ODE A MON FRÈRE HENRI
Tel que d'un vol hardi s'élevant jusqu'aux nues, Déployant dans les airs ses ailes étendues ,
S'échappant à nos yeux, L'oiseau de Jupiter fend cette plaine immense Qui du monde au soleil occupe la distance,
Et perce jusqu'aux cieux;
Ou telle que l'on voit, dans l'ombre étincelante, Dans son rapide cours la comète brillante
Traverser l'horizon, En éclipsant les feux de la céleste voûte, Tracer au firmament, dans son oblique route,
Un lumineux rayon :
Tel, subjugué du dieu dont le transport m'inspire, Plein de l'enthousiasme et du fougueux délire
Qui dompte mes esprits, Je m'élance soudain des fanges de la terre Aux palais d'où les dieux font tomber leur tonnerre
Sur les humains surpris.
* Voye* t. XII, p. 1—7. et le fac-similé à la fin de ce volume.
APPENDICE
Mes accents ne sont plus ceux d'un mortel profane, C'est Apollon lui-même, animant mon organe,
Qui parle par ma voix ; Des destins éternels la volonté secrète Se dévoile à mes yeux, je deviens l'interprète
De leurs augustes lois.
O Prussiens! c'est à vous que l'oracle s'adresse, Vous, que l'acharnement d'un sort barbare oppresse
Sous cent calamités :
Sachez qu'aucun État dans sa grandeur naissante N'éprouva sans revers la course triomphante
De ses prospérités.
Rome parut souvent au bord du précipice,
Sans que pour son secours l'appui d'un dieu propice
Lui servît de patron; Les sénateurs en deuil pleuraient la république Quand Annibal, vainqueur, de ses guerriers d'Afrique
Eut écrasé Varron.
Au sein de ses dangers s'accrut son espérance; Elle maintint ses murs plutôt par sa constance
Que par ses légions.
Prêt à récompenser ce sublime courage, Mars choisit pour venger un si cruel outrage
L'aîné des Scipions.
Du Tibre désolé le démon de la guerre Porte, en passant les mers, sur l'étrangère terre Le carnage et l'horreur;