‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 69 sur 97 · D£S SCIENCES ET DES ARTS DANS UN ETAT · texte numérisé non relu

D£S SCIENCES ET DES ARTS DANS UN ETAT

Bacon, ]e piccurseiir de la nouvelle philosophie, ou, pour niieiix dire, celui cpii en a deviné et prédit les progrès, a mis le chevnlier Newton sur les voies de ses juerveîlleuses découvertes ; Nevi toa parut après Des Cartes, qui, ayant décrédité les erreurs anciennes, les avait remplacées par les siennes propres. On a depuis pesé l'air, <6 on a mesuré les cieux, on a calculé la marche des corps célestes ayee une justesse infinie, > 7 on a prédit les éclipses, on a découvert une propriété inconnue de la matière, la force électrique, dont les effets étonnent Tîmagination; et sans doute que dans peu le retour des comètes se pourra prédire comme les éclipses, mais nous devons déjà au savant Bayle • d'avoir dissipé l'effroi que ce phénomène causait aux ignorants. Avouons -le: autant que la faiblesse de notre condition nous humilie, autant les travaux de ces grands hommes nous relèvent le courage , et nous font sentir la dignité de notre éti^e.

Les tourbes et les impostem^s sont donc les seuls qui puissent s'opposer aux progrès des sciences, et qui puissent prendre à tâche de les décrier, puisqu'ils sont les seuls auxquels les sciences soient nuisibles.

Dans ce siècle philosophe où nous vivons, on n'a pas seulement voulu dénigrer les hautes sciences, il s'est trouvé des personnes d'assez mauvaise humeur, ou plutôt assez dépourvues de sentiment et de goût, pour se déclarer les ennemies des belleslettres. A leur sens, un orateur est un homme qui s'occupe plus à bien dire qu'à penser juste, un poëtc est un fou qui s'amuse à mesurer dos syllabes, un historien eiit im conipilaleur de luensonges, ceux qui s'occupent à les lire perdent leur temps, et ceux qui les admirent sont clt N o>prits frivoles. Ils proscriraienî îc^ fictions ancieimes, ces fables ingénieuses et allégoriques qui renfermaient tant de vérités. Ils ne veulent pas concevoir que si Amphion, par les sons de sa lyre, bâtit les murs de Thèbes, c'est-à-dire que les arts adoucirent les mœurs des sauvages humains, et donnèrent lieu à l'origine des sociétés.

n faut avoir l'âme bien dure pour vouloir priver Tespèce

«6 Torricelli. [Voyei t. il, p. 35.] »7 Newton. [Voyez t. II , p. 34- J • V oyez. t. VU, p. 135 — 12Q,

178 XIll. DISCOURS DE L'UTILITÉ

humaine des consolations et des secours quelle peut puiser dans les belles -lettres contre les amertumes dont la vie est remplie. Qu'on nous délivre de nos infortunes, ou qu'on nous permette de les adoucir. Ce ne sera pas moi qui répondrai à ces ^uemis atrabilaires des belles ^letti^es; mais je me servirai des paroles de ce consul philosophe , le père de la pairie et de réloqueucc. » Les «leltiTs, (lit -il. cultivent la jeunesse, réjouisseul l.i AÏcillcisse, «douneal du Ju»Uc à la rorliiiif, oiriciiL un asile et consolent dans «la disgrâce, plaisent au dedans de la maison, n'iinporhiiii'al «point au dehors, veillent les iinils avec nous, voyajïent avec «nous, résident aux champs avec nous. Fussions -nous même «incapables d*y parvenir ou d'en bien goûter les charmes, nous «devrions toi^jom-s les admirer, à ne les voir que dans les autres.»

Que ceux qui aiment tant à déclamer apprennent à respecter ce qui est respectable, et, au lieu de censurer des occupations également honnêtes et utiles, qu'ils rapaudent |4utôt leur bile sur l'oisiveté, qui est la mère de tous les vices. Si les sciences et les arts n'étaient pas d'une nécessité indispensable aux sociétés, s'il n'y avait pas de l'utilité, de l agrément et de la gloire à les cultiver, comment la Grèce aurait -elle jeté ce vif éclat dont elle éblouît encore nos yeux, dans ces lei)i|is mémorables où elle porta les Socrate, les Plalon. les AristoLc, les Alexandre, les Périclès, les Thucydide, les Kiiupidc, les Xcnophon? Les faits vulgaires s'efTaeent de la naïuoire: mais les actions, les découvertes, les progrès des grands hommes font des impressions durables.

Il en fut de même chez les Romains : leur beau siècle fut celui oii le stoïquc Caton périt avec la liherté; où Cieéron foudroyait Verres, publiait son livre des Offices , ses Tusculanes, son ouvrage Immortel de la Naiwe des dieux; oii Vari*on écrivait ses Origine» et son poënie sur la guerra civile;* où César effaça par sa démence ce que son usurpation avait d'odieux; où Virgile récitait

t> Orath pro Jrehia. (D'après U trAdoetion d« 11 de Villcfore. Vojvs

tVllI. }). 137, i3Sct97i.J

< \'<irii>ii n'a pns coiiiposc Je poëiiic sur l.i guerre Civile» ni d'ouvrage ialîlulé les Onifitir\. { .V (If-rnicr tilrp csX reltii d'un livre, aujourd'hui perdu , qui avait Caton pour aiitvui-. Mais Vanon, un des plus illustres savants de soa temps, était en particnlier un grend ofeliéolopie. Voyez t. VII , p. 6a.

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