PROLOGUE
Pour cause queen plusieurs hautes histoires Et au tableau des humaines mémoires.
Maintes dioses du temps jadis passées « Sont plusieurs fois prises et récitées En divers temps et lieux diTorsement Et par divers contraire entendement, Huy en un lieu trop ou peu ampliées, Demain à terme ou trop tost oubliées, Ou trop parfond ou trop peu entendues^^ Ou trop ou peu à leur devoir rendues, Trop sobrement eslevées les unes, Et les autres par aveugles fortunes Décorées de gloire oultre desserte Par voix mouvant de raison non inexperte;
i" Publiée d*aprè8 le ms. 120 de la Bibl. Laarentlenne de Florence, oollalionné sur le ms. 1717 f. fr. de la Bibl. imp. de Paris. Ce ms. domie pour titre à eeUe composition : « Les tipitaphes de Hector, fils de Priam, roy de Troye, et de Achiles, flls de Péleus, roy des Mynnydoines» et est omtenu au procès de cestay traité les complaintes dioeulx cheTaliers, présent Alexandre le Grant. » On lit dans le ms. de Florence : « Cy après s'ensievent les épytaphes de Hector et Aohilles, ensemble le procès deeolx deux, dont Alexandre le Grant est le senl joge. »
I6S Là GOXPLAINTE
BecoeOlies aouTent les plus ombreuBes; Les menus de prix, les plus infiunieiises'. Et laissées comme songes ou fables Les plus dignes et les plus lamentables» Que tout le monde en son considérer Derroit dooloir, larmoyer, souspirer.
Tourner ses yeux, son esbat et son rire * Pour en ouir réciter ou escrire ', Comme à présent d*une baute matière Prise en un Tid très4ongtain çymetière ITa la tendreur esmue et pressée D'en rafireschir la plainte délaissée.
Et de la mettre en faoe^ des baulx bommes. Des rois du monde et des princes preudommes, A Toix piteuse enrumée en ses termes, Avecq yeulx tous encombrés de lermes t CTest l{t plourable,. amèie et doulereuse Mort de Hector, de Troye vallereuse ',. 8i Tillement ' et à bonté inférée.
Et par main noble et baute procuré»
Encontre bonneur d'anoblie nature Et contre estât de royal géniture.
Lequel pour lors que Dieu le souffroit vivre, Estoit celuy, que toute bistoire et livre. Sur tous les bons du monde, recommande. Et dont la boucbe à en parler amende, Yray escarboucle et bautesse florie D'aspreur bumaine et de cbevalerie.
De les, de pris, d'aspresse* et de vaillance,
* Injhietueuêei, ms. de Paris.
» 0ttlitdanslem8.de Paria: Tourner son Jeu, ton esiêi ei 90m rire.
* Deecripre^ ms. de Paris.
* Ft la remettre ie faces, m», de ^Biri».
* Malheureuse, ms. de Paria.
* FaOUmmemt, ma. de Paria.
* lyaigreitr, ma. de Paria.
ITHECTOR. WJ
Et où jamais peur n^eut, ne deffaillance ^ Lasche yoiiloir, ne vil meschant ouvrage Ne prit logis, n entrée en son courage. Plus ce sembloit * fils d*un dieu immortel Que d'aucun roy, tant f ust-il grand ou beU Pour les valeurs qui en luy reluisoient * Et au surplus du monde suffisoient.
Sy fut, hélas ! si felle sa fortune Qu'en jeunes jours et en senestre lune, Luy, le vainqueur d'effort tant ' redoubtable Fu dévaincu par meurtre détestable Et prosterné vilainement es prés, Dont si grant grief et si grant perte après Oncques le siècle en nul temps ^ ne reçut. Quant si haut corps en fin si povre' chut; De qui, combien que l'heure * en soit passée Et que du corps pièça est trèspassée Sa cuisant playe et sa douleur très-dure, Pour tant n'est pas de sa longue laidure Sa dolente àmé avant ses jours périe.
Ne de salut, ne d'honneur regarie, Âins se domaine et lime en pleurs ses fers Et tranmet cry du limbe des enfers Vers tous les rois et princes pour vengeance Du cas commis en telle deffaillance, Et les semont à voix très-lamenteuse De regarder sou histoire piteuse ' Et de jeter dehors de leur registre
* Miêuaf resiemhloit, ma. de Paris.
' Qi^en luy seul luisaient^ me. de Florence.
* Tout, ma. de Florence.
* Bn eage, ms. de Florence.
* Bn si basse Jln, ms. de Paris.
* remvre, ms. de Florence.
' De regreUer cette histoire piteuse, ms. de Paris.
170 LA œMPLAlliTE
La main de qui si vilain coup peut yatre; Car puisqu'il faut porter son finement, n ne luy est d*espoir de vengement.
Ne d'autre bien dont homme soit donneur. Fors qu'en oe monde on le prive d'honneur Et que bien il soit effacé du livre.
Là où les bons' sont députés k vivre.
Comme à présent dessoubs figure vive En parler aigre et en forme plaintive Sera monstre soubs seule intention De provoquer vostre compassion En cas qui est à plaindre et à douloir Et non louer oe qu'est de nonchalloir.
Pour tant, o vous haulx princes et seigneurs, Et vous trestous en vertus les greigneurs. Pour inciter' vos cœurs et vos entreilles. Ouvrez icy volentives oreilles ', Et vous verrez nouveau piteux mistère Fondé en pleur d'envieillie matière.
Et qui en soy ou en cas son semblable Vous pourra estre et servant et valable Miroir de vivre et de juger doctrine, De vertu règle et dlionneur discipline.
Sy y mettez vos bénignes ententes Et ne glosez mes rudesses patentes.
Mais y cueillez le miel, s il y peut estre, Comme la mouche en rude fieur champestre ; Et prestement* je croy que vous orrez Une œuvre estrange : or oyez et souffrez.
* Auquel U$ preux, mi. de Paris.
* Pourrén&ver, ms. de Floience.
* Volontiers vos oreilles, ms. de Paris.
* Prompiement, ms. de Paris.
n^iœcioR. 171
Comment Alexandre le Qrant, conquérant pays, passa par Troye, la grant oité deatniite, où il visita les sépultures de Hector et Achiles *, et comment il lut leurs épitaphes dont la teneur s^ensuyt :
Cy-gist Hector, Fartifice des dieux, Le très-hautain comblé trésor des cieux, Kespouventable extermineur des Orieux , Des bons Feslitte et Taigle des mortieux '.
Cy-gist le tout plain pouToir de nature. L'entier ressort de félice adventure, L*exoë8 de grâce et d'œuyre en créature Du présent siècle et de saison future.
Cy'^giat dlionneur le haut précieux thronna. L'excellent siège où vertu se florônne, Le flun ' des mœurs de noblesse couroime, Et dont la terre et la mer s'avironne.
Cy-gist la fleur de vaillance parfonde.
Le bras armé du triomphe du monde Et qui plus porte en prouesse et foconde Qu^en tout le siècle au rémanent n'abonde.
Cy-gist de Troye invincible la vie.
Et puis sa mort, quant Tàme en fu ravie,
De qui le titre et gloire desservie
Si des dieux non, ne peut estre assouvie.
> Vope§ dans Plutarque le récit de la visite d'Alexandre au tombeau d^Achille.
' MorUetta, mortels.
* Flum, fleuve, rivière, source. On lit dans le ms. de Paris : LûJUur,
Cy-gist la mort amère de Priant Et d'Hécuba ses cheveux destirant, De qui les voix vont en pleurs escriant Des morts Vabisme et les monts d'Orienté
Cy-gist le seul envié de fortune, Celuy en qui toute vertu fut une.
Par quoy fortune en celée rancune L'a fait tomber soubs éclipse de lune.
