TOI. TI
98 rOULTRÉ D'AMOUR.
J*ay bien puissance d*en mourir, Mais non pouvoir de m*en garir.
l'bscuibb.
Le pouvoir en chascun faut suivre, Selon que le vouloir y œuvre.
Si vous n'avez vouloir de vivre Et d'estre un peu mieux à délivre, Le pouvoir n'y fait guères d'œuvre.
Gardez-vous bien, car au recœuvre Vient-on souvent trop tart confus.
Quant on requiert, après refus.
LB CHBVALIBB.
Je ne refuse chose née.
Mais forcier pouvoir et nature.
Ce m'est, avec ma destinée Preste à mourir et endinée.
Un essay qui me desnature.
Je vous dy de mon aventure Et de mon cas, ce que j'en sçay.
Combien que non pas tout l'assay.
l'bscuibb.
Quant à l'assay, l'on voit trop bien Qu'il est de très-amère sorte.
Non obstant pour son propre bien Il fait bon quérir un moyen Soy-mesmes, qui le reconforte.
Encore avez-vous vive et forte Jeunesse et beauté davantage :
S'il s'en pert rien, c'est avant eage.
VOULTRE D'AMOUR, 99
LB CHByALIBB.
Vous parlez bien en homme sain Ou qui petitement se deult Et qui du jour à lendeçiain.
Soit ou du pied ou de la main.
Se peut garir si tost qu'il veult.
Ha! frère, ainsi aller ne peut De moy, ne de mon dolent cœur :
Hon mal me vient de crèvecœur.
l'bsouikk.
Ce mal congnois-je assez, et sens Dont il Tient, ne dont il procède; Mais c*est grand faute entre cinq sens, D un homme encore de grand sens.
Souffrir que deuil son cœur excède.
Or çà, il faut que Ton succède Le deuil au mieux que Ton saura Et prendre joie qui pourra.
LB CHBYALIBB.
De joye au cœur, ne de dehors Je n'en pourroie prendre goutte; Tous mes joyeux plaisirs sont morts , Et n'ay riens que mordans remords Qui me trespercent Tàme toute.
Donc, quelque riens qu'en moy se boute, Si joie y entroit en ce mois , L'on m'en dust pendre mille fois.
l'bsouibb.
Ha déa ! puisqu'à la grand honneur Plus qu'au profit vous voulez tendre,
«0 L'OULTRÉ D AMOUR.
Par Nostre-Dame, il n*est donneur De bons jours, qui vous sçust bon eur Forger, si ne le voulez prendre.
Je vous conseille de non pendre :
Mieux vaut^uffrir dix ans ses deulx Que joyeux pendre au bout de deux.
LB CHBYALIBR.
A llionneur voir de haut courage Et à foy de vray gentilhomme J*iray le surplus de mon eage Et ne rompray ne fol, ne sage.
Jamais, foy d*un léal preud'honune.
Ou je suis beste ou je suis homme ; ' J'ay honneur à perdre ou garder, Ou je n'ay riens à regarder.
l'bscuieb.
Vostre honneur ne se peut descroistre Par non garder ces cas extrêmes ; Mais vous, par non vouloir congnoistre En quoy vostre eur vous pourroit croîstre , Vous vous deshonorez vous-mesmes Que, malgré bieu, de tant de femmes.
Quant en si grand meschief en sommes, Il n*en meurt nulles pour les hommes.
LB CHBVALIBB.
Il n'est meschef qui s*acompère Au mien, chétif et malheureux.
Trespas de mère, mort de père, Perte de biens, rien ne s'appère
rOULTRÉ D'AMOUR. 101
Au grief d*un dolent amoureux, Encor à un si douloureux Qui a perdu, et vray diroit.
Ce que au monde seul désiroit.
L*BSCUIBB^
Quelque haut bien qui f ust en elle*, Puisque une fois la mort Ta prise.
Il en faut souffler la chandelle Et en choisir une autre belle En qui amour vous tendra prise.
Honneur vous souffre et le vous prise.
Et raison s'y accorde aussi Que vous le pouvez faire ainsi.
LB CHEYALIBB.
la nomper ' dessoubs les cieuz , LTionneur du siècle, morte et vive, Veut donc raison que pour mon mieux , Tantost après fermer vos yeux , Je me garisse et me revive.
Et que mon cœur d'envers vous prive Pour une autre que je verroye?
Ha ! faux traître que je seroye !
L*BSCUIEB.
