‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 77 sur 104 · III. ODE A LA DUCHESSE DE BRUNSWIC · texte numérisé non relu

III. ODE A LA DUCHESSE DE BRUNSWIC

Désoler les cités et les réduire en poudre, C'est dérober aux dieux le redoutable foudre

Dont ils arment leurs bras.

Ah! consolez la terre,

Et bannissez la guerre

De ces tristes climats.

Où tendent ces complots que des ressorts iniques Font mouvoir à l'envi de vos conseils hautains? Téméraires mortels, aveugles politiques, Vous croirez -vous toujours arbitres des destins? N'apprendrez -vous jamais par tant d'expérience Combien tous les desseins d'une vaine prudence

Aux revers sont sujets ,

Et que de la fortune

L'inconstance commune

Renverse vos projets?

Quels siècles ont produit des mœurs plus détestables Que cet âge fécond en crimes, en forfaits?

Des pays saccagés, des rois impitoyables, Oppressant l'univers foudroyé par leurs traits? L'intérêt et l'orgueil sont leurs dieux en ce monde ; Que du sang des humains le torrent nous inonde,

Leurs jours sont trop payés

Des tyrans qui gouvernent,

Si leurs regards discernent

Les morts sous leurs lauriers.

Parcourez ces recueils d'exploits et de batailles; Ces monuments d'audace et d'intrépidité Ne vous fourniront point autant de funérailles Que ce lustre écoulé ne nous en a coûté.

APPENDICE

Cette terre, de sang, de carnage abreuvée, Cette foule de morts à nos yeux enlevée,

Atteste nos regrets,

Et tics pompes funèbres

Couvrent nos faits célèbres

De lugubres cyprès.

Vous cimentez d'un sang à vos regards servile Votre gloire abhorrée, atroces conquérants.

Les humains sont -ils donc d'une espèce assez vile Pour servir de jouets aux fureurs des tyrans? Cruels ambitieux, vos cœurs nés pour les crimes, Offrant à la fortune un nombre de victimes,

Méprisent ces soldats

Qui, semblables aux marques,

Ne servent aux monarques

Qu'à gagner des États.

Ces peuples éplorés, ces femmes désolées

Par des sanglots amers réclament leurs enfants;

D'aussi vives douleurs sont -elles consolées

En recueillant des morts les tristes ossements?

Rois, entendez leurs cris, que vos cœurs en gémissent :

Ces imprécations dont elles vous maudissent

Sont le prix réservé

Au cœur dur et farouche

Qu'aucun malheur ne touche

Qu'il n'a point éprouvé.

Je te perds donc aussi , doux espoir de ma vie , Prince aimable, que Mars aurait dû préserver Des flèches du trépas que lançait en furie Ce parricide bras que ton cœur sut braver!

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