‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · TOM. TI · texte numérisé non relu

TOM. TI

Comnient AlexftDdra ineite Achiles 807 ezeaaer vers Hector , et oomi^ Acbfles, après planeurs difficultés, 8*7 aocorde.

Fils de Péleiu, 6 Achiles, party du très*haut lignage magnifié, dont les dieux ont fait naistre singulières vertus, mais, en forlignant de tes pères par ta jadis débridée fureur, forclos maintenant de nostre siège des preux : icy te viens rendre spectacle de nos yeux , et en réparement de ton honneur, si tu peux, informe et contente les haulx hommes, lesquels, en doulousant la playedu Troyen, complaignent aussy la faute de ton honneur. Faire le dois, car aucunes fois causejion justifiée porte condempnation plus que desservie. Pour tant parle à Hector. Tu es le fils du roy Péleus et de la royne Thétis : recongnois où tu dois et te justifie où tu peux ; et qui as le monde esmu contre toy par fait, fay qu'en satisfaisant à partie, tu regaignes par beau parler*. Hector n'est encore desmu de sa noble nature de jadis. Vif, il fut raisonnable, et mort tu le trouveras humain. Procure ton pardon, en offrant honneur là où tu as inféré vilonnie. Certes, en ce faisant, tu acquerras gloire et vaincras ton ennemy, et qui plus est, tu mettras fin éternelle à un débat jà trop longuement duré entre vous deux.

ACHILES.

Certes, Alexandre, bon fait à croire, que au germain de Jason*, Achiles, moult poise la mort du Troyen, com-

« On lit dans le me. de Paris : Car toi qui par ion fait as esmu U monde contre toy, tu dois tant faire qu'en satisfaisant d partie, tu It rapaisespar beau parler.

* EsoD, père de Jason, était frôre de Péléas que Chastellain confond avec Pelée, père d'Achille.

bien qu'entre les siens progéniteurs et les miens, oncques n'y eut guaires d'amour, par quoy si encore la hayne y dure en nostre endroit, ce n'est que de nature. Sy sçay bien toutesvoies que la paix y seroit bien séant, et que par la droiture des dieux la mort requiert estre réconciliée, souverainement yceste procurée par moy; mais, moy recongnoissant mon mescbief et mon mésadvenu malheur, dont mille fois plus fay estime de la manière que du fait, ne sçay, Alexandre, si après si griève et criminelle œuvre *, me doy oflFrir à si griefment offendu prince.

AXBXANBBB.

Certes ouy.

àchilbs.

Et ne sera, penses-tu, sa playe rafreschie soubs la vue ' de sonintérimeur?

ÂLBXÀNDRE.

Ifaye cure de ce. J*ay obtenu de luy, que en l'honneur de royale dignité que tu as blessée, puisque mort ne peut estre remise à vivre, que tu viengnes à réparement, là où droit d'honneur le te souffrera rendre ; car de la mort, qui procède de guerre, ne fait-il poids, pour ce que une fois le convenoit cheoir par toy 6u par autre, mais d'estre occis sur aguet, seulement luy cuist.

ACHILES.

Or te seuffre, Alexandre, un petit, et je y vais.

> Après si grandement scandalisée œuvre, ms. de Paris. * Venue, ms. de Paris.

196 LA GOMPLÂlIiTB

ALBXANDBB.

Et je te seray moyen et avançeur de ta paix.

Comment Achilea, devant le siège des preux, présent Alexandre, ikit ses excuses à Hector en condempnant sa ftmte ; et comment Hector, réconciliant Achiles, le renvoyé à paix.

0 glorieux excellent Hector 1 aigre bras, oultre estime chevallereux, de qui tant et tant de fois ay voulu attempter, mais ne pus oncques tolérer les vertus, victeur invincible par nul chevalier, mais prosterné aventureusement par victoire non claire \ soubs espoir que tu à ceste heure ne différasses un peu de ta mort, donne aucun oubli à ta douleur, cesse à ton ire, et souffrance à ton ennemy. Je Âchiles mespris, viens vers toy essayer si recongnoissance de ma faute pourroit réparer Toffence de ta hauteur , et si titre dlionneste excuse en ton endroit voudroit ombroyer la honte d'un fils de roy.

HBCTOR.

Parle.*

ÂCHILBS.

