‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 11 sur 54 · LE CONCILE DE BÂSLE · texte numérisé non relu

LE CONCILE DE BÂSLE

n^acure,

et passe à dure,

de présent endure

sur qui peu dure

et pour les lieux,

m'aist DieuzM

* La fin manque.

Je fus indigne serviteur.

Au temps de ma prime jeunesse,

De Toultrepasse de valeur,

La joye de mon povre cœur.

Ma parassouvie maistresse;

Hais la mort, par sa grant rudesse,

Envieuse de nostre bien.

Prit son corps et laissa le mien.

Comblé de mort et agrevô

Plus qu'on ne pourroit oonoepvoir.

Souffrant tourment comme un dampné.

Désirant de non estre né,

Je fus ainsi qu'en désespoir

Le plus dolant qu'on pourroit voir

De tous ceux que nature a fait.

Par la mort qui m'avoit deffait.

Elle defBt premiers ma dame, Ma cbierté et m'honneur mondain.

Et enversa et mit soubs la lame Bonté, douceur, et bruit et famé;

■ Publié diaprés le ma. de la Bibl. de Bourgogne, 21580, ooUationné sur les ms. de Paris, Bibl. de rArsenal, lY, 314 et Bibl. imp. 15216.

TOM. Tl. 4

Da premier jusques au derrain, Dieu ravoit faite de sa main Pour toutes vertus y adjoindre, Que faulse mort voulut desjoindre.

Peu paravant de son trespas Et en son derrenier parler.

Les yeux couchiés encontre bas, VouluÉ que moy, dolant et las, La visse pour désespérer ; Car elle me fit appeler Et me dit basset à voix casse ; € Mon amy, regardes ma face.

€ Voyez que fiait dolante mort « Et ne Voubliez désormais; c C*est celle qu'aimiez si fort; € Et ce corps vostre, vil et ort, « Yousperderezpour un jamais; « Ce sera puant entremais . c A la terre et à Ift vermine t I 4 Dure mort, toute beauté fine. >

Quant je vis ce dolant ymage, Ceste piteuse ramembrancé, Ce taint et appaly visage.

Je n*eus ne vouloir, ne courage Qui n*en fust en désespérance; Tombay envers par desplaisance.

J'eusse moy voulu estre rien, Ou mourir avec tant de bien.

Celle qui con^noissoit mon cœur, Chargea qu'on me portast dehors, Tantost adirés, par grant douleur.

Oongnoissant «on vray Créateur, Son esperit pariii du oorpB ; Et est mis au nombre des nïartB La chose la plus assouvie De tout œ qu'au jour dliuy a vie.

De raconter mon infortune n est force que je m*en passe.

C'estoit douleur non jmus commune; Dieu en gard chascon et chascune!

Combien que c'est la droite passe.

Ce n'est point jeu de passe-passe ; Car on s'en va sans revenir :

Dieu nous y laisse bien venir!

Las ! il faut mourir une fois.

Et ne sçaiion quant, ne comment; Et faut porter le fais et poix De ce dont on a pris le choix.

Pour attendre son jugement Qui sera de joye ou tourment.

Dont l'un et l'autre est pardurable :

Joye mondaine est peu durable.

Sy faut hayr ce flattant monde Dont la doulceur est ennemie.

Le plus haut bien qui y abonde.

Est aussy tost passé que l'onde Qui est de haut tost abaissie.

Ceste chose m'estoit muchie Et ne l'eusse sçu percevoir ; Hais ma dame m'en fut miroir.

Pour quoy, pour mirer les mondains, Congnoissant ma fragilité.

Comme celai qni sçait le mains, Ay fait et escript de mes mains; Ainsy comme je Fay trouvé.

Ce traitiô que j'ay compilé Et nommé le Miroir de Mort; Chascun en doit avoir remort.

Pour au miroir de mort mirer.

Penser y &ut en remirant.

Et sy nous faut tous amirer De ceux que nous veons miner Par la mort qui nous va minant.

Bien n*y vaut donc nom dominant; Il ne luy chault, pour abrégier, Non plus d'un roy que d'un bergier.