Si vostre léauté si ferme Pust donner quelque joie au mort,.
Et qu'après, sicomme on afferme^ Pensiez à en avoir un terme,
Komper, nonpareille.
i03 rOULTRÉ D*âHOUR.
Un grant merci pour tout confort, Par Nostre-Bame de Montfort, J*en priseroye alors Tafifaire; Mais maintenant n*en sçay que faire.
LB CHBYALIEB.
S^aulcune léauté je garde, Bien sçay qu'au mort point ne profElte ; Mais le cœur sur qui on regarde Et qui doit estre dlionneur garde, Gardant léauté, se délite.
Si je suis de ma dame quitte, M*amour pour tant n*est pas quittée, Ne léauté débmtée.
l'bsouibb.
Léauté ne veuil point reprendre.
Quand die est de sens my partie; Mais léauté, à bien comprendre, Proprement ne se veut entendre Fors qu*entre partie et partie.
Donc, aussi tost que départie De Tune part a faite Dieu, En Tautre elle n*a plus de lieu.
LB CHBYALIBB.
Qui que la départie ait faite.
Ne par qui Tune part défaille, Touteffois de ma part forfaite Ne sera léauté parfaite, Jusques T&me du corps me saille ; Car honneur ce conseil me baille,
rOULTRÉ D*ÂMOUR. 103
Et la grant pitié de sa mort M'y fiât tousjours avoir remort.
l'bscuieb.
Avoir remords de œ qu*on ame Est chose honneste et naturelle, Espédal de baute dame Qui est venue à rendre T&me, Car pitié n*est au monde telle; Mais en chose qui est mortelle, Faute est d y mettre cœur estable Pour y trouver amour durable.
LB CHBVALIBB.
Durableté n'ay pas cuidée En elle, ne en créature ; Mais fay bien sa vie espérée De longue et compétent durée.
Selon commun cours de nature, Et que d'amour la nourreture Ne nous fauldroit de sa léesse Jusqu'en nostre eage de vieillesse.
. l'bscuibb.
Or vous a espoir bien déçu
Et en est vostre amour trompée.
Et le bien qu'avez regu,
Sy est tout en un' moment chu.
Donc, vostre joie est attrappée ;
Sy en avez enveloppée
L'&me et le corps de desconfort.
Par s'y estre affié trop fort.
i04 LOULTRÉ D^ÂMOUR.
LB OHBVALIBB.
très-malheureuse affianoe, Bien endroit moy folle et maudite.
Quant je mis onc tant confiance En mortel corps, dont Talliance Me mène à vie desconfite, Et ne puis jamais estre quitte Du fiardeau que j'en porte, hélasse !
Si mort ne me fait ceste grftce.
L*SSOUIBB«
Désirer mort pour sa descharge, Cest un droit aoquest de folie.
Il vaut mieux porter longue charge.
Un jour estroite, Vautre large, Que mourir par mérancolie.
Je vous requiers que Ton oublie Trestout ce deuil ; car plus vous dure, Et plus vous naist maie aventure.
LB OHBYiJilBB*
Maie aventure, ne fortune»
N'ont riens à prendre plus sur moy.
J'en mets au pis et Tautre et Tune, Et leur fay la figue ^ à chascune S'ils me grièvent ne grand, ne poy.
Je n'ay vaillant le gros du doy.
Qui soit subject à leurs efforts , Sinon le misérable corps.
' Faire lajlgue, insulter, défier.
LOULTRÉ D'AMOUR. 105
L*BSCUIBB.
Qui a tel gage en leurs servages, Ne les doit mettre ainsi au pis ; Car après tous menus outrages.
Là gisent les parfaits dommages' Et de tous maux les plus despits.
Donc, luy qui trouve les respits D'estre en son corps non fortuné, Luy seul est de bonne heure né.
LB OHBVALIBB.
S*à bonne heure nasquîs ou non, Ne sçay qu^il faut que j'en respoude; Hais en mon cas ne voy sinon Qu'il m'affîert bien d'avoir à nom Le chief des fortunés du monde.
Qu'on ne pourroit à une fonde Mieux assommer, voyant toute ftme, Comme je suis de corps et d'âme.
l'bscuibb.
Il est des autres fortunés.
Sans vous, cent mille pour vous joindre, A si dure et maie heure nés Que sans estre en enfer dampnés.
Malheur ne les pourroit plus poindre; Mais vous pour un seulet desjoindre Que Dieu a fait de vos plaisances, Yssez hors sens et congnoissanoes.
