‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 20 sur 81 · C.v 3o (mars · texte numérisé non relu

C.v 3o (mars

Madame.

J'ai craint avec raison que les ravages que la mort vient de fairo dans votre famille ne vous affectassent trop sensiblement, surtout parce que ces funestes coups se sont suivis de si près. Mais quel parti reste-t-il à prendre? Nous ne pouvons pas ressusciter les morts; nous ne pouvons que nous soumettre à l'ordre éternel qui assujettit nos amis, nos parents et nous-mêmes à la commune loi. A l'égard du Duc, je suis persuadé que la mort est une espèce de bonheur pour lui, car il ne faisait que traîner les restes * Le duc Charles de Bruoswic, mort le 36 mars 1780.

xxvr. 4

5o I. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

languissants de son existence ; prive de la parole depuis quatre semaines, privé de l'action de ses membres depuis quelques années, il était à charge à lui-même, et un spectacle de pitié et d'attendrissement pour ses proches. Je souhaite, madame, que ce soit le dernier chagrin domestique qui vous arrive, et que le ciel veille sur vos jours, étant avec toute l'estime possible, etc.

Ce 8 (août 1780).

Madame,

J'ai été bien aise de revoir encore le prince votre frère ici;* pourvu qu'il se ménage, j'espère que nous le conserverons encore longtemps. Je pars d'ici le i5 pour la Silésie. Les vieilles gens ne vont que clopin-clopant; mais cela n'y fait rien; il ne faut pas prendre les choses de si près. Je vous suis fort obligé de l'intérêt que vous prenez à mon individu , en vous assurant de toute l'estime avec laquelle je suis, etc.

Le 14 septembre 1780.

Madame.

Je vous suis fort obligé de votre souvenir; il faut bien que mon vieux cadavre soutienne les fatigues tant bien que mal. J'aurai le plaisir de voir ma sœur de Brunswic sur la fin de ce mois. Je crois que le Duc viendra ici quelques jours plus tôt. Je souhaite

» Le prince Ferdinand avait fait un nouveau voyage à Sans -Souci vers le milieu de juillet 1780.

AVEC LA REINE SA FEMME. 5i

que tous passiez agréablement votre temps à la campagne, en vous priant de me croire avec bien de l'estime , etc.

Le 3i mai 1781.

Madame,

Je vous suis fort obligé de la part que vous prenez à ma santé. Je me traîne comme je puis, et je me tire d'affaire tant bien que mal. Quand l'Age avance, on ne rajeunit pas; les moindres fatigues coûtent, et enfin l'on devient inutile et à charge au monde. Je ne puis rien vous dire de Brunswic, sinon que Ton s'y porte bien; je n'ai pas voulu m'y rendre cette fois, pour ne point ineommoder ma sœur et mon neveu , qui ont de nouveaux établissements à arranger pour eux, et des dettes à payer. Je pars demain pour la Prusse, en vous assurant de toute l'estime avec laquelle je suis, etc.

Le 14 septembre 1781.

Madame ,

Je vous suis très- obligé de la part que vous prenez à l'existence d'un vieux cadavre ambulant qui nécessairement doit finir bientôt. Cette année -ci est très -belle, l'été et l'automne surpassent tous les étés et les automnes que j'ai vus dans ce pays. Il faut sans doute en profiter, car le mauvais temps l'emporte de beaucoup sur les beaux jours que nous avons dans ce climat, et quand la saison le permet, Schônhausen est toujours préférable à l'air étouffant qu'on respire à Uerlin.

5a I. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Je souhaite, madame, que votre santé soit des meilleures, et que vous rendiez justice à l'estime et à la considération avec laquelle je suis, etc.

i)5. A LA MÊME.

Le a.l octobre 1781.'

Madame .

J'ai fait ce qui a dépendu de moi pour sauver le duc Louis « des mains de ses persécuteurs, parce que je suis persuadé qu'on l'accuse injustement. J'en ferais volontiers davantage, si je n'étais retenu par la forme du gouvernement de la république, auquel les voisins et autres princes n'ont aucun droit de s'immiscer; et je n'appréhende pas sans raison que mes représentations seront sans effet, car on me mande qu'il y a une fermentation assez vive dans le peuple, et l'on craint même pour la personne du stadhouder. Ces sortes d'agitations et de rumeurs, qui ne sont rien dans les monarchies, peuvent avoir de grandes suites dans les républiques; si l'on contredisait ouvertement ces bruits injurieux, on inciterait le peuple; ainsi, pour l'apaiser, il ne faut employer que des remontrances et la douceur.

Je souhaite, madame, que cette effervescence des Hollandais se dissipe , et que vous ayez lieu d'être tranquille pour le sort de votre frère.

Je suis avec la plus haute estime, etc.

• Voyei ci «dessus, p. a 3.

Ce 3o (novembre 1781).

Madame ,

Il est très -fâcheux pour moi de voir ensevelir tous mes anciens amis* les uns après les autres; mais ce qui est fait est fait, on ne revient pas contre le passé. b Ce qui me console est de les suivre bientôt.

Je suis avec toute l'estime, etc.

Le 7 mars 178a.

Je vous suis fort obligé de la lettre que vous venez de m'écrire, et de vous savoir encore en bonne santé. Je commence à ressortir de l'hôpital , mais cet hôpital n'en est pas moins le vrai palais de la caducité.

Je suis avec toute l'estime imaginable, etc.

* Peut -être s'agit- il ici du lieutenant- général de Buddenbrock , mort le 17 novembre 1781. Frédéric avait eu pour lui beaucoup d'estime et d'affection «lès sa jeunesse, et particulièrement depuis le temps où il avait vécu à Ruppin (173a) et à Kheinsberg. Voyez t. VI, p. 99, et t. IX, p. 84-

b Voyei t. XX 111, p. ag3.

Le 17 avril 1782.

Madame .

Le mauvais temps qu'il fait amène une quantité de maladies ; par bonheur, il n'y en a pas de dangereuses; ainsi j'espère que celle de mon frère Ferdinand se terminera sans risque. Le Duc a été malade des hémorroïdes; on lui a fait pour la seconde fois une opération dont il s'est heureusement tiré. Je souhaite, madame, d'apprendre toujours de bonnes nouvelles de votre part, en vous assurant de la haute considération avec laquelle je suis, etc.

Page 1