0 Hector, doncques pour titre, je te ramembre comment les felles et adverses fortunes du temps jadis entre les tiens et les miens haulx progéniteurs, ont nourry longues et diverses rancunes, èsquelles plusieurs de nos plus haulx et des plus chers parens à deux lez adonc sont succombés par glaive , et sont venus les nobles et glorieux

< Pwr MM inflMM main deslâchée, ms. de Paris.

DHEGTOR. 197

lignages çà et là à désertion, à ruyne et à fin confuse, comme par toy et par moy appert, qui y sommes exterminés , et aussy piar la ruyne de nos propres régions et cités desracinées de parentage. Hector, tu sçais comment les tieos furent premiers injurieurs de mes prochains, et que moy obligé par nature à mon sang, me suis exposé constraint vengeur de leur querelle , laquelle chose exercitant à mon pouvoir et en soustenant les faits à la roideur de mes espaulles, les dieux, peut-estre en faveur des Grieux ou par envie de ta gloire, ont voulu abréger tes jours, et ont ta mort, dont il mepoise moult, terminée entre mes mains, certes à honnorable et juste titre, si l'exécution en fust honneste. Mais, parce que ta hautesse, et non pas sans cause, se douleuse de moy et allègue double mort estre en toy redoublée, dont l'une est natu* relie, et l'autre intollérable, ô Hector, icy te prie, espargne ton ennemy et seuffre un petit, s'il est possible, de ta fureur; car, toy occiant Patroclus, mon trës-amé, trèschier et cordial parent', logé au trésor de mes entrailles, en l'espargne de mes amours et de mes faveurs, ', certes fureur tellement m'esboullist, le sang aveugla mes yeux et me incita à vengeance, que sans regard de toy, ne qui tu fusses, nefbù tu fusses, ne comment tu fusses tourné ou à face ou à dos, je te envahy, et de mon malheur et de ta propre infélicité, non pas par ma vaillance, ne par ma chevallerie, mais par rage de cœur furieux, te renversay mort. 0 Hector, très-noble Troyen, ceste mienne foreur desréglée et desbridée, ne peut-elle porter ceste excuse^ ne peut*

I Mon Ms-aim^ cousin, et mon très-^ker et cordial et très<her parent, VM, de Paris. •

> An cq/Yet de mes faveurs et de mes intrinsèques pensées, ms. de Paris.

m LA COMPLAINTE

elle fionstenir ce fardeau^ ceste ŒQvre commise et ceste mort perpétrée en ennemisté de gaerre', en mortalité de bataille, là où à un chascun, convient on prendre mort par autmy ou la inférer à autre. 0 noble Hector, si tu ne pardonnes à la fureur, pardonne au moins à la loy invincible d*amour et à la faveur consolidée avec mon trèscber parent et amy Patroclus, que tu occis, voyant mes yeux, et lequel je vengeay, ne sçay comment, à vue estainte, de main aveugle, duite, non d'un chevalier, mais d'un furieux démoniacle' et hors de sens. Tu es mesmes celuy qui congnois comme amour lie, et comme fureur enflammée en cœur injurié ne peut estre résistable. Donc, et si je suis ton occiseur d*adventure, pour tant que pas ne Tay fait à la valeur de mon corps, et que ne me veux attribuer à gloire, tu aussy tant plus y doibs reffraindre ton yre. Car peut estre que toi-mesmes m*eusses intérimé, si tu eusses apperçu ma venue, et m'eust fureur mené à mon cymentière, là où fortune înfélice par inoy te prépara le tien. O noble et vertueux chevalier, et quantes fois ayje essayé la force de ta main, et quantesfois me suis-je présenté en front à la fureur de ton espée, que je toutesfois tout le meilleur des Grecs et le dompteur des autres Troyens, oncques ne pus endurer ton chappRs "! Donc, si t'ay esté ton enneroy à occasion de juste querelle, et que mort t'a esté aveuglement inférée par ma main , pourquoy céleroye-je ta gloire? Pourquoy ne ramenteroye-je ta chevalerie, ta haute prouesse , ta non pareille vaillance soubs qui et à qui, constraint de le confesser, je ployé Teschine, j'encline le chef, et te donne et exhibe lieu de révé-

* Bn injustice de guerre, ms. de Paria. • ' Démeni^ele, insensé.

* Chapplis, comhaX singolier. Voyez tome !•', pp. 225 et S19.