LB CHBVALIBB.
Je perds vraiement sens et advis, Pour cause qui assez m'excuse ;
i06 L'OULTRÉ D*AM0I7R.
Et quoy que chacun meurt envis , Sy m'est-ce eimuy que tant je vis, Pour user des regrets dont je use.
La Tie certes m*est confuse.
Et seule mort pourra jamais Me donner espoir de vraie paix.
L*BSOUIBB.
Il ne faut guères grand science Pour parler mots désespérés ; Car felle et fière conscience, Donnée à toute impatience, Les trouve tous desmesurés' Dont vous péchez et vous errez Moult envers Dieu d^user des termes.
Non propres à vos maux et lermes.
LB GHBVALIBB.
Hélas ! comment se peut entendre
Que je mésuse de parler,
Qui ay cent maux dont tout le mendre
Pourroit un cœur de pierre fendre
Et en cent quarts Tescarteler;
Et me dit-on, pour révéler*
Le mal tout ainsi qu'il m'estrangle,
Par aventure que je jangle.
L^BSOUIBB.
Vostre honneur sauf, ce n'est pas chose Que moy ou autres veuillons dire ;
> Desmoiérés, mss. de rArsenal et de la Bib. impériale à Paris. ■ Révéler, péjoulr, égayer, consoler. Var : anniUr, ms. de.la Bibli<^thèque impériale de Paris.
L'OULTRÉ D'AMOUR. 107
Car qu'en vous il ne soit reclose Douleur sans fin, sans fons, sans glose»
Nul n'est qui puisse contredire; Mais tout Testrif et le desdire Qu'à ceste cause on prend sur vous, Ce n'est que pour passer courroux.
LE CHBYALIBB.
Quant au courroux, c'est perte et peine De m'en presser que je l'oublie; Et quant je le voudroie à peine, Sy n'ay-je au corps point une veine Qui seuffre que je m'entre-oublie.
Donc, qui me va servant d'oublié Après un si amer beuvrage, Cest mal congnu autrui courage.
l'bsouibb.
Pour vostre courage enaîgrir Je n'y voy nul qui s'en travaille; Mais pour vous ressourdre et'garir Et préserver de non périr, Moy et mon sens tout y travaille ; Sy vous requiers et vous conseille Qu'en usant de vraie amitié, Ayez^e vous-mesmes pitié.
Ainsi de l'un et l'autre lez, Après maint si divers débatre.
Se sont d'ensemble desmellés.
Et ne sçay quel part sont allés, Chascun par un semblant desbatre.
Sy furent bien trois moys ou quatre
108 LOULTRÉ D AMOUR.
Conjoins en amoureux liens, Tous deux sans partir de liens.
Donc n*estoit jour en la sepmaine |
Qui à cest escuier passast, I
Que par raison notable et saine, i
Tousjours après reprendre halaine, i
Son doulant ne reoonfortast Et qu'en effet il n essayast Par chascun jour cent mille tours Pour luy faire oublier ses plours.
Mais il n*estoit enhort, ne presse,
Ne beau parler que langue trouve.
Qui pust sa douloureuse aspresse
Mettre en chemin de nulle adresse.
Là où amendement s'épreuve ; '
Mais tousjours plainte et douleur trouve *,
Luy surcroissoit et vint sur main,
Cy aujourdliuy et là demain.
Mais, comme fer de sa nature Tousjours se tire vers Taimant, Ainsi par vertu d'amour pure.
Le corps gisant en sépulture Trayoit le cœur de cest amant Et le tenoit en son fermant Si très-serré et fort adjoint Qu'à peine n'en bougeoit-il point.
Là desgorgeoit souspirs et plaintes Par incessable survenance ; Puis en tordant ses mains estraintes, Befreschissoit en larmes maintes
» Treuffe, ▼raie. On lit : neuve dans les mss. de rArsenal et de la Bibliothèque impériale à Paris
UOULTRE D'AMOUR. 109
Sa douloureuse souvenance, Et n'avoit autre contenance Sinon d'estre à bras estendus Couché toujours ou près ou sus.
Finablement par tant de jours.
Faisoit là ses piteux relais Que nature quérant secours Et sèche par tant rendre plours Luy fit refus d'en bailler mais; Donc pour retourner en sa paix Que le corps luy avoit fortraite, Prendre vouloit ailleurs retraite.
Nature en sa première appresse Avoit esté par plours vaincue.
