S46 EXPOSITION SUE VÉMTÉ MAL PRISE
temps* câui do «Ion, que & la perreniai et obikiw hifteation de Tacteur, qxd soa ouiTre a pn>portioi;iiiée k la qitftUté de? ca1]^e8 qui Tost &it eacrifet et doul; les dédantious çy*aprèe «MK)ufiiout et donrout coatentemeut aux lisaue, que Dieu mè&e il salut!
■oofitoo*
Comme n'a gntoea géisse en mon estude, Je où, en diversité de matières h moy présentées, me prirent diverses ymaginations moultes parfondes, et pour lee aucunes d^icelles mettre escrit, je prisse la plume entre les dois et disposasse tourner mon entendement à labeur, comme qni très^liautes et très-dangereuses matières avoie entre mains, et principalement touchant cestuy très^noble et très-glorieux royaume, dont indigne hystbriographe , ▼oudroie bien garder llionneur de Dieu et des personnes, et, sans fléchir; ne tourner à fit^enr, garder propre hotkneur et salut, en quoy toutesvoies, comme je considérasse la difficulté de l'œuvre, et que, tenant la plume en suspense, je pensasseenma matière subjecte que moult je pesoie, et qu-en icelle je trouvasse difficultés maintes moult dures à desnoer, et dont l'atteinte du vif n'estoit pas légère, et plus encore la détermination dangereuse ; pensant aihsy solitaire, et pesant à la balance rhonneur, la gloire et la haute régnation des roys et des princes chrestiens, ensemble les glorieuses opérations et natures des nobles chevaliers, barons et vassaux d'aujourd'hui et de mon temps, entre lesquels par guerres et divisions ont pu estre congréés haynes et mautalens, et sourses partiales affections et controverses, donjt le fardeau très-pesant s'estoit venu plonger sur mes espaules, jusques à durement ressongnier comment je me cheviroie du portage, là où je ploioie dessous et sous lequel sentis nature aucunement restiver k T^enoontre par une mollette peur prise
i48 EXPOSITION
soudaine, que, par trop esplucier parfont les choses secrètes, ou par estre trop véritable ou trop précis en escrire, je n*acquisisse haynes envers moy et mesveillance, et qu'en mes labeurs et saines intentions ne fusse maintenu à suspect, et pusse cheoir finablement & icelle cause I en aucun infortune , qui dès mon jeune eage toutesvoies 1 avoie quis songneusement la grâce des princes, et pour j- iceux distinguer et cognoistre, visité et perquis diverses ) régions , dont encore Tafiection ne m'estoit amendrie ; comme lors je séisse en cest estât, et variasse entre faire et laisser, entre accuser et parer, et que le percogiter tout et comprendre me donnast de soussi beaucoup pour en faire bien : soudainement lors, comme si le tonnoirre chéist du ciel, vinrent à la croisure de mon estude crier quatre impétueuses voix moult aguës; et disant icelles : € Ouvre cy 1 ouvre ! » , follement frappèrent sur huys et fenestres qui toutes churent du coup, et y entrèrent quatre dames moult espoventables en r^art, lesquelles, avecques horreur de figure, me donnèrent frémison aussy en leur survenue, jusques à retraire tous mes esprits emprès le cœur, et laisser le corps privé de ses mouvemens, fors seulement de la vue, laquelle arrestéement se contint en icelles, mais, affuiant vers la fantasie, sesmerveilloit toute de Tintention de ces quatre et de la cause de leur survenue si impétueuse, non obstant que la semblance de leurs personnes démonstroit assez la faculté de leurs na* tures, qui toutes se présentoient felles et prestes à injurier qui que fust.
Lors, moy surpris en ce point , comme homme à demi mort et qui n'avoie riens en vigueur, fors seulement la fantasie où tout je recueilloie, et la très-estrange habituation d'icelles et la très-horrible ostention foraine aussy
de leur^ contendances, ensemUe autres grans mistères qui senroient à leur personnage et à noter bien dignes , com* mençay à ficher mon regart en icelles, et à noter leurs semUances et compositions moult estranges ; car avoit la première les oreilles bouchées tant estroitement que à nulle rien » fors qu'à propre affection , ne vouloit donner ascout; portoit l'estomac haut et enflé, col tors vers la main senestre, regart envenimé, la vue creuse et parfonde dedans la teste, de laquelle, en regardant les hommes, les sembloit trèspercer; sembloit estre mérancolieuse en ses manières, grave en parler et tardive, mais despite mortellement en couvert, jusques à l'escrevement du sacq ', là où toute se deslioit ; avoit l'une des mains torse en arrière, etd'icelle faisoit signe de despection, et en l'autre tenoit un glaive dont la pointe mordoit à dens, et sembloit qu'en iceluy aguisoit son venin. Donc, comme je regardoie le front d'icelle et que durement m'espoventoie de son estre, je j perçus en lettres de couleur de souffre ardant escrit : < Indignation suis-je. »
Sy me tins à moult aise d'en savoir le nom, quand par icelui je pouvoie juger plus proprement de son affaire. Donc retirant mes yeux d'ensus pour apprendre des autres, tantost les jettay en la seconde, qui se présentoit en semblant pour moy donner à assavorer de ses œuvres, et pour spéculer bien et comprendre la diversité de ses formes.
Ceste dame droit-cy se monstroit avoir les conditions seures', raisons moult aguës et mordantes; grignoit les dens et m&choit ses lèvres; niquoit de la teste souvent; et monstrant signe d'estre arguëresse, sauteloit sur ses pieds et tournoit l'un costé puis çà, l'autre costé puis là;
* Jusqu'à l'escrevement du sacq, ja8qu*à creTer de oolôxe.
* Seures, amèies. Voffes plus haut, p. 240.
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portûti manière d'impatience et de oontradiieCion; le droit oeil aYoit cloe et Tantre ouvert; avoit an sacq plein de U* vree deraat lui« dont les une mit en son eBCoura' comme chéris» les antres jetta au bin par despit ; deschira papiers et fisnilleB ; quayers jettaau feu fâonnement ; rioit sur les uns et les baKoit; sur les antres cracha par Tilennie et les foula des pieds ; amc une plume en sa main, pleine d*encie, de laquelle roioit maintes escritures notables qui ne lui tournoient à gré, et les mit en despris; lors, quant aux autres, donna titres et voies d'exaltation trts-hau* taines et les jugea rscommandables; dune espongeaussy noirdssoit aucunes ymages, autres esgratinoit aux ongles et & grauhee', et les tierces rasoit toutes au net et les plsr noit comme pour les mettre hors de mémoire ; et se mons* troit dure et. felle ennemie à beaucoup de gens de bien, plus volontairement que par raison. Laquelle, quand bien l'eus avisée et noté ses manières, dont le nom, comme il me sembloiti, devoit bieu ensievir semblable à ses moBurs, et que moult désiroie à savoir ioelui, vis en Templastre de son firent comme par manière de titre qui disoit : c RipTcbatùm suis-^je. » Lequel mot lu, dis à par moymesme : « Vbirament ea>tu bien baptisée en celui nom, « car moult en est la signification du terme propre à la c réalité data condition; et qui autre te voudroit donner c plus honneste, donroit parement et titre non dignes à € ta nature. »
Sy me tanai de l'avoir regardé autant; et plein de hide et de l'austérité des deux et de leur injurieux semblant, tournai ma vue en la tierce, laquelle vestue assee honnestement et plus quoye en apparence, porta gros
> Jlseourê, cébktaie.
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. %Sî
n>lIw.d'esorJ;tupe9 dasBOua am bms ; et ic6ux deBv^JpH^amtt là où il y avoit plusieurs çl^se^ mj^es par r^vtoire, aur cmiQ tw mouatroit les artic)^ au day , autres &» i^ettoit le doy Bua; ^t puis à oovi,^ Tetàrmt iceluit refén d^çsos de toute la jusisk pas setmUaat d'àiicun ayr, oomme 8*dle voulsist monstarer injtureoju. Uasph^me ea icetuL, ou 4 ai^miiieB peraoïmes là mmentoes donaer chaire.
Ceste dama-icy , à ce que je vis de semblaDt en elle, porta bien la mine da non estre bien juste en conscience et de seiper volontiers di^oord^ couvertement entre lee honunoa; sembloit par nature aussy affecter et quérir vor lentiers les oreilles des princes et des gens en auctorité^ là où , usant de sa propriété, condempnoit b<XQmes et sen* tenoes , noircissoit querelles et convertissoit les bonnes en mauvaise interprétation. D<Hit,à si peu que perçu m'estoie de son estre et que je conmdémie bien là où tiroil sa natiuçe, survis en son front aussy le titre de son nom ; et disoit : « AecMotùm suis^je* >
Coacbé à demi lors et demi assis gieoioà Tenvers, privé de pmiole; et n'y avoit mouvement en moy fors des yeux, auxquels dernièrement se vint présenter l'autre quatries9n§, V^ toute effuriée en semblait, et comme s'elle me voulsist inférer mort, vint félonnement jusques au plus près de mon vis, et portant une espée hideusement sanglante, laquelle avoit tournée pour férir d'estoc, 1^ vint branlant furieusement sur moy, et faisoit semblant d'en férir, dont la hide me prit telle, et la peur tant extrême qu'en icelle ne m'estoit attente que de la mort ; car m'estoit sa menace efi^ée aussi mortelle en semblant connue eust esté la percussion de sa main par réal effet.
Ceste dame*icy n'avoit deffigurement autre, fors qu'elle routât lf& yeux, qui lu| estoî^f grpsetqstincelanft; avoit
Wi EXPosmoN
la bouche de travers ; le bas et le haut d*icelle contraire rtm de Tautre ; avoit le visage enflé et tout rouge ; veines engroissies et pleines de sang, et les mains criminellement sanglantes et mortelles. Et non mort encore» mais assez près, réservé que les yeux tousjours me prestoiént service pour faire vivement comprendre ma vision, jettai iceux, comme autres avoie fait, en son front; et lors me perçus de son titre qui disoit : c Vindication suis-je. >
Lors, quand ces quatre femmes droit-cy hideuses et espoventables s'estoient présentées devant moy, démonstrant chascune Toffice de son personnage, toutes quatre en ranc se continrent devant mes yeux en tel ordre que je les ay nommées. Et non ayans encore levé nuls langages devers moy, sinon largement grimaces et ireux semblans qui valoient paroles, commença la première, qui se nommoit Indignation^ à dire ainsy :
c Traytre homme, mauvais, injurieux, faux homme c plein de venin, digne de mort et d'esquartelure, digne « de mort immortelle et de tourment non terminable, c faux traytre , pervers , digne de toute despection huc maine t or as vu nos personnes ; or as sçu et congnu nos c noms et les conditions de nos affaires, chétif ! mais tu
< ne sçais pas pourtant dont est nostre production, ne de
< quel lieu nous sommes mues pour venir droit-cy, ne c qui est la cause de nostre présent survènement devers
< toy. Fol oultrageux! nous venons et sommes parties de
< la très-glorieuse maison de France, de la très-excelse et c béatifiée maison chrestienne, du thrône des honneurs et c des dignités du monde , du ciel impérial terrien , qui c seul resplend sur les honmxes, qui seul tient règne et € domination sur les générations universes, qui seul enc cerne et circuit la seignourie du siècle, qui seul est pa-
radis des humaines voluptés, ihr6ne de superéminent gloire, soleil de justice et de noble vie, fontaine dlion* neuT et de science, sourgeon de vertu et de félicité, mère de clergie et de la sapience du monde, région de chevalerie, royne de proesse, minière de précieusetés , firmament de salut et de vraie foy, que Dieu a rempli de gr&ce, nature, de toute sa prestance, et fortune, de tout son entremettre. Menteur pervers 1 de tel lieu sommesnous parties; de 1& sommes-nous venues droilrcy par devers toy, qui le palais du triomphe du monde, le thrône de netteté et de gloire incomparable, as voulu ordoier et souiller par tes escrits , et toy boutant en présomption excessive, as dégoutté ton venin et lancé jusques à la royale majesté injuriée durement par ton desgorgier présomptienx. Fol arrogant, esclisce' de venin, menteur injurieux, rempli d'estoffé pire que souffre, ne poye ' d'enfer, et extrait de la génération maudite, ce crois-je, de Dam, de Goth et de Magot, dont la semence puist faiUir en toy, traître faux homme, oi^ane de Tennemi, plus criminel que escorpion, ne tarente *, et comment as eu, ne pris le hardement de mettre avant les injurieux et cuisans termes, les aguës et mordantes paroles qui naguères sont esparses parmi ce royaume, portées et semées entre toutes conditions et facultés d*hommes, qui tous, avec le noble royal sang, avec la très-haute et vertueuse chevalerie françoise, s*en sentent blessés, et à toy imputans charge de malice, crient vengeance sur ta fausse hérétique personne, dont l'injure, ne le venin ne sont à souffrir, combien
^ Ssdisu [de: eselieer, couler), eource.
* Pof€ (pto), poix.
• Tarentê, tarentule.
2M EXPOSlTIOi»
que tu te fondes et cofafied bui^ Idsr mareheo où to f^mbûches, et là oft ton maistre, ton duc, te donne port et garent et est pent-estre cause de ton pa]!ier. Langue d'aspic et denture de tygre , louve englontisseresse de Ilionneur des Françcûs , commoTereese de sang et de félonnie, présentacle de honte et de rougissure, quelle chose te peut nevcAr mu ou causé d'avoir produit les felles, horribles et suspicables sentences, comme tu as fait retentir jusques aux portes de nos oreilles, et desquelles, non pas nous tant seulement, mais toute la généralité de nostre thrône est commue et en ruiMur ; et n*est sang en la plante des pieds^ qui n'en monte au visage des haulx hommes, à l'un par vergongne, à l'autre par ire et appétit de venger. Car ne fut oncques le thrône françois si injurié que par toy, ne oncques sa majesté excelse ne reçut lésion si griève que prestement de ta main ; dont toutesvoies tes causes sont fausses, tes mouvemens iniques et pervers, tes féndaiioDS injustes, et tes productions despeetueusee et mensongbres; et en doivent redonder en toy^nesme obpro* brieusement les quarreaux que tu nous en as tirés, faux murtrier inbumain I Bt nous t'avons donné autrefois nourriture emprès nous, t'avons recudUi et reçu en service, donné prochaineté à nostre ombrage, hantise et fréquentation claire avec nous, inspectioD et cognoissance de nostre giron; et tu, en réc<HBpense de bénéfice reçu, en rendition de gratuité obtenue plus que à ton appartenir, ingrat envers ta bonne fertvne et ceux qui te ont bien fait, tu payes sucre par venin, tu payes baisers par morsures , tu payes acolemens par plaies mortelles, tu rends mal pour bien, et mort pour vie. Or ç&, et si l'heure n'est encore penttise que je m'en
SUR ViRITÉ MAL PRISK. 355
c pidase v6Bg»r» et que fortune ne m'est ai propiee que c de poavoir exécuter mon courage, au moine m'est Tesc poir de te mionstrer une fois ton méeus et de te faire « sentb amèrement tes outrages ixsbt ne mourras jamais, t ne moy aussi, que mon ire et ma fureur, mon sang et « ma cuisance ne te percent et déveurent, et deschirent « et desrompent, et-desmembrent et charpissent, et te c fassent fondre et poudroier en terre, chair et oesemens, t et ton nom estaindre en la mémoire des hommes. »
A cestes tant aigres et injurieuses paroles me conve* noit livrer ascout, et ne m'estoit aisance nulle de res* pondre à rencontre par la peur qui me tenoit lors empeschée la parole. Donc, si le regard del'ymage m'avoit donné terreur grande en son survenir, maintenant la me renouveloit par cent doubles. En la felleté de son injure parloit tontesvoies bassement ceste dame entre ses dens et d'une voix cassée, comme si k dangier vuidoit son estomac, et qu'elle ne voulsist point qu'en public on la jugeast telle comme elle estoit en cœur. Ifavoit fait des grimaces hideuses et manières de despections les plus terribles qu'oncques visse, èsqueUes tant me trouvai confiis , tant au bout de mon sens et entendement, que bras et pieds tous estendus comme d'un corps mort* à peine me remandt en Tàme vertu aucune, ne opération, que tout ne s'esvanouist et s'en allast pour la fuir. Mais pris en celui point dernier , me vint àherdre la seconde, qui s'appeloit Réprobation^ et me alla dire ainsi :
€ Malheiureux homme, tu t'abuses bien. Cuides-tu jà < avoir fait de nous? cuides-tu jà estre quitte de nos c mains, qui tant avons justes causes et actions en toy € pour te pourbondir? Nenny nonf tu y es encore et y « seras longuement, car n'en partiras jamais que de toy
premièrement n'ayons fin. Faux escrivain , folâtre homme de povre et de petite faculté, clergeau contrefait làjoù n'y a science, ne clergie, ne lecture, ne autorité, sinon multitude de superstitieuses inventions et fastrouUes' que tu vas quérant et par lesquelles tu emndeules les oreilles des ignorans aussi fols que toy, et toy-mesme en tes folies te glorifies! Coquart, maistre vergaut S qui as l'esclipse en l'entendement, et mesmes / ne te congnois et veux juger autrui ! Que fera-l'on de tes escritures , de tes frivoles et inventions laidengeuses que tu as fait dévoler par ce royaume, contraires toutesvoies de la vérité, contraires à honneur et droiture, et tournantes à dure lésion et scandale à la chose publique, mesmes jusques à toucher à la face royale, à la splendeur et netteté de la couronne inviolée, que tu semblés vouloir ternir et desfigurer par ta plume? Mauvais homme injurieux , pervers en conception et léger en ton jugement, si tu as conçues aucunes passions non opportunes en Testât de ton maistre à qui tu es et en aucunes matières qui te semblent estre rigoureuses de sa part et prochaines de péril, et èsquelles lui-mesme dust remédier et prévenir par sens afin d'éviter propre meschief ', convientril pour tant par tes lunatiques opinions qu'en embellissant ta cause par bourdes, tu accuses et laidenges les justes et hautes claires personnes par charges, ceux encore ou celui à qui doy nul ne doit toucher, et devant qui et le monde et les hommes et les pensemens doivent frémir et trembler, premier que
> FastraulUs, contes Mia à plaisir, balivernes.
* Maiâtre Verçaut, allusion aux huissiers à Terge?
* Ceci se rapporte à la retraite du dauphin (depuis Louis XI} dans les États du due de Bourgogne.
