SOPHIE SA MÈRE
(7 février 173a — mai 1707.)
Sophie-Dorothée, fille de l'électeur George-Louis de Hanovre, qui devint roi d'Angleterre en 1714 sous le nom de George Ier, et de la princesse Sophie -Dorothée de Brunswic -Liinebourg, naquit à Hanovre le iG mars (27 mars nouveau style) 1G87. Elle épousa, le 28 novembre 170G, Frédéric-Guillaume, l*rince royal et, depuis le 25 février 171 3, roi de Prusse. De ce mariage naquirent, outre trois fils et une fille qui moururent fort jeunes : en 1709, la princesse Wilhelmine, margrave de Baireuth; en 1712, Frédéric II; en 1714» la princesse Frédérique, margrave d'Ansbach; en 171G, la princesse Charlotte, duchesse de Brunswic; en 1719, la princesse Sophie, margrave de Schwedt; en 1720, la princesse Ulrique, reine de Suède; en 1722, le prince Auguste -Guillaume; en 1723, la princesse Amélie, abbesse de Quedlinbourg; en 1726, le prince Henri; et en 1730, le prince Ferdinand.
La reine Sophie, veuve depuis le 3i mai 174»» mourut à Berlin, au château de Monbijou, le 28 juin 1757. Son corps fut déposé, non à l'otsdam, auprès celui de son mari, mais dans le caveau de la cathédrale de Berlin, selon le désir qu'elle en avait formellement exprimé. Le 2 juillet 1757, Frédéric, alors à son quartier général de
» Numéros aa , 48» Si, 53, 89 et 99.
Numéro 36.
« Numéro* 5g, G4. 67, 69, io3, io5, 10S, 109, 110 1 13 et 1 16.
d Sous les numéros 10, i5, 17, 19, a5, 28, 39, 3o, 3 1, 37, 3b et 43.
AVERTISSEMENT
Leitineritz, donna à ses ministres d'État Tordre de se conformer au vœu de sa mère, qui en avait recommandé l'accomplissement à la princesse Amélie. Cet ordre fut exécuté dans la nuit du 4 juillet.
Frédéric avait pour sa mère l'attachement le plus respectueux et le plus tendre. A son avènement, il lui donna le titre de Reine-mère ,« et comme elle voulait le nommer Votre Majesté : «Appelez-moi tou-
• jours votre fils , lui dit - il ; ce titre est plus précieux pour moi -que fa dignité royale.»1* Il ne cessa de lui témoigner son affection par des attentions de toute espèce. A Noël par exemple, il lui donna une cassette renfermant mille pistoles , du myrte et de l'encens; ce présent était accompagné de vers fort aimables. Une autre fois, au mois de mars 1745, la Reine -mère, voulant aller se promener en voiture, fut agréablement surprise en voyant que son fils avait renouvelé ses équipages avec le plus grand luxe. c Chaque année, Frédéric arrangeait des divertissements pour cette princesse: c'était tantôt une fête champêtre, tantôt une tournée dans les châteaux des princes ses frères. Le voyage que la Reine-mère fit, au mois d'avril 1745 , à Oranienhourg et à Rheinsberg, <* et qui dura neuf jours, est connu par la pompeuse description qu'en fit le baron de Follnitz.c L'année suivante, la fête de famille commença à Charlottenbourg ; Frédéric l'avait annoncée à sa sœur de Bai mit h, en lui écrivant, le 10 mai:
• A mon retour de Pyrmont, la Reine douairière viendra (le 27 juin) «à Charlottenbourg, où je ferai ce que je pourrai pour lui faire pas-
• ser le temps agréablement. De là nous irons à Oranienhourg, où
• nous vivrons sur les crochets de mon frère de Prusse, et de là toute
• la compagnie se rendra à Rheinsbcrg, chez mon frère Henri. » I Frédéric parle aussi de cette fête dans sa lettre inédite à son frère le prince Guillaume, de Potsdam, 17 juin 174C «Nous voulons, dit-il, «amuser notre mère par un voyage champêtre et par des plaisirs de «la campagne. Tenons-nous à ce projet, et ne mêlons point les orties
• et les ronces aux jasmins et aux roses.» En 1747, la famille royale
• A partir du mois de juillet 174a, Jcs journaux de Berlin la nomment Ifiro Majestàt die KonigUche Frau Muttcr.