Comme au miroir, y est la glace Là où on voit sa ramembrance; On y choisit et corps et face, Mais de légier elle s*efface.

Car elle n'a point de souffrance; Elle ne peut avoir grevance, QuQ de légier ne soit cassée ; ]!{ostre vie est plus tost passée.

Mirons-nous donc et remirons; Veons où est le premier né, Celuy de qui nous tous venons, Où sont les vaillans champions.

Ceux qui depuis luy ont esté.

Où est le Troyen adurô Qui faisoit les autres mourir?

Il ne fut né que pour pourrir.

Où sont les princes de la terre?

Où est Alixandre d*Allier,

Celuy qui tout voulut conquerre * ?

Où est le bon roy d'Angleterre, Artus, et son couraige fier?

Et Lancelot, bon chevalier.

Qui fut garde de son honneur?

Us sont morts comn^ie un laboureur.

Charlemaine, roy. des FrançotSi^ Qui les Espaignes reconquist^ Roland et Ogier le Danois Qui soustinrent le fais et pois.

Avant ce qu*à la foy les mist, Ils [ont] logis aussy petit Et aussy bien par dedana terre Que celuy qui va son pain querre.

Et le garant renommé Pompée, Qui aux Bomains fit tant de biens Que par fureur de son espée Leur subjugua toute contrée, Que vingt et deux rois furent siens, Après tous ses haulx faits terriens, Il ta tué piteusement A coup ainsy qu'en un moments

Celuy qui les Alpes passa, Hannibal, le duc de Cartage, Doulereusement dévya Par le venin qu'on luy donna A boire, dont ce fut dommage*.

Samson, qui de force fit rage, n est comme im foible passé, Car depiëça est trespassé.

Voyez le roman d'Aleaandre, publié par M. Michelant. .

LE PAS DE LA lORT.

Où sont les praox du temps jadis»

Qtii férirent tant coups d'espéet La loyue Bémiramis, La renommée Thamaris, EtlabeUePanthasiléeT Certes toute fat plus doabtée, Â eu dolante départie Et dure mort en sa partie.

Et la mdre du très^ut roy, Olimpias, noble royne.

Qui mourut en très-grant desroy, La plus dolante que je toj.

Fors Tempereys Agrippine, Que son fils, pour yeoir le signe Et le lieu où il fu porté, Le fit ouvrir, qui fut pité?

La bonne royne Héeuba, Femme du noble' roy Priant, Laquelle vit et regarda Que mort tous les siens luy osta, Qu*elle n*eut rien de demourùit.

Elle choisit Troye brûlant ÂTant le temps de son termine.

Et puis elle derini vermine.

Où est d^élaine la beauté Sur toutes autres n<m pareille?

Où est rhonnauv et la oiarté De Lucrèce et fsa cbasteté.

De quoy un cbascun B*<esmerveîUe?

Heureux est celuy qui y vaille Et qui connoist qu'il faut finir !

Hélas ! nous ne pouvons fuyr.

I£ PAS DE U IfORT. 55

Nous ne pouvons fujfr, hélaa!

Ne recouvrer le temp^ pissé.

Celuy est bien obâtif et l«a.

Qui ne craint le dolereux Ua De Fesperit qui fut dfonpné.

Qui par org:ueil fut aureraé.

Et tous les siens du ciel là ans :

Bien y devons pena» t& jus.

Quant ceux si noblement créés Et en leurs beautés tant louabl^ Furent pour jamais copdemppés Et soudainement traiismué)^ ; Quant d'anges devinrent dyablea^ Et par orgueil eq^uyéntables [Sont] en supplice étem^ent Et douleur sanç a,m^ndement.

Gardons-nous doncques de pécbi^ Qui est à Dieu tant desplaiaant.

Si nous en sommes entepbié.

Faisons qu'il soit desembuacbîé; Yeons dont nous venons uai^sant Et que devenons en mourant.

Et après que nous serons mortç : Ce nous sera humble repiors.

Prenons dosioquep bm&UHé Et laissons ce pécbié d^oi^f^l; Pensons à notre humaiûté; Yeons bien nostre povi<9tâ> Et nostre qqeur W l^ura deuil« Souspirons et plourons de VoA\.