Cy-gist Fobject de l'humaine pité.
Qui toute haute excellent royauté Semont, provoque à larmes de durté* Et à mémoire en toute éternité.
Comment Alexandre, soy émerveillant de la glorieuse épitaphe de Hector, vint à la tombe de Achiles; et commença à lire son tiltre.
Cy-gist reclos Âchiles le seigneur.
L'aigre, le fort, fier lion batailleur, Tigre en estour, des Grieux tout le meilleur. Et des Troyens dur mortel travailleur.
Cy-gist lliorrible espée fouldroieuse.
Robuste bras, dextre victorieuse, •
Semblant crému, menace flamboyeuse, Mortel rencontre et touche furieuse.
Cy-gist des Grieux la promise victoire , Tout leur confort, leur attente de gloire, Leur destiné parfait de vieille histoire Pour renverser Troye en arsure noire.
■ A lërmeide durté, à larmes qui seront dorabiei.
Cy-gist des Grieux la terrible vengeance, Le contre-arrest de troyenne puissance, Le chier vengeur de la honte et nuisance Que fist Paris sur Grèce en arrogance.
Cy-gist Teffroy du haut roy Priamus, L*abat d'orgueil de ses enfans crémus.
Le prostemeur sur les troyens palus Du fort Menon et du fier Troylus.
Gy-g^st celuy qui près par impossible A dévaincu le victeur invincible, Le bras du monde en sa fureur visible, Le plus à craindre et le moins agressible.
Cy-gist celuy soubs qui force et maistrie, La fleur du monde est faillie et périe, Orgueil soubmis, morte chevalerie, Fierté conquise et prouesse tarie.
Cy-gist celuy, dont la main dévora Le noble Hector et de mort enferra Le plus vaillant qui oncq fu, ne sera : Qui veut s'en rie, et pleure qui vouldra.
Exelamationd^Alexandresar la gloire deHectoret de Acbiles, désirant le demy tiltre dudit Achlles pour la victoire qu^il avoit obtenue sur ledit Hector.
0 étemelle et très-merveillable puissance des dieux, incomprise en tes voyes et en tes faits non investigable, qui entre les corps que tu gouvernes, tu fais les uns semblables à ta nature, et les autres, ce semble, infélices et non assortables à riens, que diray-je, moj le traverseur
17i LA 003D1AI!«TE
de la terre, le vieil attemptenr des diverses fortimes, Fexpéditeur des œuvres loingtaînes et espandnes gloires, l'inquisiteur des monstres et des jsles occultes, que diray-je, que pourraj-je penser, désormais moj, misérable roj? En quoy pourraj-je ficher mon espérance, en quoy salut, en quoy mérite, en quoy félicité, en quoy dignité aucune de mémoire, après ces deux haulx reluisans hommes, qui en leurs tilti*es contiennent la gloire, dont l'entier monde se vouldroit parer par convoit'? 0! les dieux immortels! et où est l'exclamation propre qui leur fost à tramettre'? Ne où est le mode qui pust souffiîr à louer et amirer ces deux hommes, ces deux corps, ces deux chevaliers, dont l'ombre vault estre et la painture menace, tous deux morts plus redoutables en famé, que les récents bras d'aujourd'huy en faits? 0 ! et que les dieux ne m'asseurent de tel tiltre et .à l'issue de mon estre, et de telle à demy gloire, souverainement d'Achiles, qui, sur la couronne chevallereuse du monde , a obtenu par mort le derrain triomphe I Vive sa gloire, croisse sa renommée! Et sans déprimer la hautesse et sublimité du Troyen, intronisée soit son ymage emprèsles dieux!
La glorificatioii que Alexandre donne an Taillant Orégeoia Achilea, comme victorieax sur Hector.
0 Achiles, royale géniture, Chevalier preux, né de bonne adventure.
Précieux corps, solempnel nourreture.
Choix immortel, souhait d'extrême gloire;
■ Après Cet ieux glorieux et hauts chevaliers qui seuls remirent en leurs titres ce dont Vunipers et entier monde se pare, ms. de Paris. * Qui soit propice de leur transmettre, ms. de Piuris.
D*HBCTOR. 175
Bras triomphal paré de la painture, Plus grant que fist oncq mortel créature, Et dont ton chief et ta royal vesture Resplent plus cler que le soleil en Toirre;
0 temisseur de toute vieille histoire, L*aigle des roys % bruit d*étemel mémoire, Trésor des preux, prodige de victoire.
Corps reluisant par fortune et nature ' ;
Vers toy couché en ceste tombe noire, Te viens oflfrir révérence notoire Et ezaucier ton nom non transitoire.
Mais étemel par mérie droiture.
La complainte que fait Hector, le âls aisné de Troye, de sa mort vilainement procurée par Achiles ; et comment il semont les princes du monde à garder son droit et honneur, touchant sa mort glorieuse.
Je fus Hector, le fils aisné de Troye, Jadis salut, seul protecteur et joye De mon très-haut glorieux parentage, Lequel, pour lors que de fer je m'armoye Et que branler je fis Tespée moye.
Fléau dompteur des Grieux je me clamoye Et le rabat de tout leur vieil outrage. Parente, cités, subgès je deffendoye, Mes ennemis de mort dure offendoye.
Et pour un grief dix doubles leur rendoye Par propre main et par propre courage; Donc, pour les faite qu'en droiture exploitoye
* Sceptre roffal^ ms. de Paris.
s On lit dans le ms. de Paris : Sur tous le plus eaoullent en nature^
176 LA œiFLàII«TE
Et au plus beaa de mon eage où festoyé, Fortone, alors que moins je la doubtoye. Transmit sur moy vilain mortel oultrage.
Jadis, alors que j'estois empereur
De Tost troyen et certain répareur
De vieille perte et de fresche ruyne.
Et qu*entre Grieux, comme un lyon coureur
A gueulle ouverte et de proye quéreur,
Je me monstroye invaincu conquéreur.
Bras furieux et redoubtable eschine.
Lors n*estoit nul si haut adventureur.
Qui regardant ma naturelle aigreur
Pust ou osast attendre ma fureur.
Ne le trenchant de mon espée fine.
Or est faillie en moy ceste terreur.
Celle jadis espouventable horreur ;
Et est changé mon^estre et ma crueur
En pleurs, en plaints et en voix fémenine.
Hamois luisant, tranchant espée clëre.
Force, vitesse, aigreur, fière manière.
Tout est tourné en plaintive nature.
Lance jadis de mille hommes meurtrière Par un seul jour est devenue fougière, Et corps horrible en bataille rangière.
Pleurant ymage et dolente peinture.
Selle orguilleuse est devenue bière; Cheval bruiant, amattîe litière ; Dextre jadis comme fouldre légière Las! sy est cheue en terre et pourriture ^ Et pour tous biens du temps de cy derrière M'est seul remèse une âme prisonnière,
< On lit dans le ma. de Florence : Bst jà tergoir d€ plours tt iefrùlure.
Criant aux dieux vongeance dioituriôre Soubs larmoyant parfonde sépulture.
Ma vieille plaie et ma mort inférée,
Jadis tant fort en Troye souspirée
Par main destorse et en plour débattue
Pour estre arrière en frais yeux* remirée
Et de rechief plainte et considérée.
Requiert que soit de nouveau replorée
Et par pité nouvelle ramentue;
Car la façon d'honneur vitupérée,
Comment ma mort a esté procurée',
Vilainement par derrière serrée*
Par main encor de royaulté vestue,
Si cent mille ans le monde avoit durée,
Sy en devroit douleur estre tirée
Et entre rois et princes regrettée* ,
Si prince au monde en honneur s*esvertue'.
