‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 91 sur 104 · VII. LETTRE A VOLTAIRE. i · texte numérisé non relu

VII. LETTRE A VOLTAIRE. i

Jusqu'en ses fondements sapé par les Anglais ; Couvrant tous ces objets d'un voile de prudence, Et lâchant quelques mots remplis de complaisance,

Au genre humain rendra la paix.

Et moi, quittant l'harnais, et le casque, etl'épée,

De trop de sang humain trempée,

Je partirai soudain d'ici ;

J'irai , consolant ma vieillesse

Par l'étude de la sagesse,

M'ensevelir à Sans -Souci.

Ce lieu me vaut les Délices.* Par illusion je croirai vivre hors le grand monde, et quelquefois j'y serai solitaire. Jouissez de votre ermitage. Ne troublez pas les cendres de ceux qui reposent au tombeau; que la mort au moins mette fin à vos injustes haines. Pensez que les rois, après s'être longtemps battus, font enfin la paix; ne pourrez- vous jamais la faire? Je crois que vous seriez capable, comme Orphée, de descendre aux enfers, non pas pour fléchir Pluton, non pas pour ramener la belle Emilie, mais pour poursuivre dans ce séjour de douleur un ennemi que votre rancune n'a que trop persécuté dans ce monde. Sacrifiezmoi votre vengeance, ou plutôt immolez -la à votre réputation. Que le plus grand génie de la France soit aussi l'homme le plus généreux de sa nation. La vertu, votre devoir, vous parlent par ma bouche; n'y soyez pas insensible, et faites une action digne des belles maximes que vous débitez avec tant d'élégance et de force dans vos ouvrages. Nous touchons à la fin de notre campagne; elle sera bonne, et je vous écrirai, dans une huitaine de jours, de Dresde, avec plus de tranquillité et de suite qu'à présent. Adieu, négociez, travaillez, jouissez, écrivez en paix, et que le dieu des philosophes, en vous inspirant des sentiments plus doux, vous conserve comme le plus bel organe de la raison et de la vérité.

Federic.

» Nom d'une terre que Voltaire possédait près du lac de Genève , et où il alla demeurer au mois de mars 1 755.

176 APPENDICE

ÉPITRE A D ALEMBERTV

SUR CE QU'ON AVAIT DÉFENDU L'ENCYCLOPÉDIE ET BRÛLÉ SES OUVRAGES EN FRANCE.

Un sénat de Midas en étoie, en soutane,

Du mensonge stupide organe, A, nous dit -on, proscrit vos immortels écrits;

Son imbécillité condamne

Au feu messieurs les beaux esprits :

La superstition, l'erreur et l'ignorance Sont- ils de la raison les juges à Paris?

Avec quelle fureur, avec quelle impudence Ces prêtres de Baal, que l'enfer a vomis, Étouffant le bon sens, poignardant la science, Ont sur l'art de penser, à leur arrêt soumis, Exercé les horreurs de la Saint -Barthélémy!

Barbares Visigoths, qu'osez -vous entreprendre? Opprobre de nos jours, votre férocité

Vous empêche donc de comprendre Que, malgré les complots de votre iniquité,

La raison et la vérité

• Voye* t. XII, p. 129— i3i.

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