‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 86 sur 104 · ÉPITRE A MA SOEUR DE BAIREUTH · texte numérisé non relu

ÉPITRE A MA SOEUR DE BAIREUTH

sœur, de tout temps l'homme, peu raisonnable, Languit stupidement sous le joug de ses sens; Des foudres enflammés la crainte formidable Lui fit sur des autels allumer son encens.

Tout objet merveilleux lui parut adorable, Sa peur créa des dieux de tous les éléments; On vit des bois exprès consacrés aux Furies, Sous le nom d'Amphitrite on adora les mers, L'éther devint Saturne, et tant d'idolâtries Durent leur origine aux terreurs des enfers.

Ceux que l'ambition dévora de sa rage, Que leur force excitait à dompter leurs égaux, Brillants par leurs exploits, brillants par leur courage, A des peuples grossiers parurent des héros.

Dès lors l'apothéose eut des routes aisées, Le ciel, tout étonné de ces cultes nouveaux, Fut peuplé de mortels , de plantes , d'animaux ; Et si quelques vertus furent divinisées, Les vices à leur tour trouvèrent des dévots.

Mais parmi tant de dieux que s'était forgés l'homme, » Voyez t. XII, p. 89-93.

APPENDICE

Auxquels la folle erreur avait sacrifié,

On ne trouve, à Memphis, dans Athènes, dans Rome,

Aucun culte à l'honneur du dieu de l'amitié,

Seul être, s'il en fut, qui méritât des temples;

Tant le peuple ignorant, facile à s'égarer,

Confond ce qu'il doit craindre ou qu'il doit adorer.

Mais l'univers alors manquait de grands exemples;

Le fidèle Euryale expirant pour Nisus ,

Thésée aux bords du Styx suivant Pirithoûs,

Ces beaux noms, ces héros, leurs fastes respectables,

Ne subsistaient que dans les fables.

Pour donner du lustre aux vertus,

11 faut des faits plus véritables

Et des exemples plus connus.

Vous, ma divine sœur, que j'honore et révère, Dont mon orgueil séduit se vante d'être frère, Si Delphes, si Colchos, dans leurs temps fortunés, Avaient trouvé chez eux une vertu si rare, Les temples, les saints lieux, de festons couronnés, Les peuples empressés, à vos pieds prosternés, La génisse expirant sous un glaive barbare, Vous eussent confirmé l'hommage des mortels;

Et bientôt leur reconnaissance, Des dons de l'amitié connaissant l'excellence, Vous aurait sous son nom dédié des autels.

Qui sentit mieux que moi sa bénigne influence? Dans mes jours fortunés ou dans ma décadence Vous goûtiez mon bonheur, vous pleuriez mes revers. Quoi! pourrais -je oublier cette amitié constante, Sensible, secourable, et toujours agissante, Qui me récompensait des maux que j'ai soufferts? O vous, mon seul refuge! à mon port, mon asile! Votre voix étouffait ma douleur indocile , Et, fort de vos vertus, je bravais l'univers. A combien de dangers votre âme généreuse

S'exposa pour me secourir,

Moi, qui préférais de périr

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