Pour tant, ô vous très-haults princes et rois, Qui par devoir de vos naturels droits Devez honneur maintenir et ensuivre, Et en tous lieux et en tous les endroits, A qui qu*il tourne à honte toutesfois, Tous les haulx faits et les humains exploits Peser au doy et à la juste livre :
Vers vous je viens à lamenteuse voix ', Non regardant aux titres de vos loix,
' J7ii ses lieuw, ma. de Paris.
' On Ht dans le ms. de Paris : Sst, qtOMt d'aguet elle est inUminée.
* Sfiferrie, ms. de Paris.
* Proférée, ms. de Florence.
> Diotys de Crète, qui Jouissait d^une hante autorité au xv* siècle, rapporte qu* Achille tua Hector par trahison.
* On lit dans le m8.de Paris : Sy erf^e à vous à lamenUMe voia,
TOI. ru i2
178 LA aMDnJUITE
Oa si chri8tîen8 oa prinoes pÊjeoDm^^ Fors ' au bon sens que nature vous liTie; Et TOUS requiers à ceste extrême fois Qu'en devisant d'Achiles le Grégeoia Yeulliez garder la hautesse et le poia De mon honneur, non pas de mon reiiyre.
Et vous le haut trésor de pité tendre, Sourgeon de qui fleuve de pleur s'engendre* Fémenins cœurs, recuis demy en flamme, 0 le foyer ' de charitable cendre.
Vers vous me viens et présenter et rendre. Les bras ouverts, les jointes mains estendre. Pour esmouvoir vos yeux que je réclame ; Car pour Thonneur de vous autres défendre. L'on m'a vu corps et bachinets pourfendre. Mes bras forcher, mes propres mains estendre^. Dardant aigreur comprise en vostre blaame ' : Sy vous supply que cy vueilliez entendre. Car viel murtry, frais pleurs me convient prendre; Sy remets sur vous tout mon doux attendre. L'honneur du corps et le regret de l'Ame.
Comment Hector, parlant à Alexandre, Imcite de non donner si giant tkreuT an tiltre de la tombe de Âchiles, mais que souverainement il veuille avoir regard à raison et honneur.
0 Alexandre, roy convoiteur de gloire, d'honneur ambitieux et depuis naguières le visiteur de nos titres, qui t*a meu, toy, qui es le juge des hommes et la balance des
> On lit dans le ma. de Paris : Ne si ckrestiem, ju$f$ ou papennafs. ' Biais, ms. de Paris.
■ 8&nspir, ms. de Paris.
* Mes propres veines fendre, ms. de Florence.
* CampêroMt vostre blasme, ms. de Paris.
régions estranges, de sentencier mon honneur, inconsult soubs autruj splendeur, qui ignores peut-estre les faveurs et les secrets d'ambedeux? O.roy Alexandre, ne prises-tu autrement l'honneur de ton semblable , et ne crains-tu à inférer lésion à un fils de roy, Taisné de la progénie troyenne , glorifié des dieux , solemnisé du monde et des hommes, que tu, ce semble, soubs pollue lecture, légièrement escripte, déprimes, courbes sa hauteur et en verses son siège? 0 roy sobrement instruit, peu informé des causes occultes qui doivent ou affecter ou retirer les courages, retourne à la nature de ton sang et à la hautesse de ton devoir. Car certes, si en un roy n'afflert créance légière, moins luy fiert hastiveté en sentence inconsulte, en honneur souverainement, qui plus est de grant pois au perdeur, que au fol juge sa faute. Beau sire, entens à raison et à propre honneur, et ne te souffre légièrement desvoyer sur rapport des yeux, car souvent l'on voit l'escorce du bois en fleur, dont la mouelle par dedans est pourrie.
Comment Hector, continuant son propos, fait remontrance à Alexandre que Achiles le tua par aguei et non par vaHlance.
Tu es un roy,
De qui Tarroy
Et le convoy
A fait effroy
Par l'univers monde, je croy,
Et as, soubs le divin octroy ,
Mais * ton employ,
Tout ton reploy,
> Maiij à Tayenir, désormais.
D*HEGTOR. I8i
D*estre tresbuscheur, Peut-estre par mon malheur Ou par main d'autruy Taleur, Comme on est tout sceur, Qui est fruit et fleur Meilleur sur meilleur, Toutesfoys n'ay peur Qu^en telle hauteur Mon murtrier, non mon yicteur.
Doive affoiblir mon honneur.
Sy te supply, gentil roy/et advise Qu*en tout honneur, dont tu fais ta devise, Mon corps occis désormais ne réprimes; Car là où sont les mérites ou crimes, Parra en brief par leur couleur divise : A qui il touche, y prenne garde et vise.
La forme de rbonneste excuse d*Âlexandre envers Hector, touchant llionnear par Iny eadbé à son intérimeor Achiles.
Hector vassal, le cœur tu me tourmentes, Quant si sur moy tu te plains et lamentes Et me mets sus qu'en légierté récline, Autruy j'essours et toy je te décline , Quant peu j'avance ou prise ton histoire Et d'autruy los fais esbruire la gloire : Certes que non, jamais ne le pensay.
Ne contre toy tel mal n'encommençay ; Car trop congnoy toy et ton origine Et les haulx faits de toy qu'on ymagine. Le roy des preux et des bons Tescarboude, Où jamais main que toy ne mit la boude, Yoire au regard, si vray je le reoors.
^moy eu ^st oieii «ne et T:,sai.
Taat les paj, ^a« .le, i^^^ ^.^^ ^^^^
E;. i.vour :oat >aiMer mumie en aies mams. Bi.a e^^a ^. .^.^..^ .^,^ :^ p^^^
V^R A^-ûiltiiK sur âa ^mhe iwve ' Commeat aa maui -a pwueaae Diirionde ATijit v«Ké :wiit le îmuleur da moait?. Atw pltisiems -raaa mots paruat toa titre' i^ui aatre part in? ;soat: mm «l reg^Istre, Et ajin jwa (jne toiiij jjs r^ors des Ut^ Et les hau*s tait» de tes bras à delÎTres iToat tcujoo» élit et le écrire et aavocr Que de toj oncq ae fu meilleiir pour Toir. Ce aoa otstaat= pour cau^e '^^xe la lettre Te racoiitx>iî' fuCy et occis estre Par Ach-les, toa fort iarerempteur.
Je luT docnay * la gloire et la haateor, Non pas potLT cas q:ie oncq^aes je te haïsae, >"e q^n'i ta gloire aujL'UJi mal Je vouJsisse» Mais pour le los q^ui ea saiilt et redoadie D avoir le t ras sur Faille et fleur du moadd* Donc, plus Terroye ea toy haut k» esbniijre,
• On lit dam le ms. de Paria : Ane pltmnn mUm Hiret.
' r0«iSe!f7Oi«f, 018. de Florence.
* Te€9rrtmf&ii, ma. de Pitia, « yV» UhriÊf, iiig.é»Fkff«oe.
FHEGTOR. 185
Plus me feroit mon titre en moy reluire*.
Ainsi, Hector, d'Àchiles Tépitaphe,
Qui que Tescript, ne qui y mit la graphe,
11 dit de toy tant de los et le preuve
Qu'impossible est que désir ne se meuve,
Et qu*on n'adhère à hautesse de cœur
Par ton los propre à ton sépult vainqueur.
Lequel, par toy si très-haut honnorer.
Fait plus et plus et plus fort désirer
Le bruit qu'il s est attribué à soy.
Pour ce qu'il semble estre vainqueur de toy;
Et toy qui sçais par vue çt par histoire
Qu'en tout mon temps, j'ay quis gloire sur gloire ,
Si j'ay trouvé titre aucun glorieux.
Ne puis-je avoir le désir curieux
De souhaidier un semblable à ma touche
Sans déroger à nul à qui il touche?
Certes, sy fay, je le puis et doy faire.
