‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 95 sur 97 · XVI. LETTRES · texte numérisé non relu

XVI. LETTRES

d'hommeft nous engage à faire du bien à tout le monde, à plus forte raison notre condition de eitoyens nous oblige- 1- elle à servir nos conipairîotes de tout notre pouvoir : ils nous touchent de plus près que des peuples étrangers dont nousn*ayons que peu

ou point de connaissance. Nous vivons avec nos compatriotes; nos mœurs, nos usages, nos lois sont les iiièmes: nous ne partageons pas seulement avec eux l'air que nous respirons , mais également riiifortiHie <'t la prospérité; et si In patrie a le droit d'exiger que nous nous immolions ])onr elle, h plus iorte raison peut- elle prétendre que.pai- nos services nous lui devenions utiles : Thomme de lettres , en instruisant le public ; le philosophe, en lui enseignant la vérité; le financier, en administrant lulèlement ses revenus; le jurisconsulte, en sacrifiant la forme à Téquité; le soldat, en défendant sa patrie avec zèle et courage; le politique, en combinant sagement et en raisonnant juste; recdésiasdque, en prêchant la pure morale; Tagriculteur, Partisan, les manufacturiers, les négociants, en perfectionnant chacun la partie à laquelle il s*est voué. Tout citoyen pensant ainsi travaille alors pour le bien public. Ces différentes branches réunies et conspirant au même but l'ont naître la félicité des Etats, le bonhcui*, la durée et la gloire des empires.

Voilà, mon cher ami, ce que mon cœur a dicté à ma plume. Je nai point écrit sur cette matière en professeur, parce que je n'ai pas l'honneur d'être un docteur en u$, et que je m'entretiens simplement et uniquement avec vous pour vous rendre compte de ce que j'entends par les devoirs qu'un honnête et fidèle citoyen doit remplir envers sa patrie. Cette légère esquisse est suffisante pour vous, qui pénétrez et saisissez promptement les choses. Je vous assure que je n'aurais jamais tant barbouillé de papier, si ce n'était dans l'intention de vous complaire et de vous obéir. Je suis avec le plus sincère allacliemenl, etc.

SUR L'AMOUR DE LA PATRIE. i43

LETTRE D'ANAPISTÉMON.

V^otne dernière lettre, mon cher ami, me réduit au silence; je suis forcé à me rendre. «Tabjure des ce momènt mon indolence et ma paresse; je renonce aux encyclopédistes comme aux principes d'Epicure, et je dévoue tous les jours de ma vie à ma pa- U'ie; je veux Atrc dcsuini iis cildyen, cL suivre eu touL voire louable cxi iuple. Je vous confesse i'raiichement mes fautes; je 11 H' sNÎ-; ( oiiLeiiLe d'idées vagues, je n'ai ni assez réfléchi, ni assez iniircment approfondi cette matière. Ma coupable ignorance m'a etnpéclié jusqu'ici de remplir mes devoirs. Vous faites briller à mes yeux le flambeau de la vérité, et mes erreurs disparaissent. Je veux réparer le temps que j'ai perdu , en surpassant tout le monde par mon ardeur pour le bien public. Je me propose pour exemple les plus grands hommes de l'antiquité, qui se sont signalés pour le service de leur patrie, et je n'oublierai jamais que c*est vous dont le bras vertueux m'a ouvert la carrière où je m*élance sur vos pas. Comment et par quel mo} eu pourrai -je m*acquitter de tout ce que je vous dois? Comptez au moins que si quelque chose peut surpasser Famitié et Testime que j'ai pour vous, ce sont les sentiments de reconnaissance avec lesquels je serai jusqu'à la lin de ma vie, etc.

LETTRE DE PHILOPATRO&

Vous me comblez de joie, mon cher ami; je suis enchanté de votre dernière lettre. Je n'ai jamais douté qu'une âme honnête

aM XVI. LETTRES SUR L'AMOUR DE LA PATRIE.

comme la vôtre ne aok im terrain propre à recevoir les semences de toutes les vertus; je suis sûr que la patrie en recueOlera les plus abondantes moissons. La nature avait tout £iit en vous; il ne fallait que développer vos sentiments. Si j*ai pu y contribuer, je m'en glorifie, car enrichir la patrie d'un bon citoyen, c'est plus que d'étendre ses frontières. Je suis, etc.

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