‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 70 sur 97 · DES SCIENCES ET DES ARTS DANS UN ÉTAT · texte numérisé non relu

DES SCIENCES ET DES ARTS DANS UN ÉTAT

son Énéide; oii Horace chantait ses Odes; où Tile-Livc tiausmettait à la postérité l'histoii'e de tous les grands hoîinnes qui avaient iliuslré la république. Que chacun se demande dans quel temps il aurait voulu 1 liire à AthèueS ou à Kome : sans doute qu'il choisira ces époques hrillantes.

Une affreuse barbarie succéda à ces temps de gloire; un débordemeut de peuples féroces couvrît presque toute la face de l'Europe. Us amenèrent avec eux les vices et Fjgnorance, qui préparèrent les voies à la superstition la plus outrée. Ce ne fiit qu*aprës onze siècles d'abrutissement que la terre put se dégager de cette rouille; et dans cette renaissance des lettres, on fait plus de cas des bons auteurs qui les premiers illustrèrent Fltalie, que de Léon X, qui les protégea. François I", jaloux de cette gloire, voulut la partager: il fit des efTorts inutiles pour transplanter ces plantes étrangères dans un sol qui n'était point encore préparé pour elles: et ce ne fut quà la lîn du 1 ( gue de Louis XIII et sous celui de Louis XIV que commença ce beau siècle oii tous les arts et toutes les sciences sachemiacreut, d'uue marche égaie, au point de perfection où il est permis aux hommes d'atteindre. Depuis, les différents arts se répandirent partout. Le Danemark avait déjà produit un Tycho Brahé , la Prusse un Copernic; l'AUemagne se glorifia d'avoir donné le jour à Leibniz. La Suède aurait ^ également augmenté la liste de ces hommes célèbres, si les guerres perpétuelles où cette nation se trouvait engagée alors n'avaient pas nui aux progrès des arts.

Tous les princes éclairés ont protégé ceux dont les savants lra> aux ont honoré l'esprit humain , et les choses, de nos jours, en sont venues au point que, poiu* peu qu'un gouvernement européen négligent d'enconra|çer les sciences, il se lrou\eraiL bientôt aiTiéré d'un siècle à l'égard de ses voisins; la Pologne en fournit un exemple palpable.

Nous voyons une grande impératrice se faire un point d'bon* neur d'introduire et d'étendre les connaissances dans ses vastes États, et traiter comme une affaire importante tout ce qui peut y contribuer.

Qui. ne serait ému et touché en apprenant rhonneur qu'on rend en Suède à la mémoire d'un grand homme? Un jeune roi

i8o Xm. DISCOURS D£ L* UTILITÉ DES SCIENCES.

qui connaît le prix des sciences y fait éri^^er actuellement un tombeau à Des Cartes, pour s'acquitter, au nom de ses prédécesseurs, de la reconnaissance qu'ils devaient à ses talents? Quelle dt u e satisiai'Lioii pour cette Minerve qui mit au jour, qui instruisit elle-nièiiie ce jeune Téléinaque, de retrouver en lui son esprit, ses connaissances et son cœur! Elle a droit de se complaire et de s^applaudir dans son ouvrage; et s'il est interdit à nos cœurs d'épancher avec proiusiou tout ce que le sentiment nous inspire sur son sujet, au moins sera- 1- il permis à cette académie et à toutes celles qui existent, en lui offi*ant les hommages les plus sincères, de la placer avec reconnaissance dans le petit nombie des princesses éclairées qui ont aimé et protégé les lettres.

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