Hais en la fin comme maistresse Elle redevint vainqueresse De sa douleur trop maintenue, Et rebouta la survenue De pitié qui Tattendrissoit Parce que trop la nourrissoit.
Ainsi luy convenoit laisser La place longtemps habitée Et forcer son cœur et presser D'aucunement Fesléessier Après tant de douleur jetée; Car lors congnut que profitée Luy avoit peu la desréglance De sa trop foie doléance.
Reprit ainsi un peu manière Sur le point propre du 'partir,
110 L'OULTRÉ D'AMOUR.
Demy pensant un peu derrière
Et demy à moyenne chiôre.
Enfin je les vis départir
Et les trouvay sans dessortir
Tous deux ensemble au bas d'un val
Où ils montèrent à cheval.
Pays, provinces et contrées Passèrent maints en peu de jours.
Et leur furent administrées Maintes douceurs, plusieurs vesprées, Là où ils prirent leurs séjours Que moy qui me trouvay tousjours Dencoste eux et ne sçay comment, Vis tout jusqu'au définement.
Mais en la fin comme fortune Adresse et garde ses amis Et rend après traverse aucune Quelque flattant douceur commune Par un regard qu'elle y a mis, Ainsi les a en lieu tramis, Auquel, pour dire et recorder, Avoit assez à regarder.
Maison de hautesse excellente Estoit ce lieu que je vous nonune, Non pas pour faire chière lente, Mais pour tristesse violente Chasser du cœur d'un dolent homme Et pour luy faire perdre somme Qui auroît bien jeté ses yeux Sur tous les plus voyables lieux.
Dames grand nombre et damoiselles Avoit liens à choys de joye,
L'OULTRÉ D'AMOUR. iii
Et sy ayoit de biens en elles Autant ou plus que d*estincelles En ardant flambe qui flamboie, Dont une qui à droit monjoye Et passe-fleur estoit de toutes, Choisit par entremy ces routes;
De qui, pour le rapport en faire Si beau qu'à luy appartiendroit, J'en suis moult redoubtant l'affaire; Car mon sens ne pourroit plaire Le quart de ce qu'il y faudroit, Mais je puis dire et bien à droit Que belle estoit, de beauté pleine Plus que les fleurs enmy la plaine.
Beauté, fraîcheur, douceur, figure.
Pris tout ainsi comme on peut prendre, Avoit ouvré icy nature A si très-abondant mesure Qu'à peine œil le pourroit comprendre; Et pour en deux mots tout apprendre Ce qui en fut, elle est bien dame Pour asservir seule un royame.
D'honneurs et de chertés menues Leur fit en suffisant largesse.
Et rioit-on à leurs venues Comme si un ange yssant des nues Y eust pris d'aventure adresse.
Dont le plus à parler, je laisse Pour venir en un point voué Qui siet bien d'estre desnoué.
Souvent de foys, presqu'à toute heure, Vis que ce jeune bacelier
112 rOULTRÉ D* AMOUR.
Preschoit sans feinte et sans demeure D'une aig^ raison ferme et meure L'oreille au dolent chevaliery Disant que pour bien séculier S*il en quéroit jamais conqueste, Temps estoit de s'en mettre en queste.
Donc, plusieurs foys Ton vit merveilles, Voflre moy qui l'apercevoie; Car Tescuyer, faisant les veilles, Boutoit en Tautre en ses oreilles Ces mots à basse voix et coye :
c Ha! cœur déshérité de joye, « Si jamais veulx estre enrichi, c Quiers le trésor du monde çy. •
Et puis bien avisé en soy Des lieux secrets et non publiques, Luy estraingnoit ou pouce ou doy.
Disant: t Voy-tu point que je voy « Voler les regards angéliques, « Dont tous les cœurs mélancoliques c Qui sont dessoubs le firmament, c Doibvent prendre esjoulssement? »
Lequel pour mieux couvrir son deuil , Soy faignant autre qu'il n'estoit, Forçant aussi son triste veuil.
Il devisoit d'un riant œil A chascune qui Tarrestoit; Mais entre deux, ses yeux prestoit  celle en un soudain sursaut Dont son prescheur luy fit assaut.
Et croy en tout mon vraysemblant Que longtemps sur elle il posa
I/OULTBÉ D'AMOUB. 145
(Et sailloit hors de presse emblant Pour estre en soy mieux ressemblant) Divers pensers qu*il composa ; Mais quelle chose il proposa, Fust de Taimer ou non aimer, •Ten scay moins qu*un luton * de mer.
