PROLOGUE
Pour ce que ¥ray semMi^Ue est que âloy à k fia du moiide pour» estre feH reeort de k régnation de ehadea Ylh de ee nom, roy de Franoe, et de Pbîlij^e la tfè»-i\aat due de Baxatn gongne el de Brabant^ oontempoiains^ lesquek, ftpi^to bagues et morleltee g^rres pa^ié» ensemble, parla diversité toutes? yeîes des humaines fortunes, oaeques ne se puisjQt entier voir, mais sy entreboutoient teusjours questioiv» eli diiBraltte par lesqueDes, viûdans de Vune et reateans en i^utif nouvelle jusqu^en la fin de leurs jours, ce noble loyauqie ioj bnuibit touqours et Yaoilloii, ne savoît sur quey^ ou sur paix establa ou sur guerre resseuree; et ce, à cause et pai^ la contraire aventure à tous deux, que leur beur ne se porta tel que sVntres vissent pour lûre estaindre et oesaei^ toutes viellea envies et rancunes, toutes semences de divisions et de haynes dont noi^ moins leurs personnes que ce royaume pendoieat eq péril, et le chose publique en langueur de dtéperdre, comme vivement font mention leurs hautes esmervsillables chroniques, là où
* fahM tfapiès le tests uataee du m. VV» 4^ U BTU. de Bo^rgo^fae».
leurs fiiits et r^^tions* Yun çà, Tantre là, sont mis et escriis en peipétnelle exaltation de leur famé bien digne de mémoire : mais pour ce que moy, le moindre des hystoriogiaphes firançois, une fois, sur la fin de leurs eages et au temps de la plus haute difficulté dure que oncques je yisse entre eux, sur le point ultime de meschief prochain, dont cause estoit et nourrissement, constrainte habitation et refuge de lliéritîer de la couronne, le dauphin Viennois, es pays de ce duc, son humble recueilleur, et de laquelle venue, François et ceux d'autour du roy, le roy mesme personnellement, se passionnoient, et déclinans d*amour, non oncques bien vraie çà envers, se laissèrent couler jusques en froideur toute glaceuse et pleine de hayneuses mixtions, imputans à charge et reproche à oestuy duc la venue devers luy de leur héritier et sa longue demeure, comme avoir esté faite par subomance et cautèle : condoléant lors les instabilités des choses humaines et la diversité des accidens que les fortunes tramettoient inopinables, pour ces deux princes tousjours nourrir en rigueur et tenir en trouble la chrestîenté universe, fis lors un livret, -à renseignement de raison saine et à poix de conscience très-gravement examinée, que François toutesvoies prirent aigre; et en fus durement mesvolu, jusques à estre menacé de grief de corps qni fust pu venir jusqu*à la main mise. Donc, et pour ce que ledit livret fut divulgué en diverses mains, et que possible est que la copie en demeure jusqu'en fin du siècle, par quoy, qui ne sçauroit la cause de Tœuvre et la condition de Touvrier avec son intention bonne, pourroit estre le dit livret imputé à charge au facteur, d*avoir esté contamineur du glorieux thrdne françois, dont envis porteroie le titre, et plus encore le délit : pour ceste cause, et affin que les cuidans estre injuriés par ma lettre pussent retourner à leur appaisement de cœur, par leur donner le vray entendement de mes escrits, ensemble et la fin en moy préentendue, et aussy que révoquer ne pouvoie, ne anniduler ce qui tant estoit divulgué et espars, ains me délitoie à parmaintenir la vérité estroite de mon oeuvre, tant pour justifica«>
tien de mon maistre et prince, le duc innocent et preudliomme, comme pour réduire» par. arg^umens yéritables, à la voye de raison saine, les desToiés, dont intention ultime estoient paix et félicité, sous grâce et amour de Dieu : Tendant à laisser en perpétuelle durée cestuy livret, ensemble la très-haute et trèssing^ière vertu, preudliommie, léauté, gloire et splendeur de mon dit maistre et prince, que François, en celuy temps, par envie de sa clarté excelse et de sa très-haute fortune, héoient, et moy, povre homme, proféreur de vérité sainte, m'accueillèrent en indignation à sa cause :.ay composé ce livre en prose, où le premier livret, fait poétiquement en mètres, est compris dedans, de lettre à lettre', sans riens mucier, ne recoupper de Foriginal, dont la mesveillance me fut causée.
Donc, et affin qu'il appère quel en est le titre, quelle la matière subgecte, quelle la fin de Tacteur, et quelle la cause de rœuvre , le titre en est : Les SxfOsitUms de ffeorçe sur iérité mal prise; la matière subgecte en est le livret rimé; la fin préentendue, c'est durée et stabilité de ce noble royaume, sous divine protection ; et la cause de Tceuvre, remonstrance à chascun de son droit et de son tort, avecques justification de celui qui innocent est et plein de hautes glorieuses clartés et des grâces de Dieu, humble et léal envers Dieu et homme, là où il doit.
Sy prie à tous voians et lisans icelui, qu'en considération de ceste trèsKiangereuse matière, droitcy aherse, pour fin de bien, et que, plein de passion amoureuse^ ay intention de déduire estroitement entre deux parties discordantes, sans faveur et sans flatterie, comme vérité me donne entendre, veullent dispenser, là où besoin sera, en Taguité de mes termes, et là où corrosiveté aucune se trouvera en ma tractation non agréable à chascun, que icelle veullent plus imputer à la nature du
> Je retrancherai ces citations qui font nn donble emploi. Le Dit de Vérité se trouve reproduit en entier ci-dessus, et U sera ibcUe au lecteur de recourir aux diverses strophes indiquées dans ce mémoire apologétique.
vu EXFOSlMM dut VÈKM nii PRISE.
