‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 29 sur 81 · XXVI. la · texte numérisé non relu

XXVI. la

puisse faire souhaiter l'exécution; mais l'amitié et le devoir m'obligent à vous faire des instances à ce sujet, et je n'aurais aucun reproche à me faire lorsque je céderais à votre volonté.

J'ai gémi à l'occasion de la mésintelligence qui a été entre vous et mon frère. Le souvenir que vous m'en donnez aggrave mes peines; mais le respect et la douleur m'imposent le silence, de sorte que je ne puis rien répondre sur ce sujet. Ma sensibilité durera, tandis que mon frère repose à l'abri de l'infortune. S'il vivait encore, je retrancherais volontiers de mes jours pour effacer le nombre de ceux où vous avez été fAché contre lui. Mais il n'est plus temps. Je supporterai avec patience mon malheur. Cependant, si la constance peut rendre l'homme maître de ses actions, elle ne doit pas étouffer le sentiment; et tandis que l'on peut renoncer au bonheur et à l'agrément de la vie, on sent toujours qu'il est dur d'en être privé, et il n'y aurait d'ailleurs point de vertu à se passer des choses indifférentes.

Ma sœur de Baireuth a été à l'extrémité. Elle ne peut pas écrire. Je crains qu elle ne relèvera pas de cette maladie. Elle ignore encore la mort de mon frère , et l'on appréhende avec raison que cette nouvelle fera évanouir le peu d'espérance que l'on a de son rétablissement.

Agréez que j'ajoute encore les sentiments de respect et d'atlachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

4o. AU PRIiN'CE HE\RI.

Klcnny. pre* de Sknlitz, 3 août 17JS.

Mon cher i rkke.

Nous avons assez d'ennemis étrangers sans vouloir nous déchirer dans notre famille. J'espère que vous rendez assez justice à mes sentiments pour ne me pas regarder comme un frère ou comme un parent dénaturé. Il s'agit à présent, mon cher frère, de conserver l'Etat, et de faire usage de tous les moyens imagi-

nables pour nous défendre contre nos ennemis. Ce que vous me dites de ma sœur de Bai re ut h me fait trembler; c'est, après notre digne mère, ce que j'ai le plus tendrement chéri dans le monde; c'est une sœur qui a mon cœur et toute ma confiance, et dont le caractère ne pourrait être payé par toutes les couronnes de l'univers. J'ai, depuis ma tendre jeunesse , été élevé avec elle ; ainsi vous pouvez compter qu'il règne entre nous deux ces liens indissolubles de la tendresse et de l'attachement pour la vie que toutes les autres liaisons et la disproportion de l'âge ne cimentent jamais. Veuille le ciel que je périsse avant elle, et que ce dernier coup ne m'ôte pas la vie sans que cependant je la perde réellement! Si je vous parlais, je vous dirais mille choses que je ne puis confier à la plume, pour vous informer en gros de ce qui se passe ici.* Vous saurez que, jusqu'à présent, je n'ai rien perdu, et que, vu les circonstances où je suis, les affaires de mon armée vont aussi bien que cela se peut. Vous direz que ce n'est pas le tout; j'en conviens. b Enfin, mon cher frère, voici un terrible temps d'épreuve pour notre pauvre famille et pour tout ce qui est prussien. Si cela dure, il faudra se munir d'un cœur d'acier pour y résister. Mais , malgré tout ce que je sens , je fais bonne raine à mauvais jeu, et je tache, autant qu'il est en moi, de ne point décourager des gens qu'il faut mener avec l'espérance et une noble confiance en eux - mêmes. Je n'ose pas poursuivre les matières que j'entame, et, de crainte d'en trop dire, je me renferme dans les assurances de la tendre amitié et de la haute estime avec laquelle je suis, mon cher frère, etc.

Si vous le pouvez, je vous conjure de faire dire de ma part à ma chère sœur de Baireuth tout ce que l'amitié la plus vive et la plus tendre pourra vous inspirer.

* Voye* t. IV, p. aoo et aoi.

b Ici le Roi avait mi* dans le texte: «Le ro*te pour le chiffre,, indiquant p*r là que le re»te de la lettre dev.iit être chiffré.

ta"

i8<» IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

4i. AU MÊME.

Griissaii , 10 août 1758.

Mon trks-ciier frkre,

Je vous prie de me garder le secret le plus absolu sur tout ce que cette lettre comprend, qui n'est que pour votre direction seule.

Je marche demain contre les Russes. Comme les événements de la guerre peuvent produire toutes sortes d'accidents, et qu'il peut m'arriver facilement d'être tué , j'ai cru de mon devoir de vous mettre au fait de mes mesures, d'autant plus que vous êtes le tuteur de notre neveu , avec une autorité illimitée.

i° Si je suis tué, il faut sur-le-champ que toutes les armées prêtent le serment de fidélité à mon neveu.

a" 11 faut continuer d'agir avec tant d'activité, que l'ennemi ne s'aperyoive d'aucun changement dans le commandement.

3° Voici le plan que j'ai actuellement: de battre les Russes à plate couture, s'il est possible; de renvoyer sur-le-champ Dohna contre les Suédois, et, pour moi, de retourner avec mon corps, soit contre la Lusacc, si l'ennemi voulait pénétrer de ce côté -là, soit de rejoindre l'année, et de détacher six ou sept mille hommes en Haute -Silésie, pour rechasscr de Ville, qui l'infeste; pour vous, de vous laisser agir selon que l'occasion se présente, votre plus grande attention devant se porter sur les projets de l'ennemi , qu'il faut toujours déranger avant qu'il parvienne à les mettre à maturité.

Pour ce qui regarde les finances, je crois devoir vous informer que tous ces dérangements qui viennent d'arriver en dernier lieu, surtout ceux que je prévois encore, m'ont obligé d'accepter les subsides anglais, qui ne seront payables que dans le mois d'octobre.

Pour la politique, il est certain que si nous soutenons bien cette campagne, l'ennemi, las, fatigué et épuisé par la guerre, sera le premier à désirer la paix; je me flatte que l'on y parviendra pendant le cours de cet hiver. Voilà tout ce que je puis vous dire des affaires, en gros; quant au détail, ce sera à vous à vous

mettre incessamment au fait de tout; mais si, incontinent après ma mort, l'on montre de l'impatience et un désir trop violent pour la paix, ce sera le moyen de l'avoir mauvaise, et d'être obligé de recevoir la loi de ceux que nous aurons vaincus.

Je dois ajouter à tout ceci mon itinéraire, pour que vous sachiez où je serai, et en quel lieu vous pourrez me trouver. Le i3, je serai à Liegnitz; le i4, entre Liiben et Rauden; le i5, repos; le 16, vers Griinberg; le 17, à ce village que je vous ai écrit,» où je veux passer l'Oder; le 18, les ponts se feront; le 19, le passage; le 20, jonction avec Dohna; et du 20 au a5, j'espère d'engager une affaire entre Méseritz et Posen.

Voilà tout ce que je suis cri état de vous dire jusqu'à présent. Vous serez incessamment informé du succès de cette opération.

