PROLOGUE
eroTu»* celle divine créature... E(sij*ëlais seul, ajoula-t-il, revenant à son naturel, je voudrais savoir si cette chevrière a tant soit peu d*esprit.
— M. Marsillat, dit sir Arthur d*un air solennel, allons-nous-en.
— Oui , oui , allons-nous-en , dit Marsillal après avoir ri de la vertueuse sollicitude de TAnglais. On serepent toujours d*avoir regardé les belles Marchoises ; la plus sotte et la plus novice en sait assez long pour compromettre le plus prudent et le plus discret d'entre nous. Au diable toutes les Vellédas et toutes les Lisettes de nos champs !
— Je ne comprends pas, reprit sir Arthur, en s^échauffant un peu au feu de son indignation intérieure t qu*il vous vienne de pareilles pensées à la vue d*un enfant. Vous n*étes pas dignes, messieurs, de contempler la beauté.
— Oui , oui , milord est seul digne de contempler la biouté, » dit Marsillat, en contrefaisant Taccent comique de sir Arthur.
Sir Arthur ne s*en aperçut pas. Le root ne sonnait pas autrement à son oreille qu'il ne Favait prononcé, et il souriait d*un air de pitié paternelle, quand les jeunes gens le traitaient de milord avec une intention ironique.
< Attendez, messieurs, dit Guillaume : Marsillat a gagné son pari , et je lui dois un louis que je le défie de prendre où je vais le mettre. »
En même temps il déposa doucement , dans la main toujours ouverte de la dormeuse , le napoléon qu*il avait parié.
c Vous avez raison , dit Marsillat , et je suis bien fâché de n'avoir que cinq francs à joindre à votre aumône. Halte-là , milord ! ajouta-t-il , après avoir déposé son écu dans la main de la petite paysanne, et en voyant que sir Arthur se
fouillait à son tour. Vous n*avez parié que cinq sous , et vous ne devez pas mettre davantage à TolTrande.
— D^aulanl plus, dit sir Arthur, après avoir retourné toutes ses poches d*un air consterné, que je n'ai rien antre chose sur moi.
— Je crois bien ! vous avez tout donné en chemin, reprit Guillaume qui connaissait Textrème libéralité de TAnglais. Son sommeil obstiné m*amuse, ajonta-t-il en jetant un dernier regard sur la chevrière. Je voudrais voir son ctonnement quand elle trouvera ces trois pièces dans sa main en se réveillant.
— Elle croira que le diable s'en est mêlé, répondit Marsillat, ou tout au moins les fées qui hantent, comme chacun sait, les pierres jomâtres au coup de midi et au coup de minuit.
— Puisque nous faisons le rôle des fées , dit Guillaume, et que nous voici trois, nombre sacré dans tous les contes merveilleux, je suis d'avis que nous fassions chacun uu souhait à cette enfant.
— Ça va, dit Marsillat; et étendant la main sur la tète de Tenfant : Ma belle, lui dit-il, je te souhaite un gaillard vigoureux pour amant.
— Ma charmante, je te souhaite un protecteur riche et généreux, dit M. de Boussac en souriant.
— Ma fille , je te souhaite un honnête mari qui t'aime et t'assiste dans tes peines, i dit à son tour l'Anglais avec un sérieux et un accent de conviction qui arrêtèrent un instaut la gaieté de ses compagnons.
Tous trois s'éloignèrent des pierres jomAlres, croyant avoir porté bonheur à l'enfant, chacun à sa manière, et ne se doutant guère que leurs aumônes allaient devenir dans sa petite main rinstrumcnt de leurs destinées.
JEANNE