Ne fut jadis le très-puissant roy Daire
Par moy conquis et soubmis à ma loy.
Qui mieux valloit en tous endroits que moy.
Mais toutesfois, qui que s'en rie ou pleure.
Pire ou meilleur, la gloire m'en demeure.
Et ne luy fait qui que soit aucun blaâme.
Qui de mon lez va désirant la famé.
Non fay-je moy à toy, que bien l'enteindes ;
Car en tous temps et en toutes légendes.
Plus est victoire en œuvre difflcille.
Tant plus victeur est digne de haut stille.
Certes trop est grant chose de victoire ;
Car le vaincu plus a en luy de gloire.
On lit dans le ma. de Paris.
Donc, plus Yoit-on en toy haut los esbraire, Bt plus de fidt ton titre et nom reluire.
174 LA COMPLAmTE
de la terre, le vieil attempteur des diverses fortunes, Fexpéditeur des œuvres loingtaînes et espandues gloires. Tinquisîteur des monstres et des ysles occultes, que diray-je, que pourray-je penser, désonnais moy, misérable roy ? En quoy pourray-je ficher mon espérance, en quoy salut, en quoy mérite, en quoy félicité, en quoy dignité aucune de mémoire, après ces deux haulx reluisans hommes, qui en leurs tiltres contiennent la gloire, dont l'entier monde se vouldroit parer par convoit'? 0! les dieux immortels! et où est Fexclamation propre qui leur fust à tramettre'? Ne où est le mode qui pust souffrir à louer et amirer ces deux hommes, ces deux corps, ces deux chevaliers» dont l'ombre vault estre et la painture menace, tous deux morts plus redoutables en famé, que les récents bras d'aujourd'huy en faits? 0 1 et que les dieux ne m'asseurent de tel tiltre et .à l'issue de mon estre, et de telle à demy gloire, souverainement d'Achiles, qui, sur la couronne chevallereuse du monde , a obtenu par mort le derrain triomphe 1 Vive sa gloire, croisse sa renommée! Et sans déprimer la hautesse et sublimité du Troyen , intronisée soit son ymage emprès les dieux!
La glorification que Alexandre donne an Taillant Grégeois Aehiles, comme victorieux sur Hector.
0 A'chiles, royale géniture, Chevalier preux, né de bonne adventure.
Précieux corps, solempnel nourreture.
Choix immortel, souhait d'extrême gloire;
* Après ces deux glorieux et hauts chevaliers qui seuls remirent en leurs titres ce dont l'univers et entier monde se pare, ma. de Paria.
* Qui soit propice de leur transmettre, mn, de Paris.
D*HECn)R. 175
Bras triomphal paré de la paînture, Plus grant que fist oncq mortel créature. Et dont ton chief et ta royal veature Resplent plus clèr que le soleil en voirre;
0 temisseur de toute vieille histoire.
L'aigle des roys ", hruit d'étemel mémoire, Trésor des preux, prodige de victoire, Corps reluisant par fortune et nature ' ;
Vers toy couché en ceste tomhe noire, Te viens offrir révérence notoire Et exaucier ton nom non transitoire.
Mais étemel par mérie droiture.
La complainte que fait Hector, le fils aisné de Troye, de sa mort vilainement procurée par Achiles ; et comment il semont les princes du monde à garder son droit et honneur, touchant sa mort glorieuse.
Je fus Hector, le ôls aisné de Troye, Jadis salut, seul protecteur et joye De mon très-haut glorieux parentage.
Lequel, pour lors que de fer je m'armoy e Et que hranler je fis Tespée moye.
Fléau dompteur des Grieux je me clamoye Et le rahat de tout leur vieil outrage. Parents, cités, suhgès je deffendoye, Mes ennemis de mort dure offendoye, Et pour un griet dix douhles leur rendoye Par propre main et par propre courage; Donc, pour les faits qu'en droiture exploitoye
■ Sceptre rojfàly ms. de Paris.
* On lit dans le ms. de Paris : Sur tous le plue excellent en nature»
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Criant aux dieux vengeance droituriôre Soubs lannoyant parfonde sépulture.
Ma vieille plaie et ma mort inférée,
Jadis tant fort en Troye souspirée
Par main destorse et en plour débattue
Pour estre arrière en frais yeux' remirée
Et de rechief plainte et considérée,
Requiert que soit de nouveau replorée
Et par pité nouvelle ramentue ;
Car la façon d'honneur vitupérée.
Comment ma mort a esté procurée',
Vilainement par derrière serrée*
Par main encor de royaulté vestue,
Si cent mille ans le monde avoit durée,
Sy en devroit douleur estre tirée
Et entre rois et princes regrettée* ,
Si prince au monde en honneur s*esvertue'.
Pour tant, ô vous très-haults princes et rois, Qui par devoir de vos naturels droits Devez honneur maintenir et ensuivre.
Et en tous lieux et en tous les endroits, A qui qu*il tourne à honte toutesfois, Tous les haulx faits et les humains exploits Peser au doy et à la juste livre :
Vers vous je viens & lamenteuse voix ', Non regardant aux titres de vos loix,
' Sn ses lieux, ms. de Paris.
' On lit dans le ms. de Paris : Sst, quant d^açuet elle est Mermiuée.
* Sfiferrée, ms. de Paris.
* Proférée, ms. de Florence.
* Diotjs de Crète, qui jouissait d'une haute autorité au xv* siècle, rapporte qu* Achille tua Hector par trahison.
* On lit dans le m8.de Paris : iS^ycry^ À roM^tom^fiMtoooid?.
TOH. YI. K%
J^mmunii îŒîiL'x ridiit iiimi -bl "F-^tm .tt>*-^ '' jft 5: j*r * :** 'narra.:»* asaiirî,
riïïT *aHni:>i-r':Lr toi t-îiix ; Ld ^e rttiiazn* ;
Inria;^ a^^rr^îir .x=i;:ir-ii» t:i T-:i»nr«* iLfcsze ' .
Car xiitl s.'^'Vj, fri^ - 1t i.*? =l* :c:iTjtz^ zcd-ir« ; !?7 rîCi*^^ r::» T:^Li v..^i =.,- i:cx Attcr-ire.
0»uartst K«f/ir ;itr'.a:it » A^rTan-ir». I .^.nîe d* non àzziMSt wL gnnt T^»*^ «TOT regard ^ n-îoi « Linzêcr.
0 Alexandre, roj convoitear de gloire, d'honneur mm- }niuinx et depuLî n/i^ilèrei le visiteur de nos titres, qui ïh meu, toy, qui es le ja^e d^ hommes et la balance des
* Oo Ht dAiM lis mu. de Paria : Ne U ckrettiehs, jufft ou pëf€nm$U.
* Maiê, nui. d« par»,
' McMêpiff B». de Paria.
« Met propres veines fendre, ma. deFkmoee.
* f'^/mp4srami vosire bla$me, ma. de Paria.
D*HBCTQR. 179
régions estranges, de sentencier mon honneur, inconsult soubs autruy splendeur, qui ignores peut-estre les faveurs et les secrets d'ambedeux? O.roy Alexandre, ne prises-tu autrement l'honneur de ton semblable , et ne crains-tu à inférer lésion à un fils de roy, l'aisné de la progénie troyenne , glorifié des dieux , solemnisé du monde et des hommes, que tu, ce semble, soubs pollue lecture, légiërement escripte, déprimes, courbes sa hauteur et en verses son siège? 0 roy sobrement instruit, peu informé des causes occultes qui doivent ou affecter ou retirer les courages, retourne à la nature de ton sang et à la hautesse de ton devoir. Car certes, si en un roy n'affiert créance légière, moins luy fiert hastiveté en sentence inconsulte, en honneur souverainement, qui plus est de grant pois au perdeur, que au fol juge sa faute. Beau sire, entens à raison et à propre honneur, et ne te souffire légièrement desvoyer sur rapport des yeux, car souvent Ton voit Tescorce du bois en fleur, dont la moueUe par dedans est pourrie.
