XIII
Le monde, dès notre naissance.
Est l'école de la souffrance:
Des instants de prospérités
Sont emportés dans la balance
Par des torrents d'adversités. Tous les temps ont fourni des spectacles tragiques , Nos malheurs ont rempli les fastes historiques. Tant l'homme est ne sujet d'un destin ennemi. Achille aux champs troyens enterra son ami, Orphée a par deux fois perdu son Eurydice , Thésée aux sombres bords laissa Pi ri thon s, Pénélope longtemps pleura son cher Ulysse»
La mort de Scipion foudroya Lélius.
Cicéron , désolé du trépas de Tullie , Prétend que sa tombe ennoblie Se transforme en un temple où vivront ses vertus, Et cette attente encor ne put être remplie:
Ses cendres, son tombeau, rien n'en existe plus. Nous sommes tous soumis à cette loi commune, Tout homme du malheur sans cesse est menacé; Le temps présent est tel qu'était le temps passé. Que n'ai -je point, 6 Dieu! souffert de l'infortune! A quel désastre, ô ciel! m'avez. -vous exposé! De mes pleura mille fois je me suis arrosé.
O jour de désespoir! jour affreux de colère!
Mes propres yeux ont vu dans l'horreur du tombeau
A pas lents descendre ma mère ; D'une sœur* qui m'était si fidèle et si chère Je vis pour mon supplice éteindre le flambeau ;
Des amis que j'aimais naguère Se sont évanouis comme une ombre légère, Et je respire encore, en les ayant perdus.
Mais en vain de leur sort mon cœur se désespère,
Malgré tous mes cris superflus, On ne ranime point ce qui n'existe plus.
Telle est ma triste expérience;
' l)p Bairoiilli. (Voyez t. XII. p. 8o-o3. 180 et iSfi.l
A MA SŒUR AMÉLIE
Je le sens trop, et je connais L'anéantissement où plonge la souffrance ; Je ne blâme donc point vos vertueux regrets.
Pensez, ma sœur, pensez, en répandant des larmes, Que l'objet de vos pleurs, ombragé de cyprès, JN'a rien à redouter des terreurs, des alarmes;
Rien ne peut altérer sa paix.
Si j'avais le secret de ranimer sa cendre, Si son âme pouvait vous voir et vous entendre,
Ah ! ma sœur, elle vous dirait :
«Princesse, modérez une douleur si tendre «Pour un fantôme, hélas! qui fuit et disparaît. «Cette douleur un jour peut vous être cruelle, «Un corps débile et faible a tout à craindre d'elle, « Par le chagrin rongeur la santé se tarit; «Si vous en éprouvez l'atteinte la plus frêle,
« C'est une blessure mortelle
« Pour un frère qui vous chérit »
A peine, ma sœur, je respire; Veuille le ciel pour vous exaucer mes souhaits !
Les morts ont le droit de tout dire,
Moi, je vous respecte et me tais.
A Potsdam et à la Vigne,» ce i3 avril i; Voyei t. X , p. xiti , Avertissement de V Éditeur.
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