Je suis, etc.D

(Plothow) ce 17 (août 1758).

Mon cher frkre ,

J'ai reçu une lettre de ma sœur, avec des nouvelles de sa santé qui ne mettent guère l'esprit en repos. « Vous pouvez juger de l'impression que tant d'appréhensions doivent jeter dans mon esprit. Enfin, mon cher frère, nous n'avons que des pertes à regretter et des pertes à craindre. Cela et les affaires qui me passent actuellement par les mains ne me mettent pas à mon aise, ni en état de faire la belle conversation. Mon frère Ferdinand a été assez mal , mais il est hors de tout danger. Quant aux affaires , je

» Tschicherzig; Frédéric oblige de changer de route, passa l'Oder à Giistebiese, le a3. Voyei t. IV, p. aoa et ao3.

*» Nous donnons dans Y Appendice de cette correspondance X Ordre de Frédéric à ses généraux, daté du camp de Ciïstrin, le aa août 1758; il en est parlé dans X Avertissement de ce volume, et t. XXV, p. 317. Nous avons cité ci -dessus, p. 85, plusieurs autres dispositions testamentaires de Frédéric.

c Frédéric parle de la lettre que sa sœur de baireuth lui avait écrite le jo août.

■ 8a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

vous renvoie à mou grimoire, vous priant d'être bien persuadé de la tendre amitié et de la considération avec laquelle je suis, etc.

J'ai oublié de vous dire que je n'ai pas pensé à faire revenir M. de Mailly; je lui écris même qu'il n'a qu'à rester chez. lui. Pour ce qui regarde Mittrowsky, a il dépendra de vous de le relâcher sur sa parole.

Pris «le Tainsel. a.i (août 17-iS).

Mon ciieh mo.rk.

«l'ai tourné les Russes toute cette matinée; je les ai attaqués à neuf heures; nous sommes restés dans un feu épouvantable jusqu'à sept heures du soir. La bataille du poste de Quartschen fut gagnée à deux heures, après quoi nous avons été sur le point d'être battus totalement; et par trois succès différents, où je n'ai pas toujours trouvé tout le secours possible dans l'infanterie , je les ai battus. Je suis très -content de la cavalerie. Je ne sais ni la perte de l'ennemi , ni la mienne. Nous avons trois lieutenantsgénéraux. On me dit dans ce moment que Fermor s'est rendu; je ne l'assure pas. Pour les canons et le reste du détail, je me réserve à vous le faire quand je le saurai. Adieu, cher frère; je suis accablé; je vous embrasse de tout mou cœur.

* Le prince Henri avait écrit à Frédéric, le a août, que le major de Roell, du régiment de» hussards de Székelv, avait fait le général Mittrowsky prisonnirr (le ag juillet) près de Dippoldiswalda ; et le i4 : "Le prince de Deux-Ponts m'a •écrit une leUre très • obligeante pour me demander que le général Mittrowsky •pût obtenir la liberté de prendre les bains de TepliU, ou du moins de pourvoir aller en Moravie, sur se* terre?., pour se soigner de la blessure qu'il a * reçue lorsqu'il fut fait prisonnier. »

AVEC LE PRINCE HENRI. i83

Tamsel, 3o *oût 1758.»

Mon très -cher frère,

«J'ai bien reçu votre lettre du 27 de ce mois, et vous pouvez compter que les avantages qui nous reviennent de la victoire remportée sur les Russes sont encore beaucoup plus considérables que nous ne les avons crus d'abord. La bataille a été fort meurtrière pour l'ennemi, car on a trouvé au delà de vingt mille hommes de ses troupes étendus sur le champ de bataille. Nous avons six généraux de prisonniers, avec soixante - treize autres officiers, et au delà de deux mille soldats, sans compter cent trois pièces d'artillerie, vingt -quatre drapeaux et étendards, et une paire de timbales, qui nous sont tombés entre les mains. Vous ferez chanter le Te Deum dans votre armée en action de grâces de la journée de Zorndorf ....

J'espère de vous donner dans peu quelques nouvelles plus intéressantes.

Ulumberg, 1 " «eptembre 1758.

Mon cher frère,

Je ne m'étonne pas que le chasseur vous ait fait une description très -confuse de la bataille du 25; pour moi, j'ai eu peine à en concevoir tous les détails. Il s'y est passé tant de choses inouïes , qu'on doit avoir beaucoup de difficulté à combiner tant de différents faits. Vous serez informé de tout; mais ce qui est trèsvrai et ce qui parait incroyable, c'est que l'ennemi a eu vingt-six mille morts sur la place; que nous avons deux mille de ses prisonniers; qu'il traîne encore dix mille blessés avec lui; qu'il a

• Voyci t. XVI, p. mu et xiv, article II, et p. au.

i84 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

été, le jour de l'action, quatre -vingt mille hommes, et moi trente -sept mille; que huit mille hommes commandés par un Romanzofî et Soltykoff se sont retirés de Schwedt, Stargard et Soldin, avec Fermor, à Landsberg; que dans peu de jours il n'y aura plus de Russes dans le pays. Quant aux détails, j'ai la carte du lieu, je sais toutes les circonstances; mais des raisons que vous approuverez en temps et lieu m'empêchent de vous en faire tous les détails. Bref, les Autrichiens sont de tous nos ennemis ceux qui entendent le mieux la guerre, les Russes les plus féroces , et les Français les plus légers. Je ne saurais vous faire une idée de toutes les barbaries que ces infâmes commettent, et les cheveux m'en dressent à la tête; ils égorgent des femmes et des enfants, ils mutilent les membres des malheureux qu'ils attrapent: ils pillent, ils brûlent; enfin ce sont des horreurs qu'un cœur sensible ne supporte qu'avec la plus cruelle amertume. Si le terrain n'était pas aussi difficile dans ces contrées, j'aurais pu mettre une fin plus prompte à tant de calamités; mais les considérations qui m'arrêtent sont valables, et je me flatte que nos malheurs tirent à leur fin. Voilà , mon cher frère , tout ce que je puis vous dire à présent pour satisfaire votre curiosité. Ma cavalerie a fait des merveilles et des prodiges; mon infanterie que j'ai amenée de Silésic, de même. Je vous embrasse de tout mon cœur, vous assurant-de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.

ELsterwcrdu , 8 septembre 1 758.

Mon cheii fhèhe ,

Vous voyez que nous n'avons pas tardé de vous secourir; cela n'aurait pas été cependant aussitôt, si les Russes ne se fussent retirés le 2. Je les ai encore suivis jusqu'à un petit mille de Landsberg, où j'ai laissé mon armée dans les forêts. Comme ce pays n'est pas propre pour la poursuite ni pour rien, j'ai laissé la

besogne des Russes à Dohna, et je suis accouru à votre secours. Dans sept jours nous avons fait vingt-quatre milles d'Allemagne , et nous sommes, je vous assure, en état de combattre et de bien combattre, pourvu que la grosse Excellence de Kolin veuille y prêter le collet. J'ai parlé sur mon passage à ma sœur Amélie , qui ma chargé de vous faire mille amitiés ; comme il est trèsproblématique, jusqu'à présent, si nous pourrons nous voir ou non, j'ai toutefois voulu m'acquitter de ma commission. Je vous embrasse, mon cher frère, bien tendrement, vous priant de me croire avec la plus parfaite tendresse et estime , etc.