Mais pour délibérée emprise Dn jour à part se retraïrent, Où en faisant mainte reprise Chacun en sa raison bien prise.
L'un Tautre en parole envahirent Et débatans se contredirent, Chacun voulant garder son droit, Dont leurs argus sont cy-endroit.
l'bscuieb.
Que sera-il désoremais, Très-chier seigneur, de vostre vie?
TTest-il d'icy au grand jamais Biens qui vous puist esjouïr mais, Ne donner d'amour quelque envie?
Je vous requiers que chacun die Le vray et droit secret du cœur.
Comme on parle à son confesseur.
LB CHBVALIBB.
Vostre demande est fort obscure Et mal à souldre en peu de temps ; Car je ne sçay mon aventure, Ne chose nulle ainsi future
■ Zuton, espèce de brocliet (du latin : lucius) on plutôt loutre (du latin : Mer).
Toa. Ti. 3
iîé L*OULTRÉ D*AMOUR.
Je ne congnois, ne je ne sens.
Vous si^yetf bien en quel assens Mon cœur se peut abondonner :
Prenez ce qui 8*en peut donner.
L^BSOUIBB.
Je ne puis prendre» ne conduire Riens tant soit peu de vos pensées, Si yous-mesmes, par droit déduire»
Ne voulez maistrier et duire Le frein de vos douleurs passées, Et que par vertus ramassées Mettez peine à vouloir revivre»
Homme heureux, franc et délivre.
LB CHBVAIilBB.
Quant à bonheur» ne à franchise.
Que jamais jour ne les requière !
Je vous jure en ma foy promise :
Je n'y ay d'espérance assise Qui ne soit foible et bien légière.
Aussi y faut-il bien manière Pour restablir le nom d'heureux En corps si povre et douloureux.
l'bsouibb.
La manière de ce royame, Plus proffitans je vous recors.
Vous avez perdu vostre dame ; Il faut prier à Dieu pour l'&me Et non plus regretter le corps ; Car plours, ne cris, ne desconforts
rOULTaÉ D'AMOUR. 115
Ne youB y peuvent servir en riens, Mais nuire assez en trop de biens.
LB CHBVAM]BB.
Comment pourroit un cœur loyal Qui a sa foy à Dieu offerte, Passer ainsi un aigre mal Et vivre par espécial, Sans regretter sa haute perte?
Dieu me donne de ma desserte Ce qu'il luy plaist ! je Tattendray, Mais jamais jour ne le feray .
l'bscuibb.
Je ne sçay pas que vous ferez N'a quoy le cœur vous est enclin; De celle fois vous en tiendrez Tant et si grand que vous vouldres»
Mais vous en viendrez à déclin Et trouverez en la parfin Que toutes les plus sages femmes Vous en tendront & fol vous-mesmes.
LB CHBVALIBB.
Ou fol ou sage, il faut tel estre.
Comme fortune un homme escrie.
Je ne suis pas de mon cœur maistre; Dieu m'a fait de telle heure naistre Que mon cœur mesmes me maistrie.
Donc, si la douleur assegrie *
* AêtêgrU, apaisée ; amoindrie, ms. de la BibUotlièque impériale de Paris.
116 UOULTRE D'AMOUR.
ITest pas si tost après Teffort, Qui m*eii dit blasme, c'est à tort.
L^BSCUIBB.
n n'y chiet de blasme autrement , Fors ce que vous vous en donnez; Vous pouvez vivre heureusement Et avoir des biens largement Si vous ne les abandonnez; Mais vos regrets désordonnés Vous font cuider d'amour jadis, Qu'il n'a qu'un saint en paradis.
LB OHBVALIBB.
En paradis a saints et saintes, Ce sçay-je bien, maint et mainte une :
Aussi sur terre en a-il maintes Qu'on sert mieux et honore en craintes Que sainte en paradis nesune ; Mais si Dieu, par grâce et fortune, M'eussent souffert la mienne au monde.
Je n'en quisse point la seconde.
l'bscuibb.
Sur l'ordonnance ainsi divine, n ne chiet point d'avoir murmure.
Dieu veut qu'en terme chascun fine Et tourne à riens et à ruine Jeune, vieil, toute créature.
Quelle doncques bonne aventure* Vous fait tant plaindre morte amie Qui pleurant ne vous aime mie?
rOULTRK FAMOUR. 117
LB CHBVALIBB.