Comment Hector, continuant son propos, fait remontrance à Alexandre que Achiles le tua par aguet et non par vaHlance.
Tu es un roy,
De qui l'arroy
Et le convoy
A fait effroy
Par l'univers monde, je croy,
Et as, soubs le divin octroy ,
Mais ^ ton employ,
Tout ton reploy,
> MaiSf à Tavenir, désormais.
de la terre, le vieil attempteur des diverses fortunes, Fexpéditeur des œuvres loingtaînes et espandues gloires, Tinquisiteur des monstres et des ysles occultes, que diray-je, que pourray-je penser, désormais moy, misérable roy ? En quoy pourray-je ficher mon espérance, en quoy salut, en quoy mérite, en quoy félicité, en quoy dignité aucune de mémoire, après ces deux haulx reluisans hommes, qui en leurs tiltres contiennent la gloire, dont l'entier monde se vouldroit parer par convoit'? 0! les dieux immortels! et où est Texclamation propre qui leur fust à tramettre'? Ne où est le mode qui pust souffrir à louer et amirer ces deux hommes, ces deux corps, ces deux chevaliers» dont lombre vault estre et la painture menace, tous deux morts plus redoutables en famé, que les récents bras d'aujourd'huy en faits? 0 1 et que les dieux ne m'asseurent de tel tiltre et .à Tissue de mon estre, et de telle à demy gloire, souverainement d'Achiles, qui, sur la couronne chevallereuse du monde , a obtenu par mort le derrain triomphe! Vive sa gloire, croisse sa renommée! Et sans déprimer la hautesse et sublimité du Troyen , intronisée soit son ymage emprès les dieux!
La glorification que Alexandre donne an vaillant Grégeois Aehiles, comme victorieax sur Hector.
0 Achiles, royale géniture.
Chevalier preux, né de bonne adventure.
Précieux corps, solempnel nourreture.
Choix immortel, souhait d'extrême gloire;
> Après est deux glorieux st hauts chevaliers qui seuls remirent en leurs titres ce dont Vunivers et entier monde se pare, ms. de Paris. * Qui soit propice de leur transmettre, ms. de Paris.
Bras triomphal paré de la painture, Plus grant que fist oncq mortel créature, Et dont ton chief et ta royal vesture Resplent plus dèr que le soleil en voirre;
0 temisseur de toute vieille histoire^ L'aigle des roys ", bruit d'éternel mémoire, Trésor des preux, prodige de victoire, Corps reluisant par fortune et nature ' ;
Vers toy couché en ceste tombe noire, Te viens ofiFrir révérence notoire Et exaucier ton nom non transitoire.
Mais étemel par mérie droiture.
La complainte que fait Hector, le fils aisné de Troye, de sa mort vilainement procurée par Achlles ; et comment il semont les princes du monde à garder son droit et honneur, touchant sa mort glorieuse.
Je fus Hector, le ôls aisné de Troye, Jadis salut, seul protecteur et joye De mon très-haut glorieux parentage.
Lequel, pour lors que de fer je m'armoye Et que branler je fis Tespée moye, Fléau dompteur des Grieux je me clamoye Et le rabat de tout leur vieil outrage. Parents, cités, subgës je deffendoye.
Mes ennemis de mort dure offèndoye, Et pour un grief dix doubles leur rendoye Par propre main et par propre courage; Donc, pour les faits qu'en droiture exploitoye
> Sceptre roffal, ms. de Paris.
* On lit dans le ms. de Paris ; Sur tous le plus excellent en nature»
nf 1^ conLAPOî
E: an pms beu: df - mon «sgr où j'^stcive, Fortam;, aioi^ ouf mom^ jt* it douiiUFve, Transmn sur imyy Tiian: mortel cmitmee.
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IîaTIlOi^ iinsûin, "traiinhan' f»îr.«>s c^m.,
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PiOUTBin yniUpS fn àatîlllli IfcVIljTllTt..
SiîIh nrriiiiif»usi «si at^taiiM imm ; Ciirvu. n-uiair^ aniuTiti iiiitr^ , Itert!^ miiii- riiiLmf i(»;^fa'-f tvsrn^if 1»^' f7 fan clit^ui i!L "1:^7*1 fr TMiurrrrur* . & imurtouf lutnif ul ifm;Tïf oi rj Oir— h!'^
Criant aux dieux vengeance droituriôre Soubs larmoyant parfonde sépulture.
Ma vieille plaie et ma mort inférée,
Jadis tant fort en Troye souspirée
Par main destorse et en plour débattue
Pour estre arrière en frais yeux* remirée
Et de rechief plainte et considérée.
Requiert que soit de nouveau replorée
Et par pité nouvelle ramentue ;
Car la façon d'honneur vitupérée,
Comment ma mort a esté procurée',
Vilainement par derrière serrée*
Par main encor de royaulté vestue,
Si cent mille ans le monde avoit durée,
Sy en devroit douleur estre tirée
Et entre rois et princes regrettée^ ,
Si prince au monde en honneur s*esvertue'.
Pour tant, ô vous très-haults princes et rois, Qui par devoir de vos naturels droits Devez honneur maintenir et ensuivre.
Et en tous lieux et en tous les endroits, A qui qu*il tourne à honte toutesfois, Tous les haulx faits et les humains exploits Peser au doy et & la juste livre :
Vers vous je viens à lamenteuse voix *, Non regardant aux titres de vos loix,
^ Bmes lieux, ms. de Paris.
' On lit dans le ms. de Paris : S$t, quant d^açuet elle eei Merminie.
* Snferrie, ms. de Paris.
* Prt^érée, ms. de Florence.
> Diotys de Crète, qui jouissait d'une haute autorité au xv* siècle, rapporte qu*Achille tua Hector par trahison.
* On lit dans le m8.de Paris : iS^ycr^fàvoM^tomen^o^tovoifl^.
TOH. YI. i2
178 Là OQflH.&mE
Fois ' se l»an ksbb çne lasccxe tous Ihtp; Et Toizs re^-Jfjf à OB?îe ettréme fciis ^m drdfi&i^ d'AcLIifis ±t Grêg«ma Teullîfiz gaj-dsr }& L^u^esac et le poiâ De mon hoy.Tirar, ii Ji£ pu ⣠znan ircrre.
Et TOUS le li&Tit Izéfiar de p::^ tendis,
5onrg«>ii de qiiî fièvre de ^îleaT »>iig«adpe,
Fémenins cxeuts, râc^ils deiL j ei. f*«TiiTH%
O k forer" de doiiSilIe eeijdre.
Ver» TOUS me TÎeiiS et prêsenlcr et rendre,
LeE bras ourens, les j oii^tcs ^^^f^^^T^^ esteiidue.
Pour csmouTcir vos yetix q^ie je réclame ;
Cm* pour ILoimeur de tous autre» défendre,
Uon ma tu corps et bachiiiets pourfei^dre.
Mes bras forcher, mes propres mains e»tendre*.
Dardant aigreur comprise en Tostre blasme * :
Sy TOUS Eupply que cj Tueilliei entendre.
Car Tifil murtrr, frais pleurs me convient |»^endre ;
Sy remets sur tous tout mon doux attendre.
L'honneur du corps et le regret de Fâme.
Comment Hector, parlant à Alexandre, I incite de non donner si giaat fkveor an tiltre de la tombe de AchCes^ mais que «mTeninenient U ▼eniUe aroir regard à raison et honneur.
0 Alexandre, roy convoiteur de gloire, d'honneur ambitieux et depuis naguières le visiteur de nos titres, qui t*a meu, toy, qui es le juge des hommes et la balance des
* omit dans le ms. de Paris : Ne si ckrestiens, juffi ou péftfunoU. ' Maiê, ms. de Paris.
