III. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC AVEC SON FRÈRE LE PRINCE DE PRUSSE
<4 novembre 173G — a4 janvier iy58.)
Le prince Auguste-Guillaume , second fils de Frédéric-Guillaume Ier, naquit à Berlin le 9 août 1722. Son père lui donna, le 3o août 1730, le deuxième régiment de cuirassiers, en garnison à Kyritz,b dont le Prince royal avait été le chef jusqu'à sa tentative d'évasion. Le iw septembre 1731, le prince Auguste - Guillaume fut nommé gouverneur de la Poméranie. 11 n'était que capitaine dans son régiment de cavalerie, lorsque Frédéric le fit colonel d'infanterie, le 23 juin 1740. Il fut élevé au grade de général -major en 1741, par brevet du 8 novembre. Vers la fin de 1742, tout en conservant son régiment de
* Notre numéro 1, ci -dessous, p. 65.
k 11 est parle du régiment de Prusse cavalerie t. II, p. iaa; t. [II, p. i38; t. IV, p. i3o; et ci -dessous, p. 0,8.
AVERTISSEMENT
cavalerie, il devint de plus chef du 18' d'infanterie, en garnison à Spandow.* Le 20 janvier 174S, il fut nommé lieutenant-général, par brevet du 22 juin 17^2, et, le 27 mai 1756, général d'infanterie.
Le 17 novembre 1740, Frédéric plaça auprès du prince Guillaume son ami intime le général-major comte de Trucbsess; mais la guerre qui survint bientôt après appela celui-ci à d'autres fonctions.
En janvier 1741? le Roi laissa à Breslau son frère Guillaume et son ami Keyserlingk, «pour éviter, dit -il lui-même, de les exposer aux dangers de la guerre. »b Mais plus tard, le prince se trouva toujours à l'armée, et il se distingua à Ghotusitz, à Hohenfriedeberg , à Soor et à Lowositz. Il reçut, le 24 juin 1787, peu de jours après la bataille de Kolin, une lettre où Frédéric lui disait qu'il lui destinait le commandement de l'armée battue; celte armée devait être renforcée de plusieurs régiments et couvrir l'Elbe. Le prince, qui était alors au camp de Leitmeritz avec le feld-maréchal Keitb, accepta ce commandement avec reconnaissance. Il eut, le 27 juin, dans ce même camp, une longue conversation avec le Roi, qui lui dit tout ce qu'il attendait de lui. On connaît la malheureuse issue de la campagne du prince, qui en a fait lui-même une relation circonstanciée.*: Frédéric, de son côté, a raconté cette campagne dans une pièce inédite fort intéressante qu'il dressa à Leitmeritz, où il la finit le 1er août 1757. Elle est intitulée : liaisons de ma conduite militaire depuis la bataille de Prague, Voici le jugement que Frédéric y porte sur le prince : «Mon frère, dit-il, a de l'esprit, des connaissances, le meilleur cœur
■ de l'univers, mais point de résolution, beaucoup de timidité, et de
■ l'éloignement pour les partis vigoureux.» Lorsque le Roi revit son frère au camp de Bautzen, le 29 juillet , il lui témoigna son mécontentement avec assez de dureté pour que le prince crût devoir quitter l'armée, d II se rendit à Dresde le 3o, puis à Torgau, à Witlenberg et à Leipzig, enfin, le i3 novembre, au château d'Oranienbourg, dont le Roi lui avait fait présent en 1745. L'année suivante,
« Le régiment de Prusse infanterie est mentionne t. IV, p. i4i, et ci -dessous, p. m.
■> Voycx t. XVII, p. 86, et t. XXII, p. 71.
*•- Relation de ce qui s'est passé à l armée commandée par le Prince de Prusse depuis le 37 juin jusqu'au ay juillet ijSj. Ccl écrit se trouve en tête des éditions spéciales de la correspondance du Prince de' Prusse avec le Roi son frère à l'époque en question, éditions que nous citons à la Gn de cet article. Voyez aussi t. IV, p. i3a — i35.
«1 Voyez ci-dessous, p. i4u et 1 4 ■ .
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il forma le projet d'aller faire la campagne, comme volontaire, dans le corps d'armée commande par le feld - maréchal de I>ehwaldt; mais le Roi l'en fit dissuader par le comte de Finckenstein (lettre à ce ministre , Griissau , 24 mars 1 758). Le 20 avril , le Prince de Prusse fit son testament, dont il confia l'exécution à son frère le prince Henri,* et il mourut à Oranienhourg le 12 juin 1788. Cette perte fit la plus grande peine à Frédéric «Je viens de recevoir encore des nouvelles «de Berlin, écrit-il au prince Henri, d'Opotschna, 20 juillet. Quel-
• quefois mes affaires m'étourdissent sur nos malheurs communs; mais
• tout d'un coup, quand cela me revient à l'esprit, mon cœur saigne .