O^HECIOR. 499

rence avec tout honneur? 0 vaillant Hector si ma main s*est opprobriée en ta mort, au moins par avant içelle honte, luy demeure la gloire de t'avoir osé impugher souvent, toucher ton heaume, provocquer ton yre et enaîgrir ton courage sur moy, dont les armes congnoissoyô trop foibles contre les tiennes: sy en pryse mon bras et en glorifie ma valeur, ne fust le coup survenu, dont malheureuse fortune, ennemie de mon honneur, m'a fait le pourchas. 0 Hector, ce ne fut pas ma main» qui te inversa mort, ce ne fut pas aussi la lance* du fils au roy Péleus,'mais ce fut la malheurée et confuse fortune d'Achiles forlingné, lequel, s'il eust obtenu sur toy honorable victoire, se renommast glorieux fils de roy, où maintenant, comme déshonnoré victeur, ne se ose réputer que à demy povre chevalier, si ce n'est toutesfois que ta grâce, 6 Hector, dispenses paisiblement sur ma faute, et que ta hautesse considère les humaines passions, qui les hommes, en diverses natures, en divers cas et en divers temps, fréquentement molestent et desvoyent, et que nulle vertu n'est baillée si claire de nature qu'elle ne puisse branler ou estre ternie par infestation de senestre fortune. 0 Hector, entens doncques à ta gloire, et reçois ma louenge, que je, non par adulation ou par flatterie, mais par mérie droiture, profère à ton appartenir. Jlapaise ton ire; pardonne ce qui est irréparable, et seufifre à œluy qui sa honte ne cœuvre, recouvrement de quelque peu de son honneur, et quelque peu de support honnorable, à son los non grevable, quant tu en es requis. Sy te prie, ô Hector, en ta hautesse de fils de roy, pardonne à un autretel , ton mesfaiseur.

> L'tspée, XD8. de Florence.

200 LA COSPLÂEfTE

ALKXA5IUKB.

Hector, oyez les excuses de Aclifles, qui certes sont naturelles et humaines, et vu que de son douloureux metchief il se soubmet à ta mercy et si à ton honneur, certes que par loy dlionneur et de nature , tu luy dois pardonner.

HECTOB.

Achiles, attendu que en repentance de ton cas, tu reeongnois ta faute, et considéré qu en titre de haut homme nulle vertu n*est greigneur, ne de tel los, comme d'oser pardonner grant injure, en nature et courage de fils de roy je te pardonne. Et ignorant tous mesfaits passés, et pour tes autres chevaleries maintes dont bien suis expert, il plaise aux dieux te donner siège emprès nous, et moy en recouvrement de ton los je le te accorde, et va en paix.

OOMCLUSIOM DB L*ACTBUB.

Seigneurs royaulx, et vous tous nobles hommes,

A qui les los* et les gloires sont prosmes

Et les records que Ton escrit en livre,

A un'chascun, selon son estre et vivre,

Icy vous est baillé vielle matière,

Cas d'un grant poix et d'un très-haut mystère.

Du quel, qui bien le veut en soy comprendre,

Grant bien, grand fruit en peut tirer et prendre.

8y lui doibt bien savourer et luy plaire

Et à ses yeux Tavoir pour exemplaire *

• On lit dans le me. de Paris : Cesi un mffouer de trèi-nobU exim^ plû4r$.

FHEGTOR. 201

Et pour miroir d'un noble contenir* Pour en honneur vivre et vertu tenir.

Car plus sera l!}iomme de haut estage, Plus digne en terre et de haut' parentage, Plus en fortune, et plus noble en nature, Plus enrichy de grâce ou d'aventure. Tant plus luy peut servir en advertence Et plus donner d'effet et de sentence.

Entendez bien : la chose sy est telle; Car grant estât, ne haute parentelle*.

Quant de ses droits devoirs noblesse abuse. Ce n'est pas cas sur quoy doit prendre excuse*; Ains d'autant plus se rabaisse en sa faute Que plus appert et glorieuse et haute*, Et n'est si haut glorieux nom, ne titre, Que par le ray d'un vicieux esclistre Foulé ne soit et à terre abattu Et retiré du siège de vertu, Sur quoy honneur couronne les parfaits : Vueille ou non vueille, il en sera sy faits. Seigneurs, pensez à ce que oy j'expose; Car vray honneur est une digne chose ', Qui si petit ne prend de vitupère Qu'incontinent la tache n'y appère; Par quoy plus est précieuse en couleur. Quant l'orde' y est', plus doit estre douleur.