Sun VÉRITÉ MAL PRISE. 257
7 oser mettre main? Donc, je m'amire en moy-mesme et me sens toute effrontée de hide, comment oncques entra en toy le hardement que j'en ai vu, ne la présomption de l'outrage que je y ai trouvée. Et convient bien certes que la bonté royale soit bien grande, quand si haut injurieux attemptement souffre et dissimule. Déa! tu n'es pas celui qui digne soies de dissimulation; tu n'es pas ton maistre, le duc de Bourgongne, à qui il y peut avoir loi aucune de souffrir; tu n'es pas son chancelier qui est homme grave et prudent; tu n'es pas son premier chambrelen, qui estpreud'homme; ne tu n'es pas de la secte, ne vocation par quoy tu doies avoir aveu de là, ne de çà support ; car tu n'es sage, ne de nul prix, ne de nulle quelconque provection à dignité, sinon à faire et à escrire fatras , multitudes de folies et de vanités , qui toutes ne servent, ne ne profitent, mais endorment les fols légiers esprits et les bons et les notables ayrent. Doncques, puisque tu n'es autre homme et que tes escrits ne proviennent point, ce peut sembler , de la gravité et prudence des sages hommes de ta maison qui nous sont bien cognus, et que ton maistre aussy n'est pas légier parleur, mais bien pondéreux, il convient doncques que tu, de propre malice, de propre envenimé courage et pourri estomac, de la malignité de ta racine, pour envenimer et enfellir nous autres, pour autrui aussi envenimer envers nous, tu as cecy mis avant , ou que ton maistre faisant l'ignorant et le non-y-touche soit esté content secrètement de ton faire. Si tu, de propre et privée malice, l'as fait en ton propre privé conseil , en toy seul en doit redonder la punition ; et si ^par conseil et aveu d'autrui en autrui sens aussi et gravité , il y siet délibération plus
T0«. YI. 47
2M BXFosmoi^
« mûre ; car là gist le fort et Testroit du nead que ci-après
« esclairciras» si tu sçais. Mais dont que procède, ne de
c quelle main, tu es un très-injurieux fol et un instru-
c ment très-périlleux, duquel, comme les opérations en
< sont despectueuses, pareillement est la personne de
< povre et de petite value , quand FoeuTre de soi-mesme c d&nonstre la qualité de Touvrier.
« George 1 George I les faits de ce royaume, ne de ton c duc ne se vuideront pas par paroles : il conviendra faits « et réaux effects. Sy fabuses bien, quand tu penses que c pour tes escrits nous nous doions changer à ton appétit, c ne ployer nos hautes querelles à tes démonstrances, qui c Bavons faire et dire et entendre mieux que nuls par dec vers vous. Mais ne vous prisons point tant, mesmes ne € nous daignerions tant abaisser que d*y exposer soin, c Car est œuvre de femme de caqueter moult, et chose de c vertu et de grand pris faire de fait, sique ton œuvre c et ta personne, tout est mis en despris devers nostre sei- « gnourie ; tes blasmes et laidenges sont suspensées jus-
< ques à heure due; tes haulx présomptieux langages c réputés sans fondement; tes démonstrances et doctrines
< comptées à frivoles ; et brief , et toy et ton fait, et ton es- « crire et ton fantasier, tout ne nous est rien, ne ne poise ; € tout ne nous meut, ne ne change, excepté que une fois, ,c avec vous autres, dont nous nous chevirons bien, m*en « rendras compte. »
N'avoit encore le mot hors de la bouche ceste dame, que la tierce, soy hastant de parler, ne lui vint rompre la queue de sa raison; et la faisant guencir' un peu du bras pour avoir lieu en mes yeux, commença à dire :
' GtmMiff 86 détoaraer, changer de plaoe.
SUR VÉRrri MAL PRISE. 2S9
€ Xay vu pèça et visité tes escrits, qui sont pleins de séâition et de mauvaise glose. Sy convient que tu soies h(«une plein de mauvus vouloir et de perverse inclination, ou que tu nous ouvres tes sentences et exposes en autre entendement que ne savons comprendre ; car tout sonne injurieux, tout sonne en blasphème et vitupère ce que nous y véons, et tout tourne en reproche et dépression de Thonneur générale de France, avecques vantise et présomption sur icelle, et qui plus est, avec attemptement en la royale majesté particulière, laquelle, de par Dieu ! ne gist pas en ta répréhension, ne chiet pas à estre corrigée, ne reprise par toy qui n'es que un povre nient, un povre ver de terre très-misérable, un povre homme de petite vocation, de petit sens et de povre estime, et en qui, quand tu auroies beaucoup brassé de mal, mis le monde en desvoy et meschief, n*y auroit point de recœuvre, et n'y auroit à qui se plaindre, fors d'un meschant fol escervelé, plein d'outrage et d'arrogance, qui se présume de ce que n'entend et se mesle de ce que point ne lui affiert. Sy seroit bien le monde payé lors , quand après grans mescliiefs avenus par si faites besongnes, on prendroit vengeance d'un tel chétif et le jetteroit-on en la rivière en un sacq. Par Dieu t sire , qui m'en croiroit, l'attente ne seroit point jusqu'au meschief avenu ; mais tu-mesme commenceroies à gouster le meschief, et se commenceroit en ta personne, car tu vaux que tu boives de l'eau de Seine ou de Loire plus que ton soûl, ou que tu la saches espuiser toute par boire sans noyer, c Comment, déa ! et il semble que tu fasses la figue avec François; il semble que tu ne les prises, ne ne poises, et que ce n'est rien de leur fait, fcnrs chose douteuse et
variable, chose de mobile fortune non fite, là où beaucoup de vices , beaucoup de vanités et de passions se tressent parmi, et à cause desquels points tu les sers d*impropëre, tu les touches et agraves de cuisans titres, et ton parti et ton maistre tu eztoUes et esliëves en hautes louenges.
c Déa ! pourtant, si tu prises ton fait beaucoup, et que les gloires et félicités de ton duc tu réputes excelses, n'en sieut pas que nous, que tu n'aimes point, doions tolérer tes paroles envenimées , ne concéder tes sentences estre véritables, quand, au point où elles sont corrosives et de mauvaise digestion, nous y mettons contredites. Peut-estre qu'en autruy œil tu vois la bûchette petite , mais au tien propre tu ne vois pas le sommier bien gros que tu y portes. Toutesvoies tu le cuides avoir net et tout clair; mais ce te fait ignorance, ce te procède d'aveuglement, de raison et de conscience cruement examinée; car amie flatteresse fortune longuement possessée, naturellement est nourrice d aveuglement et de vertu endormie.
< Si gloire doncques et félicité par devers toy sont grandes, loes-en Dieu ; mais n'ont à comparer pour tant les nostres la dépression de ta langue, qui sont telles que Dieu nous a souffert acquérir en labeur, et les tiennes telles que tu les as et qu'on en pourra voir l'issue. Sy est folie en toy grande de condempner nuUui pour toy glorifier en ta propre fortune qui ne t'est estable ne que à autre, car là où tu-mesme t'eslièves, tu te ravales, et là ou autrui tu déprimes , tu-mesme te condempnes. Aussi ton livre venimeux, plein, comme il y pert, de crime en la majesté, cestuy -là te condempne et juge; cestuy-là te prononce et démonstre qui tu es,
€ et par tes mesmes et propres senteûces très-rigoureuses « te reprent et accuse, disant et déclarant que tu es plein c de mauvais fiel, de mauvaise et injurieuse conception, c de mordantes vilaines morsures, de présomption et de c fol outrage , dont la malignité et le mésus demandent
< punition, non pas tant seulement à Dieu, mais au roy « et à nous autres tous en général que tu as blessé. Par
< quoy, moy, ayant parvisité tout au long tes faits, les-
< quels en usant de mon office je déteste et agrave, je c demande sentence et jugement aussi sur ton corps , et c que à Tavenant de ton démérir soit exécuté par justice
< ou par voie de fait autre, .tant que mort s'en en- « sieve. >
A ce mot s'avança la quatrième qui se nommoit Vindieatûm, et sembloit enflambée par dedans , comme si ce fust un esprit mauvais ; mais ne disoit mot, fors tant seulonent : « TWy tue, tue , à la mort / » , et roulant les yeux assez espoventablement pour faire mourir gens sans férir, vint de tout impétueux air, atout son estocq, cuidant le ficher parmi moy , là où de la volenté de Dieu ou de mon bon heur, ne sçay comment, se trouva retenue par derrière et ne pouvoit marcher avant jusqu'à moi, dont efiîiriée et passant toute impatience, cuida désespérer et soy-mesme occire par despit; et jettant feu par les yeux , ronfloit des narines et brayoit par foursenerie si horriblement, que certes, qui n'avoie espoir nid en ma vie dès le commencement de leur venir, maintenant ne avoie autre recours qu'en Dieu pour lui recommander mon âme , auquel taisamment et par seule pensée j'envoyai ma prière, là où tout espoir temporel m'estoit défailli et me avoit relenqui tout humain confort es mains de ces quatre.
Donc, comme en ceste dure perplexité eiuse esté aucun petit temps, non pensant que m heureux fusse que ma prière dust estre exaucée devant Dieu, ne qu'euyers moy tel pécheur, sa miséricorde se dust ploier si à coup, presrtement s'apparut à moy une ymage dont la beauté en son survenir me donna esblouissement parce que claire estoit et d'angélique semblant; mais ne s*en monstra riens que le vis', lequel, par le survoir, commença à rassurer ma peur et à mettre en estât mes naturelles puissances eslongiées de leur vertu par fraeur prise; et déclinant son regard envers moy par semblant d'aucune affection, proféra ces mots, disant :
« Homme, reprens seurté en toy et courage! rend c gr&ce à Dieu et resvertue ton esprit ; car quoique tu € soies accueilli de menace, n'es en péril pour tant, ne en « l'abandon de fortune, parce que Dieu, qù toutes choses c se présentent, congnoit ton fons meilleur que ne font les
< hommes : sy ne te sou&ira en danger, là où tu-mesme c te voudras aider et prendre aux dens le frain de ton c opportun besoin. »
Et alors moy , qui soigneusement entendoie à ces paroles et ne savoie qui fust ceste ymage, m'enhardis de lui enquérir qui elle estoit, ne dont estoit sa production. Et elle, non lente de respondre', me dit : c Je suis « créature de Dieu, claire comme tu vois et noble créac tion, mais souillée laidement par tes mesfaits, et infuse c en toy et donnée inséparablement, sinon par mort. « Suis ton &me raisonnable, qui te donne estre et vivre,
< parler et entendre, et viens par la divine pourvisioQ « devers toy, moy remonstrer comme lumière et clarté de
< Itf9^«, leTlsage, lallffare.
' Cette forme rappelle la langue poétique de Dante.
S€R VÉBITÉ Mal PRISE. 265
t ton corps, conduitresse et conseillère de tes affaires, là « où, quand tu obéis à Tempire de ma raison, je te main- « tiens clair et louable]; et quand moy me supploie à tes « appétits sensuels, moi-mesme je me défigure. Mais, c pour ce que n est de la spéculation présente d'entrer en « ces termes, fors en tant qu'il touche ta présente perc plezité où il te besongne secours, laisserai couler tes « offenses diverses par lesquelles tu m'as mise en péril, et c viendrai à aucunes bonnes inclinations naturelles en toy , « qui, en la miséricorde de Dieu, espoir, sont regardées, et
< èsquelles ne te souffrira périr , mais que te persévères c et parcontendes plus et plus à fin bonne et à l'obtènec ment de sa gr&ce, qui oncques n'eus en toy une seule « pensée bonne, une seule gouttelette de fructueuse in-
< tention, que tout n'ait esté vu et regardé de ses yeux,
< et tout mis en la conserve de sa bonté, pour t'en rendre « rétribution une fois condigne au cas et à l'avenant « du mérir, par équité telle que tout bien fait est rémunéré
< également, comme le mal fait pugni.
c dame, ce dis-je alors, estes-vous donc l'&me de mon « corps? Estes-vous celle en qui je m'attends sauver pré-
< sentement à rencontre de cestes felles et inhumaines
< dames droit-cy qui tant me contempnent et injurient c que la mort ne me pourroit estre plus aigre que leur « parler? »
l'amb. — Oy voir, ce suis-je; je suis le fruit de ton expectation.
l'actbub. — Loué donc en soit Dieu et bénoite soit l'heure de ton apparoir ! Donc et si par toy dois estre relaxé de la chartre de mes mérancolies, te prie que tu veuilles faire revivre aussi mon esprit tout circui de ténèbres, affin que par claire congnoissance prise de toy je me puisse
â04 EXPOSITION
réunir avec toy en amour, qui ne te congnois ores que confusément 'et en ay oublié les propriétés et vertus. Sique je te prie, faveure-moy et m'accorde ma pétition; et qui fes nommée lumière et conduitresse de ma vie , paroffire toy, j« te prie , charitable exposeresse de mon salut.
« Volentiers, ce dit alors Tâme, et je le feray. » Et moy, qui avois subtile l'oye, respondis prestement : c Voire; mais « me seras-tu avocate féable après et défenderesse en ce c qui me besongne? » Qui, non lente en respondre> dit : c Oy, mais ce ne sera point en la semblance que tu ores « me perçois, mais en autre résolution de personnages c que tu congnoistras ci-après, et qui avec moy, sont « une mesme chose et essence, et à toy , d'une mesme tf administration et service. Sy saches et entends bien, « qu'en ensiévant ta pétition faite, je suis, comme je t'ai « dit, ton ftme raisonnable, créature formée à l'ymage de « Dieu et de son semblant, à qui, après les angels et cett lestes créatures, nulle rien terrienne n'est semblable, « nulle de telle dignité en création, nulle de telle adoption « en la divine amour, nulle de telle conception sublime, « nulle de telle susception de grâce, comme de vertu, « comme de science, comme de congnoissance et discrétion, « et comme de toute capacité de chose intelligible et com- « préhensible, avecques vie étemelle et joyeuse fruition « de la vue de Dieu, lors quand par labeur et vertu me « serai exercitée pour y paratteindre. Et ceci dis-je quant « au regard de mon estre et du lieu dont je viens. Mais, « quant au regard de ta personne privée , à qui je suis « enjointe pèlerine , mise en ce voyage d'embas pour y t cueillier fruit, pour y messonner et semer, pour y ras- « sembler trésor ^e mérites, pour y faire planter et florir « œuvres vertueuses, certes, je suis celle qui, duite de ton
bon ange» regardée de la bonté du haut Sire de lassus, après ton enfance, passé de sept ans et mis à puérile escole, te fis comprendre ta première leçon, et toy ayant fait sage de lettrure, te baillai en rétention ta patrenostre. Donc, plus et plus par succession de terme tu convaloies et croissoies, et en renforcement d'eage et de corps tu acquéroies plus et plus impression de science, jusques à largement en avoir conçu, premier que tu me retirasses arrière de ta perfection et principalement de mon salut.
« Et alors comme je te visse , par conseil non sain , distrait des escoles, et que non tenant compte de ta première nourriture enfantine, tu t'enveloppoies es affections mondaines, tu t'abuvroies de vanités temporelles, 1;u fadonnoies tout à délis et désirs charnels, dont oncques puis tu ne fis retraite, et qu'en cuidant prospérer ton chemin, féliciter ta vie et ta fortune, tu quis les variables et périlleuses habitations de dame court , les mendiques et fallacieuses hantises des princes, o* lesquels tu te pensoies grandir, ô lesquels tu te pensoies sourdre et monter, comme rien ne te sembloit telle félicité comme fréquentation de seigneur, lors moy, obéissant à ton erre, envis toutesvoies et à regret, pour première réception de doctrine conçue en moy, je te ramentus estre nécessaire pour finablement , jà-soit-ce que par longues estorses, venir à bonne fin, servir, aimer , craindre et honorer Dieu sur et devant tout, et que sans avoir icelui tousjours devant l'œil, tout ton contendre , tout ton acquerre et ton délicatîvement vivre, tout seroit povreté et malheur, tout seroit ombre et
» 0, avec.
i EXPOSITION
nuée de mort, cas de coxifose expectation, de petite durée et de douloreuse issue, qui, comme le vaisseau qui naturellement retient en lui le flair de la première liqueur qui y est imbue, tu ainsi, par vertu d'aucun peu de science comprise en toy adolescent, m'ensievis en conseil et te submis volentiers à mes enseignements; lors où toy ayant tiré à celle vertu qui estoit souveraine, je m'assayai après à te induire encore en une autre non moins à perfection profitable : c'estoit que, avec aimer et craindre Dieu , tu aimasses vertus et bonnes mœurs, contemplasses tondis les bons et leurs exemples, et les mauvais abhominasses et fuisses en leurs œuvres.
< En quoi aussi, toy trouvant libéral assez et prest, et qu'en longues contraires impugnations et adversités chéant et relevant, où Dieu t'a esté clément et piteux, je me suis tenue ferme et constant en te ramentevoir tondis les points dessus dits ; toy, venu parcage robuste à meurison et gravité plus et plus parfaite, je t'ai conseillé dicter et mettre par escrit tes conceptions, selon l'occurence des temps, une fois, par amoureuse jeunesse, louenges et glorifications des dames, autre fois par affection à la gloire du siècle, cantiques et exultations des nobles humaines chevaleries, en quoy, tu léger encore et volage, passant ton temps vertueusement, non en oiseuse, tu t'es acquis famé assez moyenne, grâce conveniente et fertile , et habitude et cognition de maint noble et haut homme.
« Donc depuis, comme l'on tire de l'un à l'autre, et que les esprits se ouvrent et esclarcissent, les fantasies s'espardent et amplient, les conceptions s'aguisent, les jugemens se meurissent et pondèrent, et que les expé-
SUR YâaiTÉ MAL PRISE.
€ riences des choses humaines plus et plus s'assaveurent c et se congnoissent, après avoir vu et lu histoires et livres « divers, pris dilection grande et faveur en leur contenu, « aimé les glorieux et haulx homme de jadis, condolu « leur infélicité par fortune , glorifié leur vie par noblec ment vivre, et toy-mesme, voyant et considérant Testât « de ce siècle, je t'ai fait ouvrir l'entendement en icelui. « Je t*ai fait voliter ta pensée et circuir en la rondeur de « la terre, ta fantasie en sa circonscription universe, et « pris et recueilli beaucoup çà et là, comme tout ne se c peut en un homme comprendre. Je t'en ai fait vuidier c tes méditations ; je t'en ai fait mettre par escrit tes con-
< ceptions, et fait composer livres et traités, plus à l'utic lité et salut du monde que à propre et privée gloire.
