‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 13 sur 54 · L'OULTRE D* AMOUR · texte numérisé non relu

L'OULTRE D* AMOUR

I Plus que corps dliomme soubs la lune.

« Donc seulement Tattente d'une c M*a donné force et vouloirs haulx

< Pour estre au nombre des loyaux, t

Sy m'aperçus encore après.

Droit au devant de ce passage.

D'un pilier qui estoit là près Et contenoit par mots exprès Titre d'un autre grand langage Qu'une d'or reluisant ymage Monstroit d'un doy bien agensy, Et aux lisans disoit ainsy :

« Vecy l'estroit' de fortune très-dure « Auquel Amour promet à tous et jure t Qu'ils y pourront gagner joyeux salaire € Que nul vivant ne leur pourra fortraîre , « Sinon la mort ou perverse aventure, c Le dieu d'Amours, frère à dame Nature,

< Remaint lassus en plaisant envoisure :

« Donc, qui voudra son voyage icy faire, i Vecy l'estroit de fortune très-dure.

c Douleur, soucy, danger à desmesure

« Y survient maint. Donc, qui plus en endure,

« Mette tousjours plus peine à mieux parfaire,

c Car en la fin fortune l'adversaire

c Souffre aux vaillants venir à leur droiture :

« Vecy l'estroit de fortune très-dure. »

Ayant tousjours sur ceste emprainte L'un de mes yeiix et l'autre non.

Tant suis allé léens par faînte Qu'en la parfin j'ay toute attainte

* L'esiat, manuscrit do Florence.

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L*embu8che de ce pavillon, Dont, en guise d'un champion, Je vis qu'un chevalier sailloit, Prest t combattre s'il falloit.

Armés estoit de toutes armes, Uespée ceinte, hache au poing.

Et par nom de fier homme d'armes.

Sur luy portoit sa cotte d'armes Pour en valoir mieux au besoing ; Hais, par semblant, douleur et soing L*avoient trop plus décoppée Que coup de dague, ne d'espée.

Sur luy n'avoit pièce nesune Qui ne fust soudé de temprure Et avoit propre nom chascune, Portant signifiance aucune, Chascune selon sa nature.

Dont d'Amour mesme la main pure Jadis avoit esté forgeur Pour en armer son serviteur.

Emprès luy, sy avoit sans plus Un gracieux jeune escuier Non point armé, mais au surplus n portoit tout couvert dessus Un petit cofflnet légier; Mais pour le compte en abrégier.

Quel chose il y pouvoit avoir, Ne convient pas icy savoir.

Lors par mesure et par compas, Tristement à visière ouverte S'en aloit contremont ce pas, Et son escuier pas à pas

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D'enoDBte luy, sur llierbe verte ; Mais point ne me fat desoouverte L'emprise qui estoit sur mains , Dont peusers m*enTaIrent' maints.

Mais, par ce que Ton voit à rœil.

Souvent juge-on autruy pensées; C*est pour luy que ce dire veuiU Qui aperçus sur pieds son veuil Par les voies' qu*il a dressées ; Car par emprises pourpensées»

Je vis qu'il se boutoit au temple Pour là pleurer sa douleur ample.

Ce temple estoit un lieu sacré.

Fait pour refuge aux doulereuz, Jadis fondé et consacré Four aourer mieux en secré Le puissant dieu des amoureux, Dont, sur un autel glorieux Et en siège resplendissant, Séoit rimage reluisant.

Devant les pieds de cet autel, Avoit pompeuse sépulture Faite à effort et pouvoir tel Qu'il n'a sur terre un cœur mortel Qui en prisast la couverture.

Et croy que noble créature Gisoit dessoubs cest appareil.

Ou roy ou reyne ou leur pareil.

« ÀTen advinrent, manuscrits de Florence et de Rouen. ' Les vutê, manuscrit de TArsenal.

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Un velours noir, de toutes pars Bordé de perles et d'orfroises, Estoit dessus la tombe espars; Et cuide, et point ne m*en dépars.

Qu'il trainoit bien de quatre toises Comme si la fleur des Fran$oises, Voire du monde seule dame, Devoit gésir soubs celle lame.

Dedans la croix qui estoit perse, D*un figuré velours couchée, Avoit en forme moult diverse, Si bien du long qu*à la traverse, Grosse escripture d'or brochée En quoy estoit assez touchée Du mort la cause et vertu mainte.

Qui commençoit par tel complainte :

Pour savoir en lisant ces vers Qui gist en ceste sépulture, Je suis un corps viande à vers.

Rué par Fortune à Fenvers Contre vray honneur et droiture ; Car sans titre de forfaiture J*ay eu le coeur fendu parmy, Avant qu'avoir vescu demy.