> Ce vers manque dans le ms. de Paris. Il est remplacé, une ligne ploB bas, par le vers suivant :

Chascun de vous mette peine à retenir.

' De plus grant, ms. de Paris,

* DehauUt ms. de Paris.

« Dont se peut prendre excuse, ms. de Paris.

* On lit dans le ms de Paris : Quant plus appert sagloire estrehaute^ « jRose, ms. de Paris.

^ Vorde, la souillure.

* Quant orie elle est, ms. de Paris.

LE MIROER

DES NOBLES HOMMES DE FRANCE '

Vous, nobles gens de tous estais divers, Vivans, régnans par le monde univers; Vous tous, seigneurs et nation gentille, .Qui, en l'abit de nostre foy couvers.

Portez les corps afublés et couvers, ,

Les cblefs luysans, les titres descouvers. Les haulx possès et la gloire fertille, Icy livrez vos esperits ouvers ; Donnez entente et escout à mes vers ; Soyez benings, non rudes et pervers; Rendez-vous sains à ma doctrine utille, Durtés et froids vous rendent les yvers. Et le printemps, fleurs, fruits et arbres vers ; Donc, qui amez honneur, non le revers, Prestez-y sens et oreille subtille.

Le temps de huy vous évoque et escrie ; Honneur semont et noblesse vous prie

( Publié d'après le manuscrit 120 de la bibliothèque Laurentienne, à Florence, collationné sur le manuscrit 21688 de la bibliothèque de Bourgogne et le manusorit '783 de la Bibl. royale de La Ebye.

i04 LE UROER

Qoe icj venllez songneuamnent entendre.

Et qu'en saison diseteuse et tairie, Yostre vertu naturelle fleurie, Se boute avant et s^espannîsse et rie.

Gomme un bourjon soubs la rosée tendre; Car, lit où est fertilité périe.

Salut forclose et povreté nourrie.

Vigne féconde est plus de près chérie, «» Et tant en est plus précieux Tattendre :

Ainsy est huy, noble chevalerie.

Besoing s'attent à vostre seignourie, Et vous requiert, par foy de vostre hoirie. Qu'en luy vouliez cœurs et désirs estendre.

Dieu, entre ceux de l'humaine nature, ^ Souvent vous crée excellens en facture.

Et singuliers en toute gr&ce exquise ; Vous baille corps de plaisant compassure, Richesse, argent, vigoreuse membrure.

Cœur ennobly, spécieuse figure, Vertu naïve en propres faits acquise ; Vous fait les cœurs enflambés en ardure. Hardis et fiers en toute chose dure, Souffrans et forts en chaud et en froidure, Et non tost mus pour oSènce surquise.

Sy fault entendre, et sy est bien droiture. Que tels hauts biens, à si comble mesure, Ne sont infus en nulle créature Sinon h fin singulière requise.

Le soleil fit pour le siècle esclairer. Pour embellir son venure et décorer, Et pour servant estre à Thomme et propice; Lee peuples fit naistre pour labourer,

DES NOBLES HOMMES DE FRANGE. 205

Planter jardins, terre fendre et arer*; Marchans, bourgeois, pour en sens procurer Durable estât et honneste police ; Prélats et clercs pour TÉglise honnorer, Pour dévots estre et en foy aouvrer, Pour paix prescher et pour yray proférer : Chascun en charge et poix de son office. Mais vous, s'en vous est sain considérer, Vos faits, vos mœurs, il veut faire mirer, Et vos beaux corps des autres préférer. Par vertu sourdre et maintenir justice.

Du mois de may la garnison jolie.

Ce sont verdeurs et mainte fleur polie, Odeur, beauté campestre, aromatique.

Vergers garnis de rose et d'ancolie.

Là où les cœurs, wis' de mélancolie.

Cueillent la joye en larmes amollie, Soubs la douceur de ramage musique; Mais le trésor et richesse embellie De qui la terre a longuement faillie, Et dont à dur plus est morte et pâlie. Ce sont vertus et honneste publique.

Qui en vos cœurs, au bon fons multiplie. Doivent jeter mainte fleur accomplie Et, en monstrant leur nature anoblie, Parer le monde et la foy catholique.

Besoing m'astraint et charité conseille, Qu^envers vous crie et que vous je resveille Vos cœurs, vos yeux, vos esperits nobiles, Et,qu*6n faisant longue estudie et veille,

• Arer(àearare),'ÏAhouTer.

« Wis, vides, libres.

