‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 3 sur 81 · ELISABETH SA FEMME · texte numérisé non relu

ELISABETH SA FEMME

(i.'t juin 17.19 — 17SG. )

Elisabeth - Christine , fille de Ferdinand -Albert , duc de Brunswio- Bevern, naquit à Wolfenbuttel le 8 novembre 1715. Ses fiançailles avec Frédéric eurent lieu à Berlin le 10 mars 17^2; le mariage fut béni, le 12 juin 1733, a Salzdaiutn près de Wolfenbuttel, par Philippe-Louis Dreyssigmark, abbé de Riddagshausen. La Princesse royale fit son entrée solennelle à Berlin le 27 juin 1733. Depuis son mariage jusqu'à l'avènement de son mari, elle vécut avec lui à Uuppin et à Rheinsberg, et ce temps fut le plus heureux de sa vie.» Mais lorsque Frédéric fut monté sur le trône, les relations des deux époux prirent un caractère tout différent. La Reine résida, dès ce moment, en hiver au château de Berlin, en été à celui de Schônhausen. Ses rapports avec le Roi devinrent d'année en année moins intimes. Il n'alla jamais la voir chez elle,l> et ne l'invita jamais à venir à Sans- Souci. File ne connut pas cette résidence, et n'osa même jamais

a Voyez le Journal secret du baron de Seckendorff, p. 11,38.71,73, 147, 1 48 et 307; de llahnkc, Elisabeth Christine, A'iinigm von Preussen. Emc Biographie. Berlin, 1848, p. 113 et 1 1 3 ; voyez enfin notre t. XXV, p. 488 et 489.

t* Les Berlmische Nachrichten von Slaals- und gelehrten Sachen, 1744 » n* 89 , disent que Frédéric «lia à Schônhausen le a3 juillet; niais cette nouvelle paraît être inexacte, car le baron de Bielfeld n'en fait aucune mention dans ses Lettres famdières et autres. Il dit seulement, t. Il, p. iÔ3: «Le jeudi, S. M. la reine régnante donna une superbe fête à Schônhausen.. — La Reine prit la lettre de Frédéric, du mois de juillet 1747, pour une promesse de se rendre à ce château . comme on le voit par sa lettre à son frère Ferdinand . du a 1 juillet. Voye* # Hahukc, p. m.

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aller soigner le Roi dans ses maladies.» Ce fut le 1 8 janvier 1785 qu'elle le vit pour la dernière fois, à Berlin. Elle mourut dans cette ville le i3 janvier 1797» sans avoir eu d'enfants.

On voit par ce qui précède combien Frédéric avait peu de relations avec sa femme en temps ordinaire. Les soucis de la guerre ne l'en rapprochaient pas davantage. Ses' campagnes finies, il éprouvait le besoin d'avoir auprès de lui quelques amis et quelques membres de sa famille, entre autres sa sœur Amélie, b pour jouir de ce qu'il appelait une société douce (lettre au prince Henri, du i4 janvier i;58r). Mais il n'invita jamais la Reine à se joindre à ces amis; il ne la vit même pas de toute la guerre de sept ans, à partir du mois de janvier 1 757. Il parle très - rarement d'elle dans ses ouvrages et dans sa correspondance. Il n'en fait aucune mention dans ses nombreuses lettres à la margrave Wilhelmine de Baireutb (dès 1740), à la duchesse Louise - Dorothée de Saxe -Gotha, à rélectrice Marie- Antonie de Saxe et à la landgrave Caroline de Hesse - Darmstadt. Il semblerait, à lire ces correspondances, qu'il ne fût pas marié. Ses lettres à madame de Camas , grande gouvernante de la Reine , renferment, à la vérité, quelques passages évidemment écrits à l'adresse de cette princesse; mais son nom ne s'y trouve pas.d Madame de Camas, qui avait pour la Reine un attachement aussi tendre que respectueux, parle également d'elle sans la nommer, dans sa réponse, du 20 novembre 1762. Dans quelque disposition d'esprit que se trouve. Frédéric , il observe la même manière d'agir sur ce point. Ainsi il ne dit pas un mot de la Reine e dans sa première Disposition testamentaire, écrite deux jours avant la bataille de Mollwitz, et adressée au prince Guillaume son frère et son héritier présomptif; cependant il recommande à celui-ci, de la manière la plus pressante, sa mère, ses frères, ses sœurs, ses amis, ses secrétaires et ses domestiques. II ne parle guère de sa femme, dans les volumes précédents, que t. I, p. iG3, t. XVII, p. 53, et t. XVIII, p. i5C et 157. Elle n'occupe pas plus de place dans ses poésies , et il ne lui en a adressé ni dédié aucune. Voltaire, a son tour, se faisant en quelque sorte l'écho de Frédéric, garde le silence sur la Reine dans les vers

» Voyez t. XXII, p. i64-

fc Voyez ci -dessous, p. 171 et iH5.

