‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 39 sur 104 · EN PASSANT, LA NUIT, SOUS SA FENÊTRE POUR ALLER EN SILÉSIE · texte numérisé non relu

EN PASSANT, LA NUIT, SOUS SA FENÊTRE POUR ALLER EN SILÉSIE

Sommeil, auteur du doux repos, Restaurateur divin de la santé perdue,

Répands et jette tes pavots Sur les yeux de ma sœur, dans son lit étendue.

Fais voltiger sur son chevet

Les rêves les plus agréables; Quelle entende , en rêvant, les voix, sur son duvet, Des nymphes d'Apollon, de sirènes aimables,

Chantant en chœur et d'un son net

La tablature chromatique

Du contrapunto pathétique,

Mêlé des plus savants motets ,

Tous harmoniques et bien faits.

Qu'aucun rêve effrayant n'altère Ou n'échauffe son sang en sa course ordinaire ;

Que la santé, dès son réveil,

Et la vigueur, sa sœur cadette,

L'accompagnent à sa toilette, Demain, dès que le jour finira son sommeil.

Pour moi, que le destin lutine, Toujours dans des travaux , toujours forcé d'errer,

7 8 A MA SŒUR AMÉLIE

De fatiguer sans fin ayant pris la routine,

Je consens que Morphée ose encor me frustrer

Du doux repos, ma sœur, que mon cœur vous destine;

Et si vous en jouissiez, Mes veilles et mes soins seraient tous oubliés.

Puissiez -vous donc dans votre asile,

Loin du fracas, loin de l'ennui,

En conservant l'âme tranquille, Passer des jours heureux et de plus douces nuits. Pensant, ma sœur, que partout où je suis,

En quelque temps que ce puisse être,

Absent, ou bien à vos genoux,

L'attachement ne peut s'accroître , Que jusques au tombeau je conserve pour vous!

(Août 1772.)

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