‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 6 sur 81 · IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC AVEC SON FRÈRE LE PRINCE HENRI · texte numérisé non relu

IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC AVEC SON FRÈRE LE PRINCE HENRI

(3 février 1737— aS juin 178G.)

I,e prince Frédéric - Henri - Louis , communément appelé le prince Henri, h était le troisième fils de Frédéric-Guillaume Ier. 11 naquit à Berlin le 18 janvier 172G. Son père le nomma enseigne en 1738, et lieutenant l'année suivante. Le 27 juin 1740, Frédéric le fit colonel et chef du 35e d'infanterie, en garnison à Spandow; il l'éleva au grade de général-major le i5 juillet 1745, à celui de lieutenant-général le 21 février 1767, et à celui de général d'infanterie en 1758, par brevet du 20 octobre.

» Cette édition doit avoir été imprimée à Deux-Ponts, quoique le frontispice porte Leipzig. Voyez la Correspondance littéraire, philosophique et critique, adressée à u/i souverain d'Allemagne, depuis 1770 jusqu'en 178a, par le baron de Grimm et par Diderot, seconde édition, Paris, 181 a, t. II, p. 36 1. L'auteur de l'article y dit aussi : 'J'ai quelques soupçons que cet Autrichien est M. le •chevalier de Kéralio, qui, après avoir servi avec beaucoup de distinction en « France , a présidé successivement à l'éducation du prince Charles et du prince •Maximilicn de Deux - Ponts. •

b Dans ses lettres en allemand au Roi son frère , le prince signe Ilenrieh : Frédéric lui adresse les siennes : An meinen Drudcr llenrj ch.

DE L'ÉDITEUR

La carrière militaire du prince Henri fut très -brillante. 11 assista à la bataille de Cliotusitz; il défendit avec succès, en ij44? la ville de Tabor,a et se signala spécialement à la bataille de Hohenfriedeberg. En 1707, il se distingua d'abord à Prague. Après la bataille de Kolin , Frédéric lui confia un petit corps de troupes pour défendre le grand magasin et l'hôpital de Tannée campée à Leitmeritz. Le prince fut blessé au bras à Rossbach; le 10 novembre 1757, Frédéric, se rendant en Silésie, alla le voir à Leipzig, où il attendait sa guérison. Le n mars 1758, le Roi lui confia le commandement de l'armée de Saxe, et dans sa Disposition testamentaire du 10 août, aiasi que dans son Ordre du 22 à ses généraux, il le déclara tuteur du Prince de Prusse avec une autorité illimitée.'» De ce moment jusqu'à la paix, le prince Henri fut revêtu des fonctions les plus honorables, entre autres, le 8 mars 1760, du commandement de l'armée opposée aux Russes. Enfin, le 29 octobre 1762, il remporta à Freyberg une victoire signalée sur le prince de Stolberg.

Frédéric savait apprécier le mérite du prince Henri, et il ne négligeait aucune occasion d'en faire l'éloge. Ainsi il écrit au comte de Rottembourg , le ik octobre 1 745 : • Mon frère Henri s'est extrêmement distingué dans notre marche du 16, et on commence à con-

• naître dans l'armée ses talents, dont je vous ai si souvent parlé.» Il écrit à la princesse Amélie, le 11 mai 1757, en lui parlant de la bataille de Prague: -Mon frère Henri a fait des merveilles, et s'est distingué au delà de ce que je puis en dire.» Voici encore comme il s'exprime dans ses Raisons de ma conduite militaire : «J'avais un

• grand magasin à Leitmeritz. Celle ville, commandée par les montagnes des environs, ne pouvait être défendue que par un corps qui

• occupât ces avenues. J'y postai treize bataillons et vingt escadrons ■ sous les ordres de mon frère Henri, qui s'en acquitta à merveille. »c \jt 17 septembre 17S7, le Roi écrit à sa sœur de Baireuth : «J'ai lieu

• de me louer beaucoup de mon frère Henri; il s'est conduit comme

• un ange en qualité de militaire, et très -bien envers moi en qualité

• de frère.* Enfin, il s'énonce en ces termes sur le compte du prince dans sa lettre à sa sœur Amélie, du 3 mai 1761 : «J'ai pris congé «de mon frère Henri. Il fait au delà de ce qu'il peut. Je puis dire.

• que je l'aime véritablement, et que je lui sais gré de sa bonne vo-

* Voyez t. 111, p. 61.

»• Vovex t. IV, p. 361 et a6a, et ci -dessous, p. 1S0 et o33. Voycx t. IV, p. i3» et i33.

AVERTISSEMENT

• lonté. Je me repose sur lui. Il a de l'esprit et de la capacité , deux

• choses bien rares à trouver, et recherchées dans les temps présents.»

Aux talents militaires le prince Henri joignait ceux d'un diplomate consomme. Envoyé pour des affaires importantes à Saint-Pétersbourg en 1770 et en 1776, et à Paris en été 1784» il s'acquitta de ces missions avec une grande habileté.