« Vove* t. XXV. p. xvi, et ci -dessous, p. 1O9 et 170.

«1 Voyez t. XVIII, p. i4i. i4a, 147, i48 i4o. n" fi. 7. i4 et iG.

« Voyez ci - dessous , p 85.

xii AVERTISSEMENT

qu'il adresse à son héros, le 28 novembre 1740, * avant de retourner en France, et où il encense le Roi, la Reine-mère et ses enfants, en un mot, (ont ce qui avait excité son admiration à Berlin. Même dans ses moments de tristesse, Frédéric, parlant de ses plus chers amis et parents morts pendant son absence, surtout pendant la guerre de sept ans, exprime son appréhension de se retrouver seul dans ses palais à son retour, h et il garde sur sa femme un silence aussi complet que si elle n'eut jamais existé pour lui. Il va même, à ce qu'il semble, jusqu'à plaisanter sur son mariage, par exemple dans sa lettre à Voltaire, du 23 mars iy4o:

Les beaux- art* ont pour moi l'attrait d'une maîtresse; La triste royauté, de l'hymen la rudesse: J'aurais su préférer l'état heureux d'amant A celui qu'un époux remplit si tristement.

Il écrit encore au marquis d'Argens, le i5 novembre 1767: -J'ai

• le sort de Mithridate; il ne me manque que deux fds et une Mo-

■ nime;» et à l'électrice douairière de Saxe, le 8 août 1709: «Salo-

• mon avait un sérail de mille femmes, et ne croyait point en avoir

■ assez; je n'en ai qu'une, et c'en est encore trop pour moi.»

Malgré cet éloignement , Frédéric ne laissait pas d'éprouver pour la Reine une profonde estime, qu'elle avait su lui inspirer par sa conduite aussi délicate que digne et pure. Les éloges sentis qu'il donne aux vertus de cette princesse dans son mémorable testament du 8 janvier «769c en sont une preuve précieuse, et adoucissent l'impression pénible que fait éprouver l'oubli dans lequel il laissa languir cette femme respectable.

Quoique la correspondance de Frédéric avec la reine Elisabeth ne puisse être comparée pour sa valeur intrinsèque à celles des volumes précédents, elle offre cependant un vif intérêt, à cause du jour qu'elle jette sur les rapports du monarque avec sa femme. L'esprit qui anime les augustes époux se rellète même dans la forme de leurs lettres. Celles de Frédéric, fort polies, cérémonieuses même, sont sèches et souvent glaciales. Les lettres de la Reine, au contraire, respirent un attachement tendre, mais timide et triste.

La correspondance qui nous occupe a été publiée pour la pre-

» Voyez t. XXII. p. Si.

». Voyext. XVIII, p. i4a, li^ct 181; t. XIX, p.3n et 37R; t. XX, p. a8o, aeja et ?q3; ci -dessous, p. 'S5j.

«•- Voyer t. VI, p. aiG, article 4-

DE L'ÉDITEUR

xni

mière fois par M. deHahnke, qui a annexé à son estimable ouvrage , Elisahcth Christine, etc., p. 332 — 337, s'x 'etlres de celte princesse, et, p. 337— 385, cent dix lettres de Frédéric. Noire recueil se compose de cent dix -sept lettres, dont cent onze de Frédéric et six" de la Heine. A l'exception d'une pièce 1> que nous devons aux Archives de Brunswic, nos lettres sont toutes imprimées sur les autographes conservés aux Archives de la maison royale. Nous avons puisé à la même source douze pièces c qui ne se trouvent pas dans l'ouvrage de M. deHahnke. En revanche, nous avons omis douze lettres sans date et sans importance, comprises dans son recueil. d

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