‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 95 sur 104 · LE CAMP DU ROI · texte numérisé non relu

LE CAMP DU ROI

Au camp de Bunsclwitz. •»

Ou philosophe des marquis,

Du Provençal le plus fidèle,

Il ne m'est, d'un grand mois, transcrit

Billet, écriture ou nouvelle.

Ce n'est plus lui que je querelle,

Mais ce vil amas de brigands,

De barbares qui tous les ans

Viennent, au milieu de l'automne,

Des riches faveurs de Pomone

Dépouiller nos fertiles champs.

Ainsi qu'un ténébreux nuage Qui renferme en. ses flancs affreux Les éclairs, la grêle et l'orage, Devancé du bruyant ravage Des aquilons impétueux, Cet infâme essaim de barbares ,

* Voyea t. Xll, p. 16a — 167.

•» Voyex t. V, p. 1 a3.

APPENDICE

De nos troupeaux, de nos trésors Pillards et ravisseurs avares, Ont inondé ces tristes bords, Précédés par les nombreux corps Des Cosaques et des Tartares; L'horreur des dévastations, Le désespoir et la ruine, Les misères et la famine Accompagnent leurs bataillons.

Bientôt leur vaste multitude, Jointe au corps du brutal Loudon.

Nous entoure avec promptitude, Et nous enferme d'un cordon.

CeButurlin, ce sacrilège, Environné d'Autrichiens, Dit: «Allons donc, que Ton assiège • Ces redoutables Prussiens ; «Us sont tombés dans notre piège; «Vive l'esprit des Russiens!»

Mais le dieu de l'intelligence, Qui n'entre point dans les conseils Des Midas et de leurs pareils, Leur envoie dans son absence La Folie avec ses grelots, Digne d'endoctriner des sots.

Chez nous, l'active vigilance, L'honneur et la persévérance, Tous les matins, au trait vermeil Que dardait la naissante Aurore, De nos yeux tout prêts à se clore Chassait les pavots du sommeil; Et Mars, qui, selon sa coutume.

Se rit d'un catarrhe ou d'un rhume Gagné dans ses champs périlleux, Au lieu de la douillette plume, Nous fournit des lits plus pompeux Que n'ont les courtisans oiseux

ÉPITRE AU MARQUIS D'ARGENS

Qui, des voluptés de Versailles, En étourdis, de nos batailles Se font les juges sourcilleux.

Une colline en batterie, Monument de notre industrie, Fut le magnifique palais Où des javelles que sans frais Amassait une main guerrière, Sans raffinement, sans apprêts, Nous servaient de douce litière; La terre portait notre faix, Et des cieux l'immense carrière A nos beaux lits formait le dais.

Là, quinze jours, et plus encore, Nous vîmes la naissante Aurore, A sa toilette le matin, Se parer, d'un air enfantin , Et de rubis, et d'émeraudes, Scrupuleuse à suivre les modes Dont Paris inonde Berlin ; Et tous les soirs, au crépuscule, Tant que dura la canicule, On nous vit, sans nous relâcher, Assister au petit coucher De Phébus, qui près d'Amphitrite, La nuit, va rendre sa visite.

Enfin, marquis, par le hasard, Ou bien quel qu'en soit le principe, Des barbares l'épais brouillard En moins d'un clin d'œil se dissipe.

Où sont ces brigands qu'ont vomis Les bords glacés du Tanaïs, Les marais empestés du Phase, Ou les cavernes du Caucase?

Je n'aperçois plus d'ennemis.

Les voyez -vous qui sans scrupule S'en vont fuyant vers la Vistule,

APPENDICE

Pour cacher la honte et l'affront Dont on a fait rougir leur front?

Qu'ils retournent dans leur repaire, Chez les farouches animaux , Et qu'ils déchargent leur colère Sur cette engeance sanguinaire D'ours et de tigres, leurs égaux.

Pour Loudon, ce vaillant Achille, Ce Loudon, auquel le concile Et le pape auraient accordé L'épée et la toque bénite Dont on décora le mérite De Daun, à présent brocardé, Loudon et sa troupe dorée, Et ses soldats et ses archers, Se sont une belle soirée Blottis derrière des rochers Où nous n'irons pas les chercher.

Tels sont les gestes véridiques Et tous les exploits héroïques Qu'ont vus les champs silésiens Des Russes et des Prussiens.

Mais tandis que ma muse accorte Très - succinctement vous rapporte Les prouesses de nos soldats, Subitement devant ma porte Arrive, avec un grand fracas, Cette bavarde à l'aile prompte Qui toujours parle, et nous raconte Ce qu'elle sait ou ne sait pas, Et qui divulgue sur ses pas La gloire tout comme la honte Des belles et des potentats.

Cette rapide renommée, Dont l'homme le plus éventé Et le sage avec gravité Convoitent si fort la fumée,

ÉPITRE AU MARQUIS D'ARGENS

Nous apprend par des bruits confus Que Daun et Broglie sont battus.

D'abord je me peins en idée, Couvert de lauriers et de sang, Haussé d'une demi -coudée, Notre superbe Ferdinand; Puis je me représente en Saxe Monseigneur le prince Henri, Qui se pavane sur son axe, Appuyé sur son favori.

C'est ainsi que le ciel se joue De ce que l'bomme croit prévoir; Ce plan où se De l'alliance, qui l'avoue, Et que Loudon sans insister Sur nous devait exécuter, Ce plan dans un clin d'œil échoue.

Ceci rappelle à mes esprits Le conte dont je fus nourri, Dans ma jeunesse errante et vaine, Du fameux mont de La Fontaine, Qui, parmi le bruit et les cris, Et du travail d'enfant en peine, N'accoucha que d'une souris.

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