* Bawêpiff ms. de Paris.
* Met propreê veines fendre, ms. deFkmoee.
* Comparûmi vosire blasme, ms. de Paris.
D*HBCTra. 179
régions estranges, de sentencier mon honneur, inconsult soubs autruy splendeur, qui ignores peut-estre les faveurs et les secrets d'ambedeux? O.roy Alexandre, ne prises-tu autrement Fhonneur de ton semblable , et ne crains-tu à inférer lésion à un fils de roy, l'aisné de la progénie troyenne , glorifié des dieux , solemnisé du monde et des hommes, que tu» ce semble, soubs pollue lecture, légièrement escripte, déprimes, courbes sa hauteur et enverses son siège? 0 roy sobrement instruit, peu informé des causes occultes qui doivent ou affecter ou retirer les courages, retourne à la nature de ton sang et à la hautesse de ton devoir. Car certes, si en un roy n affiert créance légière, moins luy fiert hastiveté en sentence inconsulte, en honneur souverainement, qui plus est de grant pois au perdeur, que au fol juge sa faute. Beau sire, entens à raison et à propre honneur, et ne te souffire légièrement desvoyer sur rapport des yeux, car souvent Ton voit Tescorce du bois en fleur, dont la moueUe par dedans est pourrie.
Comment Hector, continuant son propos, fait remontrance à Alexandre que Achiles le tua par aguet et non par vaHlance.
Tu es un roy.
De qui Farroy
Et le convoy
 fait effroy
Par Tunivers monde, je croy,
Et as, soubs le divin octroy ,
Mais ^ ton employ,
Tout ton reploy,
> Mais, à ravenir, désormais.
180 LA GOMPLAIHTB
Ta foy, ta loy.
Ta faim» ta soy, Fust en guerre, fust en requoy, A maintenir llionneur de toy :
Baison pour quoy Chacun en soy En craint leploy:
Sy fay-je moy, Mais si mon malheur Et si ma lueur Soubs feinte couleur, Soubs stille abuseur, Poly en faveur, Souffre aucune erreur * Par quelqu'un, mon opprimeur Ou peut^stre intérineur *, Fust-il empereur Roy ou conquéreur.
Hideux rencontreur, Mortel en fureur, S'il est procureur D'aucune vilaine aigreur, Mal fait qui en est couvreur.
Et quoyque douleur Me soit et tristeur, ' Cause de langueur.
Fondement de pleur,
■ On lit dans le ma. de Paris:
Mais si mon malheur Bt si ma lueur Soubs tétùte couleur, Sons titre abuseur, Souffre aucune erreur.
A InUHneur, exjoateur; pénètre infermineur ou iniMmtwr, qui met à mort.
D'estre tresbuscheur, Peut-estre par mon mallieur Ou par main d'autruy valeur, Gomme on est tout soeur, Qui est fruit et fleur Meilleur sur meUleur, Toutesfoys n'ay peur Qu*en telle hauteur Mon murtrier, non mon victeur, Doive affoiblir mon honneur.
Sy te supply, gentil roy,*et advise Qu*en tout honneur, dont tu fais ta devise, Mon corps occis désormais ne réprimes ; Car là où sont les mérites ou crimes, Pàrra en brief par leur couleur divise : A qui il touche, y prenne garde et vise.
La forme de llionneste excuse d*Alexandre envers Hector, toachant l*honnenr par lay ezibé à son intérimeur Achiles.
Hector vassal, le cœur tu me tourmentes, Quant si sur moy tu te plains et lamentes Et me mets sus qu'en légierté récline, Autruy fessours et toy je te décline , Quant peu j'avance ou prise ton histoire Et d'autruy los fais esbruire la gloire : Certes que non, jamais ne le pensay, Ne contre toy tel mal n'encommençay ; Car trop congnoy toy et ton origine Et les haulx faits de toy qu'on ymagine. Le roy des preux et des bons l'escarboude, Où jamais main que toy ne mit la boude, Voire au regard, si vray je le reoors.
182 LA GOKPLilNTE
De fier courage et de yaleur de corps, Non pas en fait d*aYentureuse queste; Mais je f excède en gloire de conqueste; Car suis froisseur des régions par sommes, Et toy dompteur et le victeur des hommes. Vainquant en aigre et en propre vertu, Et moy en ost bien armé et yestu.
Or eçt ainsy que moy jadis quéreur De seignourie, et d'estre Tempereur Tant des pays que des hauts cœurs humains Et d'avoir tout rentier monde en mes mains. Bien est-il vray qu'aiifty que je passoye Vers Âchiles, sur sa tombe lisoye Comment sa main en prouesse parfonde Âvoit versé tout le meilleur du monde.
Avec plusieurs grans mots parant ton titre * Qui autre part ne sont mis en registre. Et combien que tous les recors des livres Et les hauts faits de tes bras à délivres M*ont toujours fait et le croire et savoir Que de toy oncq ne fu meilleur pour voir. Ce non obstant* pour cause que la lettre Te racontoit' failly et occis estre Par Achiles, ton fort intérempteur.
Je luy donnay ^ la gloire et la hauteur, Non pas pour cas que oncques je te haïsse. Ne qu'à ta gloire aucun mal je voulsisse, Mais pour le los qui en sault et redonde D*avoir le bras sur Faigle et fleur du monde. Donc, plus verroye en toy haut los eebruire,
■ On lit dans le ma. de Paria : Avec pluHeurs autres grëns tnots et titres.
' Toutetvoies, ikis. de Florence.
" Te corrompait, m9,àeP9xiB.
« J*en iéeiray, ms. deFloro&oe.
D'HECTOR. m
Plus me feroit mon titre en moy reluire'.
Ainsi, Hector, d'Achiles Tépitaphe,
Qui que Veacript, ne qui y mit la graphe»
II dit de toy tant de los et le preuve
Qu'impossible est que désir ne se meuve,
Et qu'on n'adhère à hautesse de cœur
Par ton los propre à ton sépult vainqueur,
Lequel, par toy si très-haut honnorer,
Fait plus et plus et plus fort désirer
Le bruit qu'il s'est attribué à soy,
Pour ce qu'il semble estre vainqueur de toy;
Et toy qui sçais par vue çt par histoire
Qu'en tout mon temps, j'ay quis gloire sur gloire ,
Si j'ay trouvé titre aucun glorieux.
Ne puis-je avoir le désir curieux
De souhaidier un semblable à ma touche
Sans déroger à nul à qui il touche?
Certes, sy fay, je le puis et doy faire.
Ne fut jadis le très-puissant roy Daire
Par moy conquis et soubmis à ma loy.
Qui mieux valloit en tous endroits que moy,
Mais toutesfois, qui que s'en rie ou pleure.
Pire ou meilleur, la gloire m'en demeure,
Et ne luy fait qui que soit aucun blasme,
Qui de mon lez va désirant la famé.
Non fay-je moy à toy, que bien l'entendes ;
Car en tous temps et en toutes légendes.
Plus est victoire en œuvre difBcille,
Tant plus victeur est digne de haut stille.
Certes trop est grant chose de victoire ;
Car le vaincu plus a en luy de gloire.
On lit dans le ms. de Paris.
Donc, plus voit-on en toy haut los esbmire, Et plus de ftdt ton titre et nom reluire.
184 LA œMPLAINTE
Plus le vainqueur en hoxmeur glorifie Et sa vertu de valeur florifie.
Yecy le cas pour quoy je m*7 adonne : S'il y a mal, honneur le me pardonne.
Comment Hector, content de rexcose d'Alexandre, radvertlt de la mode de son interminement précipité par son ennemy Adhiles.