Lors de la guerre de la succession de Bavière , le prince Henri fut charge du commandement de l'armée de Saxe; mais vers la fin de Tannée 1778 il écrivit au Roi que sa santé ne lui permettait plus de soutenir les fatigues d'une campagne, et qu'il voulait se retirer, ce qui obligea Frédéric à nommer à sa place, le 1 3 décembre, le prince héréditaire de Brunswic.

Jusqu'à celte époque, Frédéric s'était entièrement reposé sur le prince du soin de veiller au salut de la patrie, au cas qu'il vint luimême à mourir. « Mais dès lors il ne fait plus aucune allusion à celte éventualité, ni aux services qu'il attendait de son frère, si elle se présentait.

Depuis la paix de Teschen jusqu'à sa mort, arrivée le 3 août 1802, le prince Henri vécut, si l'on en excepte ses voyages à Paris en 1784 et en 1789, au château de Rheinsberg, dont le Roi lui avait fait présent au mois de juin 1 744. Il épousa , le 20 juin 1 752 , la princesse Wilhelmine de Hcsse, qui mourut à Berlin le 8 octobre 1808, sans avoir eu d'enfants. Celte union, qui d'abord faisait naître les plus belles espérances, ne fut pas heureuse. Dans une lettre inédite à la landgrave Caroline de Hesse-Darinstadt , Berlin, 27 mai 17G9, le prince dit, en parlant de sa femme: -Depuis trois ans, je suis absolument brouillé avec elle.- A partir de ce temps, il vécut toujours éloigné d'elle, quoiqu'il reconnût au fond de son cœur l'injustice de soupçons démentis par toute la conduite de cette princesse, à laquelle il ne put, depuis, refuser son estime. h

Il existe trois ouvrages sur la vie du prince Henri : i° la Vie privée d'un prince célèbre, ou détails des loisirs du prince Henri de Prusse dans sa retraite de Rheinsberg (par Guy ton de Morveau, connu dans la maison du prince sous le nom de lirumurc). A Yéropolls, 1784, quatre-vingt-seize pages petit in -8. 2° Kritische Ge-

» Voyez ci -dessous, p. 180, 181, 'My, ^jH, 876. 377, 38a. 3o,o et 533. Voyez aussi Mililnnscher Nachlass des Grafcn Hcnckcl von Donne rsmarck , t. Il . cahier II , p. ai 5.

b Voycx la Vie privée, politique et militaire du prince Henri, p. 14C et i47-

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schichte der Feldzûge des Prinzeti Heinrich (par Adam -Henri -Didier de BiîJow), Berlin, i8o5, deux volumes in -8. 3° Vie privée, poli' tique et militaire du prince Henri de Prusse, frère de Frédéric II (par le général marquis Louis-Joseph- Amour de Bouille) , Paris, 1809, trois cent cinquante et une pages in-8. Avant d'entrer dans l'armée française, l'auteur de cet ouvrage avait été élève de l'Académie militaire de Berlin du 1" juin 1785 au 1" novembre de l'année suivante, et il y avait vécu, selon les expressions de son fils, sous les auspices tutélaires et presque paternels du prince Henri. °

Fendant son séjour à Paris, en 1784, le prince Henri avait fait faire par Houdonb son buste en bronze, excellent ouvrage dont il ût présent à ses frères Frédéric et Ferdinand. Celui-ci plaça son exemplaire, après la mort du prince Henri, dans son jardin de Bellevue, en y ajoutant l'inscription: // a tout fait pour l'État. Ce beau buste a été volé il y a quelques années. L'autre exemplaire, heureusement conservé, se trouve dans le palais de Son Altesse Royale monseigneur le prince Frédéric-Guillaume, palais habité autrefois par Sa Majesté le roi Frédéric - Guillaume III.

Frédéric avait pour son frère beaucoup d'estime, de confiance et d'attachement; il prenait le plus vif intérêt à sa santé « et à son bonheur, et il chercha à le lui prouver par les attentions les plus variées et les plus aimables. Ainsi il lui adressa plusieurs ouvrages, tels que VÉpttre à mon frère Henri (t. XI, p. 3-io); VKpithalame à monseigneur le prince Henri (t. XIV, p. 99-103); et Y Ode à mon frère Henri (t. XII, p. 1—7). Il lui légua entre autres, par son testament du 8 janvier 1769, le diamant vert qu'il portait au doigt, d Il lui fit élever à Berlin un superbe palais, « qui fut inauguré le 24 janvier 1766. Enfin, il lui montra, par ses riches donations des années 1762 et 1772, combien il appréciait la belle conduite du prince a Freyberg, ainsi que la part importante qu'il avait eue à l'acquisition de la Prusse occidentale.'

* Estai sur la vie du marquis de Bouille (Kraiiçois-Claude-Amour) par son petit-fils René de Bouille, Paris, i853, p. 164 et 4^4- Vovex ci-dessous, p. 5o6.

•» Voyex t. XXV, p. laa et suivant!-*.

* Voyex t. VI. p. 317, art. 9.

« Le bâtiment occupé depuis 1809 par l'université. Avant d'y demeurer, le prince Henri habitait, depuis son mariage, l'hôtel de Schwerin, rue Guillaume, 73.

f Voyei ci -dessous, p. afiH, 371. 289. et Hlio.

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