‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 7 sur 104 · É PITRE SUR LE TROP ET LE TROP PEU · texte numérisé non relu

É PITRE SUR LE TROP ET LE TROP PEU

Qui, sans jamais blesser les lois

Dont la pudeur fixa le choix, Vous laissait savourer le plaisir sans mesure! Par quel enchantement est-ce donc que je vois Qu'en quittant les sentiers où marchait Epicure,

Vous voulez qu'une raison mûre

Pèse les plaisirs à son poids?

Toute erreur, croyez-moi, dont l'attrait nous sait plaire,

Vaut mieux que le triste flambeau

De la raison qui nous éclaire.

Et qu'apprendrez -vous de nouveau Par l'œil de la raison, qui voit tout sans bandeau, Sinon qu'en général ce que le monde enserre, Tout n'est que vanité, séduction, chimère?

Nous sommes ici tous sous la sujétion

Du sceptre de l'illusion;

Choisissons donc la plus aimable,

Et qu'avec son air vénérable ,

L'importune réflexion

N'arrive qu'au sortir de table.

Allons , mettons à part toute prévention :

Trouveriez -vous hors de saison Que, si je rencontrais un plaisir sur ma route,

Ma main le cueillit sans façon?

Vous me répondriez sans doute Que votre serviteur l'a fait avec raison.

Retournez donc aux jeux, aux ris, à l'allégresse,

Aux hochets de votre printemps ;

Qu'ils remplissent tous vos moments,

C'est le conseil de la sagesse.

Et sur le trop et le trop peu Du temple d'Epidaure interrogez les dieux;

Vous apprendrez par leur prétresse Que tout paraît trop peu dans la verte jeunesse,

Et tout est trop quand on est vieux.

Faite au mois de mars 1 765. (Envoyée à Voltaire le 1 7 février 1 770.)

VERS

RECITES A SANS -SOUCI •

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