0 Alexandre, empereur très-gentil.
Encore un peu d'alégeance m'est-il.
Quant devers moy si d.oulcement f excuses, Et de parlers aussi aimables uses ; Car peur assez certainement j'avoye Que d'argumens tu me tinsses la voye Pour ta raison encontre moy débattre Et pour mon los ou fouller ou abattre. Or m*ont esté les dieux si favorables Que tes parlers ne sont fors qu'agréables. Et parles bien comme Alexandre en vie; Mais maintenant, quant TAme f est ravie Et envers nous es enfers descendu,' Tu as bien sçu, appris et entendu Que d'ÂchUes le coup qu'il fist en moy  esté fait en grant blasme de soy.
Car toy et moy et aussy ma partie Sommes au lieu où & droit de partie Est vérité pour chascune et chascun»
Sans espargner non plus l'autre que l'un. Déa! toy vivant, quant en gros tu lisoyes Les vers parés, dont mort tu me disoyes Par Achiles, sans mention plus daire.
Certes je dis, et fust du fils au père. L'honneur de cil qui l'autre a pu occire» Semble estre & l'cail trop plus digne d'esUre ;
D*HEGTOR. 185
Mais dl qui mit les vers sur le tombeau,
Gela le laid et n*y mit que le beau»
Par quoy ton sens en fut par faulx déçu,
Et moy j*en suis à le souffrir enchu
De mon honneur, quant me cuides vaincu
Qu*onques ne fus dliomme qui ait vescu.
Le cas est tel, car comme j^entendis
A Fatroclus qu*à la mort je rendis,
Guidant ravir sa despouille garnie,
Vint Acbiles remply de félonnie
Et me férit par derrière le dos.
Dont mort souffris et luy honteux deslos.
Mais si cela se peut nommer victoire.
C'est donc grant los que de vil oeuvre voire.
0 Alexandre, à toy je le raconte.
Car je sçay bien que tel deslos, ne honte,
N'eusses voulu procurer, ne acquerre
Pour un mont d'or plus grant que n'est la terre ; .
Par quoy tant plus m'est-il fort desplaisant
Quant tu jadis alloyes eslisant ,
Mal informé, cuidant avoir bon heur.
Un titre feint contraire à vray honneur.
Ce qu'en ton cœur ne se fust jamais chu.
Ce m'est advisS si bien tu l'eusses squ;
Car en un cœur de roy doit estre hide.
Non pas certes' nom de lasche homicide.
Dont il s'ensieut en tout bon sein ' remort
Pour coup féru, ne pour reçue mort;
La main férant n'est de moy vainqueresse ,
Ne moy ocds, ne suy mort en paresse;
Ains aussi plein suis de gloire tout mors
Que je fus onc, ayant la vie au corps ;
* CdMMtf/e croy, ms. de Paris.
* Chercher, ms. de Paris.
* ifftffi^, ms.de Paris.
IM LA CXHOLADTTE
Et ee te ToeQ proarar par mm droitim Et par exemple et par vire figure '.
OnniDeot Heelor, par exemple (fAntipater, monstre à Alexandre que Adiiles ne doibt aroir gloire rar luy, non plus qne ieéDny Antipater car Alexandre, et que si Antipatar a eité tiaîstre à Alsiandre, Addlei a esté mnjirier de Heetor.
Te sonviengne Alexandre comment, après tonte la terre avoir esté fléchie soubs toj et réduite à la crémeur de ton sceptre, Ântipater» ton espéré amy, te fit par ses fils Cassandre et loUe empoisonner en Babylonne', et que luy, un cautelleux vieillart, te fît cbeoir à Fenvers sans glaive, que milles tourbes de raddesjou vents' oncques ne purent expugner par force. Donc, si Acbiles prent gloire sur moy de son coup, par semblable raison Antipater te précédera ^ en gloire par sa poison, et sera de toy vainqueur; un traistre, et de moy, un murtrier. 0 ! et comme mal sonne (aux dieux n'en desplaise!) que gloire de telle hauteur et telle splendeur soit ternie soubs telle main , ne que le lasche courage d'un proditeur* obtienne triomphe sur gloire de roy ! Et quant au roy Daire que tu allègues, certes, Alexandre, si les dieux jadis feu ont donné le dessus, aiissy te donnèrent-ils le conseil bien d'en ouvrer, quant par maintes exhibitions
' On lit dans le ms. de Paris :
Et ce veux bien monstrer tant par droitore Que par exemple dn fait la vray e figore.
n est érident qne le dernier vers a été mal transcrit
' VofM Arrien, VII, 7, et Qnlnte-Carce, X, 28.
• Jouoentê, Jeunes gens.
« 7VpaM«m, ms.de Florenoe.
' Z>*aa/^«a^ ms.de Florence.
de courtoisie par toy à lay coustumièrement démontrées tu doubloyes et redoubloyes ta louange, et te monstroyes, contre nature d'ennemisté, courtois et bénigne à ton ennemy. Et où est ores le cœur, tant soit noble, qui telle œuvre congnue ne devroit révéler et ramener à dignité de mémoire ce qui procède de si noble racine? Certes , si Achiles m'eust espargné seulement d'une beure', peutestre que à tousjours mais il eust son bonneur sauvé. Or m'a-il abbattu par crisme, ce qu'il craignoit non pouvoir faire par sa valeur, et par ce il en a noircy son bonneur, et le mien non pas décru, fors seulement en tant que la vie m'est par luy précipitée d'avant mes jours. 0 TOf Alexandre doncques, ces cboses considérées, entens à ton bonneur et au mien; et si tu as erré par le faux record d'un simple titre de sépulture, sy te réduis à la voix d'un fils de roy, vray relateur.
Or m'est advis, si bonneur repose en terre. Que par tous droits et d'armes et de guerre, Moy, tout ocdfi, doy resplendir en gloire. Et luy qu'on cuyde avoir sur moy victoire, Ne peut jamais des bons la grÀce acquerre. Ou tout le monde est aveugle et sy erre.
Comment Alexandre, continuant son excuse vers Hector, luy impètre que Achiles vienne par devant eux soy justifier de son crisme.
0 noble Hector, jadis la perle de Troye et le miroer étemel de prouesse, jà ne plaise aux dieux que je par mes argumens te puisse vaincre, pour cuyder embellir ma cause par répliques sur toy, que les dieux, les livres et les
* Demp heure, ms. de Paris.
188 LàGOlPLAniTB
humaines mémoires si lianltement solempnisent, et que moy-mesme par nature de royal courage te doy et vueil autoriser anssy sur tous autres. 0 Hector, si jadis le titre de ton ennemy, forgé peut-estre par faveur, m'a donné l^iëre affection mal causée, maintenant mieux instruit de la matière, me condamne d'erreur ; et pour rapaiaement de courage, et aussy pour continuer ta gloire, lar quelle, après tant de baulx et vallereux' faits, dont ta reluys et resplendis, par ma seule bouche n'a pu recevoir lésion, moy du palais' de nos enfers suis content de moy révoquer en terre et d'envoyer publiquement la protestation de mon tort, pourvu toutesfois que Achiles premië* rement, en qui chevallerie et haultesse de sang royal resplendissent bien amples, viendra icy devant nous deux soy justifier, s'il peut, de ce en quoy tu le blasmes. Car ainsy pourra estre que, présentes les parties, ou que ton cœur s'amollira vers luy par ses excuses, ou que ta gloire sera redoublée par son recongnoistre. Il prit jadis comme toy royale naissance et nourreture enfantine en gyron de royne. Sy est ton honneur et ta haute louenge, que tu le mettes en offre de le recevoir en ses excuses et autres quelsconques allégations qu'il voudra proposer, car si du cas qui est commis en toy, tu fais à doloir, aussy se fait à plaindre Achiles, quant il s'est soullié de tel mesprendre*.