Voici une lettre pour le margrave de Baireuth.

Gross-Dëbritx, 10 (septembre 1738).

Mon cher frère,

J'ai aujourd'hui reçu toutes vos lettres; mais les chasseurs , au lieu de prendre le chemin le plus court, ont pris de grands détours, ce qui me les a fait tenir plus tard. Veuille le ciel que Daun passe la rivière, et qu'il ait ordre de tenter quelque chose! Ce serait mon salut. J'envoie Wensen* à Dresde, pour que je trouve la munition qui me sera nécessaire. Il en faut beaucoup , parce que malheureusement nos coions , dans le milieu de l'action, disent qu'ils n'ont point de poudre; ils la tirent mal à propos pour s'en défaire , de sorte que dans toutes les actions , à présent, j'ai un Pulverwagenh derrière chaque bataillon.

Vous me dites que votre terrain est trop étendu; occupez bien la première ligne, et si l'ennemi passe la rivière, o j'aurai soin de la seconde et de la réserve.

■ Probablement le capitaine Wcndcssen, aide «le camp du Roi; il fut blesse à mort à la bataille de Kunersdorf.

b Char de munition.

« Vraisemblablement la Weseniti, ou Wessnitz.

i86 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Je dînerai demain chez vous, à Dresde, si vous le voulez bien. Je n'amènerai que Seydlitz avec moi , et si vous pouvez en sùrelé vous absenter du camp pour deux heures , je vous prie de venir à Dresde, mais de prendre en même temps de si bonnes mesures, que vous soyez d'heure en heure informé des moindres mouvements des ennemis. Mon camp de toute l'armée sera demain à un quart de mille de Kaditz. Adieu , mon cher frère ; je me réjouis véritablement de vous revoir, et vous prie d'être persuadé de la parfaite tendresse avec laquelle je suis, etc.

(Gross-) Dobritx, 10 septembre 1758.

Mon très -cher frère,

J'ai eu le plaisir de recevoir toutes vos lettres. Je marcherai demain vers Dresde à un mille de la ville, pour couvrir ma marche et empêcher que l'ennemi ne devine mon dessein. Je viendrai à midi à Dresde avec Seydlitz ; si rien ne vous en empêche , venez-y aussi; nous pourrons dîner tous trois ensemble et, cela fait, aller et vaquer chacun de son côté à sa besogne. L'on s'explique mieux dans un quart d'heure de conversation que dans six pages d'écriture. Si vous avez un quartier à Dresde, j'y viendrai, et nous serons tous deux tout seuls. Je serai charmé de vous revoir, cela me fera un sensible plaisir; mais ne partez qu'à onze heures de votre camp. Adieu, cher frère.

Ce 11 (la septembre 1708).

.... Je vous rends mille grâces de l'agréable journée que vous m'avez fait passer hier. Excepté le moment où j'ai vu ma sœur Amélie, il ne m'est rien arrivé depuis six mois qui m'ait fait autant de plaisir. Ne doutez point, mon cher frère, de la tendre amitié et de la haute estime avec laquelle je suis jusqu'au tombeau, mon cher frère, etc.

5o. AU MEME.

(Schnnfeld) ce 19 (septembre ijôN).

.... Les Suédois ont eu une émeute dans leur armée ; les Dalécarliens n'ont pas voulu attaquer un poste où il y avait de mes troupes. Hamilton les a voulu décimer, sur quoi beaucoup de régiments ont pris les armes; ils ont forcé les prisons, et sont parvenus à retirer et sauver les coupables. Depuis ce temps , il y a plus de douze de leurs officiers qui se sont entre -coupé la gorge. L'équité naturelle ne règne donc plus de nos temps que chez les Dalécarles, et ces gens, tout rustres qu'ils sont, font la leçon des procédés à l'Europe. Eh quoi! ces nations policées, ces peuples éclairés par la philosophie, ces hommes mous et efféminés sont plus durs, plus injustes et plus féroces que les barbares mêmes! Dans quel temps vivons -nous, mon cher frère! Les proscriptions des triumvirs, la guerre de trente ans n'a rien fourni de plus affreux, de plus cruel que la guerre que nous avons à soutenir. L'on force nos parents, que dis -je? notre propre sang * à se déclarer contre nous. La méchanceté de nos

• La reine de Suéde

ennemis est parvenue à son comble. Quand verrons -nous la fin de tant de perfidies , d'horreurs , de trahisons, de meurtres, d'embrasements, de dévastations et de cruautés? Mais je m'arrête là; il n'est pas temps de déplorer nos malheurs, il ne faut songer qu'à y apporter un prompt remède. Nous y ferons ce que nous pourrons, et, quoi qu'il arrive, ne doutez jamais des sentiments de tendresse et de haute estime avec lesquels je suis , mon cher frère, etc.

Si. AU MÊME.

(Schiînfeld) ce ao (septembre 1758).

Mon très -cher frère,

Xi suffît de ne nous être pas trompés dans notre projet pour déranger les subsistances de l'ennemi. Il faudra continuer sur ce plan, et à la longue cela mènera à quelque chose. La diversion des Turcs* est une espérance éloignée qui ne guérirait pas notre mal présent. Les lettres de Baireuthh me mettent au désespoir. Je suis bien malheureux depuis deux ans ; il ne faut plus qu'une catastrophe là -bas pour m'achever de peindre. II m'est impossible de vous en dire davantage ; mon cœur est serré et trop attendri pour vous dire autre chose, sinon, mon cher frère, que je vous embrasse cordialement.

• Voyez t. IV, p. i83, 337 et aa8; t. V, p. 38, 107 et 108; et t. XIX, p. i58. 164, iG5 et aH4.

b Les mots imprimés en italique sont soulignés dans l'autographe.

(Scbonfcld) ce ai (septembre 1758).

Nous nous sommes partagé l'Elbe; vous avez la rive gauche, moi la droite; il ne nous reste qu'à suivre notre projet. Vous ne pouvez pas tenter des choses impossibles; mais je m'en repose sur vous des faisables. 11 n'y a rien de nouveau de ce côté.

Ne m'ôtez pas, je vous en conjure, l'espérance, qui est la seule ressource des malheureux. Pensez que je suis né et élevé avec jna sœur de Baireuth, que ces premiers attachements sont indissolubles, qu'entre nous jamais la plus vive tendresse n'a reçu la moindre altération, que nous avons des corps séparés, mais que nous n'avons qu'une âme. a Pensez que, après avoir essuyé tant d'espèces de malheurs capables de me dégoûter de la vie, il ne me reste plus que celui que j'appréhende pour me la rendre insupportable. Voilà, mon cher frère, le fond de mon cœur, et je ne vous peins qu'une partie des idées lugubres qui y régnent. Mes pensées sont si noires aujourd'hui, que vous ne trouverez pas mauvais que je les renferme dans moi-même. Vous assurant de la parfaite tendresse avec laquelle je suis, mon cher frère, etc.