Contemplant nostre povre vie :

Sage est celuy qui peu s'y fie*

56 LE PAS DE Là MORT.

Ayons fiance au Créateur Qui pour nous la mort endura En telle amertume et douleur.

Que luy pensant dedans son cœur Abondance de sang sua.

Le povre pécheur que fera.

Quant son Dieu tant doubta la mort?

n a mestier de son confort

Sy fiiut avoir celle souffrance Et très^^unère passion  llieure de sa doléance.

En doulereuse ramembrance Et piteuse compassion.

Afin qu*elle soit champion Contre Sathan et sa malice :

Il ne nous est rien plus propice.

Quant nous cuidons estre plus haut.

Plus subitement déchéons; Il ne nous faut guères d'assaut ; Un petit de f roit ou de chaut Kous fait avoir les trenchisonsS Ou les mulles à nos talons.

Ou tout subitement mourir Sans regarder, n'avoir loisir.

De ceux que tu vis en jeunesse, En ton eage premendn.

Si tu vis jusques en viellesse. Tu trouveras que mort ne laisse Ne vieil, ne jeune, ne mondain ; Un en santé mourra demain;

' 7fefi^«<«0iM, tranchées, douleonaignës.

LB PAS DE Là MORT. 57

Tu en vois souvent et assés Plus de morts que de demeurés.

Regarde où sont allés nos pères Qui ont eu vie comme nous, Nos parens, sœurs et frères.

Ils ont laissié ces misères Esquelles nous sommes trèstous.

Ce monde qui nous semble doux.

Est décevant et tost passé :

Heureux est qui Ta bien passé !

Car c*est un passage de mort Doloureux et tantost failly.

Tu n^as donjon, chasteau, ne fort, Qui te puisse garder au fort.

Que tu ne soyes assailly.

Tu auras bien de loing sailly.

Quant ton esperit s'en yra Et ton corps cendre devenra.

Cest grant folie de parer Ce qui sera viande aux vers ; Ce que mets peine d*amasser.

Il te faura tantost laissier, Et prendre habillemens divers.

Tu n^auras pour tous tes blés vers Que ta dolante sépulture Et ta puante pourreture.

jou venté de belle dame !

Et que dites- vous à ce point?

Cuidiez-vous la mort si inf&me Qu'elle voulsist avoir ce blâme

De TOUS assaillir en œ point) Certes vous nV aTez un point Plus d'avantage qu*un porcierS Et vous aye» qui vouldrAt obier.

Il faut laissier yos haulx atours Et vos robes à longue qoette»

Et TOUS faut oublier les tours Que vous aprenes h oes cours Au temps que tous foites la reue.

Vostre frescheor doTenra bleue»

Vostre regard fera horreur, Mesmes à Tostrq serriteu^é

, noble arroy de eheralier, Qui est osé pour t'assaillirt Tu es oultre mesure fier.

Quand tu es dessus ton coursier.

Chascun Teut deTanttoy firémir; Toy qui fais les autres crémir.

Tu doTenras ' abhominable :

Ce monde n*est point pardurable.

Vous qui estes vestus de court, Gentil homme du temps présent.

Pensez que tous le ferea court, Ne TOUS ne sçaTez tour de court Qui y sçust mettre empesohement.

La beauté de Tostre jouvent Ne TOUS sauTcra pas tousjours; Vous finerez dolant vos joujrs'.

' Var : Qtf'iin bergier, ma, de la Bibl. imp. de Paris.

3 Tu demourras, ma, de PArsenal.

* Var : Quant auriez force de cent ours, ms. de Broxelles.

Damps abbés dû sera laiasié Avec la dame de ses biens ; S*il est estuvé ou baigné, n sera en terre plongié Et ne sera son corps que âensi Nostre vie ne durra riens Que pour avoir deuil en la fin :

Dieu s$ait qui est bon pellerin.

Le bourgeois qui boit du meilleur Et fait à tous chière commune, Hort ne luy fera plus dlionneur Comme à un povre laboureur Ou à autre de la conunune.

Il ne lui chault où elle jdume»

A grant, au petit, au moyen :

Encontre elle, n'y a moyen.