DES NOBLES HOMMES DE FRANGE. 207

Voyez, notez les cités qui se fondent.

Les régions que fortunes confondent, Les haulx divins manoirs qui se deSbndent Et viennent tous de g^rand pluye à pluyne. Quant est à moy, je ne scay où redondent Les hideux cas qui en mes yeux s'abscondent ; Mais si pour nous les yeux Dieu correspondent, Je n*y voy riens que douleur et bruyne.

Tournez vos yeux ou mettez vos candelles Vers Orient où sont les infidelles, Qui, de repos vos vies désasseurent.

Vers Nort, vers West, où autres gens crudelles, Tendent aussy à vous les faire telles.

Et en la foy de leurs dieux sans tutelles. Promettent mort et douleur vous asseurent. Roys, princes, ducs, puissances temporelles. Tout partout sont remplis de querelles.

D'orgueil, d'ayr, d'envies corporelles ; Tous en Fun Fautre à destruire labeurent. Tendent à fins, ne savent mesmes quelles. Fors à malheur et hontes étemelles.

Quant n'ont les coaurs et vertus naturelles D'entendre au bien, quant les cas y ocoeurent.

Quel espoir ay-je au sainti royal thronne, France jadis la ferme championne De nostre foy, sainte et victorieuse, Dont la très-haut resplendissant couronne, Donuoit au siècle en tant qu'il avironne, Soûlas, refuge, amour, justice bonne, Transquil régner et vie glorieuse?

Or aujourd'huy malice y esperonne.

Envie y cceurt, discordance y fleuronne ; Et, n*y a pas tant de nourrins en Bonne

LE MIROER

Qu'il y a mains de vices curieuses.

Par quoy» quant voy le mal qui y foisonne» Et que vertu se part et dessaisonne, A peu conclus et à peu je raisonne Qu'il ne 8*en traye attente furieuse.

Tous pensemens ne sont pas bons à dire,

Et n'est besoin de tout mettre et escripre, j

Et dont paour fait prendre conjectures;

Mais quant mes yeux sur tout le monde tire

Sur France, Espaingne, Italie, Empire,

Sy n'apperçoy-je où je me tourne et vire, |

Que verge preste ou réaies battures. j

Tout et partout gouvernement s'empire ;

Vertu languit, félicité souspire,

Honneur s'estraint, nature trait au pire,

Noblesse enfouie et ternist ses natures,

Foy aflFoiblit, justice se retire.

Raison s'endort, pitié seuffre martire,

Dont je voy riens, si tant vous peut suffire,

Que paour grant de dures aventures.

Racine aucune ont tous avénemens.

Principes tous et tous commencemens Ont une fin certaine terminée, Jà soit ainsy que par vrais jugemens Les humains cœurs, ne les entendemens, Ne peuvent prendre, en leur conçoivemens, Le temps précis sur quoy est ordonnée ; Hais, par plusieurs longs conjecturemens, Par haulx regards, par experts seotemens, Par maints divers subtils disposemens, Voit-on bien sourdre une dure estrivée, Dont par regard à aucims fondemens.

L'œil juge bien tendre à déclinemens

DES NOBLES HOMMES DE FRANCE. 209

P&ys, cités, terres et tenemens, Ou estre près de fin exterminée.

Les Orients jadis tant redoubtableSt Les Grecs si haulx, si forts, si réputables, Si pleins d^engin et de sollicitude, ITont-il perdu leurs fers espoentables, Leur hault régner, leurs glorieuses tables, Leurs haulx palais, contournés en estables, Serfs aujourd'huy k vile multitude?

Quant donc si haulx royalmes et notables, Si nobles gens en tous fais racontables, Sont devenus à fin si lamentables Par leur orgueil ou autre ingratitude, Pourquoy seront nos duretés estables.

Nos corps asseurs, nos fortunes traitables, Là où sont tant de maux insupportables Que gloire en fuit, sy fait béatitude?

Mettez en tout vos soings et étudies : A dure mort vont longues maladies, Et roide fièvre et foiblesse piteuse.

Divins escrits et autres prophéties.

De vérité, non de fables, farsies, Malg^ nos cœurs à testes endurchies.

Prendront leur fin ou douce ou despiteuse. En vos mains sont toutes les monarchies. Le seul règne sur toutes girarchies, Le dos ultime où terres sont saisies.