(Rammenau) 1" octobre 1758.

Mon cher frère,

Vous faites à merveille de faire enlever des magasins à l'ennemi et de lui rendre la subsistance difficile. C'est à peu près tout ce que vous et moi pouvons faire dans les circonstances présentes. On dit qu'il y a une centaine de hussards sur nos frontières , du côté de Mittenwalde. Si vous pouviez envoyer quatre - vingts ou • Voyex t. XXV, p. 44.

i9o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

cent hommes de ce côté -là, cela rétablirait toute la communication. Pour ce que vous me dites, mon cher frère, de ce que vous souffrez , je n'en doute pas un moment. Je l'éprouve par moimême, et je vous assure que si ce n'était le point d'honneur, il y a longtemps que j'aurais exécuté ce que je vous ai souvent dit l'année passée. « Ce que l'on nous a écrit des mouvements des Turcs se confirme journellement par quantité d'avis différents :

mais vous m'entendez. Enfin, Job et moi nous sommes

obligés d'exercer notre patience en attendant, la vie s'écoule, et après avoir tout vu et tout considéré, ce n'a été qu'embarras, peines, soucis, afflictions. Etait-ce la peine de naître? Adieu, mon cher frère. Je ne veux pas noircir davantage votre imagination , et je crois que vous l'avez assez triste , sans que mon chagrin se mêle au vôtre pour l'augmenter. Je vous embrasse cordialement, vous assurant de la tendresse infinie et de tous les sentiments avec lesquels je suis, etc.

(Hammcnau) a octobre 1 7^8.

. ... Je reçois, le ciel en soit loué! des lettres de Baireuth qui me rendent l'espérance. Voilà , mon cher frère , un rayon de soleil à travers un épais nuage. Je vous avoue que l'espérance me fait plaisir, et que si je n'y trouve pas une consolation parfaite, du moins je jouis de l'illusion tant qu'elle dure. Je suis avec bien de la tendresse, mon cher frère, etc.

» Voyez ci -dessus, p. 1 (>i.

•> Voyez t. XIX , p. 327.

BauIzcd, 8 (octobre 1758).

Vous pouvez compter que Daun avec toute son armée est entre Hochkirch et Lôbau ; le prince de Durlach est du côté de Reichcnbach, et Loudon à Hochkirch même; de sorte que vous n'avez plus rien à appréhender de ce côté -là. Vous n'avez que les cercles, que je vous abandonne. Le général de Ville s'est retiré du pays de Glatz sur Patschkau. Voilà toutes mes nouvelles. Le maréchal Keith me joindra demain, et après -demain je ferai ce que je pourrai pour resserrer l'ennemi et l'obliger à finir le plus tôt possible cette campagne. Daun a fait défendre sous peine des verges aux soldats de parler des Turcs. L'on assure qu'ils se renforcent à Belgrad. Ma santé, à laquelle vous daignez vous intéresser, va un peu mieux; mais il est bien difficile de se bien porter lorsque l'esprit sent du mal -être, et se trouve dans une agitation continuelle. Adieu, mon cher frère. Dès qu'il y aura quelque chose qui en vaudra la peine, je vous le manderai incontinent. Vous priant de me croire avec une parfaite tendresse , etc.

(Kodewitz) ce 10 (octobre 1758).

Mon cher frèhk ,

Si j'avais le don de prophétie, je vous expliquerais très -clairement tout ce qui se fait et se fera ; mais je ne suis qu'un pauvre diable dont les idées sont bornées aux rapports de mes sens. Si j'ose hasarder mes conjectures, j'ose assurer d'avance que nos affaires iront bien, et qu'avec cinq ou six marches nous dérangerons tous les projets de Daun. Je fonde mon assurance sur la témérité qu'il a eue de mettre toute son armée en détachements.

i9a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Je vois en esprit que nous retournons à Dresde, et ce sera là probablement que la campagne cessera

Hochkirch, n (octobre 1758».

Mon cnER frère,

Nous avons marché hier; on a fait cinquante prisonniers des cuirassiers autrichiens, et notre arrière - garde a pris un major, trois -officiers et vingt hussards. Si Rctzow avait exécuté mes ordres, et occupé en même temps cette montagne que nous avions garnie au Weisscnberg Tannée passée, il est incontestable que Daun était sur-le-champ obligé de décamper; mais comme je n'ai point été obéi dans cette occasion , je n'ai pu réussir comme je l'avais désiré. Cependant l'armée ennemie est à présent tout à fait séparée de celle des cercles, et le reste de la campagne s'écoulera à fourrager de part et d'autre la Lusace. Aujourd'hui le maréchal Keith me joindra, et je verrai de quel côté je pourrai tourner l'ennemi , sans cependant donner au hasard plus que la prudence ne me le permettra. Adieu, cher frère; je suis, etc.

Camp près de Iiautxen, i4 octobre 175S.

Mon trks-cuer frère,

J'ai le chagrin de vous écrire que l'ennemi, m'ayant attaqué aujourd'hui de grand matin dans ces environs , j'ai été obligé de me retirer à une demi -lieue, sur Bautzen. Je vous mande ce que

dessus, pour que vous sachiez ma position actuelle, dans laquelle je tâcherai de me maintenir ici vis-à-vis de l'ennemi , et même de l'attaquer de nouveau, s'il y a moyen. Il faudra voir ce que vous pourrez me fournir en artillerie, et des munitions, s'il m'en faut. Je suis avec amitié et tendresse, etc. «

Le prince François de Brunswic et le maréchal Keith sont au nombre des morts; le prince Maurice d'Anhalt0 est blessé. «

<l)nberschtitx) 10 octobre 1758.

Mon cher frkrk,

L'affaire d'hier n'aurait pas mal tourné , si j'avais eu huit bataillons de plus ; mais le manque de troupes m'a forcé de me retirer. Ma grande perte consiste en canons; il en manque cinquante et un des gros. La cavalerie a très- bien fait son devoir. Retzow est survenu à propos pour nous couvrir la retraite. Je me suis campé ici, à trois quarts de mille de HochkirchA J'y tiendrai bon, et, s'il le faut, j'attaquerai l'ennemi. C'est, à la vérité , un grand malheur qui m'est arrivé ; mais il faut le réparer avec fermeté et courage. Je ne doute pas que vous ne réussissiez à chasser Hadik , et que cela n'oblige les cercles à se retirer. Mon homme aura envoyé hier un courrier à Vienne, dont je crois qu'il faudra attendre le retour pour savoir comment se terminera cette campagne. Je crois que vous pouvez garder l'argenterie de Bamberg* jusqu'à la fin de la campagne, où nous

» En chiffre.

b Le prince Maurice d'Anhalt fut fait prisonnier à Hochlcirch. e De la main du Roi.

* Souligné dans l'autographe.

* Le prince Henri avait fait au mois de mai une expédition en Franconie et dans l'évéché de Bamberg, pour attirer les ennemis hors des États de la margrave de Baireuth. Voyex la correspondance de Frédéric avec cette princesse, année 1758.