Lors qui veut bien mourir, bien vive Selon Dieu et sa conscience, Et ses commandements avive, Congnoisse sa vie fautive Et prende tout en pati^ioe.

Il fera tant par sa science Qu'après sa mort il vivent :

Envis meurt, qui appris ne Ta.

Hais ce n'est pas merveille grant S'on craint chose si très-amère.

Celuy que Dieu fist revivant A qui il fit de grâce tant.

Le ladre à la Marie frère Oncques depuis n^eut que misère Et toute douleur à penser, j Crémant ce qu'U devoit passer.

L'horreur de la mort fut empraiote Tellement au devant ses yeux.

Qui luy donna pensée mainte»

Tant que tousjours il fut en crainte, Combien qu'il espéroit son mieux Et qu'il eust son entente es çyeulx.

Que fera donques le pécheur.

Quant le juste en avoit si peur?

S'il n'en prent moyen et refuge A la trésorière de grâce, Quelle moyenne vers le juge Qu'en son très-angoisseux déluge, Lorsque la voix sy sera casse Et la 7ie. dolente et lasse»

U puist estre lors secouru.

Et Sathan maté et vaincu.

Lequel en horrible figure Se démonstra en son regart, Qui est très-amère pointure Et dolour angoisseuse et dure A l'âme qui craint le départ ; Le corps travelle & l'autre part, Tremble, tressault, est sans vigueur Par abondance de douleur.

Qu'est oultre pouvoir de nature Car elle l'abandonne lors.

Il n'a ne membre, ne facture Qui ne sente sa pourreture.

Avant que l'esperit soit hors, Le cœur qui veult crevier au corps Haulce et sousliève la poitrine Qui se veult joindre & son eschine.

LE PAS DE L\ MORT. Gl

La face est tainte et apalie.

Et les yeux treilliés en la teste.

La paioUe luy est £eiillie.

Car la langue au palais se lie.

Le poulx tressault et sy halette.

La vie fuit, la mort est preste.

Il a doleur à démesure, En attendant sa sépulture.

Les os desjoindent à tous lez ; Il n*a nerf qu'au rompre ne tende.

Assaillis est par tous costés Et oongnoit tous ses faits passés, De quoy il faut un compte rendre, Et n*a plus loisir qu'il s'amende; Car llieure est briefve et doloureuse.

Dont sa pauvre ftme est crémeteuse.

Lors le veult mettre en désespoir L'adversaire de nostre foy, Qui s'amonstre hideux et noir, Espoentable oultre pouvoir, Disant : t Pécheur, tu es à moy ; t Te souviengne de ton desroy

< Et du temps que tu as perdu,

< Car tu es à ta fin venu.

c Et sy n'as dame, ne mignon, « A qui guères de toy chaulra, « Joyau, tant soit riche, ne bon,

< Chasteau, palais, fort, ne donjon,

< Ce qu'à toy fut, autruy aura, • Et ton âme en tourment sera

< Pardurable tison d'enfer f En la présence Lucifer.

LE PAS DE lia MORT.

Il te faut laissier tes oiseaux.

Tes chiens, tes bracques, tes lévriers, La pompe de tes beaux chevaulx, Qui soubs toy faisoient les saulz, La route de tes escoienl.

Les moindres de tes ofSciers, Auxquels tu laisses de tes biens.

Ne te tiennent j& que pour fions.

Bien est changié ta fierté Et aussy ta gloire mondaine.

Le temps que Dieu Vavoit preste, Tu Tas perdu et dégasté.

Dont pour jamais seras en paine, Et chascun jour de la sepmaine Raige de tourmens et sans fin :

Tu fus subtil, maùai moy plus fin.

Ne fattens plus aux ËTangilles, N'a messe qu'on te fksse dire :

Tu n*as parens, ne fils, ne filles, Ne tous ceux qui sont de tes villes« Qui se puissent tenir de rire; Il ne leur chault de ton martire.

Ne si tu t'es dampné pour eux :

Tu en es seul le malheureux.

Car tu f en rêvas ainsy nu, Sicomme en œ monde tu vins ; Il t'est par trop mésadvenu.