Voyet la Vie de Frédéric il, roi de Prusse (par de la Veau*) . Strasbourg, 1787, t. IV, p. i3.
c Voyci la lettre de la princesse Amélie à Frédéric, du 27 mars 1745.
•1 Voyex ci -dessous, p. i5a, nn 10.
e Voyez (A.-B. Kdniç) Versuch etner hislorischen SchUdcrung der Residenzsiadl Berlin, t. V, li* partie, p. 85— io4f Voyez ci - dessous . p. 8n.
DE L'ÉDITEUR
eut à Charlottenbourg une réunion où la femme de Frédéric fut invitée sur sa demande expresse.3 Enfui, chaque année, depuis 1746, le Roi faisait donner un opéra le 27 mars , anniversaire de la naissance de sa mère, qu'il considérait comme la principale fête de la maison royale. C'est par toutes ces attentions aussi tendres que délicates que Frédéric sut embellir la vieillesse de celle qui lui avait donné le jour.
Ses ouvrages littéraires , miroir fidèle de sa vie morale , sont pleins des témoignages les plus touchants de la vénération et de l'affection qu'il éprouvait pour la Reine sa mère, h La conduite de la famille royale, celle des courtisans, les lettres même de Voltaire, c étaient le reflet de la piété filiale du monarque. Ce sentiment ne perdit rien de son énergie avec les années. Une lettre écrite par Frédéric à son frère le prince Ferdinand, le 3 mai 1782, exprime sa volonté de conserver dans son ancien état *l le château de Monbijou, que la reine Sophie avait bâti, et qu'elle habitait préférablement à toute autre résidence.6 Enfin, sur son ordre exprès du 20 avril 1763, les dames d'honneur de la reine défunte conservèrent à la cour et partout le rang qu'elles avaient eu du vivant de cette princesse, f
On peut comprendre, d'après ce qui précède, la douleur que dut causer à Frédéric la mort de sa mère, qui lui fut annoncée par la Reine sa femme dans une lettre reçue le icr juillet, vers sept heures du soir. Les Memoirs and papers of Sir Andrew Mitcliell renferment, t I, p. 356 — 35g, une description saisissante de l'impression que cet événement produisit sur le Roi. Il n'avait pas revu la Reinemère depuis le séjour qu'il avait fait à Berlin du 4 au 12 janvier 1767. La douleur profonde à laquelle il était en proie, ainsi que toute la famille royale, est dépeinte avec vérité dans le journal de l'aide de camp du prince Henri, comte Henckel de Donnersmarck (MUitiirischer Nac/dass des General-Lieutenants Grafen Henckel von Donnersmarck, t. I, II" partie, p. 242, Leitmeritz, 1" et 2 juillet). Mais, sans chercher ailleurs, les lettres du Roi à ses sœurs Amélie et Wilhelmine, du 1er et du 5 juillet, expriment de la manière la
• Voyez Hahnkc, Elisabeth Christine, p. 1 1a , et ci-dessous, p. a3, n* 4o.
«• Œuvres, t. IV, p. 18a; t. XII, p. 4o et 4»; t- XIV, p. 43 et 93; t. XVIII, p. 137, i3S et i4o; t. XIX , p. 44» et, indirectement, t. IX , p. 7.
c Voyez t. XXII, p. 5i, i5i et i54-
a Voyez ci -dessous, p. 586, n° 83.
«• Voyez les Mémoires de la margrave de Baireuth, t. 1 , p. 4' •
» Voyez t. XXV, p. 3o8, «° U.
AVERTISSEMENT
plus vive et la plus naturelle l'affliction dans laquelle le plongea cette perte irréparable.