€ Donc, en ensievant mon conseil de vieil temps, et € pour toy faire acquérir mérite en labeur, je t'ai fait em- « prendre l'insécution de ce noble et ingénieux homme c Bocace , et réduire à mémoire , depuis le roy Jehan c où il fina, les haulx et glorieux hommes de la terre suc- « combes en fortune et venus à povre et douloreuse ter- « mination, dont toutesvoies le nombre est grand, la hau- « tesse de leur estât, dangereuse, et la tractation de leur
< mort et infortune, à tout le monde plorable , considéré « encore les très-hautes et très-excellentes personnes, roys « et princes de nostre temps, qui y sont comprises, et dont « les matières bien traites .effaceront toutes recordations
< anciennes'.
€ Tay fait emprendre en outre cent épistres où l'unic vers estât du monde est compris dedans, et en quoy
' Ce traité ne fût tenniné que plus tard, lorsqu'on vit se réfugier en Flandre Marguerite d'Anjou, à qui ChasteUain le dédia. Nous le pu** blierons dans le tome VII.
chascuu , homme ou femme, de quelconque condition si puissent estre, trouveront allocution.
« T'ay fait emprendre aussi la tractation des dmx félicités^ le livre de trois divers nobles, le livre des humaines grâces, le livre des périls du monde, le livre du père à son fils, le livre du faux amoureux, lequel rouvé ^ de deux dames, laisse la meilleure et la plus belle pour adhérer à celle qui lui est traître et contraire ; le livre de la condition de fortune, le livre de la cause des infortunes, le livre des abusemens de court, le livre de la tranquillité des courages*, et plusieurs autres, lesquels , si vie t est permise et conjonction avec moy par aucun temps convenable, àTaide de Dieu, te feraimener jusques au parfait, sans encore la très-ressongnable charge d escrire toi^s les haulx et grans faits de la chrestienté, souverainement de ce noble royaume et de ses dépendances, depuis Tan vingt jusques à maintenant, là où, avec infinité de labeur, conviendra aussi avoir multitude de grand sens et de soin pour justement en ouvrer. Et te doit bien frémir le cœur à rencontre, attendue la difficulté seulement de ceste très-haute matière sans fons et sans fin, comment tu t'en chevîras; mais en longue vie et diligente labeur n'est rien qui ne se mène à chief, quand bon vouloir s'y ajouste. c Je t'ay fait contempler aussi maintefois les choses glorieuses et excelses, réciter délitamment les vertueuses, plorer en courage celles de tribulation et de ruine, souverainement du présent temps, auquel les roys et princes de la terre sont divisés ensemble, froids
< 5^9^ (de: rogare, demander), soUiolié, prié. > Tous oes ouvrages sont perdus: nous ne savons mdme pas si Chastellain les a achevés.
en amour, nonchaillans en devoir, paresseux au fait de la chose publique, songneux en affection privée, pleins de vanité, pleins de murmure , pleins de couvertes envies, pleins d'affections terriennes, pleins de desrèglemens, pleins de vices et de povres conditions, et chaulx et boulans en leurs propres et privées querelles , par lesquelles menacent le monde et le font trembler, laissent la querelle de leur créateur, Texpédition de la vraie foi sainte , en quoy Dieu se pourrpit contenter d'eux et chrestienté ressourdre , qui maintenant va vaucrant et chancelant desconfortée, criant hautement devant les portes des royaux palais , devant les fenestres des prélats cras et replets, en plein consistoire aussi des gens de conseil enivrés en autorité; mais ne trouve que cœurs endormis, natures appressées, affections refroidies , amour petite , dévotion sobre, compassion nulle ; et ardans en convoitise et vaine gloire, exposent seulement et appliquent délectation en chose terrienne , comme non en un, ne en deux , mais en toute la plus part chrestienne appert et est manifeste, c Cecy avec plusieurs autres matières semblables t'ay fait concevoir souvent ; t'ay donné méditations et pensées, dont les conceptions aucunes fois bien amères t'ay fait convertir en pleurs , et icelles mettant par escrit, remplir ta plume de propres termes. Sy ne le dy pas pour toy traire à vanité, ne h jactance en ton fait, mais afin que Dieu soit preuve et tesmoin de la cure et sollicitude que tu portes en la félicité et tribulation des hommes. >
l'actbub. — Dame , moult ay oy ententivement le recort que tu m'as fait; et m'a esté solas trës-grant d'avoir eu le rafraîchissement de mon eage passé, duquel toutes-
voies plusieurs menus articles droit-cy récités me estoient esvanouis pièça, et ne m'estoit ores nul souvenir d'iceux, par la multitude des diverses fortunes à moy survenues depuis, et par la longuesse du temps passé» qui peut causer l'oubliance.
Mais, quand j'ay oy tout ton recort , tout le renouvellement de ma povre vie passée, de ma très-misérable et chétive vocation exercitée par toy, stérile toutesvoies et non fructueuse, non d'aucune utilité et saveur, non d'aucun prix, ne de los, mais grosse toute et rurale, simple et de rude substance, sy ne t'ay-je point oy faire mention aucune particulière de la chose du monde seule dont autrefois et encore tous les jours tu m'as plus donné de passions, plus de pointures en mes entrailles, et plus de tristes et de dures mérancolies en mes pensées : c'est de la rumeur et froideur qui régnent entre deux les plus glorieux princes de la terre, les plus pleins des dons et haulx bénéfices de Dieu, les plus exaltés en la roue de fortune, les plus béatifiés en gloire et en splendeur terrienne, tous deux d'un ventre et d'un tronc , d'un nom et d'une origine, d'une mesme région conscripte, parens prochainfi, frères par alliance, rejoins par nature et par grâce; et par rancunes et querelles non nécessaires, par titres non honnestes , par passions vicieuses et de grand péril , froids et diffidens l'un de l'autre, s'estordans de la voie de nature et d'amour due, s'enaigrissent l'un envers l'autre, murmurent ensemble, grongnent et aguisent leurs dentures pour mordre, sont félices tous deux, mais tanés de félicité, par semblant menacent le monde et l'espoventent pour inféliciter eux-mesmes. Sy sçais bien que rien n'est que tant j'aime que leurs personnes, que tant je exalte, ne glorifie que leurs régnations, que tant je parfonde et enserre que
leurs nobles et glorieuses vies, leurs hautes et vertueuses conditionsy leurs très*excelses et très-solempneUes victoires et triomphes, par lesquelles ils resplendent et survolent tous ceux de leur temps, tous ceux de leur eage passé, souverainement Tun comme chief du monde; mais ennemis, hélas! aujourd'hui à propre félicité, à propre privé salut, à propre gloire obtenue et acquise , et retendans par apparence à ruine et confusion, à opprobre et injure en Tun Tautre, en servitude et humiliation sous fortune, tiennent le monde en perplexité, l'église de Dieu en balance, chrestienté en trouble, la foy en décadence et en diminution, et les ennemis de Dieu infidèles, par obéir et entendre à propres privées quérimonies et vanités, en orgueil et convalescence : dont, tu, âme raisonnable, puis que tu m*as bouté en ces termes, m'as donné maintes parfondes pointures de mérancolie, maintes douloreuses vuidances de soupirs, èsquels passionné et percé souvent en cœur, m'as fait faire livres et escrits, et dressant mon œuvre à la nature et qualité de mes passions, m'as fait asseoir ma plume en matière odieuse, en matière où se quiert le venin et s'y juge, posé qu'il n'en y ait point, et pour laquelle cestes horribles et espoventables femmes droit-cy quatre sont venues devers moy , moy menaçant de mort, de honte et de mauvaise fin, ettoutesvoies ce qui y est, est par toy. Donc, si autre part et tousjours tu m'as conseillé le plus sain, le plus honorable et le plus utile, comme mesme tu m'as dit et ramentu droit-cy, et maintenant tu m'as fait foUîer et l^rement emprendre, mettre avant œuvre contagieuse et mauvaise, en lieu encore où je veux honorer et aimer, reposer et prendre ombrage, durée et termination, et tu ne m'en fais recort, ne ramentevance , non plus que si tu ignorasses le cas et voulsisses laver tes mains du meschief,
certes, je me devroie bien plaindre de toy et toy impropérer, si, au fort et au ^and besoin et dur destroit où j'en suis, tu ne me viens à secours; et confessant le cas que de toy vient comme autres , tu ne me bailles conseil et doctrine pour m'en parer au vrai et à Téquité de ma bonne intention, de Dieu congnue.
L AMB. — Déal mon ami, si tu n'as esté si constant que jusques à paroyr ma récitation , n'ai pas esté oublieuse pour tant de faire fin telle qu'il me sembloit expédient. Commencer et conclure sont en moy en une mesme liberté. Et comme franche suis en pouvoir parler ou non, je suis franche aussi en pouvoir taire ou non taire. Je t'avoie jà ramentu moult de choses passées, non pas tant nécessaires comme fructueuses, parce que tu y as repris vigueur. Donc, si j'ay fait un commencement de remonstrance à toy utile, est vraisemblable aussi que mon prétendre sy estoit de faire fin profitable. Mais t'avoie or ains dit que, sous forme et espèce de unité où tu me vois présentement, guëres longuement ne te tiendroie parole ; mais sous une trinité nouvelle, une mesme vraie chose avec moy, et moy avec elle', et à toy d'une mesme administration, je te feroye service. Or as-tu touché celui point auquel ta nécessité expëte mon assister, et lui besongne de me congnoistre en autre vertu, sique, non, desavoant riens de tes œuvres, non plus les nouvelles que les vieilles premières , mais promettant vertueuse deffension en toutes pour ta personne, me besongne changer personnages maintenant, par quoy, moy revue, seras encore plus joyeux et mieux à ta paix.
Lors, en l'instant avec le mot, s'esvanouit; et en l'instant arrière soudainement , sans temps entre deux qui portast mesure, se remonstra en la trinité que m'avoit promise.
Et 86 mirent devant moy trois personnes, dont Tune sy estoit en forme de jouvencel angéli^e, riens tenant de terre, ne de matière corruptible, lequel , de tout le corps, estoit clair comme de cristal, de la teste en dessous; et s'y pouvoient par semblant imprimer toutes choses entendibles et sensibles, sans fin et sans nombre; et se nommoit en celui endroit entendement possible. De la teste en dessus estoit en regard, comme un escharboucle rayant, jettant sesrays contremont du ciel dont recevoit sa clarté, et en dessous au cristalin corsage donnoit lumière. Donc se nommoit en celui endroit entendement besongnant.
Les deux autres personnes estoient féminines dames, moult belles et de noble nature , ce sembloit. Sy estoit l'une en son estre blanche comme noif ' pure, pleine de diverses pointures et d'impressions infinies, sans que lieu y remainsist encore suffisant pour y en mettre des autres cent mil fois tant. Et estoit vestue ceste dame d'un manteau tant délié que, sans descouvrir riens du corsage, tout de ce dé dessous se pouvoit congnoistre légèrement par dehors; et se nommoit ceste dame Mémoire.
La tierce sy estoit une dame moult spécieuse, toute vestue de pourpre. Portoit sceptre et royal vestement ; et décorée de couronne luisant , usoit d'empire comme empereis sur les autres ; et se nommoit ceste dame Volenté.
Moult certes m'estoit chose délectable voir ces trois nobles personnes , et chose de grand reconfort sentir emprès moy leur assistance. Sy dis lors que bien m'avoit accompli sa promesse la dame qui s'estoit esvanouie de moy, et qu'en lui certes avoit fidélité grande et bien approuvée.
• Na(f, neige.
Toa. Ti. 18
27i EXKanOM
Et lors, comme ne pcmvoieflaooler les yeux en les eac^ templer, et que mea fraeurs premièrenient eoes m'estoient toutee esvanooies» comme ai rien n'en (uéL avenu, me perçus que les quatre mes ennemies de commencement commencèrent k reculer un petit en arrière, et prenant une manière rassise en elles, plus que au pronier, changèrent couleur toutes quatre. Et sembloit que peur aucunement les Burprist de ces trois, et que redoubtassent leur vertu. Pour quoy, elles trayant ensemble en manière de conseil, et percevans bien que lieu n'auroient d*estre oyes, ne d'arguer à rencontre, trouvèrent un personnage d'une dame nouvelle, ne sçai où elles l'avoient embucée; et icelle ordonnèrent pour tenir leur lieu , et pour mettre avant en termes ce à quoy dès le commencement estoit leur prétendre. Et tant appris lors de son estre que je l'oys nommer aux autres Fmagination françoise.
Comme doncques ces quatre premières dames droit-cy, à demi reboutées, se tenoient un peu plus loignet de moy que ne soloient, et que leur semblant portoit de non me oser approcher mais, par la vertu des autres que je perçus bien que moult ressongnoient, vis partir de leur troupeau oeste dame Fmaçimaion^ portant en sa main un livret; et iceluy présentant à mes yeux tout ouvert, commença à dire : c Homme ! de ce livret qu'en dis-tu? l'as- « tu vu, autrefois, et es-tu de riens recors de son conc tenu? >
Et moy respondant que oy et que j'en avois congnoissance assez , m'en renforça sa demande, disant : < Et dont « vient que ton cognoistre en est si expert, et que encore « ne Tas vu, ne manié entre mes mains? >
« Beau l'ai congnoistre , ce dis-je lors, car ce fiit une « fois ouvrage de mon engin. »
SUR VÉRrrt MAL PRISE. «75
TKA&mATiOK. — Et comment a-t-il bien le haràement en toy de regehir ' que c'est de ton oeuvre?
L*ACTEVB. — Quelle utilité me seroit de nier ce dont la preuve du contraire me toumeroit en twnfusion? Si mère ne peut nier son fruit, ne moy ne puis nier ce livre. La mère a porté son enfant en son ventre , et moy ay porté cestui en mon âme. Donc, s'il y a riens qui sonne aigre et qui cuise à honneur par l'interpréter au pire , ve2*me cy Bubmis à l'interprétation ^Entendement, et de ces deux dames Afémôinet Volent é, en qui mains et distinction claire je me ose bien fier de ma sentence ; car y a en elles droiture et équité » saine conception et vrai jugement; et ne se desvoieroient ne pour toy, ne moy, de la voie véritable.
THA0IKATIOK. — Et Comment faut-il tant de personnes pour te défendre , qui as esté seul à la composition de ton livre? ne faut mie trois avocats pour un seul corps garan* tir? Respons, et sfiuve de propre estomac ce que de propre estomac tu as mis avant.
L'ACTBtJÉ. — N'ai advocat nul droit-cy qui ne tne soit propre et qui tenu ne soit de moy servir, comme qui ne puis vivre, ne avoir estre sans leur assister. Ce sont ceUes et celui qui ont esté inséparablement avec moy au secret de mon ouvrer, 1& où j'ai composé ce dont j*ai eu ciémeur longue d'en avoir assaut, et laquelle chose, jà<» soit-ce que je l'aie moult redoubtée, et que Testroit de l'examination m'a esté une dure attente par la diversité des courages, toutesvoies loué-je Dieu de Theure qui est venue maintenant, quand assiégé de tous le2 de vous et d'autre, je me trouve en point de respondre, sous la prestance toutesvoies
* Siffehir, reeônnattre, Avouer.
de ces trois, afin d'en estre quitte une fois, juste et preud'homme, ou d'en estre à la condempnation démérie.
TMAGmATioM. — Homuie/tu parles baudement; et semble que bien peu tu prises cestui affaire. Mais sçaistu bien quel nom j'ay et de quel lieu je suis venue pour venir droit-cyî
l'actbub. — Xentens que l'on t'appelle Fmagination fraMoise, et qui es celle qui as tourné et viré ce livret de feuille en feuille; et le lisant et espeluçant par jour» de lettre à lettre, par nuit l'as ruminé entre courtines closes, et y quis le goust du vrai entendre, là où souvent, à le macbier, la saveur te sembloit amère.
TMAaiNATiON. — Et te semble-il que, par ces trois qui te assistent droit-cy, tu me doies donner goust autre que celui que j'ay pris, et que par leur parler je doie tourner mon jugement contraire de mon assavourer? Nenny voir! sique ne sçai à quoy te servira la fiance que tu y as, ne à quoy te viendra à profit leur entremettre, qui me semble aussi peu fructueux comme nécessaire, quand ce qui est fait est fait en ta personne, et en ta personne, comme George, tu le dusses respondre, non pas en ces personnages que tu nous vas quérant droit-cy. Au fort, pour venir à nos fins, entrons en commencement; et si tes assistans y ont lieu, me fassent entendre quel et comment, ou tu en leur nom; et me déclarent leur estre et condition, par lesquels droit-cy doivent estre appelles, ne crus de porter la raison pour toy, qui ne congnoi que ta personne et tes œuvres, et non pas les leurs.
l'actbub. — Dame, je ne prie fors que oys soient, et que prestance leur soit faite de parler, qui prestement enfonceront un tonneau, dont ce qui en vuidera ne court pas à brocbe commune, mais te donrra assagissement
beaucoup de tes questions, premier que tu y entres. Sy te prie, sire Entendement, et vous, mes dames, qu*en ensiévant l'exigence du Cas, droit-cy veulliez esvertuer vos personnages, telles comme sont vos natures, et monstrer à Ymaginatiùn française 9 comme vous avez grand titre et intérest d'estre venus droit-cy en ma deSense ; car, ce fait, me sera deschargé beaucoup mon cœur, et ma cause plus embellie.
ENTENDEMENT. — Dame, uo te semble -il que nous soyons convenables avec cest homme , qui en sa seule personne a concité toy et toute la greigneur part de France contre lui, sous espèce toutesvoies de bien et de bonne intention, qui autrement a esté tournée? Doncques, qui seul est encontre une telle généralité ennemie, fol n*est pas, s*il a frère, ne sœur qui soient une mesme chose avec lui, s'il les mène à jour de son champier * pour conseil, là où il pensé à trouver dure bataille. Ainsi est-il droit-cy, dame. Nous trois, nous lui sommes frères et sœurs, une mesme chose, une mesme nature avec la sienne , qui nous entr'aimons tellement que nous sommes inséparables de lui, sinon par séparation de vie. Donc, si tu quiers à congnoistre mon estre, ne à enquérir la cause pour quoi icy je me ingère, regarde vivement en moy, et avise si je ne sers moult à l'acteur et si je ne suis Entendement humain, en similitude d'un coffre ouvert, là où toutes choses, selon ce que elles se présentent aux sens extériores et aux puissances de l'àme, par dedans se recueillent, se conçoivent et se logent ; et là, visitées par la lumière d'Entendement besongnant, se poisent et sont agoustées en la discursion de Eaison tive, qui en tire ce qu'elle y conçoit : des bonnes, bonté, des mauvaises,
^ CftaMp^«r, combattre en champ clos.
« aareiur contraire , comme qui auta^ rien ne peut ttaire des choBea, fors ce que leur nature preste.