XXVÏ. ,3

pourrons penser à notre aise à ce que nous avons à faire. Adieu , cher frère; plaignez les malheureux, et souvenez - vous de ce que je vous ai dit si souvent il y a une année. Je suis, etc.

fio. AU MÊME.

Doberschiïti , i3 octobre ij58.

Mon trks-cher frère,

Je suis obligé de vous parler franchement; je me vois obligé de forcer la marche en Silésie, pour ne point voir perdre toute cette province. J'ai beaucoup des régiments découragés , sur lesquels je ne saurais pas trop me fier. Je vous prie , lorsque votre expédition de Freyberg sera achevée, de m'envoyer cinq ou six bataillons, mais point de Silésiens, avec une dizaine de canons de douze livres, que vous pourrez remplacer de Magdcbourg. Dès que je verrai que je n'ai plus besoin de ces bataillons , je vous les renverrai. Si ce n'était pas la plus grande nécessité qui m'y oblige, je ne vous les demanderais pas. Je suis , etc. *

Jaucrnick.4 (novembre 175s).

. . . . Mon pauvre Ferdinand a repris la fièvre chaude; j'en suis au désespoir; mais le nombre de nos malheurs émousse à la fin la sensibilité, et je crois que le ciel accablerait la terre, et que la terre s'affaisserait sous mes pieds, sans que j'y fisse attention. Adieu, cher frère; je vous embrasse bien tendrement.

En chiffre.

AVEC LE PRINCE HENRI. i<>5

6a. AU MÊME.

Schwcidmti, 9 novembre i;58.

. . . . Voilà de meilleures nouvelles du cher Ferdinand. Je me flatte à présent que nous n'avons rien à craindre pour lui. Voilà cinq jours que je n'ai pas eu une heure de repos. Je suis si fatigué , que je vous fais mille excuses de ne vous en pas dire davantage. Vous priant de me croire avec les sentiments de la plus parfaite tendresse, mon cher frère, etc.

Cottbus, 13 (décembre 175S).

Mon cher frkre,

J'ai vu nos deux neveux à Torgau," et je dois vous dire que j'ai trouvé l'aîné fort changé à son avantage, et le cadet charmant.

Je ne vous parle ni des chemins, ni des chevaux, mais certes cette traite ne fait pas un voyage de plaisir. J'ai oublié de vous dire, mon cher frère, qu'il serait bon de faire enlever le vieux Seckendorff; on pourrait le mener tout de suite à Magdcbourg. C'est l'artisan de tous les projets dangereux de nos ennemis: il est actuellement à leur service, et si ce n'est autre chose, cela facilitera la rançon du prince Maurice. *» Adieu, cher frère; je vous

■ Le ro décembre. L'aine de ces princes, déclaré Prince de Prusse le it décembre, succéda à Frédéric sons le nom de Frédéric- Guillaume II; le second élait le prince Henri, dont Y Eloge se trouve dans notre t. VII, p. 37 — 49.

•» I.e comte de Seckendorff vivait à Mcuselwiu, près d'Altenbourg: il y fut en eJTct enlevé, et on le transporta à Magdebourg. Au mois de mai 1759, il fut échangé contre le feld - maréchal prince Maurice d'Anhalt- Dessau. Voyex Versuch einrr Lebrmbeschreibitng des Feldmarschalb Gra/en von Seckendorff (par Thercsius baron de Seckendorff) , 179a , t. II, |». 38i et suivantes. Voici ce que le biographe dit de son parent, p. 383 : « Rr war seil dem Ausbruche des • h'riegcs unermùdet, hriegetische und poltitsche Entwùrfe gegen die Preussen zu

embrasse. Je pars dans l'instant pour Sprottau. J'ai été hier quatorze heures en chemin; je me prépare pour autant aujourd'hui ; mais n'importe. Soyez persuadé de la parfaite estime avec laquelle je suis, etc.

Brcslau, 18 décembre 1758.

. . . . Soyez sûr que tout se retire d'ici vers Prague; je ne puis \ous rendre raison de ce mouvement, mais il en doit avoir une. Peut-être que si vous combinez cet avis avec les nouvelles que vous recevez de vos frontières, vous pourrez parvenir à découvrir le but de l'ennemi. Il se peut que ce soient des arrangements intérieurs; mais le plus sûr est de ne s'y point fier, et de suivre le bon père Canaye, qui dit: Vigilant, vigilant, mes frères,*

• machen , und sie den Ministern und Generalen der Kaiserin zuzusendcn. Er trug

• auch dadurch nicht ivenig zu manchen Vorthetlm bri, die die Oesterreicher er- >hiclten..

• Voyez la Conversation du maréchal d' Hocquincourt avec le P. Canaye, dans le» Œuvres mêlées de M. de Saint • Evremond, L II, p. 35. Le jésuite dit:

• Remarquer- vous , monseigneur, remarquez-vous comme Satan est toujours aux

• aguets ? Circuit quacrens quem devoret. Vous concevez un peu de dépit contre

• nos pères ; il se sert de l'occasion pour vous surprendre , pour vous dévorer, •pis que dévorer, pour vous faire janséniste. Vigtlate, vigilate; on ne saurait •être trop sur ses gardes contre l'ennemi du genre humain.* Voyez t. XIX, p. 16 et 3i8, et t. XXV, p. 189, où nous avons cité un autre mot du père Canaye.

Breslau, n janvier 1709.

Mon cher frère ,

Je regrette beaucoup la perte de Mayr a dans son genre, puisque celait un homme dont on aurait encore pu tirer un grand profit. Je ne sais comment le remplacer. Il y a un Colignon qui s'est offert : on peut l'essayer, mais pour trouver un homme aussi capable que le défunt, je crois qu'en fouillant trois armées on ne l'attraperait pas ....

Landeshut, 16 mai 1759.

Mon cher frère ,

Je ne saurais qu'applaudir à vos succès, b qui sont une suite de votre prévoyance et des fautes que l'ennemi a faites. Vous voyez, mon cher frère, qu'avec de bonnes dispositions on surmonte bien des difficultés, et que peu d'entreprises sont impossibles dans le monde. Veuille le ciel couronner la fin de vos opérations , pour qu'elles répondent à ces beaux commencements ! Autant que j'en puis juger dans l'éloignement où je suis, vous n'aurez point de bataille. Pourvu que vous ayez les magasins, peu importe que ces gueux tiennent ou s'enfuient ; vous aurez toujours la gloire d'avoir jeté des fondements solides pour les succès de notre campagne. L'Europe apprendra à vous connaître non seulement comme un prince aimable, mais encore comme un homme qui sait conduire la guerre, et qui doit se faire respecter. C'est ce qui, malgré mes autres chagrins, ne laisse pas de me faire un

• Voyez t. IV, p. iai.

b Voyez, t. V, p. 3 et 4 > le récit des expéditions du prince Henri eu Bohcmc et en Franconic.

i98 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

sensible plaisir, et ce qui était fort à désirer pour l'avantage de l'Etat, surtout pour celui des pauvres orphelins qui me sont confiés. Continuez, mon cher frère, comme vous avez commencé; vous ne pourrez pas accroître, à la vérité, l'estime et l'amitié que j'ai pour vous; cependant, si je n'étais qu'un simple citoyen, je voudrais vous témoigner ma reconnaissance des bons et éclatants services que vous rendez à la patrie. Je suis avec tous les sentiments du plus sincère attachement, mon cher frère, etc.