édl^astmr, qtû «on Mitre à {MporCionsBfe 4 la
t)fttU6ft ^ ToM âM^eMMfd, et dont les déhbtfttîoos'ejr-ttpfifiB
aMkm&Pôtft et éonront Oofllentttaait mk Uamm*, 4(9» Dien
mèiieèSâMt!
cConmie n'a ^gatoes aéisa& mx mon iesitde^ là où , «n dxverHité «de matièies à moj pséeeirtées^ tme foiveat ai- ▼erses Tmagixwtkms snoukes -parfondes^ et gponr les «a- .cmieB d^celieB mettre escrit, je prisse h pliune enfare les dois et disposasse toumer mon entendement à ]aA)ear, comme qui itrës^iantes et très-dangereoses matières avoie entre maîi», et principalement tondhant oestny ttrèaaiolile et très-glorieux royaume , dont indigne hystonographe , ▼oudrde bien garder il*honneur de Dieu et des personnes, et, sans (fléolûr, ne ixmmer à faveur, garder propre honneur et salut, en guc^ tootesvoiea, comme je considérasse la difficulté de d'œuvre, ^et que, tenant la plume ea suspense, je pensasse en ma matière subjecteque mouk je pesoié, et qd'en îoelle je trouvasse difficultés maintes moult dures à desnoer, et dont l'atteinte du vif n'estait pas légère, et plus encore la détermination «dangereuse ; pensant ainsy solitaire, et pesant à la balance l'honneur, la gloire <et la ibaute régnation des rojs «et des princes chrestiens, ensenflble les glorieuses opérations et natutes des nobles chevaliers, barons et vassaux d'aujourd'hui et de mon temps, entre lesquelspar guerres ^etidivisions ont pu estre eongréés haynes et mautalens, et -sourses partiales affections et controverses, dont le fardeau (très^pesant «''estoit venu plonger sur mes^espaules, jusques>à durement ressongnier comment je^me cheviroie du poMage, \koii je ploioie dessous et sous lequel sentis nature aucunement restiver ik il/enconire par une -mollette |)eur prise
2i8 EXPOSITION
floudaijie, que,' par trop esplucier parfont les choses secrètes « ou par estre trop véritable ou trop précis en escrire, je n'acquisisse haynes envers moy et mesveillance, et qu*en mes labeurs et saines intentions ne fusse maintenu à suspect, et pusse ebeoir finablement à icelle cause en aucun infortune , qui dès mon jeune eage toutesvoies avoie quis songneusement la gr&ce des princes, et pour iceux distinguer et cognoistre, visité et perquis diverses régions , dont encore l'affection ne m'estoit amendrie ; comme lors je séisse en cest estât , et variasse entre faire et laisser, entre accuser et parer, et que le percogiter tout et c(»nprendre me donnast de soussi beaucoup pour en faire bien : soudainement lors, comme si le tonnoirre chéist du ciel, vinrent à la croisure de mon estude crier quatre impétueuses voix moult aguës; et disant icelles : € Ouvre cy 1 ouvre ! » , fellement frappèrent sur buys et fenestres qui toutes churent du coup, et y entrèrent quatre dames moult espoventables en regart, lesquelles, avecques horreur de figure, me donnèrent frémison aussy en leur survenue, jusques à retraire tous mes esprits emprès le cœur, et laisser le corps privé de ses mouvemens, fors seulement de la vue, laquelle arrestéement se contint en icelles, mais, affuiant vers la fantasie, s*esmerveilloit toute de Tintention de ces quatre et de la cause de leur survenue si impétueuse, non obstant que la semblance de leurs personnes démonstroit assez la faculté de leurs natures, qui toutes se présentoient felles et prestes à injurier qui que fust.
Lors, moy surpris en ce point , comme homme à demi mort et qui n*avoie riens en vigueur, fors seulement la fantasie où tout je recueilloie, et la très-estrange habituation dlcelles et la très-horrible ostention foraine aussy
de leurs contendances, ensemble autres grans mistères qui servoient à leur personnage et & noter bien dignes , commençay & ficher mon regart en icelles, et k noter leurs semblances et compositions moult estranges ; car avoit la première les oreilles bouchées tant estroitement que & nulle rien, fors qu'à propre affection , ne vouloit donner ascout; portoit Testomac haut et enflé , col tors vers la main senestre, regart envenimé, la vue creuse et parfonde dedans la teste, de laquelle, en regardant les hommes, les sembloit trèspercer; sembloit estre mérancolieuse en ses manières, grave en parler et tardive, mais despite mortellement en couvert, jusques à Tescrevement du sacq *, là où toute se deslioit ; avoit Tune des mains torse en arrière, et d'icelle faisoit signe de despection, et en Tautre tenoit un glaive dont la pointe mordoit à dens, et sembloit qu'en iceluy aguisoit son venin. Donc, comme je regardoie le front d'icelle et que durement m'espoventoie de son estre, je y perçus en lettres de couleur de souffre ardant escrit : « Indignation suis-je. »
Sy me tins à moult aise d'en savoir le nom, quand par icelui je pouvoie juger plus proprement de son affaire. Donc retirant mes yeux d'ensus pour apprendre des autr^, tantost les jettay en la seconde, qui se présentoit en semblant pour moy donner à assavorer de ses œuvres, et pour spéculer bien et comprendre la diversité de ses formes.
Geste dame droit-cy se monstroit avoir les conditions seures', raisons moult aguës et mordantes; grignoit les dens et mâchoit ses lèvres; niquoit de la teste souvent; et monstrant signe d'estre arguëresse, sauteloit sur ses pieds et toumoit l'un costé puis çà, l'autre costé puis là;
*■ Jusqu'à Vescrevement du sacq, jusqu'à crever de colore. * Seures, amères. Vojfe» plus haut, p. 240.