Dame, en vérité de ce nom Fntendemûnt, qui mesme le suis, j*espécule les choses célestes; et conçoy par gr&ce ce que par sentiment je ne paie attaindre ; et parviens jusqu'à la cognoiflsance de Dieu et de ses œuvres, et à la conception des choses invisiUes là-haut, là où œil ne monte, ne sentiment. En vertu de ma nature aussi, je &is d enfans petiots, haute glorieux clercs, pleins de sci^ices, pleins de soins et de hautee doctrines, parce qu'ils m'ont ouvert et disposé à c<H3bcevoir diversité ûb matières, les unes spéculatives, les autres morales, autres de pratique et de diverses fins» lesquelles toutes se trouvent en moy, qiaand d'aventure on ioudie à la serrure du coffiré; car à légier se trouve, ee qui est quia là où U est.
Or suis-je de telle nature que tel que llumime me quiert av(Hr, ou riche ou povre, tout tri je me présente à lui ; et tel qu'il me aura entretenu et ftit àson plaisir, il me trouvera tel et non autre, quand lui sêi^ besoin. Si d'aventure il est convoiteux et qu'il donne soin de mettre beaucoup en mon estuy,. beaucoup y recevray, et tant plus y recouvrera à son recours. Donc, si peu y met et que peu acompte de tdi amas par vice d'oiseuse et de négligence, peu trouvera de richesse et de noble acquest; et sera un homme abject et povre, inutile à soy-mesme et à autrui.
Dame, tu entens bien qu'en un cœur nonchalant, en un homme qui de riens ne fait poids, nulle rien ne lui est grande; et que les courages qui se disposent à vivre comme non hcmimes, n^ resongnent événemens mondains nuk, ne que bestea mues» qui bivana et mangeaqs le morceau entre les mâchoires, ont le mail sur la teste souvent.
SUR VÉRITÉ MàL PRISE. i7»
doat làWt j^ui, paice que B'oEtsentesLwt de Umt mort.* O dame, eatens droiVcy : ai Vacteur que tu aseaulx^ m&aat mis en nonclialoir comme geat telle, n'eurt mie incorporé ce que après, par consentement de raison etpa]^ Texcès du remplace qui y estoit trop, il m'a fait vuidier, et de quoi maintenant tu Veslèves en son eontraire. Car eust donni peut-estre et se fust tu, eomme qui de riens neust sçuy ne voulu faire poids, et se fust aussi légèrement passé de parler aigrement, comme légèrement il se fust passé de concevoir les aigreurs qui queoreaat; car, qui n acoute, ne entend, et qui ne sçait, n'assavoure.
Or queurent choses hideuses et dures choses, qui eie^ ventent hommes et pensemens, toutes distraites à'h(mr neur , lontaines de salut et prochaines de misère^ de tribulation ; lesquelles conçues en; Taeteur, le» a boutées en mon coffre, là où j*esx ay tiré la saveur qui m'en est amère, dont, du mauvaie goust que je j trouve, avec firesche conception, j'en ay fait prest jiigement, et ai recrachié dehors ce qui m'assavouroit mal.
Donc, si j'eusse esté nonchalant de la chose publique, et que des choses humaines ne m'eust esté riens» allassent bien, allassent mal, et que l'acteiur, mon maistre, m'euat donné ce repos, ne fust ores riens de ce passage estroit où tu as enclos l'acteur et moy, pour traire de nous Tinter^ prétation que tu quiers et les causes de nos rigoureux escrits, qui ne sont toutesvoies autres que les faits que nos sens noua ont fait concevoir. Sy me suffit t'en avo|r dit autant pour l'heure, pour donner lieu à Mém^fôt ma sœur, qui {dus vivemrat parlera beaucoup et plus à l'atteiAte du cas, pour plus te donner conception de ton tort et de l'équité et bon droit de noua autres. Sique, dame MimoUre, parle maintesaot et desecmvre ce^^ qui» est de toy ;
SSO EXPOSmOTi
et si tu as riens qui peut embellir nostre matière, fais monstre de ce que tu as en trésor. Peut-estre que tu descouvriras choses qui pourront bien estre recongnues et jugées de grand poids.
MibfoiBB. — Que diroie-je, Entendements Si un nouveau vaisselet emboit par nature la première liqueur qui y est conçue, et la sent tout vieil et à tousjours, ma patrenostre m*est aujourd'hui aussi fresche comme le premier jour que je la conçus enfant. Je fus créé avecques cest homme, et naquismes nous trois ensemble avecques lui, dont, en Teage d'enfant, souple à doctrine, me furent présentés plusieurs livres dont j'ay aucunement recort du contenu; et en ay mis en conserve ce que j'ay pu, par plus, par moins, comme par plus ou moins avoie affection aux matières et à les bien emprendre, dont les unes m'ont esté nécessaires, autres utiles, autres glorieuses et louables, autres amères et de mauvais goust, profitables toutesvoies quand bien se trouvoient espelucées. Les nécessaires ont esté celles qui me servent à salut, articles de créance, congnoissance de Dieu par doctrine, par foy et par espérance, sans lesquels points n'est sauvement, ne salut nul. Les utiles, ce sont esté sciences et disciplines, Visitation de livres et de hauts escrits, qui parfont l'homme et le mènent en la congnoissance de Dieu et de soy-mesme, le font sage et clairvoyant, éloquent et subtil, et prompt pour discerner entre mal et bien, entre vérité et mensonge. Les autres quisoiit glorieuses et louables àl'homme, ce sont lectures fréquentes et visitations d'histoires des nobles dits et tractations non communes des anciens philosophes, des poètes, des , orateurs et des historiographes, qui traitent des faits, des mœurs, des laudations, des glorieuses vertus et hauts titres des nobles de jadis, roys.
empereurs, ducs et barons en tous eages et en toutes lois, dis le principe du monde jusqu'au présent; car en icelles se trouve le miel et le sucre, délectation d'âme et contemplation souveraine de noble engin. Là se trouve le miroir par lequel on s'adresse; là se trouve l'exemple par lequel on s'amesure, par lequel on se règle et atoume, et par lequel, prenant exultation en choses honnestes, on enlaidit et fuit-on œuvres ténébreuses et malsaines. Y a encore une autre manière de matières que je compte de mauvais goust et amères : ce sont celles qui en vraie description racontent les opprobres, les reproches, les confessions, les infélicités et escandres d'aucuns hommes et hauts princes et barons du monde passé, d'aucune noble génération, à qui il peut estre mésavenu, d'aucun glorieux royaume, d'aucune cité noble, d'aucune singulière personne notable, qui se sera méfaite ou que fortune ennemie aura mené à fin triste. Sy en sera la conception amère parce que noble nature se deult volentiers du mésavenir d'autrui noble. Et peut profiter toutesvoies la lecture, en tant que le lisant et qui le met en rétention, s'en préavise et préserve, et fait autrui préaviser et préserver de non encheoir en semblable, ne par fortune, ne par propre faute, comme toutes fins se traient de l'une de ces deux; lesquelles toutesvoies, quand on les prévient par sens, n'ont point d'efficace en l'homme par quoy on les doie craindre. Dame, et avec ce que jeusne et en succession d'eage j'ai pu lire et apprendre moult de choses par livres, sy ay-je pu avoir congnoissance aussy et impression d'autres beaucoup, que les sens extériores, comme la vue et l'oye, m'ont rapportées, et qui en ont mises les réalités en la conserve de mon clos, là où souvent je les manie et reliève, je les songe et digère selon leurs qualités et circonstances;
entre lesquelles les unes peuvent estre défitaUes et de grand firoU, et les aatrca néraucolieuses et trustes, BaKmlt dures en digestion. De eestes deux maniteea de eboses avenues» dame, ay-je tout plein mes oeffires, ay-je tout plein mes armeires et eustodes, non pas par doctrines d'es« cole, non pas par lecture en livre, ne par récitation unie debouebe, mais par réale vision et expérience des eae en bien et en mal. Toutes me gisent imprimées si très au vif, que riens n*est qui les puisse traire driseors de moy pour les me faire perdre, et qu*eUes ne demeurent fresches et vives en mon regard, autant eelles de dix ans que d'au* jourdliui.
Dame, et s il te plabt que de eestes choses ainsi vues et connue» par saitement je déclare un peu les particularités aucunes, tant pour ton propre contentement comme pour preuve de ma parole, Je te veux ramentevoir premièrement aucunes de celles qui me sont délitablea, et qui à la maititee présente que faj à déduire en faveur de Tacteur, me seront serviaUes et de grand fruit; car partie seront matière subjecte et grand fondement de nostre œuvre. Donc, parce que nous devons entrer en eos^ntion toy et nous, pour cause de cest homme, et que tu es mue de France pour oy venir en ces marches basses impropérer un povreescrivain qui ne te haite '; doncques, parce que ixi es de France et que tu en représentes la nation, toutes les matières bonnes et mauvaises que je tirerai de mcm recort en France, seront prises et sur icelle fondées, comme qui par autres ne te peux assoufir, ne &ire approche. Donc, et pour ce que cause principale de ta venue droit-cy est l'acteur, et à Tactottr la oanae de son. escrira est le desvoi ôb
< QaétttfirMAR^qoififitepktl.
ta mtioa, les François , te veul donner h entondre sur quoy Tacteur priacipalemeut a fondé son œuvre» et pour qnoy il s'est mu si aigraobent à rencontra de ta nation» et prenûàrement notant la personne de son maistre en qui il congnoit toutes bontés manoir et autruy avoir reçu maints haulx bénéfices de sa mmUt maintes exhibitions d*honr neurs et d'humilités monstrées par divers temps et lieux, non rétribuées condignement. Toutesvoias» pour et en nom de celui acteur, contens à déclarer Iceux, et en après venir à la touche des guerdons qui en sont rendus, conune qui tout vivement Tai en mon coffre, 1& où Tacteur l'a puisé et a esté querre comme pour fondement de son œuvre.
Dame, comme une seule personne est cause aux François de leur envie, une seule personne aussi sera cause à moy d'impropérer iceux par sa bonté, laquelle a esté cougnue en lui dès son enfance, et dont encore j'ai recort vif, car est né le {dus vrai François des vivans. Donc, posé que l'infortune de vous autres et vos propres, causes lui ont fait autresfois desguiser sa nature, sy l'a-il fait à regret et est demeuré invariable en racine» comme tout jeune délibéra à mcmstrer, lorsqu'en la journée de vos pleurs, à Azincourt, pour soy y trouver à heure, contre le eommant de son père se embla céléement pour vous droitlà venir défendre, et dont la perte après lui donna telle douleur que si toute l'infortune eust redondé en lui seul. Y perdit oncles et parens grand nombre; y perdit propres vassaux et subjets, nobles infinité. Estimoitle moins sa perte privée toutesvoies, mais ploroit am^emient la désolation commune, et qu'en la main des vieux ennemis du royaume, les inftosteurs des François, les buveurs de leur sang, le noble pa^entage royal et le thrônfii d'icelui estait
chu et succombé si très-lamentable. Naquit haynenx encontre le sang anglois, et ne vesquit oncques heure qu'il y eust amour vive. Donc jà-soit-ce que après, par les choses avenues non renouvelables, il en prit Talliance, le contendement de vous autres, qui mesmes les quésistes en son contraire, lui en estoit plus cause que constrainte nulle pour avancement de sa querelle, quand, après injure inférée assez griève, vous le tendiez à pardéfaire par ceux dont il fit sens de les vous soustraire et de mesmes sen défendre. Sy ne dy pas ceci, dame, pour relièvement de nulle chose passée, mais pour approbation de sa bonté invariable, sinon par constrainte, comme on dit vulgairement que de Taignel on en fait devenir loup par le trop surquerre. Et que cecy vray soit, appert par ce que, après longue confédération maintenue avec iceux contre vous , piteux envers vostre ajBUction dure et recordant quel il estoit en fons, retourna par devers vous tout léal et rompit le flaiel de vos ennemis par moitié, où l'œuvre, de son principe jusqu'à la fin, compris tout ce qui en fut, se pouvoit plus réputer divine que humaine, quand nulle plus noble ne fut oncques, ne digne de plus grand los. Sy n'y est mie allé à feinte depuis, ne à regrets, mais s'est trouvé comme fils très-humble obéissant à père , comme serviteur très-petiot à son souverain sire , par toutes les dilections, honneurs, révérences, présentations, fidélités que cœur noble et véritable peut traire de son fons, dont, un, ne deux exemples se doivent alléguer droit-cy, mais mil s'en pourroient mettre en conte, dont nul ne seroit répugnable. Quist en forme de ceste vraye bonté, et pour la consolider entre vous et lui , la noble et la très-haute alliance de la fille du roy pour son fils, laquelle, après longue nourriture, venue à sa fin, condolut amèrement la
perdre, sous cui vivant toutesvoies, se trouva grevé assez et vexé de vos gens, que vertueusement toléra sans y monstrer desvoy. Donc, comme s*estoit retourné serviteur et ami loyal, devint dur ennemi à ses relenquis, et en avancement de vos ressources, mit siège à Calais. Donc, posé que fortune n'en souffrit avenir lors point de fruit, sy lui en donna gloire toutesvoies très-haute la hautesse de l'entreprendre, quand seul le pensa mener à chief et tout à par lui. Donc encore, et pour plus monstrer sa léaulté vraie, et recordant comment le noble royal sang françois gisoit en captivité en Babylone, et que là mené tout jeune y languissoit tout gris chenu, s*avisa, de noblesse de coeur, de le traire dehors et de le racheter des mains de Pharaon, lors quand autres ses plus prochains n'y acontoient'. Ne le. fit mie toutesvoies à vaine gloire;' et ne le dis point aussi à fin de repreuve , mais à preuve et exaltation de sa bonté qui droit-cy requiert d'estre re« monstrée très à précis.
Que fit lors après cestuy prince, dame? quand la division première sourdi entre le roy et son fils, lorsque plusieurs princes françois se estoient joints avecques le fils, contraire du père', et que tribulations à tous lez renaissoient en France à ceste cause, ne se monstra lors ce duc un noble singulier homme, un prince de divin estomac, quand, tout plein de larmes et de douleurs, plein de regrets et de compassions vraies, au sçu de ceste division, dit : « hélas t je voy bien que ce royaume est perdu à « jamais, et que temprement et à nos yeux il se veut « perdre et finer, quand vuidié d'un meschief il rechiet en
> n 8*agit ici du duc Charles d'Orléans, qui dut, en 1440, sa liberté aa dac de Bonrgogne.
* Lors de V^Praçuerie.
« un autre, et se veut pardéfaire et partermmer en divît mxm comme du pfere contre le fils» et de l'un membre « contre Fautre. 1 et que pitié en puiat prendm h Dieu t et que sa grâce y veuUe pourvoir bientost! » Sy fut tellement mu avec ses paroles, et si au vif touché es parfondes entrailles, qu'il varia longuement de monter à cheval à privée mainie et de aller devers le roy en personne' pour obvier à cet esclandre, dont beaucoup le louoient en son haut courage et en celui hardement, mais dirent que ce ne lui eust esté sens de le faire. Aussi s'estoiton assez perçu par avant et depuis de maie mesure, par quoy la difficulté n'y estoit point mal séant. Laboura toutesvoies constantement et sur tous les autres de France en la pacification , et tellement que le discort fut remis en nature par son pourchas. En faveur encore d'aucunui, dame, et pour monstrer son humanité, n'a-il restitué franc et quitte pour néant, qui par infortune de son prisonnier lui estoit mis en main gagiëre, qui non ayant quîs son détenu pour lui inférer grief , défendeur de sa terre, le vainquit en bataille, lui courant sus» dont la détention en avoit esté tant plus juste, et la rédemption tant plus de gravité * digne. En outre, dame, n'aril quitté libéralement en faveur d'aucunui toute la seigneurie de Milan que le duc Phelippe lui vouloît transporter en main et le faire son fils d'adoption et lui en fit presse et prières très-longues : que ne voulut accepter toutesvoies , pour dilection d'autrui, et pour donner à entendre que plue lui estoit amour envers son sang que multiplication de terres,
■ Ces détalli ne ae retronyent pas aiUenrs. Voyez le récit des chroniqueurs contemporains, résumé dans VHUtoite des ducs de Bourgogne, par M. de Barante.
» Gratuité? allusionàla captivité età la délivrance daEené d*AnJoQ.
non jnsteme&t posseBsées. Befasa pareillement et en ce meeme titre la seignourie d'Espinay' et de Metz, et qui plus est la seignourie de Gennes, an temps de vos adversités, parce que ne voulut riens emprendre sur vous autres qui autresfois Taviez tenue en vos mains*.
Donc, après vous avoir fait tous les honneurs du monde, toutes les bonnes et joyeuses réceptions, donné de ses biens larg^nent et offert, vous présenté assistance et service à rencontre de vos ennemis , k rencontre des infidèles, à rencontre de tout le monde, et soy monsk«nt le scabean de vos jHés , tant en fait comme en parole , et préavisant la félicité de ce royaume et sa longue duration et que division en pust estre extirpée et jettée dehors, a refusé mariages du monde univers. Et pour donner règle et ploy à son fils, tel qu'il désire que par lui maintenu soit, et de peur que par conseil senestre ne quésist alliance à vous non saine , lia son fils à sa propre nièce, fille de sa sœur, à vostre sang propre*, afin que parti à intention de soy trouver en bataille contre les Turcs, si fortune lui eust gardé sa fin pour mourir là, il eust pu mourir plus asseur et mieux réconforté, pour avoir obligé son fils en celui sang dont il estoit venu, et lequel, contraire de son cœur toutesvoies et d'autrui avec, il lui avoit donné et laissé par testament, par aigres et très-estroites paroles, pensant non jamais le revoir, sinon à grand adventure. Dame, et ne prises-tu ceste œuvre? et ne te semble-elle de grande et de haute laudation digne, quand lui voyant son fiils traire à affection oblique Ta lié pied et mains pour le faire tenir joint emprès vous ; qui n'estoit
> âplBal.
> Cf. la DédanUion des hauts faits du due Philippe [tothé VII).
* PhUippe fit épouser à son fils en 1454 IsabeUe de Bourbon.
mie diseteux de mariages toutesYoies, quand les plus hauts de la terre se ployoient envers lui. Sy ne 8*est mie monstre moins léal , quand vostre héritier prochain » Texpectant de la couronne \ déchacié d'envers vous» il a reçu entre ses bitis pour un meilleur, et pour honorer ce là oii il a amour vraie. De quoy toutesvoies la hayne qui est fresche maintenant s*est congréée toute envers lui par vos injustes et vicieuses suspections que vous maintenez en celui-là où oncques n'entra chétiveté, dont ceux qui les nourrissent et leur donnent cours, sont moins vertueux, et lui plus clair et plus glorieux en ses titres.