Miillrotc, G août 17J0..

Mon cuek krkiie,

Je vois par votre lettre que tout reste tranquille de votre côté. « 11 me semble que si de Ville se retire de Trautenau, vous n'aurez besoin que de laisser à Landeshut un corps proportionné à celui de Jahnus, qui sans doute y restera, et d'attirer à vous Fouqué avec quatorze bataillons et le régiment de Baireuth. Si de Ville veut marcher en Saxe, il faudra penser vers ce temps à s'opposer à lui, à Hadik et à l'armée de l'Empire; mais si Fouqué lui a pris beaucoup de tentes, cela donnera du temps, et nous aurons fini ici avant que ceux-là soient préparés. Wedcli me joint aujourd'hui ; je marche demain à Lebus et Wulkow. Les Russes sont tous de l'autre côté de l'Oder; cela allonge mon expédition, et retardera le moment décisif de quelques jours. Vous pouvez juger que je fais du mauvais sang pendant ce temps -là; mais il n'est pas question de moi dans tout ceci; il s'agit de l'Etat, et je le sauverai, ou j'y périrai. J'ai tout plein d'arrangements à faire; vous concevez quel train il faut pour rassembler, former les corps, les canons, le bagage, et mettre tout cela dans l'ordre convenable; j'aurai à travailler jusqu'à ce soir. Adieu, mon cher frère; daignez me continuer votre amitié, et soyez persuadé de » Voyez t. V, p. 1 5 et 16.

la tendresse et «le tous les sentiments d'estime avec lesquels je suis, etc.

Vous aurez la bonté de faire faire un feu de réjouissance pour le gain de la bataille de Minden.

Lcbus, 16 août 1739.

Nous sommes venus camper à Lebus. L'ennemi a fait des pertes considérables. La bataille» aurait été gagnée, si l'infanterie n'avait pas plié tout d'un coup. Le prince de Wurtemberg et Seydlitz blessés , la cavalerie a disparu du champ de bataille. Nos chevaux de canon ont été tués , ce qui fait que nous en avons beaucoup perdu. Je fais revenir de l'artillerie de Berlin; enfin je fais l'impossible pour soutenir l'État chancelant. Nous n'avons pas au delà de deux mille cinq cents morts , mais au delà de dix mille blessés, dont sûrement six mille reviendront en peu de temps. Vous ne pouvez rien faire dans tout ceci. J'espère que le prince Ferdinand me délivrera de l'armée de l'Empire. Le moment que je vous annonçais notre malheur, tout paraissait désespéré ; b ce n'est pas que le danger ne soit encore très -grand, mais comptez que tant que j'aurai les yeux ouverts, je soutiendrai l'Etat comme c'est mon devoir. Un étui que j'ai eu dans la poche m'a garanti la jambe d'un coup de cartouche qui a écrasé l'étui. *

* Celle de Kunersdorf. Voyes t. V, p. 18 — ao.

Voyei Y Instruction donnée par le Roi au général de Finck le 11 août, immédiatement après la bataille de Kunersdorf, et sa lettre au ministre d'État comte de Finckenstein , de la même date. La première de ces pièces est imprimée dans J.-D.-E. Preuss, Friedrich der Grosse, eine Lebcnsgeschichte , t. I, p. 45o, et l'autre dans notre t. XXV, p. 3o6. La lettre au prince Henri à laquelle Frédéric fait allusion oc parvint pas à son adresse; elle n*a pas été retrouvée.

« Voye* t. XIX , p. 189.

aoo- IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Nous sommes tous déchirés; il n'y a presque personne qui n'ait deux ou trois coups de feu dans les habits ou dans le chapeau. Nous sacrifierions volontiers notre garde -robe, si ce n'était que cela. L'ennemi s'est un peu éloigné de Francfort, et campe dans les bois , entre l'Oder et le chemin de Reppen. Représentez-vous , dans cette cruelle crise, tout ce que souffre mon esprit, et vous jugerez facilement que le tourment des damnés n'en approche pas. Heureux les morts! ils sont à l'abri des chagrins et de toutes les inquiétudes.

t'urslcnwalde, a4 «oût (1709).

Vous saurez l'échec qui nous est arrivé. Je suis ici, à Fùrstenwalde. J'ai trente -trois mille hommes encore. Les Russes et Loudon campent de ce côté-ci de Francfort, et se sont retranchés sur les vignes. Hadik est à Mûllrose; il a un détachement à Beeskow. Ils attendent que Daun les joigne pour marcher à Berlin. Si vous voyez que Daun marche à Guben, il faudra que par des marches forcées vous me joigniez par Beeskow, où j'enverrai un détachement pour vous faciliter le passage. Si Daun change de projet, et se tourne vers la Silésie, je pourrai lui rendre les vivres et les convois impraticables; mais, autant que j'en puis juger, il y a apparence que Daun, par vanité et pour avoir l'honneur de m'écraser, joindra les Russes à Francfort.

Vous aurez la bonté de donner cinquante ducats au porteur, et vous le garderez chez vous.

AVEC LE PRINCE HENRI. aoi

Sophientbal, »4 octobre 1709.

. . . . Depuis que vous avez passé l'Elbe, mon cher frère, vous n'êtes plus le même; Finck» vous a rempli l'esprit d'idées noires. Je vous prie, pour l'amour de Dieu, de penser d'une façon différente et avec plus de nerf; car, si vous voulez que je vous parle franchement, je n'approuve point ce trou de Torgau, qui ne vous convient pas; tout cela ne souffle ni froid ni chaud. Je vous avertis encore d'une chose ....

Glogau, a novembre 173g.

. . . . Je déclare Gersdorff général - major, et je vous félicite des exploits qui vous couvrent de gloire. u Tout, mon cher frère, ne réussit jamais selon nos vœux, et, surtout dans la guerre, on remarque que la fortune s'attribue un empire que la prévoyance et la valeur ne sauraient lui arracher. Je commence à me remettre ; je volerai à vous sur les ailes de l'amour de la patrie et du devoir; mais vous ne verrez arriver qu'un squelette rempli de bonne volonté. Mon âme fera aller mon corps cacochyme et faible; toutefois je ferai tout ce que le peu de forces que j'ai me permettront d'entreprendre. Vous recevrez encore une lettre avant mon arrivée. L'avant -garde de Hùlsen est aujourd'hui à Spremberg; dans quatre jours il sera à une inarche de Torgau. Je vous embrasse.

* Voyet t. V, p. at> et *j.

•> Frédéric parle de* affaire» de Hovcrswcidn et de Prctzscb, le a4 septembre et le a;> octobre 1759. Voyc* t. V. p. aG, 37 et a8. et, quant au général de Gersdorff. même volume , p. ay.

