‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 68 sur 104 · a) ODE A MON FRÈRE HENRI · texte numérisé non relu

a) ODE A MON FRÈRE HENRI

Dans les champs africains l'ennemi prend la fuite, Rome fut délivrée, et Carthage réduite Sous son nouveau vainqueur.

Dans nos coupables jours, la guerre qui vous mine, Prussiens , semble annoncer la prochaine ruine

De vos vastes Etats; L'Europe frénétique, étincelant de rage, Porte dans votre cœur la flamme, le carnage,

L'horreur et le trépas.

Cette hydre, en redressant ses têtes enflammées, Vomissant des soldats, enfantant des armées,

Vient s'élancer sur vous; Le monstre vainement de vos mains triomphantes Sentit l'effort puissant; ses tètes renaissantes

Semblent braver vos coups.

Si la Haine et l'Envie, avides de leur proie, Pensent traiter Berlin comme Agamemnon Troie

Après la mort d'Hector, O peuple généreux! abattez leurs trophées; Leurs couleuvres dans peu sous vos pieds étouffées

Feront changer le sort.

C'est dans les grands dangers qu'une âme magnanime Peut déployer la force et le pouvoir sublime

Du courage d'esprit.

Qu'importe la tempête et Jupiter qui tonne?

L'homme qui, plein d'effroi, lui-même s'abandonne

Est le seul qui périt.

APPENDICE

Le souverain des dieux, de ses mains libérales, Verse sur les humains, de deux urnes égales,

Et les biens et les maux; Tandis que la nature en tout lieu répandue Fait naître en même temps la casse et la ciguë,

Le cèdre et les roseaux.

Ce mélange constant de faveurs, de disgrâces, Dans les fastes du monde éternise les traces

De nos destins cruels.

Le bonheur toujours pur, avantage trop rare, Se dérobant à nous, se garde et se prépare

Pour les dieux immortels.

Au courage obstiné la résistance cède, Un noble désespoir est Tunique remède

Aux maux désespérés; Le temps met fin à tout, rien n'est longtemps extrême, Et souvent le malheur devient la source même

Des biens tant désirés.

Les aquilons mutins d'un ormeau qu'on néglige Par leurs fougueux assauts font incliner la tige,

Qui cède pour un temps; Mais de la molle arène et du niveau de l'herbe 11 se lève, et dans peu de sa tête superbe

Il ombrage les champs.

Dans les bras d'Amphitrite, où son éclat expire. Le soleil de la terre abandonne l'empire Aux ombres de la nuit;

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