I VietoHêiiCf,ma.àeV9i\B.
> Var : de$ pales^ des Umites, on bien : des palus, des manis, des rives.
* On lit dans le ms. de Paris : Car s'il fUt à donloir que flftolie si hor> rible soit en soy commise, aussi se Hait-il à plaindre que nn si renommé chevalier soit ordoyé de tel crime.
D*H£GTOIL 189
ley réplique Hector.
Combien que de toutes lésions inférées , celles dlionneur Bouverainement et de mort sont non pardonnables, toutesvoies, pour non refuser équité k nulluy, et aussypour mieux esclaircir d*entre nous deux la matière» Alexandre, je m'accorde volentairement à ce que tu me requiers et demandes.
La complainte que M% Achiles ponr son reprochable exploit, priant anx roys et aux princes qu*U leur plaise de le supporter.
Si la pitié de ma douleur très-tendre Dieu me souffrist que cœur la pust comprendre, En soulageant ma très^olente charge, Espoir m'est bien d'en faire roches fendre, Et non pas cœurs, mais ces pierres espandre En feu, en flamme, et convertir et rendre. Noyé en pleurs, tout le monde en son large. Donc, si mon heur se pouvoit estendre Que deV ou terre ou homme pust comprendre Le demy mal qu'au cœur me convient prendre Soubs le couvert d'une ombroyeuse targe. Certes les dieux, mon corps couché en cendre, Âuroient bien garni* d'un si haut attendre. D'un grant salut et d'un haut entreprendre. Après nag^r en si amère barge.
Qui veut ses yeux en mon estre mirer Et à grant pois de sens considérer Du présent fait* ma dolente manière, Pour semblant triste ou pour cris proférer,
> Muni, ms. de Paris.
* Li€U, ms. de Florence.
190 LA œMPLAINTE
Certes ne doit en soy nul ammirer.
Penser aussy, coidier, ne espérer.
Fors que ce soit à cause non légière.
J'ay les yeux prests à tendrement plorer,
Le cœur enclin à plaindre et souspirer,
La main prochaine à cheveux destirés,
La Toix tremblant, comme au vent la fougière;
Et me duit mieux moy-mesme martirer,
Destordre mains, visages déchirer.
Gémir, frémir, voire désespérer
De mon malheur que faire meilleur chière.
0 excellente haute chevalerie, Rois, princes, ducs, toute autre seigneurie*, A qui nature a mis grans biens en œuvre. Vers vous me tourne à triste voix marrie. Non par cuidier d'œuvre envers vous mérie. Mais soubs espoir de la vertu florie Qui au trésor de royal sang se cœuvre. 0 nobles cœurs en vaillance nourrie".
En qui pitié ne peut estre périe.
Honneur esteint, ne raison attarie'.
Veuillez vers moy vos courages esmeuvre ; Car moy gisant desoubs terre pourrie.
Fils d'un haut roy et de royne chérie, Voy à tousjours ma famé estre murtrie.
Si devers vous grâce je ne recouvre.
Par nom jadis Âchiles fus nommé, Fier, courageux, chevalier renommé,
I Baronnie, ma. de Paris.
> On lit dans le ms. de Florence : 0 vaillant corps , o kouHette nourrie, * Amoindrie^ ms.de Paris.
L'un des meilleurs du temps d'icelluy eage Puissant de corps, de taille bien^formé. Où Dieu sembloit n*aYoir riens espargné* Riens mis d oubli, n*aueun biens desprimé Ne en vertu, ne en bautain courage, Conune un lion, comme un tigre animé.
Car, quant j'estois à cheval et armé Et que ma main tint son acier limé.
J'en ay fait maint baut et terrible ouvrage, Respandu sang, bras et teste semé Parmy les champs où je me suis ramé \ Et tant qu'en fin les voix m'ont reclamé L'honneur des Grecs et des Troyens l'oultrage.
Grans et haulx dons m'avoit donné nature ;
Aussy les dieux dont je fus nourreture.
De leurs faveurs largement me partirent,
Et fus taillé par semblant de droiture
D'estre une fois reluisant créature
Et l'un des haulx en gloire d'escripture.
Dont oncques mains en chroniques escriprent'.
Or a esté telle mon adventure
Que par malheur, jadis d'une pointure
En mon honneur je conmiis fourfaiture,
Par q]aoy les haulx de gloire me retirent
Et m'ont forsçaint d'une telle ceinture
Que j'en maudis ma réal géniture.
Mon lieu, mon nom, mon estre et ma facture.
Ne qu'onques mais mes mains le desservirent.
Fureur de sang, amertume* de rage, Enfelonny, injurié courage,
1 Bam^, porté, dirigé.
2 Sn livres escHpvirent, ma. de Paris.
" Apoitume, ms. de Paris.
19S LAOOHPLAnnZ
AdTÎB tnmUé, par nature esmne.
Bar leur cuisant impétueux oiage.
M'ont fût commettre on chaleureux oultrage
Et oublier dlionneur le haut parage.
Dont la clarté m'est à terre eschue :
Thj fidt, bien sçay, un piteux vasselage.
Fort rabais3i6 ma gloire et mon estage,
Et n*aYint oncq au siècle tel dommage
Que de ta chose en ce point eschue;
Mais qu*en diray-je en mon propre avantage.
Fors que je suis du troncq et paientage
Du vicieux humain povre lignage.
Dont la foiUesse est en tous lieux conçue?
Si la fureur non à temps refrénée
A ma raison forclose et formenée
Par force à faire œuvre si despiteuse,
Quant la fureur a esté terminée.
Et que raison m*a esté ramenée,
f en ay souffert douleur si attainée '
Qu*oncque puis n'eus vie déliteuse'.
J'en ay ma main de faulte condempnée.
Mon bras maudit, ma face déclinée.
Et par douleur de Faigre destinée
Et de ma gloire a tousjours mais boiteuse^
Tea ay sur moy la sentence donnée.
En démonstrant à ma dure journée
Qu'en royal sang, n'en créature née.
Ne doit manoir œuvre impugnée honteuse.
Le noble Hector, fleur dlionneur, Foultrepasse Qui en valeur et en vertu surpasse
* DiliUmi, douce, pleine de plaisir.
L*aigreur, Taspresse et la fierté du monde, Et qui tout seul tant de prouesse embrasse, Autant de gloire et de haut los atasse. Comme le siècle en son trésor amasse Jusqu'à quérir le parfont de sa bonde, Bien sçay qu'en plainte et en dure menasse Sa Toix me charge et sa douleur me trasse Et en aigreur il quiert, il prie et chasse Qu'honneur me froisse et gloire me confonde; Mais soubs Toctroy des dieux que je pourchasse. J'en pense à rompre aucunement la chasse. Quant j'en verray le lieu propre et espace, Là où faudra que de tout je responde.
Pour tant en vous, o seigneurs ', je respire;
Mon mal, mon grief, vous envoyé et souspire *,
Comme à sensible entendant * baronnie.
Si j'ay le tort devers moy et le pire.
Pour tant en vous * ne me vueilliez despire*;
Car j'ay tiré de royaume et d'empire,
Com vous, jadis naissance et progénie.
Sang me conseille et nature me tire
De mettre en vous ma playe et mon martire.
X'un noble cœur, volontiers l'autre attire ;
Dieu a noblesse en celle forme unie.
Si donc en moy riens se trouve à redire.
Veuillez un peu de mon support escripre.
Et vous ferez, pour à honneur suffire,
Ce qu'appartient à royale maisnie.
' Vert vous, hauts princes, ms. de Paris.
> Où lit dans le ms. de Paris : Bt vous envoyé le grUif dont Je souS" pire,
* Attendant, ms. de Paris.
« En tout, ms. de Florence.
* Despire, mé^t\sièf,