Ay-je dit maintenant et remonstré ses bontés et ses léaultés et preud'hommies envers vous? Pour causer doncques l'ouvrage de cestui acteur, qui toutes ces choses
a revisetées en mon coffre et en a vu les rétributions
povres, convient bien narrer après et faire une briefve discursion sur les choses que j'ay vues en vous, non bien faites et non de mesmes à ses bontés. Et tout premier me recorde de maintes rudesses et ennemistiés qui lui ont esté monstrées depuis par vos gens d'armes, qui du temps des guerres à peines ne furent oncques monstrées autant, que toutesvoies en vertu et pour bien faire il a toléré patient. Sont venus Anglois et François joints ensemble, pour le fouler, qui , ennemis l'un à l'autre, firent compact pour fouler vostre ami, qui» pourvu de Dieu et de bon droit , avoit honneste occasion de soy défendre. N'ont de tout temps ceux du parlement et aucuns du haut conseil royal, contendu à faire ployer rigoureusement sa personne, de l'asservir et humilier par roideur, de le ron* ger en sa gloire et régnation , de le restraindre en sa
> Le dauphin (depuis Louis XI].
seignourie, dont les faits sont avenus si clairs parfois, que les doléances à son lez en estoient bien dures ? Ne vint mie une fois un huissier de parlement à Gand atout un mandement pour Tadjoumer en personne, ensemble son neveu le comte d'Estampes et une grande part des nobles de Picardie, pour et à cause d'un Dimence de Court, homme de non grand estime *? Et celuy huissier gardant son exploit jusques au jour saint Andrieu', le jour principal de la feste de son ordre, queluy, le duc d*Orléans et tous les chevaliers de la Toison d'or estoient en leurs manteaux, en la gloire et solempnité de leur estât, en salle non d'un duc, par semblant, mais d'un empereur, tout prest de asseoir à table et en point de prendre séance, vint icelui tout délibéré et à intention d'esvergonder la compagnie, ne sçai de qui instigué ou non ; et soy ruant à genoux le mandement en sa main , fit son exploit et son adjoumement en sa noble personne, en son neveu le comte d'Estampes, et [en] toute la haute baronnie là estant, comme pour donner à entendre : c Vecy le flayel de vostre c extoUation fière que vous avez prise , qui vous vient « corriger droit-cy et pincer, et vous monstrer qui vous « estes. 9 Dame Fmagination^ te semble-il que ceci procédast oncques de bon fonds, ne qu'en un tel cas se pust entendre autre chose, fors que hautaine envie et venin de cœur? nenny certes.
Pareillement se peut dire d'un autre, lequel, cestuy prince estant en sa ville de Lille , vint à marteaux de fèvre* rompre les prisons d'icelle ville, pour tirer dehors un
' Bimanobe de Ck)art était, diaprés la (ironique manuscrite de La Eafe, un ancien chef d'écorchenn. Sar la part que Chastellain prit à cette afflEdre, vofez t. !•', pp. xvii et xvm.
* Bn 1445. ' Fivre, maréchal, seirarier.
TOH. Tl. 19
890 KXPOBrtiQFI
jNdsDimier^ sans «voir onoques daigné demander on^wtere à icdni^ dont esmu durement de Tescandire et de la clameur du peuple» en plein midi constraint fut de ruider de sa maimm* lui quatriesme^ pour venir à cestui gracieux exploitant qui toujours mailloit et frappoit» et avoit jà rompu les sorrures et grosses barres. Mais pris en son oultrage, se trouva tout esbalii quand le seigneur vit si près de lui, qui oncques toutesvoies ne se deslia en parler, jà«soit-ce que emprès lui en avoit aucuns qui volontiers Teussent lancé en la rivière qui estoit là iM*ès : que oncques ne voulut souffrir, pour révérence du roy '. Mais ne fut-ce point un excès de justice , une très-oultrageuse ^ deqÂte hautaine' monstrée et faite à un tel prince, à un tel chef en la terre si glorieusement r^piant, si puissant de villes et de pays, si assisté de conseil et de sage conduite, et de soy-mesme prince de justice et d*équité| sans que ses villes d'ellélhmesmes soient les mieux policées de toutes autres', et très-rigoureuses corrigeresses desmauTais par Icy et vrai sain jugement?
Quans en est-il fait d'aulares, dame , que je raoonterde bien, si ne fust pour briefté et pour non tout mouvoir ce que je pourroie bien? Quans est41 de vénimetix langages, et a esté depuis vingt ans en çà, de ceux de vostre roiite enveiB ceste de deçà? Quans mespris et ravalemens, quantes fiertés et hautaines monstrées, là où on tordoit les cols vers ceux qui , vous recevans en leurs girons , vous ont honoré les pieds , en humilité vous ont baisés et
> Bn 14^, le bailli de Courtray osa faire arrêter un baissier da parlement, et après lui avoir enlevé les lettres dont il était porteur, « le constitua prisonnier de monseigneur le duc de Bourgogne. » Sur oe grave démêlé, vopei^ les arcbives de VEmpire, J. tSTB.
* Hautaine, acte orgueiUeui.
• Cf. tome in, p. 89.
SUR a^Va 1k\t PRISE. 291
«fitfailAs, 'vt)ti6tSif J)*6sté yeux ^oœtotsfiivoraUes, teoûjoys et solèmpAiséd par côntem^aifoà, par révé!^enbè "et Hmon^, pkT tmvj Ytàa BUî rnutfèv dont tontesvoîès là mémtSte s'eelt trouvée esCiÉtiàtè fèÂtéet et ^esvialioiiié Ï^Vec lé ^ùt ^ vOB tàlofiB? Déa 1 ef; q«è Va te luises , dasàè, qtte j^iAé- Tiiine. ^ mimiërââ 4è ^à iMifshJe kssêz ièïpèirte , ^t dés lang'ag^s H^n kofàhis? iôt ^ombièh q'trè l'honneur et savoir •dû tidobiev la grttéîeu*te et ^urtôîsîe reposent an gii^on françois, MBein "de Teïivoîséè^ rôy^te coilrt, tte s'y trou've diléetion nulle toutesvoîès envers cent de deçà, ne s^ peut trouve!* aârou^ radical. Mesmès ^mble estre chose laattuheUe et bMneste, tthè ëhoito 'appartenant et droitùriëre, que tout ce qui croîst sus , homme et femme, tout ee qui entre en eiitorité ^claire 'et noble , doîe eontem^itèr et tordît le col à ne«s «tutres. ITay-je vu hommes et oy dire : qiie plûstost îroient ^n la de'flfetice des Sarrasins qiie des Bourgui^nôils , et d'amlée se Msoit contre un et eonlM autre, Qroîent ^lustôst contre tes Bourguignt>ns que contré les Sarriasins? Daiine, j'ay taioult de choses lèn mon irecort quî à ce povre acteur droitcy oht esté càtise et matière d'ouvrer, dont dès Vieilles je me pasàe pot* un ndeux et viens à celles qui encore sont fresches, et qui principalement ont commu l'acteur et mené juôqties en ceste aigreur, depuis la journée de Vendoûime, là où l*àilnbas^e dé ce duc efctoit tramîse pont obéièsahcé au toy, là attendant #)ii plaisir, et par iiltentit^ti î&ussi de donn'ér secours et întercessioA dé prière à ce pbvre infortuùé duc, i ce î&îsérable descoùfotté roy^l sang d'Alen^on, que ééstui prince bourguignon , par affection et devoir de nature, par obligation aussi et constrainte d'honneur en une
* Snw>isée,hTÛ]Bnie,
religion d*ordre, avoit tant longuement pourchassé, avoit tant humblement requis et poursievi que traité fiist en pitié, et que recongnus en fussent les services et léautés de ses pères, et le sien vice dispensé miséricordieusement, en leurs mérites; qui oncques toutesvoies, à l'heure de la très-malheurée et misérable sentence d'un si noble sang, ne fut oncques ramentu une fois qu'en faveur de lui on fit riens, fors seulement en faveur du duc de Bretagne, pour qui amour on lui remettoit la vie conditionnellement ' . Et battu droit-là devant un lion gros', convint estre deshonoré, et porter punition scandaleuse le noble royal sang, le parent de tous les royaux , le compère du sceptre triomphant, le parrain de l'héritier de la couronne ; et soy couppant mesme le nez du visage, destituer, desgrader, desveatir et estre despouillé d'armes, de seigneurie, de dignités, de prérogatives à tousjours mais, et séparé avec ce misérablement du monde, mis en prison plus mérancolieuse que mort, et plus dure que coup de douloire par non pouvoir digérer son ennui. comme doloureux exemple à ceux qui, frères avec lui d'ordre, se trouvèrent constrains d'y entre-estre et de voir respandre sur eux une telle nuée, une telle inondation d'eau confuse, dont se notoient bien les causes. Et ne sufBisoit mie alors, dame, non faire riens pour lui, non l'avoir agréable en ses humbles poursieutes, en ses honnestes et méritoires déprécsr tions, ne de le priser en nulle de ses bontés ; mais pour plus l'attédier, pour plus lui donner cuisance sur playe, présens les princes , présens ses propres chevaliers , pré-
" Foyef t. m, p. 486.
* Battre U chien devant U lion est nne location proverbiale qa*on rencontre plnsiears fois chez Chastellain. Elle signifie : donner une leçon, menacer par Texemple.
SUR ytsjTt Mal prise. 395
sens Toye et vue de tout homme , le procureur royal le alla charger d'honneur, lui alla imputer fautes et offenses, iniquités et cas reprenables, sans le asmblant autre qui là se monstroit aux tramis, non de grand espoir de bien. Me remembre aussi, dame , des alliances qui ont esté quises nouvellement, contraires de ce prince, et des querelles acceptées non nécessaires, dont ceux qui les ont quises et conspirées sentent comment il leur en est , et les entendent bien aussi et assavourent ceux à qui elles touchent. Ne feu nonune nulles pour tant, quand tu les entends toutes ; mais il en y a de prises et de tollues, et de faites et , de soustraites, en désespoir de l'acteur et d'autrui, dont ' passionné en cœur ne s'en est pu taire, et a osé mettre la : campane au chat, pour escrier lésion et foulure en l'innocent. Autres matières me restent assez , auxquelles je n'atouche pour donner lieu à Volenté de parler, comme celle qui est empereis en la région de l'âme, et qui moult a grand intérest de monstrer en ceste présente convention quel chose c'est de sa nature , et comment justement elle se doit exposer à la défense de cestui nostre homme , qui par elle comme par nous est entré en besongne, et par les vertus impériales d'icelle a tissu son œuvre. Sique, dame Volenté, exerce ton office et parfai la part qui à toy sert, pour tant plus abrégeamment informer Fmaginatiùn française des causes de nostre colnparoir droit-cy, en l'assistance du povre perplex.
Lors s'avança Volenté et conmiença à dire ainsi :
< Je suis la tierce personne de vous autres, qui sommes
< une substance avec l'&me raisonnable, et ay mes puis- « sauces distinctes en unité toutesvoies de nature avec
< vous. Donc, pour avoir la définition de mon estre et qui c je suis, je suis une vertu appétitive, naturellement
EX906rnQN
< en, arbitre et T^ont^^ Doac, parce q^ je ama roj&e « et, çmp^reis. j>. i;ii^ snjgi à asservir» na |i viple^î et parce
< que je suis, franche eu arbitre, ne suis à constraiudre. € Et fait, à çntendre par ceci : qa'ea Yhomm/^ eai un f <ippéti,1; raisonnable, qui se oonan;^ ToZ^if^,. par leq^ c raisonnablement et en franc arbitre il, appète; tout ce c <]^^e. raison lui présen^le et met en o&teatioa. Or vous c conyient-il i( dame Fmagimtioiif^, savoir w outre : %ue % de. mç j Vqïonté dépendent par degrés et naias^t di- % veifses opérations, là Qiilileanon^ me cbangent et varieoat €, k la. qualité de ],eur astre? Donc, au premier deg^é, % parce que i^a francbjâe est de pouvoir ealire et vouloir c et. w>n vouloir, et que ma puissance œuvre et s'es^vertue
< devers, objet bon, je me décUne et descends à (hns$U, t. Après celui degré, je redescends arrière plus bas et me % décline jusqu'à Jugement. De là plus avant encercha et
< vien^ jusques à SeaUewe.; d^ Sentence jusques à ÉUc- ^ t{ùfki et. à^ Élection jusques à Mùuvcmeni impétueux, à % Éaéçutio^ de^ 0uvre; et droit-cy entré-je prt^r^neût ( au tbrône de mon ei^pire» et commande ainsi fa^ ou € ainsi, et ainsi vouloir ou non vouloir, et faire ou bien c ou mal, selon que le bien à moy monstre de raison f humaine, sera plua ou moina parfait, ou plus ou moins c eaUsable, ou moins prolStable et salutaire. Çoncques, f dame, Fmagination, regarde et entends, te prie, si
< par la, définition et naturcf donnée à congnoistre que % c*est de moy , et pai; les qiatières qui ii;i*ont esté pré- « sentéea objectiv^tE^^t, et, envers lesquelles SfUendep^ent 1 et Mémoire, m SWt eij^battu comme avez oy , ipoy aussy • je me dpy embi^tijre ayec eux« et gercer m^ifs vei:tas "^ et. piii^s^^çes ^ |cQl|es , qu^d je auip <ie la, tri^ité
c ina^pçjrabla da leur sulistaiica, et elled de laoy. Certes, « ey!jeyaim(mintéi^tti^*<;lair6tmoiieQtTeinettretrèeh c opportun, quand les matières à moy présentées eomme c aux autres, ni*ont fait descendre en tous les degrés deesua f touchés» et menée jusques à impérial commandement c en eestuy poTre homme sainement et saintement devoir « eserire et proférer ce de quoy est mal voulu de vous c et en Tindignation de vostra aveugle courage , qui par c nottvelleté de fortune amie après bngue povretéi vous f est tout extollé en présomption et saisi de descongnois* ff sanceet de vaine inutile gloire* Or çà doncques» dame « Fmêffi9uai(m J^aneaisô, ahrégea-nous et mettes avant t ce que vous est en plaisir ; et nous trois à nos pouvoirs c nous vous assQufirona en vos argumena et demandes. »
YHÀewATiQN FEàNÇ(H9B. -^ Au point doncques où tu veux qw Von vienne» et que l'on abrège ton languir Ion* guement pour venir à une fin sçue : en ton livre a un prologue d^ dcmze coiupplets, \k oii dès ton principe et au premier point tu entres en une repentance d'avoir bien âdt, ce semble» et faisant recort de tes léaatés, amours et bumblesses dont ta ne vois fruit, obkz en ai^,, disant : qu'il ne comvient humilier sa faee en perte puisque ainsi va, et qtt€h Ton qui^rre qui le fasse désarmais» comme tes* moingne ton premier coupplet
Allègues en ton second que toute œuvre de léauté et d'amour, toute coioditîon dl]ionneur et chierté qui procède deneblernivture, désormais se doit rebouter en cofire, et non estre retirée dehors Jamais, jusquies Ton percevra la fin, ^ui a eeté mucée en longue ingratitude. En quoy tu menaocfi» et répreuves ea fune partie premièspe» et en l'antre tu in^utes ebarge à auounuy , et le i^utea ingrat immA^9iggeTl par ton. seemd coupfleti.
Au tiers coupplet , ta fais comparaiBons des tyrans de jadis et des gens horribles , lesquels, par traite de temps, par douceurs et humilités, Ton a souvent amollis et constrains bénignes et débonnaires envers les créatures de leur mesme espèce. Et contends à induire par ce : que nous autres chrestiens, qui sommes si féroces et sauvages, que prier, aimer, servir et honorer ne nous peut vaincre, ne faire ployer, sommes pireaque eux; et que ceux qui ainsi le font et n*en tirent fruit, ce leur est une bonne œuvre faite à perte et à la maie heure, en quoy taisamment tu imputes charge arrière & quelqu*un et ingratitude.
En ton quatriesme coupplet, tu semblés vouloir conformer le précédent par diversité de bestes féroces et espoventables, lesquelles toutes s*apprivoisent , et en peut-on tirer amour et soûlas par engin dliomme qui s*y applique; mais seulement en l'homme dont tu parles en général, tu arguës que ceste loy fault, comme si tu voulsisses contendre en personnes particulières, arguant le mesme et leur reprochant leur perversité.
Au cinquiesme de tes coupplets, tu démonstres : comment Dieu offensé par les hommes par chascun jour, piteux se retire à miséricorde et clémence par humble et douce déprécation , et que pour un doy de service à lui fait de bon cœur humble, il en rend fruit à cent douUes, et reçoit chascun en prix et en mesure de sa valeur, et rétribue portion par qualité, selon que les œuvres de ses servans sont de plus gprant réputation ou de moindre, comme se trouve en celui cinquiesme coupplet.
En ton sixiesme coupplet, tu fais ton induction par la mer effuriée, laquelle horrible en regart dliomme, sous la tranquilité d*un doux ventelet s'atrempe et se pacifie ; et procédant par exemple jusqu'au marbre très-dur, tu
remonstres que icelui se cave et se fossoie par le dégoût de l'eau chéant dessus, et eu outre, que toute autre rien ter* rienne, comme dure et comme laborieuse elle puist estre, se vaint et se maistrie par engin d'homme, dont la conclusion se peut traire, qui bien l'enfonse , telle que ensievir peut des prémisses.
Ton septiesme coupplet prend fondement sur nature générale de toutes choses et sur loj et condition d'icelles, disant : que toute chose née et créée par loj et nature qui y sont establies, prennent quelque conformité, quelque concurrence et attraction d'amour ensemble, aussi bien en diverses espèces distinctes en nature, comme en celles d'une nature et d'une propriété ; et ce par une loy générale : que toute chose trait et affecte aucunement vers son semblable directement, le bon au bon, le mauvais au mauvais, et non pas le mauvais au bon, ne le bon au mauvais, car ce seroit pervertissement d'ordre.
Ton huitiesme coupplet met avant un argument là où tu proposes : que les gentilles nations de jadis barbarines quérurent l'amour et la grâce de leurs dieux par humbles et dévots sacrifices, lesquels, posé que ne fussent utiles, ne nécessaires, parce que leurs dieux estoient déables, dont nulle rien n'est pire, ne plus perverse, leur rendirent fruit toutesvoies et obtènement de grâce, par loj d'équité, qui est telle : que les offices d'amour et d'honneur, où qu'ils soient exhibés, valent pour percer ciel et enfer; dont aussy la conclusion se peut traire des prémisses, telle qui s'y peut entendre.