• et je deviens d'une mélancolie horrible. Chaque lettre de mes sœurs, •la vue du régiment, h tout me rend d'une sensibilité affreuse. >c Ce passage n'est pas le seul où Frédéric exprime la douleur véritable que lui causait la perte de son frère. Il y revient à plusieurs reprises dans ses écrits, «1 et Ton voit que s'il avait parfois traité le prince avec sévérité, il n'avait jamais cessé d'avoir la plus tendre affection pour lui.
Cette affection, il la lui témoigna constamment. Ses lettres sont toujours amicales, même dans les moments où 'il croit avoir à se plaindre de son frère. De plus, il lui adressa, le 28 novembre 1738, YÊpf/re qui se trouve dans les Œuvres du Philosophe de Sans-Souci (t. X, p. 57—62 de notre édition); il le choisit en 1740 pour l'accompagner à Strasbourg ;e en 1751, enfin, il lui dédia ses Mémoires de Brandebourg 9 en rendant l'hommage le plus flatteur à son noble et aimable caractère, f
Le prince Guillaume, que le Roi déclara Prince de Prusse, c'està-dire, héritier présomptif, le 3o juin 1744,1? avait épousé, le 6 janvier 1742, la princesse Louise de Bninswic-Wolfenbuttel, sœur de la reine Elisabeth. De ce mariage naquirent : le prince Frédéric - Guillaume, successeur de Frédéric; h le prince Henri, dont V Eloge se
a Voyex ci - dessous , p. 1 y5.
b Prusse infanterie.
r Voyez ci -dessous, p. 177.
d Voyex t. I V, p. aaa ; t. XVII , p. 35a et 353 ; t. X X , p. 270 ; et ci-dessous . p. 3o et 3i.
* Voyex L XIV, p. 1 56.
f Voyex t. I, p. xmii — xlvi.
6 Voyex Mvlius, Corpus Constilutionum Marchicarum, Continuatio 11, n" iS , p. 191 et 19a.
h Voyex t. III , p. 80; t. V I, p. 16 , a3 , i5o , a a 1 et 32a ; et t. IX , p. xi et 3i— 4o. Apres la mort du prince Guillaume, le prince Frédéric-Guillaume son
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trouve t. VII, p. 37 — 49; la princesse Wilhelmine (t. VI, p. 18 et 222, et t. XXIII, p. i38 et 25o); et le prince George-Charles-Emile , né le 3i octobre 1768, mort dans la nuit du i5 au iG février 1759.
Le MUitiïrischer Natlitass du comte Victor- Amédée Henckel de Donnersmarck donne une idée très -nette de l'amitié qui unissait les trois frères de Frédéric, et du mécontentement que leur faisait éprouver la guerre de sept ans. Ils ne savaient pas apprécier le génie et le caractère du Roi, et ils considéraient cette guerre, vraiment inévitable, comme devant amener la ruine de la patrie. Le Prince de Prusse s'exprime sans détour à ce sujet dans sa lettre du 5 octobre 1756 au marquis de Valori, ambassadeur de France à Berlin: -Tout -ce que vous me dites dénote, dit -il, la conjuration de la perte de •notre État. Si cela est résolu dans le livre des deslins, nous ne «pouvons l'échapper. Si l'on avait demandé mon avis il y a un an, «j'aurais conseillé de conserver l'alliance que nous avions contractée « depuis seize ans , et qui était naturellement avantageuse ; mais si on ■ demande actuellement mon avis, je dirai que, cela ne pouvant plus
• se faire, nous sommes dans le cas d'un capitaine de vaisseau qui
• défend son navire le mieux qu'il peut, et quand il ne trouve plus «d'autre moyen, plutôt que de se rendre à de honteuses conditions,
• il met le feu à la sainte-barbe, et il périt avec honneur. Rappelez -
• vous la lettre que François Ier écrivit à sa mère après la bataille
• de Pavie; telle doit être celle que le dernier Prussien écrira. Ce se- «ront mes enfants peut-être qui seront les victimes des fautes passées. »a
Notre édition de la correspondance de Frédéric avec le Prince de Prusse renferme soixante -douze lettres, dont cinquante et une du Roi. Nous les tirons des Archives de l'État, qui en conservent les originaux, presque tous autographes. Elles étaient inédites, à l'exception des lettres échangées entre le Roi et le prince à l'occasion du commandement confié à celui-ci en 1767. La Relation que le prince rédigea de son expédition est accompagnée de ces lettres , qui en sont les pièces justificatives. Elles sont au nombre de vingt -trois, dont dix de Frédéric et treize de son frère. Les Archives de l'État conservent le manuscrit original de la Relation, en français et en allemand; les deux textes sont de la main d'un secrétaire. Le texte alle-