Glogau, 5 novembre 1759.

. . . . Je partirai d'ici après -demain, et j'aime mieux me rendre estropie et boiteux à mon devoir que d'y manquer. Je me flatte de ne vous plus trouver à Torgau, mais d'être obligé de vous suivre. Vous pourrez désormais envoyer les courriers par la Lusace, où tout sera tranquille pour un temps, et où le grand corps avec lequel je marche imprimera de l'attention à l'ennemi. Je me souviens de Philippe H, auquel ses généraux écrivirent de ne point venir dans l'armée comme un bagage à charge, mais pour y être utile. Je mène au moins un renfort avec moi, pour que personne n'ait à se plaindre. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Spreiuberg, 10 novembre 1759.

.... Après avoir tout bien examiné, mon cher frère, je trouve que je profite six bons milles en marchant sur Elsterwerda et Merschwitz , ce qui n'est pas une bagatelle pour un goutteux et pour des troupes harassées par de très -fortes marches. J'ai écrit à Torgau, pour que mes grenadiers, mon bagage, et tout ce qui tient à ma maison, me joignent à Elsterwerda. Si Daun ne court pas bien vite, de quoi je doute, je vous joindrai sûrement, le i4» quelque part entre Meissen et Wilsdruf , où je suppose que vous serez alors. Mon petit corps ne sera à charge à personne ; nous avons du pain jusqu'au ai, et nous nous en pourvoirons encore jusqu'au 3o de ce mois. Je pars incessamment pour un village qui est entre Senftenberg et Ruhland; demain je serai de bonne heure à Elsterwerda. Ne trouvez -vous pas que j'arrive chez vous comme Pompée? Lucullus avait presque réduit Mi th ri date, lorsque l'autre arriva, et lui ravit l'honneur de cette expédition;* » Plutarque, Vie de Pompée, chap. XXX et suivant*.

AVEC LE PRINCE HENRI. ao3

mais je suis plus juste que cet orgueilleux Romain, et bien loin de rogner de votre réputation, je voudrais pouvoir accroître votre gloire et y contribuer moi-même.0 Adieu, cber frère; je vous embrasse.

(Freyberg) ce i4 (décembre 1759).

Je ne puis qu'approuver les mesures que vous avez prises; il faut soulager le soldat autant que cela dépend de nous. La neige est tombée ici en si grande abondance , qu'elle met des barrières insurmontables à l'acharnement cruel de cette guerre. Si cela continue, personne ne pourra avancer. J'ai des nouvelles si incertaines, que je n'ose pas vous les communiquer; cependant j'ose vous assurer qu'il sera impossible à l'ennemi de se maintenir en force en Saxe depuis la chute des neiges; la nécessité, plus forte que le conseil de guerre de Vienne, les obligera à quitter la partie. Il n'y a rien de plus simple que de s'impatienter dans la situation où nous nous trouvons; mais cela ne sert de rien, et il n'en faut pas moins avoir patience. J'attends votre réponse sur ma lettre de ce matin, et je suis, etc.b

* Voyei la Vie privée, politique et militaire du prince Henri, p. 83 et soiv.

'» Ou lit, au bas de l'autographe de oetlc lettre, la note suivante, de la main du prince Henri : «Cette lettre, laquelle, toujours accompagnée d'une lettre en •chiffre, fut écrite le i4 de décembre, de Freyberg, où était le Roi, je la reçus •à Unckersdorf , où était mon quartier. Jt ne me fie nullement à ces nouvelles; •elles sont toujours contradictoires et incertaines comme son caractère. Il nous

• a jetés dans cette cruelle guerre ; la valeur des généraux et des soldats peut

• seule nous en tirer. C'est depuis le jour où il a joint mon armée qu'il y a mis «le désordre et le malheur. Toutes mes peines dans cette campagne, et la for- •tunc qui m'a secondé, tout est perdu par Frédéric

ao4 VI. CORRESPONDANCE DE FREDERIC

( PreUschendorO i<r janvier 1760.

Je fais mille vœux pour votre prospérité, conservation et agrément, et je souhaite que Tannée dans laquelle nous entrons soit à toute la nation plus favorable que la précédente.

L'ennemi a reçu hier un renfort d'infanterie et de cavalerie ; il a actuellement vingt -huit bataillons et cinquante escadrons dans son poste. Il n'y a donc rien à faire, et nous allons retomber dans les plus cruels embarras. On prétend que Daun veut faire une campagne d'hiver; on dit que les cercles doivent retourner en Bohême. Si cela est, il les fera marcher du cdté du Basberg et sur Tschopa, pour me débusquer de Freybcrg; de là le corps de Hadik, joint aux cercles, tirera vers Leipzig, Beck vers Torgau , et la grosse masse de l'armée nous serrera par devant. Jugez de la fin de cette manœuvre, et quelle affreuse catastrophe se prépare. Les lettres de la France sont toutes favorables à la paix; mais il ne nous suffit pas qu'elle se fasse, il faut encore qu'elle soit prompte, ou c'est moutarde après dîner. Je me propose de consommer ici tous les fourrages des environs, et de me retirer ensuite à Freyberg; nos alliés s'en iront, et alors notre situation empirera considérablement. J'ai donné rendez -vous à la finance ; j'irai un jour à Nossen , pour arranger ce que je pourrai pendant ce court espace , et établir le peu d'ordre dans les affaires qu'il me sera possible d'y mettre. Mon cœur est navré de chagrin, et ce qui me décourage le plus, c'est que je suis à bout de tous mes moyens, et que je ne trouve plus de ressources.

Je ne devrais pas vous attrister le jour du nouvel an , mais vous dérober ce tableau funeste, qui cependant est si présenta tous les yeux, qu'on ne saurait se le voiler. Enfin, mon cher frère, le passé, le présent et l'avenir me paraissent également affligeants, et je ne cesse de me répéter que, étant homme, il faut subir le sort des humains. a Je suis, etc.

• Vovcxt.Xll, p. 126.

AVEC LE PRINCE HENRI. ao5

(Freyberg) ^janvier 1760.

. . . . Mon neveu* viendra demain chez vous;*» il est aimable au possible, et je ne doute point qu'il n'obtienne vos suffrages. C'est un caractère admirable, avec une raison de quarante ans, qu'on est étonné de trouver dans un aussi jeune homme ....

(Freyberg) a4 janvier 1760.