Le neufdesme de tes coupplets fait un argument, que tu couleures sus Baison, Noblesse et Honneur, disant : que par loy et nature de ces trois, toute rien qui est noble et vertueuse en soy, doit aimer et affecter autre qui est
%^ EXTOSmOK
semblable, et ^ue aBU)iiP doit estre liea entra l'aimi efc raimanty-et entre le noble et yertueux. Donc, si discsofd naissoit entre deux, celui doit eatre extirpé par Yertiu fit combien qu'en celui je ne veux guère produire d'argu* mens contraires^ sy fait-il bom à entendre là où tu veux férir.
En ton dixiesme, tu prens toute Timi verse fabriqua de Dieu, tout ce qui est dedans régnant et bgeant , thrônea et vertus, anges et archanges, tout le contenu et stebi-* lité des iérarobies; et par icelles et iceux tu semUes vou* fcir induire : que tous et toutes régnent, pardurent et pwsévàrent. en esiable doration par seule amour et union qui sy observent; et que l'ouvrier mesme, qui est Dieu, est tellement conjoint en amour et ebarité avec son tout, que rien ne s'y trouve fors paix et union.
Donc, après ce, tu viens cheoâr inductivement, en ton onziesme eoupplet, sur la terre qui est le centre et le vutlieu de son ouvrage, comme tu dis , mais est le ventre et le goufi&e de tout orage et. discort, et Ih où toutes baynes et divisions s'engendrent; et ce par le courage pervende ceux qui en ont empoigné Ia> seigneurie , et par lesqueU la paix et tranquillité du monde se perdent.
Et puis, entres en ton douziesme coup^det^, là où apvès avoir fedt ta discursion générale sur toutes dioses, tant célestes qu8 terrestres, servantee à ton pourpoe, tu viens condescendre plus particulièrement à dénotation de per^ sonnes, disant : que là où lien d'amour et d'union ds>i% esr traindre ceux d'une foy, d'tm fbns, d'un bers et d'un sang» et les tenir conjoins en iroit et en cbaut , vient; maBieur et perverse foortiûie qui k8.fait.deifenir froûr et desnatiftré^ et 8121S eraiiadre ne Dieu^ ne consdenoe, ne hoimm^i, Q« devoir propre, s^el>tre-gvagMllft ensemble eitinatl'itt çà*
SVR YEftiTÉ HÂL PRISE. 289
couverte hajue.
Ces dousse coiiij>plets-oy so^t le prologue det tQU livret desquelâ je^ ^ fais point t^e estime opiome^ d^ 9Qi;FplufikiL là où tO) ealTes en ii^ktièire ; et n'y mete poin^ grant arrest. Toute^voieSsL powestre assouj^een mes difficultés, et que t^saïQSive^t dès sop principe tu notes peisoi^nes partioulièresr, et semblés vouloir venir h contemption d*iceUes oia de leurs œuvres» j'en requiers bien la déclaration,, sid se peat faire, au plus près de ton entendre.
l'actbub. -^ Lors moy, ayant oy parler oeste dame et. fajgre sa résomption de mon œuvre t^-bien a^ vif, et que j'estcûe 12^ à l'entrée de l'estroit examen, lÀ où {l cpnyenoit que se^ia se desveloppast^ et que profondité de. vertu et de raispù saina me secourussent de leur engin , pris, à dire, tout ibiblameijit à ceste dame :
Pâme, jàrspit-ee ^ue (fe la response ^^ toutes choses, je vi^. foie soumis, à la confidence tai^t seulezoent de^ cestui jouvei\cel et des dwx autres, qui; vo^» aasoufiront compé^ tajçoment, tQutesvoies poux leur donner voie et mon3trer laquelle je yeux avoir saai^teaue par ellep, sa^sen e^tordre, ne vuidier, et que d'eUes et de moy tu aies moins cause de niyus rep^^d^ p^rce que jeeonnois les solutions pouvoir es^ estroites soHvei^t et ^btiles pour toy pouvoûir satis^ faire, je, à ceste heure et avant tout commenoeiTient de respondre, proteste devant Dieu et devant toy^ proteste devant les anges et les hommes justes et sagea, devant tou^ ceux qu4 o^t cox^nju miQn nai^tre. et mon vivre, mon ha^^ter, mon repairo, iq^ mœvirs, mes co^ditiiQiits, mes œuvres, mes paroles et toutes mes affections naturelles : qu'en nulte quelconque difficulté de matière, en nulle quelconque aguité ou corrosiveté de parole ou de çen^
tence» où qu'elle soit assifie, escrite» touchée, ne mise en question, je n'entends, ne n'entendis oncques attouclier la très-précieuse, la très-excelse, la très-sainte et très-digne majesté inviolée et inviolable. Ains renonce et révoque, si jusqu'à là on pensoit venir, ne contendre, tout ce qui par ignorance ou légèreté , ou par contraire non saine interprétation , lui pourroit tourner ou estre tourné par mal entendre ou par hayne à l'encontre de moj, en lésion, en crime et en ofiEense de sa très-glorieuse majesté ou de sa très-glorieuse, très-resplendissante, très-victorieuse, trèsnette et très-humaine personne, dont nulle n'est semblable aujourd'hui entre les roys, nulle si claire de longs ans passés, nulle si recommandable, ne de tel prix en histoire future; proteste contre toutes nations foraines, à ceste trèsnoble et victorieuse région estre porte-bannière et mainteneur de querelle des nobles glorieux dompteurs du monde, les François, tant àl'espée comme àla plume ', non réputer gloire de nation chrestienne comparable à la leur , nulle vertu qui s'y approche, nulle puissance qui s'y équipare, nul honneur, ne exemple de bien qui s'y adjoingne; mais sont le miroir, l'origine et le vrai espargne des honneurs, des félicités , des vertus et des chevaleries du monde, enfans préeslus de Dieu, champions et vaiUans corps robustes de sa foy, et dont le roy seul en terre est le christ et l'enoint du souverain roy, et porte à ceste cause, tant par dignité comme par mérite le superéminent titre, disant : Roy Très-Chrestien.
Donc, si icy après il chéist à l'aventure , que l'on me voulsist impropérer d'aucuns trenchans mots, et que toy,
* ChasteUain déclare loi qu*U a senri les Français de son épée et de sa plume, qu'U a été leur porU-bannUre et le mainteneur de leur quereUe.
dame Fmaginati^ \ par non enquérir, ne entendre les sentences au vray irif, si riens y a qui dissonne à honneur, qui de trop près touche ou trenche à la très-glorieuse et très-claire personne où je ne doy , ne ne veux toucher, je y renonce, révoque et la désavoue, et desplaisant j*en requiers grâce et mercy, protestant toutësvoies non l'avoir fait en icelle intention, n'en quelconque espèce de malice, ne de mauvaise fin, sinon tendre finablement, par aigres remonstrances procédées de passions en mon àme, à paix et concorde en ce monde, et à congnoissance en chascun particulier de son propre fait.
En toutes lesquelles choses toutësvoies, ayant mis ma confidence entièrement en la justification de ces dames, j'espère , à l'aide de Dieu et de mon bon droit , et par la bonté et amirable équité et prudence du roy, quand tout humble voudra recourre à sa conscience parfonde, estre trouvé plus bon que mauvais , et congnu et jugé plus quérir fin bonne par paroles estroites, que mauvaises par entendement à laidures en nuUui, qui le puissent airer.
tu donc, noble Entmiement possible et agents et vous mes dames Mémoire et Volenté, qui tant hautement avez présentement déclarées vos natures, vos vertus et vos estres , et que tout mon respondre , tout mon fons et mon joindre, tout mon nier et concéder, toute mon équité et mon parement, tout glt en vos mains , tout glt es repostailles de vostre parfont trésor, droit-cy maintenant mettez-vous en œuvre , droit-cy mettez-vous en espreuve , et par vous ou par autre qu'il vous plaira y constituer, à l'exigent du cas, contentez et assouffisez, vous prie, Françoise Ymagination; et tout premier sur ces douze coup-
> Il fàat i^otiter loi, ponr compléter la phrase : me vouMsses reprth cher C€9k /auk.
982 Kxi>0^itR>N
plete qui font prôlogiie, afiA dé H^iï tant "pltA tost à la décifiioii âe la fiiatiëte toute éstiroitë, lii où veMr faut, et làdoHt jd^iiielB Vtiider, èfi juète ou iagravé, ains test qae tart.
FfiXéiléèment prit loirs la jparôlé, e); to^tiiant sota visage eUTe^ la dame frataeoieè, <ïomi)iença à dire ainel :
Daso^ FiMyiii^âiUon , tu as fait une courte résumption droi(>-ôy de douze coupplets » qu<ô cedt homme droit-cy, nost^e Bourreçoa^ isMf&BBe avoir faite, et d'iceux tu prends èû bri^f les ôentences , attHbùant au premier de tous : que droit-là semble estre mônëlnée une )repMitahce d'avdr bien Mt, et que l'èûteiit, fUbMint retc/tt des anïours, léaultéd, honneuni et humUtoses d'aucunes personnes que tu vouldreîes int^préter, pôundit estre en la personne du dtlc de Bô^rgbngne cud'autrui àûcUns gnans, il n'eà &lloit plus faire nuls , parce que tout se fedsoit à peHê ^ «t que au surplus poûi^ tant il É'en convenoit déporter et quérir celui qui le voudroit faire.
Dame, en ensievant la protestation de Téâteùr , de laquelle je ûe me veux estoràré, ne edongfer , je dis : que ce n*est de merveilles, si tti as imagination sûr ce , mais est merveilles qUè de toy-mesm^ !^ ne vuides les diffi^ltés si tu les y jpuises; tB.T t\i, qui es dame qui sçais encerchier et «enquérir la profondité des choses et cœurs, aucune fois du moins vray au plus clair, et du moine sain au plus juste, que tu, de toy-mesme, tu ne jugteà et approuves en ta conscience la premièlre propositioii de cestUi acteur estre pei^ssible, véritable et di^è d'esté remohsti^, considéré encore qu'elle va d'hommes à heinmes, de passibles créatures à personnes inerties, dont les plus haulx et les greigneurs qui oncques furent, excepté deux, la mère et le fils, furent subjets à péché, à fautes et à desvoy.
SUR VÉRITÉ làL PRISE. 305
Si ta doiioq[ii« sça» M j^fçois qa« la tem wt pla&e de troubles naturellement eC d*iniqtiiMs^ et que i^ënnemi intemtli pour inftliciter les hottta&B et les dîatrtdte de la mam de leur créatear^ tousjouts 6èriie en leurs coufagCB, «t y souffle vice», malignités, perversités, descoiignoissanoes, desiièglemens, ûitempérances, froideurs et eoiiemitiés, afin de les mettre en discord et en murmure, et que, si les uns se mettent en leur devoir et acquit envers Dieu et enveis li(»nme, aux autres il conseille de le descongnoistre, de non en tenir conte, par manière de mespris et d'brgtaéiU comme tu en as vu et oj des eixetoples beaucoup ; te semble^ii estre chose si éguê que cestui aéteuT) ooHaidéraiit le monde estre subjet tout à l'ennemi, ploB à malignité beaucoup que à bonne œuvre, souverainement la cbrestientè où le royaume françois resplent sur tout autre^ et qui est et doit estre le ciel fixé, Testoile traamontsine, exemplaire des autres , et y voit et perçoit conditions videuses, œuvres et matièi^ lamentliUes et de confuse attente , est-ce merveilles ou cas digne de murmure, s'il prent pour sa majeure ce qu*il colignoit et voit estré totit général et tout clair, et ce niesûles dont les opérations et effets sont probations quotidiennes, comme tu sçais mesmes et es constrainte de le congnoistre : que dessous la fabriqué du ciel n'a point d'homme plus vray, ne plus juste, plus humble, ne plus léal ^ plus plein d'honneur, lie de preud'hommie que cestui duc, réservé seulement tousjours la personne souveraine à qui je n'atouche. Damé, dencques» et quantes humilités et quelles as-tu vu en lui? qûantes amours et qudOfes aehtu congnUes en sa persMine envers le roy son souverain? quelles présentations et grans offires, qui au dernier, ^ur le destoUr d'une main ou dis d'un œil» et par l'instigation de l'wnemi , ont esté
toutes mises en despris, en non chaloir et en Tilipendance, comme si Ton n'y acconstast riens?
Ehi belle dame, et puisque Ton sert Dieu en espoir d'en acquérir grâce, et que les bons, de leur propre nature, servent, aiment et honorent ceux où nature et noblesse leur accusent de le faire . et ceux les desdaignent et despitent , et n*y voit-on apparence de nul fruit ; est-ce merveilles s'ils présument d'eux tenir en leur paix et de non offrir chandeille de dévotion en face indignée? certes nenny 1 mais est cas de pitié qu'ainsi en va.
Déa ! hommes ne sont pas dieux immortels. Et est plus licite entrer avec les hommes en contention que avec les dieux, quand les dieux surpassent nostre dignité humaine, à qui homme ne se doit prendre, parce qu'en eux n'a point de malfait, ne d'injustice; sy a-il bien es hommes, qui tous les jours se voient' et se repreuvent par les regardans. Donc, cepoise àl'acteur, que les vices de ce noble royaume de nouvel précogités ont esté cause de son escrire. Et cela quant au premier point.
La difficulté et rumeur qui pourroit estre ai^ée sur le second point, là où tu résumes que toute œuvre de léaulté et d'amour, toute condition d'honneur et de libéralité procédant de noble nature doit estre reboutée au coffire, et non estre tirée dehors jusques à cognoistre la fin des ingrats : l'aguité de cestuy point, telle que elle y peut estre prise , suffisamment se vuide par la respection faite sur l'autre icy devant, quand, par loy d'honneur et de nature et d'équité, toute œuvre vertueuse bonne en soy et honorable, exhibée à autrui en service, doit constraindre le recevant et obliger en rétribution et en recongnoissance, ou le non faire ainsi doit estre réputé ingratitude , dont si je excepte seulement la personne royale et nulle autre.
n'y a riens au-dessous d'elle pour qui ne se puisse dire et estre maintenu estre ainsi. Car les honneurs et humilités et autres maintes vertueuses œuvres et louables , du lieu encore dont elles sont parties, n'appartiennent à nuUui à recevoir, ne estre à eux faites, s'ils ne les récompensent par semblable, que ce ne leur tourne en blasme d'ingratitude , dont toutesvoies il en y a infinité sans les grans, (dont je dis hélas !) et lesquels sont cause de cestui second point à l'acteur de l'avoir mis ainsi , non pas la personne royale, à qui toute honneur et glorification sont dues. Mais afin que tu n'aies cause de dire que ce titre te soit donné à tort, regarde en ta propre conscience et juge comme il en va, ou si l'acteur a plus cause de le mettre, ou toy plus cause de l'ignorer et de l'en vouloir reprendre.
Quant au tiers point oîi tu résumes les comparisons que fait cestui acteur des tirans de jadis et des crudèles gens austères maintefois que l'on a ployés et amollis par douceur, par humilités et fréquentes déprécations, et par icelui point tu imputes à l'acteur, ce semble , de vouloir induire que vous autres, qui estes chrestiehs et devez estre gens humains et raisonnables, semblez estre plus pervers et félons, plus austères et plus féroces que ne sont ceux, et qu'en cela tu y entends injure , tu y comprends blaphème et dénigration non déméries. Dame, comparisons sont aucunefois odieuses, aucunefois aussi sont nécessaires et utiles à la démonstration des causes que Ton a en main. Et proprement en ce présent article droit-cy, les comparisons, si ainsi tu les entends, ne sont que figures servantes à la conclusion de l'acteur, dont la majeure tu ne peux nier : que il n'y ait eu des tirans beaucoup, et de crudèles gens au temps passé, qui faisoient fuir et humilier la terre devant leurs espoventables
œ EXBoammr
menaçai et eobortaB, comme Olofernee et «otree rédiés m Vieil Testament, dont, poui brièyeté de eonte, je ne venx finre résomplion aucune. Leoquela par humilité et douceot, par preitânœde aervice et d'honneur à eux exhibés, qui toui inhumains estdent en cœur, deacimgnus eny^s Dieu, non saoulés, ne remplafales de sang humain, se res^ doient par temps doux et traitables, bénignes et estanciés en leur orgueil , et complaisoient , favorisoieDt et temjx)risoient ayeo les hommes, par congncÂssance que euxmesmes se sentoi^it hommes. Donc, et si ceste majeure est TéritaUe, et que la mineure qui en ensieut, se peut approprier yéritable aussi à tous autres, qui par nul bien ftdt anden, ne nouvel, par nulle œuvre d*amour, ne d'humilité à vous impartie, ne vous souffirez ne accointier, ne apprivoisior, ne tirer nul signe de grâce, ne d'tfffiabilité, comme vraie expérience est preuve de l'opà^ation , pourquoi ne s'en pourra faire conclusion honneste à remonatrer, quand la condusion oh facteur prétend, est plus plaintive et eondoléant ceste povreté survenue en ee royaume, qu'elle n^est conective, ne répréhensive [de] la malig^té du mésus? Bt d'autant qu'en vous a plus clarté de foy, plus dignité de vocation , plus excellraice de titre, plus décoration de pit>génie , plus conception de hautes doctrines, de nobles mœurs et de vertueuses oeuvres , et que nulles générations'ne passées, ne futures ne pouvait avoir approche au thrône de vous autres : d'autant aussi sont plus propres et plus appartenantes à vous tontee humanités et eourtoisieS) toutes douceurs et bénigrnités, toutes nobles et vertueuses opérations , toutes reoongnoiesatices et débonnairetés , toutes justes et oondignes rétri* butions, et toutes productions honcmtbles, salutairM et paisibles, tiuitàla chose publique commekprivéè affisctûm.
SUR YtBTFk XAL PRISE. 807
Donc, eifiileTi^ainneeii c«rtm endroit est tooové au^ joQcd'km en dâKirdre, les liommes noblee ék «ntees ea poTie aoqaiÉdelBiir devoir, et qjm lebi^ fidrç s'y trouve deeeongnu et me en «nUi, payé par mal et par ingratstode, ne doit an 1x)n oœur qxd m ses cogitatiom ea les a£E8ireB dn monde, oimdoléaQt sut ieeox, mettre à la vé* lîté les choses ainsi qu'il les tnmve, sans avoir entende^ ment d'injurier niiUui, et sans regarder à faveur, ne i flatterie^ tôiB senlement i i'éqnité du cas ponr tendre à fin bonne? Certes oyi et n'y chiet point de repriee. Sy ne veox autre réparation faire sur le quatriesme point, là oà tn imrles des bestes féroces et espoventables, comme de lioaa, de dragons, etc. , parce que tous denz se vuident et purgent par une mesme solution qui droilrcy est ton* chée.