fils fut déclare Prince de Prusse, le 11 décembre 1708. Voyez Mylius , Novum Corpus Constitutiorium Marchicarum , t. Il, p. 3 19, n° 54-
a Voye* les Mémoires de Valori, t. II, p. ao4 et aoj ; et noire t. XVil , |i. xui cl xiv, art. V, et p. 3 1 1 — 3 16-
DE L'ÉDITEUR
mand a été corrige par le prince, et il est également accompagné «l'une traduction allemande des vingt -trois lettres dont nous venons de parler. Cet ouvrage, que le Prince de Prusse semble avoir préparé pour le livrer à l'impression , a paru pour la première fois sous le titre de : Anekdoten zur lirliiulerung der Brandenlturgischen Geschichte und des letzteren Krieges.a Gedruckt im Jafire 17G9 (sans lieu d'impression ni nom de libraire), cent six pages in -8. Il a été réimprimé sous le titre de : Relation des Prinzen von Preussen nus riner I Iandscfirift der Manntieimer Bibliothek (jetzt Miinchener Centralbihliothek ) , dans les Beytriige zur Geschichte und Li/iera/ur, vorziiglich aus den Schiïtzen der pjalzbaierischen Centralbibliothek zu Miinchen. I lerausgegebcn von Joli. Chr. Frcyhcrrn von Aretin. Miinchen, i8o5, t. IV, p. 71 — 112 et 1G1 — 178. Cette réimpression vient d'être reproduite à part sous le titre de : Beitrag zur Geschichte des Feldzugs von ijSj, mitgetheilt von J. Jleilmann, Koniglich Baierschem Oberlieutenant. Berlin, i854, soixante -trois pages in -8.
Les Anekdoten de 17O9 furent remises en français et imprimées en 1771, puis reproduites trois fois l'année suivante. Voici les titres de ces quatre éditions :
1" Lettres secrètes touchant la dernière guerre , de main de maître. Divisées en deux parties. A Francfort, aux dépens de la Compagnie des libraires, 1771, deux cent trente -deux pages in -8. La première partie (p. 1—92) est intitulée: Anecdotes pour servir à l'histoire de Brandebourg et à l'éclaircissement de la dernière guerre.
2° Lettres secrètes touchant la dernière guerre , de main de maître. Divisées en deux parties. Nouvelle édition. A Francfort . , et se trouve à Amsterdam, 1772, cent quarante-six pages in- 12. La première partie (p. 1—57) est intitulée : Anecdotes pour servir à l'histoire de la maison de Brandebourg et à l' éclaircissement de la dernière guerre.
3° Lettres secrètes touchant la dernière guerre, divisées en trois parties. Amsterdam, 1772. La premier partie renferme la Relation du Prince de Prusse et les vingt -trois lettres dont il a été fait mention plus haut.
4° Recueil de lettres de S. M. le roi de Prusse, pour servir à
• C est sou» les noms de la dernière guerre, de la guerre précédente et de la guerre de ijS6 que Frédéric désignait la guerre que Tempclhoff .1 nommée le premier, en 1783, la guerre de sept ans. Voyez t. IV, p. xi ; t VI, p. 78, 97. 10a, io4, i»6 et ia8; t. IX , p. i45 et i83; t. XXIII, p. 187; ci-dessous, p. 3o5 et 357.
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V histoire de la guerre dernière. Le tout enrichi de notes par un officier général au service de la maison d'Autriche. Leipzig, 1772.» II faut remarquer qu'il existe sous ce même titre deux éditions , l'une de quatre-vingt-dix-huit et de cent quatre-vingt-deux pages petit in-8, l'autre de deux cent quatre-vingt-dix pages grand in-8. La première partie de l'une comme de l'autre renferme la Relation et les lettres.
Comme les quatre textes français cjue nous venons d'énumérer ne sont en réalité qu'une seule et même traduction des Anekdoten de 176g, notre recueil des lettres qui s'y trouvent est la première publication de celles-ci qui ait été faite d'après les originaux.
Nous devons enfin mentionner une Lettre du Prince de Prusse mourant au Roi son frire, publiée a Erlangen en 1758, vingt- trois pages petit in-8. Elle commence par ces mots : «Sire, je n'ai plus que vingt -quatre heures à vivre; les médecins viennent de me l'annoncer, etc.» Cette pièce étant controuvée, nous ne l'avons pas admise dans notre édition.