III. ODE A LA DUCHESSE DE BRUNSWIC
Désoler les cités et les réduire en poudre, C'est dérober aux dieux le redoutable foudre
Dont ils arment leurs bras.
Ah! consolez la terre,
Et bannissez la guerre
De ces tristes climats.
Où tendent ces complots que des ressorts iniques Font mouvoir à l'envi de vos conseils hautains? Téméraires mortels, aveugles politiques, Vous croirez -vous toujours arbitres des destins? N'apprendrez -vous jamais par tant d'expérience Combien tous les desseins d'une vaine prudence
Aux revers sont sujets ,
Et que de la fortune
L'inconstance commune
Renverse vos projets?
Quels siècles ont produit des mœurs plus détestables Que cet âge fécond en crimes, en forfaits?
Des pays saccagés, des rois impitoyables, Oppressant l'univers foudroyé par leurs traits? L'intérêt et l'orgueil sont leurs dieux en ce monde ; Que du sang des humains le torrent nous inonde,
Leurs jours sont trop payés
Des tyrans qui gouvernent,
Si leurs regards discernent
Les morts sous leurs lauriers.
Parcourez ces recueils d'exploits et de batailles; Ces monuments d'audace et d'intrépidité Ne vous fourniront point autant de funérailles Que ce lustre écoulé ne nous en a coûté.
APPENDICE
Cette terre, de sang, de carnage abreuvée, Cette foule de morts à nos yeux enlevée,
Atteste nos regrets,
Et tics pompes funèbres
Couvrent nos faits célèbres
De lugubres cyprès.
Vous cimentez d'un sang à vos regards servile Votre gloire abhorrée, atroces conquérants.
Les humains sont -ils donc d'une espèce assez vile Pour servir de jouets aux fureurs des tyrans? Cruels ambitieux, vos cœurs nés pour les crimes, Offrant à la fortune un nombre de victimes,
Méprisent ces soldats
Qui, semblables aux marques,
Ne servent aux monarques
Qu'à gagner des États.
Ces peuples éplorés, ces femmes désolées
Par des sanglots amers réclament leurs enfants;
D'aussi vives douleurs sont -elles consolées
En recueillant des morts les tristes ossements?
Rois, entendez leurs cris, que vos cœurs en gémissent :
Ces imprécations dont elles vous maudissent
Sont le prix réservé
Au cœur dur et farouche
Qu'aucun malheur ne touche
Qu'il n'a point éprouvé.
Je te perds donc aussi , doux espoir de ma vie , Prince aimable, que Mars aurait dû préserver Des flèches du trépas que lançait en furie Ce parricide bras que ton cœur sut braver!