DE LA POLITIQUE
Un des premiers principes de la politique est de tacher de s'allier à celui de ses voisins qui peut porter à l'État les coups les plus dangereux. C'est par cette raison que nous sommes en alliance avec la Russie, parce qu'elle nous rend le dos libre du côté de la Prusse, et que, tant que cette liaison dure, nous n'avons pas à craindre que la Suède ose nous attaquer en Pomélariie. Los temps peuvent ehan^er, et la bi/.airerie des conjonctures peut obliiier à prentlre il'autres <'nirai;enienf s: mais jamais on ne trouvera avec les autres puissances ré(jul\alenl des avantages que 1 tin trouve avec la Russie. Les troupes françaises ne valent rien, et les Français sont accoutumés à ne secourir que faiblement leurs alliés; et les iVuglais, faits pour payer des subsides, sacrifient leurs alliés, à la paix, pour favoriser leurs propres intérêts. Je ne parle point de la maison d'Autriche, avec laquelle il parut presque impossible que des Bens solides se foiment. S'il s'agit des vues politiques d'acquisition qui conviennent à cette monarchie, les États de la Saxe sont sans contredit ceux qui lui conviendraient le mieux, en l'arrondissant et lui formant une barrière par les montagnes qui séparent la Saxe de la Bohème, et qu'il faudrait ibrtifier. 11 est difficile de prévoir comment cette acquisition pourrait se faire. La manière la plus sûre serait de conquérir la IJohènie et la Moravie, et, de les troquer avec la Saxe; soit enlin que cela pût s'opérer par d'autres trocs ou des possessions dulihin, eu y ajoutant Juliers ou Berg, ou de quelque façon que cela se £isse. Cette acquisition est d'une nécessité indispensable pour donner à cet Etat la consistance dont iï manque. Car, des qu'on est en guerre, l'ennemi peut avancer de plain-
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i88 XIV. EXPOSÉ
pied juaqu'à Berlin sans trouver la moindre opposition dans son chemin. Je ne parie pas, d'ailleurs, de nos droits de succession au pays d*Ansbach, Juliers et Berg, et le Mecklenbourg, parce 4|ue ce sont des prétentions connues, et dont il faut attendre révénement. Comme TÉtat n'est pas riche, il faut se garder sur toute chose de se mêler dans des guerres où il n'y a rien à gagner, parce qu'on s*épuise à pure perte, et qu'une bonne occasion arrivant ensuite, on n'en saurait pas profiter. Toutes les acquisitions éloignées sont à charge à un Etat. Un village sur la frontièie vaut mieux qu'une principauté à soixante lieues. C'est une attention nécessaire de cacher autant qu'il est possible ses desseins d'ambition, et, si Ion peut, de réveiller l'envie de l'Europe contre d'autres puissances» à la faveur de quoi l'on frappe son coup. Cela peut arriver, et la maison d'Autririie, dont l'ambition va le visage démasqué, s'attirera de reste l'envie et la jalousie des grandes puissances. Le secret est une vertu essentielle pour la politique aussi hien que pour l'art de la guerre.