Quant tu as si très-mal vescu Que tu n'es plaint de tes voisins ; Et n'auras pour tous biens et vins Que ton tombeau et ton suaire Et vermine pour toy defiaire.

LB PAS DE Là MOHT. 65

c Pourquoy fus-tu donc n6 de mère c Pour si dolentement mourir,

< En doléance si amère

• Et insupportable misère f Que pour jamais te &ut souffrir?

c Tu doibs bien trembler et frémir, c Et ton âme doibt bien maldire « Uocquoison de ton grant mârtire.

< Tu fus doloureuse portée t A la mère qui t*enfanta«

t Ta folie désordonnée

« A ton àme désespérée

« Mise en tourment qui ne Siiuldra,

I En laquelle vivant mourra,

< Et par tes puans faulx délis

« Tousjours auras de mal en pis.

c Plus que nul n'oseroit penser,

< Ne que langue ne pourroit dire, I Par crier et par souspirer,

I On y ot Dieu désaourer c Et souvent sa vie maudire; « Il n^est <r;rrurgien, ne mire,

< Pour allégier celle souffrance, « Seulement d*ane surséanoe. •

Et puis luy dit : i Je suis des princes « De Tinfemale mansion.

c II te faut laissier tes provinces, c Je fenmenray povres et minoes c Au lieu de tribulation. • Le pécheur qui sent Taiguillon De la mort qui le serre et point.

Ne sçait là riens penser à point.

LE PAS DE L/k MORT.

Car il egt en désespérance

Et en faulte de vraye foy.

Alors le bon ange s'avance

Et sy le met en souvenance.

Disant : • Las! chrétien, recong^oy Ton Salveur qui mourut pour toy, Qui est prest de te pardonner Si tu luy daignes demander.

Son pouvoir est incomparable,

Sa miséricorde infinie.

Fay-luy honneur et honte au diable.

Bends-toy de ton péchié coupable

Et humblement mercy luy prie.

Tu auras jmrdurable vie,

Qui es sa povre créature

Pour qui la mort luy fut tant dure.

Il t*a chièrement racheté,

Pour quoy il ne te veut laissier ;

Tu luy as grandement cousté;

Pour toy fut ouvert son costé,

Et sy se fit crucéfier

Et de clous pieds et mains percier, i

Estendu douloureusement

Et battu très-piteusement.

Sa tendre chair fut deschirée.

Et son vierge sang espandu Par les grans coups de Tescorée.

On veoit sa chair détrenchée Sur le pavé dru et menu; Ses os se monstroient au nu Et en divers lieux descouvers ; Sy faisoient veines et nerfs.

LE PAS HE LA lORT. 64<

Le chief fat cooronnô d'espine - Poingnant jusquee à M>n œrveftv ; Sa face glorieuse et cligne En qnx raiplend besutd divine.

Fut ressemblakit à im méeean; Luy qui devmt eetoit si beau.

Fut en eet ettst rencoiktré De la Vierge qui Tôt porté.

Que put lors direcelle mère De si grande amertume plaine* S*elle ne dit : t Ifon Dieu, mon père.

Que je souffre e^e misère Afin que j*aUége sa paine.

Ha ! Gabriel, tu me dis plaine De gr&ce, en me nommant Marie.

Las ! je me tiouye bien changie.

ma très-amée portée, créateur de ton anoeUe, fruit de celle désolée Qui te transporta de Judée, Lorsqu'elle estoît jeune pU()eUe; Fay-moy qtle plus je ne canœlle Et que je puisse soustenir Geste croix qtti te &it ftûllir !

mon enfant, escoute-mpy; Je vueil à ta douleur parfir; Mon Dieu, mon Seigneur et mûn Boy, Fay tant pour Is mère de toy.

Qu'avant ta mort, puiiMe mourir; Car je ne te puis seàoùrir.

Et sy te voy tant désolé :

Hélas ! h qnay t'ay-je porté?

LE PiS DE iiA MORT.

Qui suy ta serve très-indigne.

Non suffisant à tel honneur.

Elisabeth, ma cousine.

Tu me monstras honneur et signe Qu*en moy estoit ton Créateur;' Et je le Toy «n telle horreur Qu*ils le tiennent comme une beste En paine horrible et déshonneste.

croix, eng^en de grant tourment, Tu es chose bien inhumaine.

