‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 64 sur 104 · AU COMTE DE HODITZ · texte numérisé non relu

AU COMTE DE HODITZ

Et d'un cœur magnanime abandonnons à d'autres Ces plaisirs enchanteurs qui ne sont plus les nôtres.

La nature abondante et prodigue en ses dons Nous en a dispensé pour toutes les saisons :

Au printemps de nos jours, heureux temps d'innocence, La joie est dans les pieds, on court, on saute, on danse; Bientôt le plaisir monte, et les adolescents Au centre de leur corps ont le siège des sens ; Au midi de nos jours, ce feu s'élève aux têtes, Le gain, l'ambition, y causent des tempêtes; Et quand l'hiver des ans amortit notre ardeur, La raison nous enchante et fait notre bonheur. Ainsi , par une loi constante , irrévocable , La nature a voulu que tout fût variable ; Tout ce qui naît s'accroît, se mine, et se détruit, Le plus beau jour se voit succédé par la nuit. Le sage à cette loi se soumet sans murmure; 11 profite en passant des dons de la nature, 11 ne peut en hiver exiger le printemps. Mais vous, que la nature a comblé de présents, Soyez reconnaissant, à ses faveurs sensible.

Qu'un fou présomptueux , ingrat, incorrigible, Lui demande à grands cris d'augmenter ses bienfaits, Que la volupté seule ait pour lui des attraits; Comment peut- il toujours nager dans les délices? L'homme est à chaque instant au bord des précipices; Affaibli, décrépit, et surchargé de jours, Qu'il laisse loin de soi folâtrer les Amours.

Que vois-je? ah! quel regard! et qu'est-ce que m'indiq Ce visage allongé, cet air mélancolique?

Votre esprit accablé se livre au désespoir.

Avouez franchement que, sans vous émouvoir, La mâle austérité de la philosophie Répugne à votre esprit, l'abat, le mortifie.

Au lieu d'un ami vrai, vous cherchez un flatteur, Afin d'autoriser, d'aigrir votre douleur; Je voudrais la guérir, en arracher le germe,

Page 1