Procédant doncques à ton dnquiesme ooupkt que tn reprens, là où l'acteur parle de Dieu offensé tous les jours; et toutesvoies luy, qui est si haut et si grand sire que ciel et terre lui ployent et s'enclinent, pardonne tou* tesvoies an plus tost requérant, tant an plus povne conune au plus haut en vocation, se pacifie et contente tantoat, s*exhihe et se présente hnjnble envers ceux qui lui ont esté rebelles, rappelle et révoque ses contraires, reçoit ses ennemis convertis, et à chascun monstre amour et faon semblant, leur départ de ses grâces et biens, en portions. cliaecun de sa value, et si riens y s d'offense passée, prestement après le pardon fiût, est mise derrière le dos : castuy point, dame Fmagination^ te semble-il estre ré- Tocable* ne te semble-il soustenahle en tout homme de bon entendement? Doncques, et puisque il est vrai et que Dieu et vérité l'approuvent, pourquoy n'en pourroit Tacteur faire la figure ponr venir tonq*oofs à sa fin
préentendue, encore quand parrinduction de ceste figure, il contend taisivement réprouver led François du faire le contraire, parce que, non obstant paix et union fiaites entre eux et ceux de deçà de leurs vieux discords, François demeurent encore mémoratifs des choses passées et en ont la haine en leurs jeux, et le souvenir en leurs courages, qui tous toutesvoies sont d'une région, tous d'une garde et protection souveraine, comme plusieurs membres en un corps, qui héent l'un l'autre, [ce] que l'acteur plaint. Et à ceste cause ', pour persuader les François en leur estrangeté, par la mer, eff uriée souvent par orages et vents bouffetans, et se trouve toutesvoies rappaisiée à coup par un ventelet doux qui l'aplanit. Et dame, ceste figure est-elle malpropre? est-elle mal consonnant à l'intention de l'acteur , qui ne contend envers tous que à voir François reposés de sang et de conscience, paisibles et amiables, salutaires à autrui et à eux-mesmes; et que là où l'eau de pluye cave un dur marbre, toute autre rien dure se vaint et maistrie par douceur et bon sens, que eux, qui sont fleur de chevalerie, spectacle d'honneur et de noble condition, aujourd'hui et plus qu'oncques mais, se doivent rendre raisonnables et flexibles à tout ce qui est vertueux et de prix, et eux prégarder de tous titres non propres, ne honnestes à leur noble et très-haute nature.
Donc, et jà-soit-ce que le septiesme couplet que tu reprens, qui est de soy clair assez, et ne besongne de longue exposition, et moins encore de réparation aucune, parce qu'à nullui ne concerne, ne ne touche , fors que à vérité qui en approuve les sentences ; toutesvoies, pour la
> PhnuBe iooomplàte. Ajoutes loi : reprémU c$ cas.
SUR ViRITÉ KÂL PRISE. 509
conclnsioii qui s'en pourroittraire au plus près de la fiction de Tacteor, et que icelle pourroitestreimpugnée de langue ennemie, qui point n'y auroit de lieu , il est convenable aucunement d'en ouvrir la matière et d'en parler un peu ; car choses véritables et saines aucunefois besongnent aussi bien d'avoir aide comme les plus troubles. Et pour tant au point touché, il est vray que toute chose par loy générale et universelle sur tout ce que Dieu a créé, par affection particulière l'une envers l'autre, soit en une mesme espèce ou en divQpses, trait à conjonction, à société, à amour et à prochaineté de son semblable, de ce qui lui est consonnant à sa nature et condition ; et n'est nulle riens née qui faille en cecy. Donc toutesvoies un , ne deux exemples ne pourroient suffire , mais mil et cent mil en sont congnus et expérimentés , qui droit-cy ne se peuvent entretistre.
Et veut l'acteur induire par ceci et remonstrer : que la très plus noble créature du monde et la plus précieuse, la perle Ae toutes splendeurs et vertus terriennes, le roy d'aujourd'hui , par ceste mesme raison et loy, voyant et considérant un autre, sa chair, son sang, son serviteur et léal ami, estre, en un autre degré au-dessous de lui , le plus honoré prince des chrestiens, le plus vrai et prend'homme, le plus noble en condition et en mœurs, des vivants, et le plus digne d'estre aimé, le doit et devroit aimer, chérir, honorer et le joindre au plus près de sa dilection, au plus parfond de ses repostailles, et non soy par flatteries, ne mauvais rapports souffrir divertir de son amour, de sa grftce et amie inclination ; vu encore que entre deux si hauts et glorifiés princes, le lien d'amour y doit estre double, et plus vrai et plus vif qu'entre miUe haases gens non dételle réputation. Donc, si le contraire y
919 EXPOSlfml
«t» fèit £ie Taetéitrqi» e'est pitié : et «ai la obon lanmikaibL» et amère en qui est la £aute.
DaiQ6', et Mk outre il semble que ta as mnimiiré en ton cœur mi la siibstancedu huitiesme couplet,là où il parie que les payennes nations de jadis tirèrent fruits et respons de leuM dieux par offrandes et sacrifioea^ à eux faita, et pairhonneura et services à eux eaiiibéa, qui toutesvoîes n'estoient que déaUes» dont nulle rûms ne peut estrapire.
Geste proposition est ^i soy vraie , et ne doit avoir contradiction nulle» parce que toutes histoires anciennes, romaines et autres,, sont pleines de cecy, tesmoin Titu- Live et autres histariog^plies notaUes , tesmoin saint Augustin en son livre de la Cité de Dieu^ là où par leiurs mesmes sacrifices et dblatÛMis faits à leurs dieux, il les reprent pour les réduiseàla congnoiesance de la foy vraie. Et n'est besoin droit-cy d'en bailler exemple, ne un^ «i deux,, quand ceux de ton parti, les noblies Françoia, en Ont les oreilles pleines,, et mi ont les histoires et les livres par devers eux, qui les ai* font sa^s.
Sy est rinteoition de Taeteur tendant tousjours à fih de bieui de remonstrer, puisque les déaUes qui sont mauvais en nature et en opération et n'ont tache nulle de bonté, se souffrent vaincre et avoir par amour, par sacrifices, par oblations et révérences à eux faites et rendent rétributions et guerdons k leurs servans , que par plus forte raison hommes raisonnaUes, hommes chrestiens, hommes du noble terroir françois^ là où honneur et le savoir du monde doit estre reclos, se doivent gagner et estre con* quis par cas semblables. Car BiBU en Tune extrémité se gagne et e-aûquiert par l'aimer et servir; le déablaen Tautre extrémité, j&*aoitrGe que. j'en réprouve l'osuvie, s'inoline aux idolMieB» par saorifice^ reçu;. donoques le
ffiSliea, qtd ûBt ïh(mmBi A digae et si aobla da xsiéfition que rians n&s'y acompare , se doit gagner et estre conquis tant plus tost par le servir et honorer. Donc, parce que l'acteur sest perçu du contraire» passé a long temps, et que non pas amour mais toute froideur se trouve en François requis d*amour» dont il redoubte la fin pouvoir devenir plourable» il a mis cecy par manière d'induction, comme il fait toutes choses servantes à son prologue; et n*y a riens de quOy homme de bonne conception se doive troubler.
Ta fais une résomption aussi du neuviesme couplet, là où Tacteur remonstre comment Honneur, Noblesse et Baison admonestent toute créature noble et vertueuse d'aimer et d'honorer autre de condition semblable, que vrai est, et ne se dpit répliquer de nullui; car plus est une chose bonne et noble, que plus est digne d'amour et de prix. Donc, pour cause que tu trouves la vérité claire droit-cy, tu n'y veux former nuls argumens, comme tu dis, mais entends bien, ce dis-tu, où l'acteur veut férir : par quoy, moy concédait et souffrant que tu l'entendes bien, moy-mesmé te descouvrirai là où il fërir veut.
L'acteur en cest endroit fiert ou à une seule personne ou à plusieurs, & à un^ seule personne , ce peut estre le noble roy françois, le plus noble et le jdus vertueux de la terrô,. et le plus digne d'estre aimé en soy; lequel doncques, parce qu'il est le plus noble et l'aigle des vertueux, c'est celui aussi qui doit plus entiteement et le plus vraiêmwt aimer autrui noble et vertueux, par loy tdle : que le bon doit aimer et affecter le bon, le noble le noble, le vertueux le vertueux, par la consemblableté de nature qui est entre eux. Et par ceste raison devroit avoir une amour vive et vraie au cœur de ce très-noble roy envers *
3i2 EXPOSITION
son hmuble parent le duc de Bourgongne , de qui, après lui, en la terre n*a plus noble, ne plus vertueux, ne plus digne d'estre aimé et magnifié que sa noble personne. Â laquelle amour, si le noble cœur du roy y pouvoit condescendre et soy humilier, comme juste loy lui requiert, de la part du duc n'y seroit jamais trouvée faute, car la sienne amour lui est preste en tous temps , et la lui présente à genoux.
Si Tacteur fiert à plusieurs personnes , il donne doncques à entendre que si les hommes de deçà présentent honneur et amour à ceux de delà, parce que ceux de delà sont nobles et pleins de haut los, sont au plus haut et plus glorieux roy du monde, sont du plus noble royaume des chrestiens, aussi bien quand ceux ne voudroient ne aimer, ne priser cèste nation basse', sy devroient-ils au moins aimer et honorer, extoller et essourdre ce noble prince de deçà, par cause de ses vertus, par cause de ses hautes gloires et bontés, par ses singulières grâces, et dons que Dieu a monstres en lui, qui oncques ne fit mal à nuUui, mais largement bien, qui oncques nesmut guerre qu'en son deffendant, qui oncques ne fit l&cheté, ne cas de repreuve. Donc, parce que l'acteur se perçoit du contraire, et que les cœurs françois en grand nombre sont clos à rencontre de lui, et les visages tournés en arrière, semble taisamment vouloir remonstrer : que loy naturelle fault droit-cy, de quoy il a deuil.
Sur le dixiesme de ces couplets, tu fais une discussion aussi, et résumes la substance d'icelui, disant : que l'acteur, en fin de son prologue, semble vouloir fortifier sa conclusion par toute la fabrique universe du ciel, là où
* loi et aUlenn, ChasteUain lait alluaion par ces mots aux paysd'eo bas ou Paya-bas.
anges et archanges, ordres et iérarcliies, infailliblement s'entretiennent en union et en paix, par amour et charité qui est entre eux, et parce que le prince de celui haut empire, Dieu tout-puissant, est mesmes prince et principe d'amour, et que là où il règne et réside, n'y peut avoir que paix et union , par l'amour mesme qu'il a à son ouvrage : ceste induction, mise par l'acteur et résumée par toy, dame, ne te tourne à nul contraire, en quel ploj que tu la puisses entendre, car est véritable et de grand fruit à l'interpréter bien. Et veut dire l'acteur que, d'autant que l'homme veut plus approcher Dieu, plus estre semblable et conforme à ses opérations, plus l'ensievir en ses conditions et en mœurs, tant plus se doit disposer à paix, à charité, à amour vive, parce que Dieu, celui dont il faint estre imitateur, celui dont il prend foj, titre et renommée, est tel d'essence, de nature et de condition, et aime et honneure tous ceux qui tirent au mesmes, et qui establissent, nourrissent et procurent paix et union en terre; et par contraire, hait et déboute tous cœurs frois et contagieux, cœurs séditieux et rumoreux, cœurs venimeux, mal charitables, mouveurs de guerre et de murmure; car ne sont point de sa secte, ne de sa doctrine, mais de la secte de l'ennemi à qui ils sont serviteurs et enfans. Sy semble estre l'intention de l'acteur, de persuader les François à paix, à amour et union envers ce bon duc par la plus haute induction de figure qui se peut donner, qui est Dieu et tout son ouvrage, lequel par amour et union s'entretient infaillible et inremuable.
Sy viens cheoir de cestuy dixiesme en l'onziesme, où. l'acteur inductivement allègue : que au droit cœur et centre de l'ouvrage de Dieu, qui est la terre, là où il a ordonné habitation aux hommes, là se congréent et
314 EXFOSmOR
cûffinâïéat tittipaMieB, omges^ taxbatàùm^êlhaamMt et eBfwmteKùéM^ gaerres, tvibolatioiiB, miaèiw, cahaûtte, et toute» autres mMaees d'hommes et de fovtane, et ce à eaUBe ôtpear ceaz qtti en ont saisi la Beig&eniie etposaesdion ; leâqMto, ou par querelle privée, ou par vaaité de la gldre dû monde, ou par affeotion et ardeur en coutoh tise, ou par haine et envie de Tun à l'aulm, tienaent et mettent la terre €a tarouble, les hommes en tribulaticm et en peiir ; et par non entendre en vertu et en salut j^pre ignoreait et oublient le desrèglement de leur peuple, <pii eux et kki se perdent ensemble, Dame,.cec7 tu as résumé de la boudie de Facteur, qui pomt n*y vc3t cause de le désavouer, ne toy chose en quoy tu puisses mordre, quand tout vrai et tout clair est que la chose va ainsi, et non de nouvel, âftais de tout temps. Sy regaide toy^mesme et te pose Un petit droit-*cy, et tu verras quel chose en est. N'est pas la perplexité, par deçà et par devers nous, de future mistoe prochaine, dont naguàres encore le pcyvre peuple, tant deçà ccmune delà, ne âdt que vuidier; et cela à cause des questions et rumeurs sourses nouveUe* ment entre ces deux princes, dont le peuple entee^eux ressongne amèrement la ccmfliction, et souverainemeiit cestui de deçà*, que le puissant bras dû roy. Volontaire* ment ou mal insteuit, se assaiast à vouloir oampimeT un auti^ bras puissant, son serviteur humUe , là où Tattemptement toutesvoies donroit autant de Uasme à tous deux comme à leur peuple infélicité. Sy n'est mervei]ks,> ce me semble, que qui voit la maison pleine de fiualièie par dedans que par dehors, il ressongne le feu, et qui voit les {Miincee entrer en question et en argU pour invées qu^itelles l'un contre Tautre, que Pon ne doie craindre et ressengnv leuis hauts et fiers ooussgiarpQttvo» eiffellir
SUR YÉRITÉ MAL PRISE. Stô
jtiaqttes à mounroir gûeiref sons laqurî!» tMim ehoms honneflteB et utiles ae désemparent et tendentà raine. Et pour ceste cause, facteur teniiant à prévenirpar reùnonstrances à tel inconvénient, pose et touche rineoavénient tel comme il est, et descend, particulièrement en son douziesme couplet, sur personnes particulières, estans d'une foy, d'un fous, d'un sang et d'une parenté, et qui dussent astre conjoins en amour, en confidence, et en toute cordialité honneste et naturelle, comme cheft et principes de tous biens ou de tous maux, lequel qu'ills veuUent. Mais dit l'acteur : que maie et perverse aventure, feoideur et division, se viennent fourrer entr&^eur et les distraient d'amour et de confidence, en quoy les nourrissent par conv^te hayne et envie, contraire à la loy d'honneur toutesvoiies et de nature. Et fine l'acteur son prologue droit-là, etlecomplaint quêtant y congnoist.
Certes , dame , ne te besongne guères avoir exposition de œcy, parce que la matière en est plus claire que joyeuse, et qu'il n'y a point d'autre entendement que le UttéraL Donc, parce que tu ne fais guères d'arrest sur ce prdogne, comme tu as dit, et que sa matière aussi n'y est point forment scrupuleuse, tu t'en passes à petite et légière excusation, tendant à plus nécessaire et de plus grande profondité. Siques, qui avons fait et expédié nostre prologue, venons à la matière principale. Et résume en icelle ce qui te plaira, et moi je y parofRre l'ascout.
thàqik^tion. -^ Seigneur Entendement, songneuse* ment tray escouié et volontiers, et n'ay pas voulu mettre réplique en tes paroles, parce que tes sentences sont assea concédables, et que ce n'est pa8> le plus danget^eux de noctfre affaire que de ce prologue. Or; pour entrer donc* ques en jnatière plus avant, l'acteur droi^cy que tudeffsns,
condescendant nomméement sur les François, donne à cognoistre que sur eux et à leur cause il a fait ce prologue, et que eux et leurs faits sont la matière subjecte sur quoy il entend h ouvrer, là où il dit :
Pardonnei-mol, François, de ce proloerae, etc.
BNTBNDEH^NT. — Voiremeut condescend-il sur eux nomméement, et applique prologue et -matière subjecte tout à eux appartenir; et entre courtoisement en matière par requérir pardon du prologue fait , et adjouste que, s*il j a riens qui poigne, ne qui dérogue, qui toutesvoies riens n'y entend de tel, ils ont infinité de clercs et de gens sages qui en peuvent distinguer, [et] il s'en ose bien attendre à eux, par condition quevéritépuist avoir lieu. Mais, parintention de non les vouloir déprimer, ne en honneur vieil, ne nouvel , il confesse bien et leur descuevre que eux et leurs faits sont cause foncière de son œuvre que faire entend.
c Quelle cause et pourquoy? » penses-tu demander lors, àBmeFmaginatian. Et je responds : que les firoideurs et estranges termes tenus depuis un peu, et que les difS^ciles questions qui sourdent et naissent aujourd'hui pour fastras et choses de nient, et qui en cœur vertueux ne doivent avoir lieu , ne mansion, ont esté cause et matière subjecte à cestui acteur, lequel attribue l'ouvrage et l'adresse à ceux là où il voit les causes qui le meuvent.
TMAGiKATiOK. — L'acteur doncques voit les causes en François qui l'ont mu à ouvrer, bien il y pert; car prestement les conmience à toucher de faute, disant : qu'ils vont la voie oblique, et que tout le monde se perçoit de leur venin vieil et moderne, qui, joints une fois plusieurs
SUR ytRUÈ MAL PRISE. 317
membres en un corps soua une divine gouvernance, sous un roy pasteur temporel, vivent maintenant distrais et séparés l'un de l'autre, comme le teamoigne le quatorziesme couplet.
Sire Entendement» comment se veut entendre ceci, ne en quoy perçois-tu ceste obliquité de voie de quoy cestui acteur charge les François? Si tu l'y vois, sy le me le démonstre, et que j'en soye à ma paix , peut-estre que j'en retournerai à l'amende.