Quant ton Créateur innocent, Plus pur que n^est le firmament Tu me laisses et tu Tenmaine.

Génération inhumaine, Comme ton rachat couste chier.

Lequel je ne veul empeschier !

Et quant elle le vit en croix, Où il rendit son esperit, Les élémens, à une fois.

Firent si doulereux explois.

Pour le Créateur qui les fit.

Pensez qu*en soy elle souffrit De sa passion grant pitié.

Quant vit son fils crucefié;

Et angoisseusement percie Avec le costé de son fils, Ceste vierge sanctifie, Ceste mère tant esplorie Souffroit trop plus que je ne dis.

Par le premier péchiet commis Du père de lliumain linage :

Qui ne le sent, il n^est pas sage*

Mets au secret de ta mémoire Et au clos de ton souvenir Ceste très-pitoyable histoire Et celle angoisse si notoire Où fîit ton Dieu jusqu*au mourir, Et le très-doloureux souffirir De sa tendre et piteuse mère :

Ta paine n'est pas si amère.

Laquelle tu as desservie^ Et ils estoient innocens»

Et fut pour te rendre la vie^ Toy qui n*e& heure, ne demie^ Que tu ne pèches en tes sens :

Si tu n'as ses commandements.

De près gardés à ton pouvoir.

Desplaisir en vueilles avoir.

Et en grande contrition Recongnois que tu es pécheur.

Requiers-luy que sa passion Te soit escut et campion ; Si vray qu'il est ton Créateur, Ne te boutes en folle erreur ; Groy qu'il est le pilier et masse Dont sourt abondance de grâce.

Un monde ne sauroit comprendre Que c'est de sa miséricorde :

Puisque ce vient à compte rendre, Il te faut à mourir apprendre.

Avise bien et reoorde Qu'il n'est pécheur qui ne s'accorde Vers luy, s'il luy requiert pardon :

Exemple par le bon larron,

LB Và& m LÀ MORT.

Par la trèMainto Magdahine, Par autres tant que saas nombrer.

Tu ne dois avoir poulxt n*balaiiie»

Vertu de nerfs, pouToir de yaine»

Qu'il ne faille tout eslerer Envers le ciel et aouiar.

Afin que Jbteus te regarde Et te baille sa aaulvegarde-

Il te donra son paradis.

Et sera le diable raincu.

Tu feras peur aux annemia Qui se troorTeront esbahis; Car tu auras sur eux vertu Puisque tu seras eslu ; Tu auras choix de tcm souhait Et de ton désir le parfidt.

En la vue de notre Sauveur En quoy se délitent les saints; La présence du Créateur Leur donne souiBsanoe au eoun Dont ils le loexiiy j<^tea matas; Et sy sont de joye si idaias Que les anges en leurs salus Chantent : Tê D0tm Umiamw^

Ils ont gloire sans terminer Et lyesse parassouvie.

Us ne font sinon Dieu loer ; Car oe qu'ils veulent demander.

Un chascun jour leur multiplie, Et voient !a Yierge Marie Auprès de son fils couronné, Après luy la plus honnourée^

Souvent dient en leurs aocors :

Af>e eœlorum regina; BenoH soit le ventre et le corps Qui sçut compreudre les trésors Où la Déité s'aombm; af>e gratia pUna, Royne de béatitude.

Fort resjoyst ta plénitude.

II n*est chieU ne terre, ne mer,

Ne clercs tant lettrés en estudes,

Qui sçussent de toy comparer,

Ne qui suffissent pour nombrer

Les noms de tas béatitudes.

Ce sont de grftces plénitudes,

Obscures à Thumanité \

Comme choses de déité;

Lesquelles ^y sont invisibles Par la fragilité du corps; 11 n'est pas bystoires, ne bibles.

Qu'elles te soient compatibles Jusques que Tesperit soit hors.

Pry Dieu qu'à l'heure de lors n te donne sa gratitude Et de sa gloire plénitude.

L'heure est briefve'de ton trespas;

Il t'en faut faire ton proffit. »

Le pécheur qui se voit au bas, Combré de si doolereux las.

