‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 22 sur 54 · LE THRÔNE AZURÉ · texte numérisé non relu

LE THRÔNE AZURÉ

Thrône azuré* merveilleuse lumière, Befflamboyant de mainte fleur dorée, Noble maison françoise, coustumière De toute honneur, sourse de foy première, Dont^ soubs le ciel, la terre est plus parée, Jointe emprès Dieu, des autres séparée Par cas dlionneur, de titre et de louenge, Comme est sur terre un homme emprès un ange.

glorieuse excellence royale,

Benommée batiUière anchienne.

Du peuple Dieu championne loyale.

Bras renforchié de grâce espéciale

Pour envair mescréance païenne,

reluisant majesté terrienne.

Dont mal au vray peut s'exprimer la gloire :

Icy tu livres un peu ton auditoire.

Tournant, virant toutes histoires saintes. Bibles, psaultiers, légendes, prophéties, Dontfay au cœur les substances empraintes, 0! que j'ay fait méditations maintes, Noble maison, sur tes controversies, Qu'après honneurs et gloires infinies

* Pablié diaprés le ma. 120 de la Bibl. Laurentienne à Florence.

i34 LE THRONE AZURÉ.

J*ay vu souffrir & ta noble nature Soubs le flayel de divine batture !

Voyant déchoir ta hautesse fÎEtnieuse, * Ta dignité violer par injures.

Et d'une mais vile homicidieuse, Persécuter ta hauteur glorieuse.

Par feu, par sang, par famine et laidure, Qui soloyes les autruy fourfaitures Battre et punir toy-meames en toutUou :

Bien a droit-cy mimbie œuvre de Dieu.

• Et vraiement est bien l'œuvre admirable Et bien obscure à congnoissance humaine, Quant tant d'annuy et de grief misérable , Fortune et Dieu comme desfiivorable.

T'ont fait souffrir par rigueur inhumaine»

Dont il n'y a qu'un point qui me ramaine L'entendement de ce couvert misiëre:

C'est que péchié t'a fait ce vitupère.

Et soit péchié ou volonté divine

Qui t'a fait choir soubs ce glaive advenaire.

Et trébuschier à honteuse ruyne

Pour estre au loup engloutie rapine,

Serve et chambri^ h tout villain bausaîre\

Au moins ton cœur par pité nécessaire,

S'est condolu aveucquee ta souffrance,

Plorant sur toy« noble maison de France,

De qui les mauk et povretés extrèmcQ»

Pertes» douleurs, confusions terribles,

I Sausaire, meroenalre? On Ut dans Monstrelet (TV, p. 89d) : « Aucons haolflaires, teaans le parti du roy Charles, » CorriîseK la note I, tome I**", p. 112.

LE THROHB AZUfiÉ. ISS

Oocisions* rayallemeDB» blsphkmasS * Pleurs et clameiin d'enfikos, honuDMd et femmes, Fftr feu, par sang^, par ftmiziee hotriUeSv Sont à tout cœur h tout prendre impoemUee ; Car ne pourroit ej^rimelr bouèhe d'honune De ces meschiefs TiimumArable somme.

Hellas ! quelle est la douleur comparable  tou souffrir, glorieuse auriflamme, Que au droit nombril de ton thrâne bonnorable Voir tout énorme obprobre inséparable.

Verser ton peuple et mettre tout à âamme, Et qui plus est, piteusement en blasme Esire enchâssée à honte et à péril , Hors de ton propre en souffraiteux exil.

Tant qu*îl sembloit h ceux qui te veoient,

Que Dieu te volt lors estre exterminée,

Et mesmes ceux qui en tes plours rioient,

Les faulx tirans, leurs cœurs glorifloient

D'avoir ainsy ta hautesse muée,

Guidant que Dieu f eust toute abandonnée

 leurs pouvoirs et vouloirs inhumains,

Pour demeurer tousjours ferme en leurs maind.

. Mais Dieu piteux de fons et de racine, Pïovident juge et bénigne en ses faiiâ.

Jamais un arbre, ainsy je Timagine, Dont il congnoist s^il est bon d*originè.

Ne veut souffrir Famortir par tors &its; Mais pour venbr aux nouveaux fruits ytafàUé^ Souvent permet Tescorce au dehors mùire".

Pour meilleur fruit de tronc batttt produire.

' ifiÀ^mmue.

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