Nature qui m'avoit nourrie, Avant mes jours m'a délaissée Et en fleur de jouvent chérie, Amour m'a occise et périe Piteusement par foy faulsée, Qui m'avoit fort affiancée De long^mps fcire vivre heureuse, ^t m'a pris jeune douloureuse.

L'OULTRÉ D'AMOUR.

Mais ne déplaise à vivant &me Si d^amour titre m'attribue ; Car j*ay aymé de corps et d*âme Autant que fit onc noble dame Jusques mort m*a Tamour tollue, Et sy n'en cuide avoir value Moins envers Dieu, ne en honneur, Si Dieu est juste pardonneur.

Honneur de raison impartie Me fit choisir dès mon enfance Excellente et noble partie A qui Dieu avoit impartie Mer de biens et surabondance; Donc, quant Amour fit Toctroiance D'aimer corps de si noble sorte.

Ce m'est honneur d'en estre morte.

Désir sans villain pensement M'a le cœur ars noir comme meure , Dont tout l'entier rapaisement G'estoit qu'à mon définement Je l'eusse vu au moins une heure.

Or a voulu Dieu que j'en meure Sans blasme avoir au demeurant, Car Dieu mesmes aimoit mourant.

Donc luy qui est mort en douleur Vray amoureiix, le benoist sire Me soit piteux au dernier jour; Car par l'excès d'ardent amour Je suis morte en amour martire.

Donc, si j'ay encouru son ire Par plus aimer que je ne doy , Luy plaise avoir merci de moy. t

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Après autour de ce tombeau Avoit encore quatre ymages, Portant chascune à un rouleau Un ardent cierge riche et beau, TrèS'Somptueux en ses ouvrages ; Et comme si par doux langages La Youlsist haut louer chascune, Voicy leurs mots, une après une.

La première.

« Icy, soubs ceste froide lame t Repose digne de mémoire « La plus Taillant et noble dame « Qui puis mil ans a rendu Tàme ■ En ceste vie transitoire, ( Dont la vertu haute et notoire « A déservi en plusieurs lieux « Qu'en accroissance de sa gloire « Son nom soit mis haut en histoire « Et qu*on Teslève jusqu'aux cieux. »

£a seconde.

* Quant tout le beau parler d'Omère, « De Tulle ensemble avec Virgille,

« Et de tout homme né de mère

* Seroit sans mixtion amère

< En une seule &me subtille

I Et tout le haut sens de sybille,

< Sy fauldroit-on bien à eslire

< 8i propres mots, ne si beau stille, I Comme il affiert par raisons mille, « Pour en son épitaphe escrire. »

L^OULTRÉ D'AMOUR. La ti&ree.

« Le nom de femme est honoré c En ses yertus et CBuvres belles, « Et oe beau temple bien heure, • Là où le corps gist enterré c Dont tout le monde quiert nouyelles.

« 8y n'en desplaise à nulles celles c Qui sont au livre de Bocaoe ; c Mais d'autant comme les estelles t Luisent plus cler que les chandelles, « D'autant son nom l'autrui e£faoe. •

La quarte.

« Noble de mœurs, noble en lig^e

c La plus dont on se peut enquerre,

c D'excellent roial progénie,

c En maison de gloire infinie,

c Née, nourrie et morte en serre,

c Dont qui vouldroit le nom requerre,

c Qui peut ou sçait, sy l'adeYine ;

c Mais fust de France ou d'Angleterre,

c L'honneur du monde est mis en terre :

c Pardon luy doint l'amour divine ! •

Que vous diray-je du mîstère.

Ne d'un si merveilleux merveille.

Comme il afflert à la matière D'un si précieux cimetière Où l'estre jamais ne traveillel Je n'ay ne sens, ne yeux, n'oreille.

Que tout n'en ftist si plein après Que j'en fus aveugle tnqites {«es.

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Donc, si le conte est déliteux Pour lire ainsi qu'un temps se passe.

Quant j'ay escript le plus coiteuz.

Il faut venir au cas piteux Qui est des piteux Toutrepasse, Et est oeluy en qui j'amasse Plus de soucy, pour dire voir.

Comment j'en feray bon devoir.

Le chevalier dont j'ay conté.

Armé de tous hamoys de guerre,

D'amères larmes surmonté

Et par angoisse si dompté

Qu U n'est cœur qui n'en fust en serre,

Lors du visage contre terre

Se laissa cheoir devant Amour

Et forma telle sa clamour :

t décepveur, flatteur dampnable,

< Brasseur d'envenimé poison,

c Faux prometteur, amy faillable, t Traître riant, bourdeur finable,

< Trouveur de toute langoison, c Si Dieu ouit oncque oroison

t D'un cœur rempli de doléance, c Je luy requiers de toy vengeance.

t faux abuseur de jeunesse, c Murdrier du noble sang humain , t Bobeur d'honneur et de léesse, « Vain en parler, vain en promesse, c Changié pour tourner une main, « Doux aujourd'huy, despit demain,

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