Le derrain sceptre emprès force doubteuse. Sy en seront les premières ravies, , S'attendre peut fortune à ses envies ; Mais n*y a mais pour le sabit des vies , Fors que Dieu doinst sa gr&ce respiteuse.

TOX. Tl. 14

ALEXÂlïDfiB.

Hector» oyez les excuses de Achiles» qui certes sont naturelles et humaines, et vu que de son douloureux meschief il se soubmet à ta mercy et si à ton honneur, certes que par loy d'honneur et de nature , tu luy dois pardonner.

Achiles, attendu que en repentance de ton cas, tu recongnois ta faute, et considéré qu en titre de haut homme nulle vertu n*est greigneur, ne de tel los, comme d'oser pardonner grant injure, en nature et courage de fils de roy je te pardonne. Et ignorant tous mesfaits passés, et pour tes autres chevaleries maintes dont bien suis expert, il plaise aux dieux te donner siège emprès nous, et moy en recouvrement de ton los je le te accorde, et va en paix.

COMCLUSIOM DB L ACTBUB.

Seigneurs royaulx, et vous tous nobles hommes,

A qui les lo^ et les gloires sont prosmes

Et les records que Ton escrit en livre,

A un'chascun, selon son estre et vivre,

Icy VOUS est baillé vielle matière.

Cas d*un grant poix et d*un très-haut mystère,

Du quel, qui bien le veut en soy comprendre,

Grant bien, grand fruit en peut tirer et prendre.

Sy lui doibt bien savourer et luy plaire

Et à ses yeux Favoir pour exemplaire *

I On Ut dans le me. de Paris : Cest un mf rouer de trèe-uohle exem-^ plaire.

D*H£CTOR. SOI

Et pour miroir d'un noble contenir* Pour en honneur vivre et vertu tenir.

Car plus sera rhomme de haut estage»

Plus digne en terre et de haut' parentage, Plus en fortune, et plus noble en nature, Plus enrichy de grâce ou d'aventure, Tant plus luy peut servir en advertence Et plus donner d'effet et de sentence.

Entendez bien : la chose sy est telle; Car grant estât, ne haute parentelle*.

Quant de ses droits devoirs noblesse abuse, Ce n'est pas cas sur quoy doit prendre excuse*; Ains d'autant plus se rabaisse en sa faute Que plus appert et glorieuse et haute*. Et n'est si haut glorieux nom, ne titre, Que par le ray d'un vicieux esclistre Foulé ne soit et à terre abattu Et retiré du siège de vertu, Sur quoy honneur couronne les parfaits : Vueille ou non vueille, il en sera sy faits. Seigneurs, pensez à ce que oy j'expose ; Car vray honneur est une digne chose *, Qui si petit ne prend de vitupère Qu'incontinent la tache n'y appère; Par quoy plus est précieuse en couleur. Quant Torde' y est', plus doit estre douleur.

* Ce vers manque dans le ms. de Paris. Il est remplacé, une ligne ploB bas, par le vers suivant :

Chascun de vous mette peine à retenir.

' Dé plus grant, ms. dePariSi

* Dêhaute^ ms. de Paris.

^ Dont se peut prendre excuse, ms. de Paris.

« On lit dans le ms de Paris : Quant plus appert sa gloire estre haute.

^ Rose, ms. de Paris.

^ Vorde^ la souillure.

* Quant orde elle est, ms. de Paris.

-L- ' Jîl-^ X

LE MIROER

DES NOBLES HOMMES DE FRANCE*

Vous, nobles gens de tous estats divers, VivBns, régnans par le monde univers; Vous tous, seigneurs et nation gentille, ,Qui, en l'abit de nostre foy couvers, Portez les corps afublés et couvers, ,

Les chiefs luysans, les titres descouvers. Les haulx possès et la gloire fertille, Icy livrez vos esperits ouvers ; Donnez entente et escout à mes vers ; Soyez benings, non rudes et pervers; Rendez-vous sains à ma doctrine utille, Durtés et froids vous rendent les yvers. Et le printemps, fleurs, fruits et arbres vers ; Donc, qui amez honneur, non le revers, Prestez-y sens et oreille subtille.

Le temps de huy vous évoque et escrie ; Honneur semont et noblesse vous prie

< Pnblié d'après le manuscrit 120 de la bibliothèqae Laurentienne, à Florence, collationnô sur le manuscrit 21688 de la bibliothèque de Bourgogne et le manusorit 788 de la Bibl. royale de La Haye.

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