles: elle désire de l^riller. niais elle ne veut devoir son élévation quà la seule vertu jointe à la supériorité de.<? talents.
Demande. Mais si en rendant mauvais oilice à quelqu'un, c^était le moyen de parvenir à un poste éminent, ne trouveriezvous pas cet expédient phis court?
RépoNSB. Le poste pourrait tenter ma cupidité, j'^en conviens; toutefois je ne consentirajs jamais à devenir assassin pour y parvenir.
Dbmaivdb. Qu'appelez - vous devenir assassin ?
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