DE LA REINE
Schonhauscn, 9 août 1756.
Sire,
C'est en souhaitant que vous jouissiez d'une santé parfaite que j'écris celle-ci, charmée d'avoir eu le bonheur de vous voir bien
» Le 1 1 juillet 1754, la reine Klisabeth alla voir au château d'Oranienbourg sa s<rur la Princesse de Prusse. Voyc* Bcrlinischc JVachrichtcn von Staats- und gelehrten Sachen, 1754, n° 84-
portant,3 mais le cœur bien sensible et bien chagrin quand je pense que peut-être on aura le chagrin de vous voir partir pour plus loin; je n'ose y penser. Dieu veuille vous conserver et donner dans peu la paix et tranquillité, et couronner de gloire et de bonheur toutes vos louables entreprises, et que le tout se change pour votre satisfaction ! Ce sont les vœux bien sincères qui partent d'un cœur tout attache et dévoué à vous, et plein d'une amitié tendre et sincère, mais aussi bien pénétré de douleur et d'affliction, quand je pense que peut-être nous vous voyons de nouveau bientôt affronter les dangers; je n'ose y penser sans une douleur mortelle. Pardonnez que je vous importune par mes plaintes et lamentations, mais j'en ai l'esprit si rempli et le cœur si pénétré, que cela l'a emporté sur le silence auquel je m'étais vouée ; et comme à l'unique qui cause mes craintes, j'ose bien décharger mon cœur, et vous êtes trop gracieux pour ne point me le pardonner et entrer dans ma juste douleur. Je me recommande dans l'honneur de vos bonnes grâces et bienveillance , qui suis avec le plus parfait attachement, entier dévouement et toute la tendresse imaginable, etc.
4ç). A LA HEINE.
(Août 1756.)
Madamk,
La multitude des affaires m'a empêché de vous écrire jusqu'ici; c'est donc pour prendre congé de vous que je vous adresse cette lettre, en vous souhaitant santé et contentement pendant les troubles qui vont s'élever.
Je suis, etc.
» Frédéric était venu à Berlin le 7 «où! . rl il était retourne à l'oK-l.ini le lendemain matin.
3o I. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
5o. A LA MÊME.
Près de Breslau, 17 (décembre 1757).
Madame,
Je vous remercie de la lettre que vous avez écrite au Duc votre frère; rien n'était plus nécessaire que de l'encourager dans la situation présente , et rien ne pouvait être plus mal à propos que la résolution qu'il avait prise. Il y a apparence qu'à présent nous pourrons tous nous soutenir sans bassesse et sans avoir recours à des voies flétrissantes; c'est le moment où il est naturel d'avoir de la constance et de la fermeté , et certainement cela en vaut la peine. Je suis, madame, avec bien de l'estime, etc.
5i. DE LA REINE.
Berlin, 1 a juin 1758.
SlHE,
Ouellc triste circonstance me fait prendre la plume à la main pour vous mander la mort du Prince de Prusse,* qui s'est faite ce matin à trois heures et demie au matin! Je vous en fais mes compliments de condoléance de la mort du prince. D'abord après l'avoir apprise, je me suis rendue ici pour voir comment l'annoncer à ma sœur, surtout dans les circonstances dans lesquelles elle se trouve, pour que cela ne lui fasse point de mal, et, s'il est possible, pour conserver le fruit qu'elle porte. Elle ne le sait pas encore. Je la recommande, en attendant quelle pourra écrire elle - même , dans l'honneur de vos bonnes grâces et protection , n'ayant, après la grande perte qu'elle a faite, que vous pour son soutien et protecteur. Je serai au palais, mais ma sœur ne le sait pas encore; médecin et tout ce qu'il faut est ici. Dieu veuille
• Vcncx t. IV, p. aaa. Le Prince de Prusse mourut à son château d'Oranienbourg.
AVEC LA REINE SA FEMME. 3i
vous donner de la santé , et vous conserver jusqu'à Tàgc le plus reculé de la vie humaine, pour le bonheur de vos sujets et en particulier pour celui de celle dont tout le bonheur en dépend! Je me recommande dans vos bonnes grâces, qui suis avec le plus parfait attachement, entier dévouement et toute la tendresse imaginable, etc.
5a. A LA REINE.
(Camp de Prossnili) ce 19 (juin 175S).
Madame ,
\ ous avez très -bien fait de cacher à ma belle -sœur la grande perte qu'elle vient de faire, et je ne doute pas que vous userez de toute la circonspection possible pour la lui apprendre. En même temps, vous lui direz qu'on ne saurait être plus sensiblement touché de ce malheur que je le suis , et que je contribuerai en tout ce qui dépendra de moi à son bonheur, et que par mon amitié je tâcherai d'adoucir l'affliction de sa perte, autant que de pareilles pertes peuvent être adoucies; que ses enfants, je les regarde comme les miens, et qu'elle peut compter que j'en aurai le plus grand soin , gardant l'image de mon pauvre frère imprimée au fond du cœur, dont la mort seule pourra l'effacer. Je suis, madame, avec bien de l'estime, etc. *
• On voit à la (in de l'autographe de cette lettre des traces qui semblent indiquer que le Roi pleurait en l'écrivant.
3a I. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC