ODE A LA DUCHESSE DE BRUNSWIC
SUR LA MORT DE SON FILS LE PRINCE HENRI, TUÉ PRÈS DE HAMM DANS LA CAMPAGNE DE 1761.*
O jour de sang, de deuil, de regrets et de larmes! Les crimes insolents, échappés des enfers, Amènent les moments de terreurs et d'alarmes; Que de fléaux unis désolent l'univers!
L'aurore et le couchant, l'Océan et la terre Aux funestes lueurs des flambeaux de la guerre
Contemplent leurs malheurs.
Un cruel brigandage,
La fureur du carnage,
Ont étouffé les mœurs.
L'ardeur de dominer, la soif de la vengeance, Remplissent l'univers de leurs poisons mortels; La loi, c'est le pouvoir; le droit, la violence; Il n'est rien de sacré pour des cœurs criminels. • Voye* t. XII, p. 3o— 35.
APPENDICE
Les yeux élincelants de rage et de furie ,
Les chefs, de leurs guerriers lâchant la barbarie,
Dévastent les Etats.
Rois, quand je vous contemple,
Je vois que votre exemple
Produit ces attentat*.
Oppresseurs des humains, sanguinaires monarques, D'esclaves prosternés souverains odieux , Vous, dont l'orgueil séduit, malgré tant d'Aristarques, Déguisant vos forfaits, vous travestit en dieux, Jusqu'à quand verrons -nous vos discordes fatales, Vos désirs effrénés , vos haines infernales
Continuer leur cours,
Nourrir nos incendies,
Tramer des perfidies
Qui dégradent nos jours?
Est-ce pour vos fureurs qu'un flatteur vous compare, Dans sa fausse éloquence, aux êtres immortels, Vous, qu'on dirait vomis des gouffres du Ténare, Nés d'esprits malfaisants, inhumains et cruels? Éblouis de l'éclat de votre rang suprême, Et trop préoccupés de l'amour de vous-même,
Vous vous idolâtrez;
En vain ils vous abusent,
Vos crimes vous accusent,
Et vous font abhorrer.
De ces dieux irrités que vous couvrez d'outrage Les traits sont effacés de vos cœurs malfaisants; Leur courroux n'a jamais attiré notre hommage, Mais leur seule bonté mérita notre encens.