Ces détails montrent suffisamment qu'on ne saurait accorder une entière confiance aux renseignements que la margrave de Baircutb donne, dans ses Mémoires, sur le caractère des relations de Frédéric avec sa mère. Un examen attentif de cet ouvrage permet de supposer que celle qui en est l'auteur cherchait plutôt à faire briller son esprit qu'à raconter les faits dans toute leur vérité. Elle prétend, par exemple,» que la reine Sophie s'était toujours flattée d'avoir beaucoup d'ascendant sur l'esprit de son fils, et d'exercer, dès qu'il serait monté sur le trùne, une certaine influence sur le gouvernement. Le Koi aurait dit à sa sœur, en 1734, en parlant de l'avenir!» : -J'aurai de grandes • considérations pour la Reine ma mère, je la rassasierai d'honneurs -, -mais je ne souffrirai point qu'elle se mêle de mes affaires, et si elle «le fait, elle aura à qtli parler.* Nous savons que personne n'eut jamais d'empire sur l'esprit de Frédéric, ni aucune part à son gouvernement, et que l'indépendance absolue de son caractère se révéla dès son séjour à Rheinsberg. Sa mère ne pouvait donc pas se faire d'illusions à cet égard. Mais la Margrave ne ménage personne dans ses Mémoires, et elle déchire sans pitié ses plus proches parents, c qu'elle fait pourtant profession de chérir, d Elle cherche avant tout à exciter la curiosité du lecteur; « pour cela tout lui est bon, jusqu'aux traits amers lancés contre celle dont elle tenait la vie. 1 II est donc évident que les Mémoires de la margrave de Baireuth, plus piquants que consciencieux , ne peuvent servir de preuve contre le caractère de la reine Sophie, ni contre la nature affectueuse de ses rapports avec Frédéric.
Les Archives de la maison royale conservent un grand nombre de lettres adressées par la reine Sophie à son fds , depuis le 7 février 1732 jusqu'au mois de février 1 jSO. Elles sont toutes écrites sur du papier à tranche dorée, et en français, a une seule près, qui
* Edition (du colonel d Ostcu) de Bruns» ic, iSiu, t. Il, p. 3oo et 3oi, année i74«».
•» L. c., p. 201 et aoa.
c Voyez les Mémoires de la Margrave, t. I. p. i43 et suivantes, où celte princesse donne la chronique scandaleuse de la maison royale.
«• L. c. , t. 1, p. 90 , 384, 3o3, et t. Il, p. i35, i3U, a<jcj et 3oo. Voyei aussi la correspondance de la Margrave avec Frédéric.
e L. c. , t. I , p. 3oo et 35 1 .
* L. c. , p. 1 a , 1 3 . — 60 , 77, bj et suivantes , 108 — 110. 1 a& , 1 nj . 1 3 1 , i3a, i54, aSi. etr.
DE L'ÉDITEUR
est en allemand.8 Malheureusement ce recueil ne renferme que les six lettres de Frédéric que nous présentons au lecteur. Quatre de ces pièces (n°* 7, 8, 9 et n) faisaient partie de la collection d'autographes de feu S. M. Frédéric-Guillaume III, et ont été trouvées au commencement du recueil des lettres de la Reine -mère dont nous venons de parler; les deux autres (not 5 et 1 3) y sont insérées à leur rang de date. Quant à notre n° i5, nous le tirons des Œuvres diverses du Pluiosophe de Sans -Souci (sans lieu d'impression), 1761, t. III, p. 128. Les Mémoires de la margrave de Baireuth contiennent encore, t. I, p. 1G0, une lettre de Frédéric à sa mère, de l'année 1729; mais comme l'auteur dit n'avoir fait qu'en donner le contenu • à peu près tel qu'il était,» nous n'avons pas osé admettre cette pièce dans notre édition.
V Appendice, de cette correspondance renferme : i° la lettre écrite par le Prince de Prusse à sa sœur la margrave de Baireuth, Berlin, 23 décembre 1744, en lui communiquant les vers de Frédéric qui accompagnaient la cassette envoyée par celui-ci à sa mère, aux fêtes de Noël de la même année; 2° Y Ordre de Frédéric aux ministres d'Etat et de Cabinet comtes de Podewils et de Finckenstein, Leitmeritz, 2 juillet 1757, ordre relatif au vœu qu'avait formé la Reinemère d'être enterrée dans le caveau de la cathédrale de Berlin.