Mon cher frère ,

Je vous remercie bien sincèrement des souhaits que vous me faites , et je suis très-persuadé que si mon sort dépendait de votre volonté, il serait heureux; mais, mon cher frère, je crains toujours que le hasard n'en ordonne autrement. J'ai une lettre de Vienne, interceptée par le prince Ferdinand, qui marque que Daun avait beaucoup de peine de subsister en Saxe, et qu'il se pourrait bien encore qu'il se retirât en Bohême; que l'on se flattait à Vienne du secours des Russes pour cette campagne, et que, par cette raison, on refuserait d'envoyer des ministres au congrès; que Ton tâcherait également de dissuader les Fraisais de la paix. La lettre est du comte Choiseul au duc, c et il la finit en disant que s'il avait un conseil à donner à la France, ce serait de faire la paix, sans quoi elle aurait lieu de s'en repentir. Il y est dit encore que Daun ne commencerait ses opérations qu'après

• Le prince héréditaire de Brunswic, qui vint voir le Roi à Freyberg le a6 décembre 1759. Voye» t. V, p. 3a , et t. XII , p. aa— 39, où se trouve Y Ode que Frédéric Gt «lors pour ce prince. Voyei enfin!. XIX, p. laa.

k Le prince Henri était à Ûnckersdorf.

* Le comte de Choiseul - Praslin fut nommé ambassadenr à Vienne, en 1758, lorsque le duc de Choisenl-Stainville, auquel il succédait , devint ministre de» affaires étrangères.

ao6 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

les fontes des neiges. Ce que je vous ai marqué hier des Français n'est pas une nouvelle de gazette ; ee sont des insinuations qui m'ont été faites, et dont j'ai profité avec chaleur pour porter F Angleterre à l'accommodation proposée; j'y ai dépêché deux courriers de suite, et je me flatte, par les intelligences que j'ai là -bas, de réussir. Si cela arrive, ce sera un coup sanglant pour les Autrichiens, et nous sortirons d'affaire; sinon, ou il faut se pendre, ou périr l'épée à la main. Quel que soit mon sort, je conserverai jusqu'au dernier soupir pour vous la reconnaissance de toute l'amitié que vous m'avez témoignée et de tous les services que vous avez rendus à l'Ktat. Si nous ne réussissons pas, si le grand nombre nous accable, nous aurons le sort d'un voyageur qu'une troupe de brigands assassine en chemin, et d'autres princes qui auront été aussi malheureux que nous. Enfin, mon cher frère, on ne saurait se donner plus de peine que je m'en donne pour reformer l'armée, pour arranger les finances et les magasins, et pour amener les esprits à la paix; et si je ne réussis pas, il faut l'attribuer à la fortune, qui depuis quelque temps a pris à tâche de persécuter ma vieillesse.

Tout est tranquille dans ces cantons. Je doute que Beck s'aventure fort loin dans cette saison; ce n'est pas un temps favorable aux opérations militaires; il poussera peut-être jusqu'à Bautzen, mais ce sera tout.

Je vous embrasse bien tendrement, en vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, mon cher frère, etc.

Unckersdorf. a5 janvier 1760.

Mon trks-ciikr fkkre,

"Vous me témoignez bien gracieusement vos bontés par la lettre que vous avez daigné m'écrirc hier. Je n'ai aucun droit pour les mériter que le sincère intérêt que je prends à votre situation;

c'est ce sentiment qui me porte à souhaiter qu'une guerre si pernicieuse finisse. L'espoir que vous me donnez à l'égard de la France me remplit du même contentement que cette espérance vous donne. J'avoue franchement, comme j'ai déjà eu l'honneur de le faire, que la plus grande honte, et de tous les malheurs le plus grand, serait la perte de l'Etat. L'importance du sujet ne me permet pas de dissimuler mes sentiments lorsque j'ai l'honneur de vous écrire, et j'aime mieux avoir trop de franchise que de voiler ce que j'entrevois sur cet objet, persuadé que tout homme qui vous est attaché pense à ce sujet comme moi. T<5ut est tranquille ici , et je n'ai rien de nouveau dont je puisse avoir l'honneur de vous entretenir.

Je suis, etc.

Camp de Mcisscn, a4 mai 1760.

Si donc vous voulez bien faire réflexion aux manœuvres

de M. Daun, vous conviendrez que voici déjà deux de ses plans de campagne de dérangés, sans qu'il y ait eu de mouvement de ma part, hors celui de votre marche en Silésic, et cela me fait espérer pour l'avenir.

Je pourrais vous appliquer, mon cher frère, ces vers de la Iknriade:*

Et son nom, qui du trône est le plus ferme appui, Semait encor la crainte, et combattait pour lui.

• Chant l*r, v. 147 cl i48-

ao8 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Sagan, 37 mai 1760.

.... Aux deux vers que vous avez daigné m'adresser je prends la liberté de répliquer par deux que j'ai tirés d'une Épitre sur la Gloire et V Intérêt,* qui vous sera connue :

Les frivoles faveurs que fait la renommée

Sont quelques grains d'encens qui s'en vont en fumée.

Je suis avec le plus respectueux attachement, etc.

Gross-Dobritz, 36 juin 1760.

Mon cher frkre,

Hier j'avais le cœur° déchiré par une*» de passions, pour me trouver en état de vous écrire une lettre sensée; aujourd'hui que je viens un peu à moi-même, je vous communique mes réflexions. Après le malheur qui vient d'arriver à Fouqué , c sûrement Loudon ne peut avoir d'autre dessein que sur Breslau .... On voit dans tous ces événements un enchaînement de fatalités qui se suivent, et l'opiniâtreté de la fortune à me persécuter. Il me prend des impatiences de me pendre, comme aux amants de revoir leurs maîtresses absentes; mais il faut pousser le cinquième acte jusqu'au dénoûment. Vous n'avez rien à appréhender ni de Lacy, m de Daun; je vous en tiendrai bon compte, et je vous communiquerai fidèlement de quoi il sera question.

» Voycf t. X , p. 80.

l> Le manuscrit présente ici Hr< lacunes.

c A Landesbut, le a3 juin.

Gross - Dubritz , ao, juin 1 7G0.

.... Je reconnais tout l'embarras où vous êtes dans la situation où les choses sont là -bas;* mais imaginez - vous toute l'étendue de l'embarras où je suis ici. Si je m'éloigne d'ici, j'expose le corps de Hûlsen; si je reste, je ne saurais donner aucun secours à la Silésie, où tout ira sens dessus dessous. Ainsi je suis forcé de prendre un parti; àutant que je m'en rompe la tête, il est difficile d'en prendre un qui soit bon. Voilà pourquoi je serai obligé d'agir au hasard; il ne me reste aucun autre moyen. On me donne des espérances au sujet d'un secours: mais je n'en vois aucun effet, et dans la situation pressante où je suis, il me faut • de l'effet.

Je joins ci-rlos les nouvelles ....

Quartier général de Griinau, 1 5 juillet 1760.

Mon trks - cher fhkre ,

Je viens de recevoir vos lettres du 5 et du 9 de ce mois. Vous demandez mon avis, si dans les circonstances présentes vous devez engager une bataille avec les Russes, ou non; sur quoi je ne saurais vous répondre autrement, sinon que, si les Russes viennent en deux corps , vous devez tâcher, sans balancer, d'en attaquer un , savoir, selon que les occasions convenables se présenteront, et, s'il est possible, quand il sera en marche; mais si

» Le 17 juin 1760, le prince avait concentré toute son armée près de Francforl-sur-l'Oder, pour surveiller et arrêter les Russes. Voyez la Vie privée , politique et militaire du prince Henri, p. 90 et suivantes.

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