Hélas ! je pleure et plains sa face Qu'à bien dure heure j'ay tant vue, Quant Dieu , après Tacquise grâce, Sans avoir fait qu*à blasmer face, L*a de mes yeux prise et tollue.
Et a la terre despourvue, Dlionneur et de prospérité , Si bien que moy déshérité.
l'bsouibb.
Qui pert icy et la recœuvre, Fa pas tout cause de se plaindre.
Il convient que mon cœur vous œuvre Ce qu'en luy se nourrit et cœuvre ; Car plus ne m'en pourroit feindre.
Il faut TamouF passée esteindre Et se garnir d'une amour neuve ; Car belle et haute là vous trouve.
LB OHBVALIBB.
A haute amour, ne qui soit belle, Mal digne suis d'y aborder, Aussi d'y faire amour nouvelle.
Qui en ay pleine la cervelle ; Mal peut l'un à l'autre accorder D'amour: me doy bien recorder Quel homme c'est, hélasse ! moy, Ne quel attente il a en soy.
l'bscuibb.
Ne reoordez jamais du blasme, Ne faute qu'amours vous ait faite;
H» L*OULTEÉ D*AHOUR.
Mais en Thonneur de Nostre-Dame Regardez-moy sur ceste dame Qui est si gente et si bien faite.
S*il en est une plus parfaite Dessoubs le ciel, j'en veux mourir.
Sans jamais merci requérir.
LB CHBYALIBB.
Hélas, je Tay tant avisée
Et tant jugié plaisant son estre
Que nature qui Ta visée
Et à droit souhait devisée,
N'y pourrolt plus de beauté mettre ;
Mais que pour tant s'osast soubmettre
Mon cœur au sien ou que youlsiase,
Ne Guidez pas que je le fisse.
L*aSOUIBB.
S'il ne volis tient qu'à mal vouloir, De tout honneur vous vous deffaictes; Mais si vous craignez non valoir Pour l'aimer et bien luy vouloir, Je vous asseure que si faites Chassez-les sur ces entrefaites Et les boutez dehors trestoutes :
Sy n'a mestier de nulles doubtes.
LB CHBVALIBB.
Je ne suis pas en l'accordanoe.
D'aimer encore si avant Que doubte en un peu d'espérance Me peut porter grief ou avance,
L'OULTRÉ D'AMOUR. "•
Dont je me sais aperoeTant.
Il faut délibérer devant Et avoir cœur de soy bouter Avant rien craindre de doubter.
L*BBCtJIBB.
Je ne sçay quel délibérer»
Il fault, ne duise à vostre cœur.
Vous pouvez bien considérer Qu'un roy la pourroit désirer Pour estre son vray serviteur, Et vous avez comme un seigneur Le choix du monde emprès vos lez.
Vous Taimerez si vous voulez.
LB CBBVALIBB.
Ha! que vecy raison notable :
Cause my, cause ! Tout est mien ,
Tout m'est conquis ou conquestable»
Tout emporté ou emportable»
Le monde est fait seul pour mon bien ;
Par Dieu, oompains, tu parles bien
A qui auroit l'oreille sourde
Pour non comprendre cette bourde.
l'bsouibe.
Si j'entens bourde ou moquerie En cest endroit, nulle envers vous»
Ne si je pense à flatterie, L'àme de moy en soit périe Et ravie en enfer dessoubs ; Mais j*ose dire devant tous
liO rOULTRÉ D*AMOUR.
Qu*en ToaB a beau temps pour servir Et en elle beau desservir.
LB CHBVÀLIBB.
Hélas ! j*ay trop porté service Pour en tirer si povre fruit.
Servir bien et servir en vice Ifest tout compté pour un office. Qui en servant bien suis destruit.
By ne doy plus vouloir le bruit D*en servir nulle soubs les cieulx Pour non pouvoir de servir mieulx.
l'bsouibb.
Si vostre cœur s^accorde à ceste Et qu*il se vueil abandonner^ Je vous afferme grâce preste, Amour, chierté, joie et conqueste, Tant que honneur en seuffre à donner ; Et ne vous pourrez adonner Si tost pour vivre en son lien Qu'amour ne vous pourvoie bien.
LB CHBVALIBB.
Tant congnoy d'amour les paroles Qu'& fol tiens qui si tost s'y accorde.
Ses mots sont proprement ydoles Pour hommes fols et femmes foies Qui croient tout ce qu'il recorde ; Mais qu'il y ait miséricorde, Ne regard à son serviteur.
Par la mort bien, il est menteur.