Et ot ce que l'ange luy dit, Ne peut sonner mot tant petit.

Lors le dyable dit qu'il est sien :

L'ange soustient qu'il n y a rien.

misérable créature, Quant vient à ceste extrémité Et à ceste amère pointure !

Où est la force, tant soit dure, Ne sens, qui ne soit oublié?

Nostre œil devroit estre moullié.

Et devrions trembler frissons , Toutesfois que nous y pensons.

A g^rand paine se saulvera Le plus juste, qui au monde est.

Eh! donc, le pécheur que fera.

Quant ce terrible jour vendra Que Dieu jugera le parfait?

Mieux luy vaulsist non estre fait Qu*estre en telle dampnation.

Où est justice sans pardon.

A toy donc, créature humaine, A toy est llieure de trembler, A toy qui quiers joye mondaine, A toy qui délayras en paine, A toy qui ne fais que passer, A toy qui en dois soupirer, A toy je dis que tu n'es riens, Toy et ta vie, fors que fiens.

Bien sera ta chançon muée; Bien tost ton corps deviendra cendre.

Bien tost sera ta vie oultrée, Bien tost ton ame séparée ; Bien tost te faudra compte rendre; Bien tost mourras comme le mendre.

Bien tost seras en pourreture; Bien tost t'abandonra nature.

Combien que tu soyes gentil»

€k)mbien que tu soyes mondain, Combien que tu ne crains péril»

Combien que tu ne doubtes exil, Combien que tu soyes humain.

Combien que Ton crainde ta main, Combien d'honneur que on te face.

Comme le vent, tantost se passe.

Doubte et crémeur tu doibs avoir, Doubte de Jhésus couroucier, Doubte de tant de biens vouloir.

Dont tu te puisses décepvoir*.

Doubte qu'il te faut trespasser, Doubte qu'il te faut tout laisser, Doubte que tu ne sçais comment, Doubte du jour du jugement.

En Dieu soit ta ferme espérance.

En ce faux monde peu d'arrest, En vanité et en beubance.

En pompe et en oultrecuidance.

En orgueil qui à Dieu desplait, En luxure qui tout deffait.

En ire, paresse et envie, En avarice et gloutonnie '.

Fors seule satisfaction, Force d'obéir en constance,

Doubte ton âme à décevoir, ms. de Bruxelles.

* En envie, paresse et ire, En avarice, et n*y amire.

Ms. de la Bibl. imp. de Paris.

En envie, paresse et ire,

Bn avarice et en gloutire.

Us. de l'Arsenal.

Gl« LB PAS DE LA lORT.

Force contre temptation, >

Force de requerre pardon.

Force et vertueuse attempmnce, Force contre folle ignorance.

Force quand on se trouve bas, Force de congnoifttre son cas.

Grande pitô en avenra, Grant paine pourra mieux souffrir, Gntht povretô convoitera.

Grande soufferte • portera.

Grande dolour jusqu'au mourir.

Grande patience et désir, Grande crainte et crémeur de Dieu, Grante doubte où sera son lieu.

Vivons en Dieu et en bienfaits ; Vivons errant le droit chemin ; Vivons en redoubtant nos faits'; Vivons pour régner à jamais ; Vivons ainsy qu'un pellerin; Vivons pour partir au matin ; Vivons pour tantost deslogier ; Visons où nous voulons logier.

Mirons-nous au grant jugement; Mirons-nous en la passion; Mirons enfer et dampnement; Mirons la mort et son tourment; Mirons nostre inclinatioD ; Mirons le monde et sa ftiçon ; Mirons nostre fragilité ; Mirons-nous pour estre saulvé.

' Sonfreté, ms. de la Bibl. imp. de Paris.

* JBn doubtant nostr es faits, ma. de la Bibl. imp. de Paris.

Prions h Dieu qtfil nous pardonne, Prions qu*il nous donne sa grftoe, Prions qu*il ne nous abandonne, Prions que sa gloire nous donne.

Prions que nous yéons sa face, Prions que nos péchiés efface ; Prions qu*il nous veulle garder Et nos deffaultes pardonner.

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