LE THRONE AZURÉ
Ainsy je croy certes et ainsy jage
De tôy, digne excellente planture.
Dieu a souffert desriyer ce déluge
De tous meschiefe sur toy et ton reffuge,
Point, pour ta mort, mais certes pour batture;
Car luy voyant bonne estre ta nature,
Ta corrigée atout Tare en sa corde.
Mais point jeté hors de miséricorde.
Ses dignes mains, sa sainte providence, Furent de toy primiers planteurs en terre, Et choisirent le fruit de ta semence Entre autre fruit par trèfi-haute excellence. Comme il appert à qui 8*en seult enquerre ; Sy cuide voir, et ne croy pas que j'erre, Qu*en la vertu du vieu fruit trespassé .
Cil d*aujourdliuy a son maleur passé.
Bien a paru à ceete œuvre présente
Où Dieu fa fait jà restitution
De la plus part de ta gloire excellente,
En ramenant Normandie dolente
Hors de servage à sa rédemption,
Dont en fureur et en contention
Tous faux Angiois, dliumain sang enyvrés,
S'en vont confus comme à la mort liviés.
Dieu a sa gloire en toy revertuée,
Et ta vertu a reprinse vigueur.
Tu as esté dessoubs les pieds ruée;
Mais à présent fortune a remuée
En pitié fresche, envieUie rigueur.
Tu as ressourse après griefve langueur;
Tu as ta gloire arrière en ton reoœuvre :
Ce sont beaux dons, qui bien les met eu œuvre.
LE THRONE AZURÉ. i37
Ton glaive point, ton espée retrence.
Ton bras roidist, ton harnois refflamboye.
Ton eur revit, ta gloire recommence.
Ton fruit sourt grant hors d'un foulé semence.
Ton veiner secq reflorist et verdoyé,
Tu viens arrière en Tancienne voye
De ton triomphe à garant félicité :
Dieu, et quel joye en tant d'adversité !
Le vray soleil de justice étemelle
Ta respurgié ton thrône de bruine,
Et a réduit ta vertu naturelle
A toute aigreur et fierté corporelle, *
Pour relever ton los mis à ruine,
Veant ton cœur au plus bas de sa mine.
En qui Ton peut par temps g^rans faits attendre,
Fftr quoy en toy tu y dois bien contendre.
- Poursieu ton coup, tout Anglois s'espoente Devant ton bras qui fait trembler le monde.
En eux n*a plus courage qui se vante :
Dix de tes gens sont bons pour leur soixante, n n'est François qu'un sept n'en confonde; Le juste Dieu veut que sur eux redonde L'énormité de leur conqueste indue :
Terre à tort prise, à droit se voit rendue.
Dieu a sa face inclinée vers toy Et affichié ses yeux en ton emprise ; 8a sainte main a rebaillié convoy , Sens, industrie et courage à ton roy.
Pour toy remettre en liberté aprise.
Donc, s'en toy est ceste bonté bien prise.
Tu en dois bien grant louenge à sa face D'avoir tels biens en Tan joyeux de grAce.
i88 LB THRORB AZDRÉ.
Vive ton nom» croine en tons temps ta gloire^ Ton haut triomphe à tonqours mais pardort 1 Ton loB jamais ne parte hors mémoite, Mais soit escript, glorieux en histoire, Conmie immortol , en mariire et pierre dnre; Et soit honneur, paix et bonne aventure Si joints h toy pour gloire ayoir suprême, Que ton nom vive apprès le monde extrême.
Et vous Anglois, tirans du bien publique, Murdriers de peuple, engloutisseurs de vies.
Loups affamés de faim dyabolique Pour perturber toute foy catholique Par une ardeur d*insolables envies.
Laissez, laissez vos rapines ravies.
A vous n*affiert nul si royal partage :
Biens n*y avez que mort pour héritage.
Pensez, pensez, persécuteurs des hommes ; Persécuteurs, pensez aux vieux outrages Qu*ont fait vos mains murdrières de preud'hommes, Fenfans petits et de femmes par sommes, Guidans domter les haulx f rançois courages ; Trop A donné fortune ses ombrages .
A vous, le plus maudit peuple qui vive :
Fuyez-vous-en, que le dyable vous suive !
-OOOgOOO-