BNTBNDBMBKT. — Damo, uo fait besoin de te monstrer le chemin, qui mesmes congnois où il va, et ne te besongne faire ouverture de ce dont tu mesme portes la clef. Si tu as yeux et fains n'en voir goutte, n'es pas pourtant aveugle ; et si tu veux user de vertu visive, et iceUe emploier là où elle. doit estre tournée, il ne peut que tu ne voies et congnoisses ce que à l'œil se présente. Pourquoy me demandes-tu que je te donne l'entendement de ce que tu mesme entends et congnois et vois quel il est? Ou tu fais la nice et l'ignorant à plénitude de sens, bu tu fais l'aveugle et sy as claire vision et vive. N'as-tu peur que Dieu ne te juge , quand tu convertis tout au pervers ces nobles instrumens et organes , contraire de leur nature, et que tu n'en uses en la réalité et devoir ainsi que tu dois? Tes chemins et tes voies, de par Dieu sont-elles justes? Sontelles droites, ne procédant à paix? sont-elles nourrices de bon exemple, ne de joyeuse expectation, quand il est tout clair et tout sensible que la généralité d'une cour, non pas d'unroyaume, ne sçavent à quelle cause, ne pourquoy, fors de pure malice, se boute et nourrit en envie, en hayne et en reboutance d'une seule personne, un haut glorieux duc qui oncques ne leur fit mal , qui oncques ne leur procura chose contraire» si n'a esté plus en honneur et devoir qu'en
M8 8»09TI0fl
injuste titre; et uyn'j a rien en Iny qui doire moirroir nul de ses contraires, s'il n'est envie de sa f^cité et de la grftce que Dien lui «ivoie. Car il aime el faonneare tont le monde par degrés, chascun en sa valeur; il est humUe vers là où il doit; il est reeognoissast da bien reçu; il est léal là où nature l'oblige; il est enti^ là où bon&eur lui conseille ; il garde autrui honneur et lésion ; il s'ex^ pose à servir Dieu, et son souverain; il se paro£Pre à aimer ou à craindre celui là où il doit obéissance. Vais parce que, à l'appétit de divers cœurs non graves, n'est de légier ploiable par les manières que Ton j a quises, on le rebonte et déprime ; lui ferment yeux et courage les François, et à sa cause à ceux aussi qui l'aiment et soustiennent. Dame Fmajrin€ti4m, ne m'enqniers plus des choses que tu sienne cognois, et que je sais bien que tu les entends semblablement comme moy : traveille^moy en choses difficiles, et là je te descouvrirai vérité, si tu y mçts doubte, et me dustelle tourner à contraire.
ticagikâtiok/ — Beau sire EnUndemmU^ et je m'y accorde. Mais toutesvoies ton acteur continue de plus en plus aigre tousjours; et maintenant dit en son quinzième couplet : que si guerre et tribulation ont esté de maie aventure entre ces deux princes, entre cestes deux nations, François et Bourguignons, la souvenance en doit estre endormie désormais, par la paix qui y a esté trcnivée divinement ; en quoy il dit vray , mais il adjoint, par manière de lepreuve : que par ceste paix faite et trouvée de leur part la gbire et salut des François sont augmentées , comme principalement venans de là; et conclut par ce point que : tant peu et tant grand qu'il y a de gloire, ne de félicité, jnrocède de leur main, et, ingrats ou non, François tout le tiennent d'ieelle; et tourne ceci an vantise
SÏÏR YtSirk KàX. FRISB. S»
en f im «ndvoit» et un Fantee à reprenne , pouf apïOf je te piie pour exposMient, si loisiUe est.
BNTBNWBtfBNT. — Dame, tu mis surquiers toufijours; et semble que tu me veux traire à amples jw*oles , dont les sentences pounment estre hayneuses par trop les ou*^rir. Ifest besoiii toutesvoies de donner h nuUui oecamon de coùrroax, ne de pasrfonder &nlle matière qui euvis se escoute. François sont ceux k qui ho&neur et service sont dus, et à qui toute félicité et gloire sont Uen appartenans plus que à nation autre. Donc, si guerre et eauraûstié a esté entre eux et ceste nation de deçà, qui toutesvmes sont une mesme chose et doiy^t estre, et que ainâ qu'entre frère et frère, débats se meuvent souvent mortels, Dieu non obstant j a pourvu par gr&ce et y a mis paix« tant qu'à celui endroit touche. Donc, sa l'une main a lavé l'autre, et que qui. a mieux pu, il est allé au secours de l'autre, certes n'a fait que son devoir. Mais est Uen cas aussi de recongnoissance; car ne fait nul bien, tant soit petit, qui fiiire ne le veut, et ne peut-on constraindre les coursr ges de donner amitié, s'ils ne s'j consentent. Les gratuités des amours et bénéfices reçus obligrat les recevans. Dono, i^ils faUent et tournoient par ailleurs, ce leur est blasme d'ingratitude.
L'acteur entend grossement la cause et la met grossement en lettres. Guidant et entendant vraiement bien dire, parce que vérité, où qu'elle soit produite , ne mise avant, n'entend nulle honte, et se confie bien à estre vue et con* gnue. Et ainsi, jugeant vraysemblable que ce royaume , persécuté durement par l'envaye de troiSi est dit avoir esté rdevé, parce que Tun des fors y a laichié la main et lui est venu à secours, argoê aussi : que le royaume et les hommes le doivent reoongnoistre, quand véritérargue
et l'affenne estre tel, ou autrement le vice d'ingratitude . ombroie les non faisans. Et n'est pas merveille que qui veut tendre à haute et difficile conclusion, qu'en ses prémisses il mette hautes et aguës matières, par lesquelles on veut venir cheoir en l'estroit, qui est affectation de paix et de tranquillité par deçà , qui semble à l'acteur bien difficile à obtenir, ne à conserver longuement , si telles difficultés et questions misérables ont aucune durée. Or venons doncques au seiziesme couplet.
Sur cestui couplet, dame Fmaçination, ne te souffire faire demande. Mais mesme t'en veux mettreà tapaix, premiers que tu l'expètes; et ce pour cause que la substance dépend de l'autre et est une mesme chose avec le précédent, excepté que plus fermement encore il approuve et avéri^t ce que dit a premier : c'est que , laissant propre querelle par pitié et compassion de l'autre, un cœur est allé au secours de ce qui lui donnoit pitié; c'estoit ce très-noble royaume, ceste très-glorieuse maison de France qui périssoit toute et chéoit & l'envers , en laquelle jettant yeux de compassion demi divine, vainqoi querelle de nature et triompha sur passion humaine.
Et ne le dit pas l'acteur, ne remonstre tant par intention de repreuve, comme il fait par ostention de vérité, pour parattaîndre à ses fins, et pour faire revenir cœurs desvoyés & leur dû train , comme il dit bien en son dix-septiesme couplet subséquent, 1& où arrière je te coupe la demande.
L'acteur recongnoit ici que la gloire et félicité des François est icelle des Bourguignons, et que la nation de deçà vit et emprunte de la plénitude de l'autre, et par contraire languit et mendie en son infélicité; et semble monstrer taisamment que l'exultation et haut règne des François est
un heur grand et jocundité aux Bourguignons , et leur décadence et ruine, cause évident de mérancolie.
Mais parle un peu aigrement Tacteur en la fin de ce couplet, là où il dit que : j&-soit-ce qu'il ne parle, ne ne repreuve par jactance, sy parle-il parce qu'il perçoit les bienfaits et bontés de son maistre estre mortes et estaintes, là où elles dussent estre recongnues hautement et relevées, et l'en ensieus de ma part, sans intention d'en desplaire à nullui, par ce que vérité m'en a fait comprendre piëçà.
TMAQiNATiON. — entendement, tu dis rage ; tu es malement haut et hardi parleur ; et te senlble, par vérité que tu fains avoir emprès toy, que tu ne crains ne moy, ne autrui, et que tu ne ressongnes si tes sentences vuident aigres ou non, parce qu'il te semble que vérité n'a point d'impugnation.
Déa I entendement, vérité est vérité. Mais n'est jàbesoin de la faire si précise, ne si trenchant comme tu la veux maintenir droit-çy. Parfois il convient temporiser et supploier au temps et aux personnes, car vérités souvent trop de près touchées esmeuvent les courages à passions, comme vecy tout prestement, là où ton acteur touche en son dix-huitiesme article : que Dieu et amour furent forme et titre à ce duc bourguignon de faire paix et concorde avec son roy, par miséricorde, non pas à lui seul, mais à la généralité de France, laquelle, jà-soit-ce que oubliée est et non recongnue, sy ne la souffrira Dieu perdre v disant encore : qu'en un cœur seul et en un estomac, de nullui instigué fors de Dieu, ceste œuvre de compassion a esté forgée à longue traite.
Beau sire, et quel besoin fait tant redoubler et florir une mesme chose , quand à trois mots tout s'y entend ce Toa. Ti. 2i
3S2 BXroSITlON
qu'on 7 peut compreodre? Il semble que ce aoii voirement vantdse toueyours et impropération à la partie. Laquelle chose tu entends Inen que ce n*est mie vcne pour parvenir & ce que ton acteur prétend, comme tû dis; aios est plus racine d*ayr qui après se peut enfelonnir tout au parfait.
BNTBNDBMBKT. — Damo, à brief parler, ne convient jà longuement arrester droit-cy. Pr«»ids droit-là où tu Tas, et le maintiens bien; et là où tu as le tort aussi, juge-toy légièrement. Je ne prise vantise, ne jactance, et sy ne approuve point impropôre, ne reproche. Et si Facteur contendoit à ce et le sçusse, moy*mesme l'en blasmeroie. Tu me demandes pourquoi, ne s'il est besoin de tant redoubler une chose par diverses circonlocutions, qui, en deuz mots ou en trois , se peut comprendre en toute sa substance. Dame Imagination, plus sont les œuvres des hommes hautes et solempnelles, plus ont de circonstances et de diverses circuitionspar lesquelles se décorent. Or est ceste œuvre de quoy est parole maintenant, commencement de toute félicité françdise; et ne pouvoit estre nulle plus digne au monde, ne plus sainte, ne de plus grand fruit, parée qu'elle tiroit plus à condition divine que humaine. Doncques, si l'acteur la redouble par diverses récitations, il démonstre qu'en elle a diverses splendeurs, lesquelles toutes à une fois, n'en un seul regard ne se peuvent clorre, ne comprendre ; non pas qu'il le fasse par repreuve, ne par jactance, dont je l'excuse, mais par affection d'en imprimer vivement à vous autres la bonté de l'œuvre.
Donc, et s'il dit, comme il entent : que les bienfaits sont ignorés, mais que Dieu , qui est juste rétributeur, ne les souffrira perdre ; quel tort dit-il à nuUui, ne injure, quand il arguë que Dieu, qui est impassible et invariaUe, et
tonsjouTS juste et véritable , supploîerà le deffaut des hommes, qui de nature sont inconstans et pleins de diverses paissions? Sst-il homn^e françoîs qui se doive tenir injurié en cie? nenny voirl s^en lui a raison enluminée d'aucune saine conception véritable.
TMAGiNATiON FRANÇOISE. — Déal Entendement, vecy maintenant bien plus fort que meshuy. Tout ne sont que roses et violettes que tu as maniées ; et aprimes viennent les espines et chardons très-dangereux. Vecy ton homme qui dit en son dix-neuviesme article : que François essours en leurs hautes montées, aprè^ maintes honneurs et amours reçues, maintenant en font là bée ou la moue à leurs bienftdteurs, et les regarde Ton d*uns yeux pervers et agus.
Dit en outre en son vingtiesme couplet : que ce ne sont^ pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés d'humble service ; et que si François estoient dieux immortels ou anges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les servir et honnourer, que impossible est à office d'amour d'en faire plus ; mais tout redonde en mespris à iceux et en reboutànce. Donc, le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert guères de louenge; et semble qu'en ce cœur ingrat ne veuUe toucher une singulière personne.
BNTEHDEMBNT. — Dame, Uo te arguë qu'en raison, et ne trouble ta paix, là où tu ne vois chose qui te doie mouvoir. La fortune voirement dés Françoîs est jà haute, la roue chevillée de clous de longue duration, si Dieu plaist, dont l'acteur ne parle point comme mârry. Mais n'entendstu que libéralité de nouvelle fortune cause nouvelleté aussi d'eslëvement de cœur, et que ampliation de puissance et de rbideur engendre élation en contenement et en
manière? Cœurs exaltés en haut siège, à durregardent en leur dessous ; et là où ils voient riens qui l'es approche, là jettent-ils leur contemption. Ceci n'est pas nouvel, ains est ancien, mais non pas en cœurs bien pondéreux ; car ceuxlà, ne pour fortune amie, ne pour restive, ne escharce, ne se meuvent ; mais de chascune à l'avenant du temps font leur bon et leur preu. Ne s'enfiérissent non plus pour ses flatteries et haut promettre, qu'ils ne se desconfortent en son dénier et restraindre ; car congnoissent fortune • [estre] variable et pleine de déception, et souverainement à ceux qui, non eux pourvoyans de vertus, se confient en ses faveurs là où ils sont déçus; car ceux-là coustumièrement fait trébucier confus,et leur seroit plus félicité lors non avoir esté eslevés si haut, que réputation de malheur d'avoir esté tenus en dépression basse ; car nulle infélicité si grant que souvenance d'avoir esté félice. Doncques , en ensieuvant la lettre de l'acteur, où tu le accuses charger François en leur exaltation, disant qu'ils font les bées ou les moues à leurs bienfaiteurs de jadis, leurs frères et voisins, et leurs serviteurs très-volontaires, et que avecques ce ils monstrent uns yeux felles sur eux : dame, si les premiers articles sont vrais, là où l'acteur les a monstres frois et non fort affectés à l'amour de deçà par avant leur haute exaltation, plus encore se peut prouver vrai cestui article présent, quand libéralité de leur haute fortune leur engroissist à cent double leurs courages, lesquels, avec froideur première, s'ainsi est, légièrement causent despection dont ils ont pris racine. Mais ne le dit mie^l'acteur par volenté de les reprendre, mais par condoléance qu'il a prise en ceste douloreuse manière de faire , tant dommageable et de si doloureuse attente que les yeux en pleurent, et les cœurs des bons preud'hommes et des sages en
SUR VÉRITÉ MàL PRISE. 525
souspîrent, et les séditieux courages etlégiers à mal faire s'y aguisent et enfellissent.
Et là où tu dis, dame, que l'acteur repreuve en la personne de sa partie les humbles services et honneurs que a faits aux François, disant que ce ne sont pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés de bien aimer et servir, et que, si François estoient dieux immortels ou anges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les honnourer et servir, que impossible est à office d'amour d'en faire plus , mais tout redonde en mespris et en reboument aux faisans, dont le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert guères de los ; et te semble qu'en ce cœur ingrat il veuille noter une singulière personne. Dame, soies raisonnable droit-cy et ne prend pas les choses en leur pire entendement, quand amender toutes choses et les traire à bon terme est œuvre de grand vertu. Tu sçais bien, dame, que autre chose est de celui qui parle et de celui à qui on parle. Celui qui parle, c'est l'acteur en la personne de son parti, lequel présuppose au très-noble roy françois et à son haut baronnage estre dû toute honneur et révérence, toute humilité et service ,* comme du subjet au souverain, et ne met difficulté nulle que ainsi ne doit estre. Mais considérant qu'entre faire.et devoir faire il y chiet un franc arbitre en l'homme, qui peut causer le non faire, comme la plus part des hommes ou beaucoup pourroient estre repris aujourd'hui en non faire leur devoir et appartenir, tant envers Dieu comme envers le monde, comme tu sçais et que besoin n'est d'en bailler exemple, là où toutesvoies ceux qui devoir font, sont à louer et priser beaucoup envers ceux qui y fallent, arguë l'acteur et dit ainsi :
c Vous, ligueurs françois, nous vous servons et hon-
3^ EXFOStPtW
< nourons; nous nous humilions en terre devant V03 laces a et dominations; nous vous présentons et avons présenté c nos affections et bons courages ; et ne vous pouvons € gagner, ne convertir devers nous, voire en la généralité, € que tousjours il ne se monstre une froideur, iine indi* « gnation estrangesur nos personnes. » — « Et certes,» ce dit Facteur, t ce nesontpashonnestes rendanges, » comxne s'il vouloit dire : c Le bénéfice d*amour et d'honneur reçu, c et ce bon acquit que nous mettons en nos devoirs, vous € dust causer de nous aimer et prendre en grâce. Et , beaux c seigneurs, mettez un peu de vostre recongnoissance € envers nostre bonne volonté. Lerecongnoistre vous sera c honorable, et lebienfaire, ce nous sera vertu. Nous nous c y sommes tellement portés et acquittés, que si vous € estiez anges ou dieux immortels , sy n*en pourrions mais € plus faire. Et beaux seigneurs , ne siet-il point recon^ « gnoistre envers gens de si bon vouloir, et lesquels, avec « bonne volenté, ont puissance de la mettre à effet? Certes, t seigneurs, règle faut droit-cy , et n'y ont point de voye c équité, ne raison. Mesmes tout ce que nous faisons à
< intention de bien, nous redônde en mespris. Et seigneurs, € est-ce chose humaine, ne qui se puist respondre? Vrai- « ment il semble que l'ingrat droit-cy, vu nos bons et c loyaux acquits, n'acquiert guères de los à faire ainsi. » Et n'entend point l'acteur, par ce nom ingrat, une singulière personne, jà-soit-ce qu'il mette le nom en singulier, mais il entend plusieurs personnes qui peuvent participer en sa signifiance, parce que le nom est adjectif. Aussi, s'U disoit ingrats au pluriel, il noteroit tous et sembleroit qu'il n'y auroit riens excepté que tout ne fust ingrat. Maintenant le met-il en singulier adjectivement , donjoant h entendre qu'il y en peut avoir àjd non io^grats.
Psrquoj, dame, le bien enquérir les matières les donne bien à entendre; et les interpréter bien à leur vray vuide souvent beaucoup d'erreurs. Et n'y a riens mespris l'acteur droit-cy encore, si ce n'est que vérité ne peut estre oye. Toutesvoies , pour continuer sa matière , dit en son vingt et uniesme couplet :
An fort, par nous mettre en nos devoirs justes, etc.
FRANÇOISE YMAOïNATiON. — Ah çà, sire entendement, il y a bien plus fort droit-cy. Vecy un passage que je ne sçay comment tu feras passer ton acteur parmi, sans estre brouiUié beaucoup, car il est moult estroit; et est une erolière où cent contre un il demourra enraqUié. Tousjours se confie ton homme en ses œuvres, et dit en son vingt-uniesme article que au fort, par soy mettre en juste devoir envers ceux où honneur le conseille, tant plus à ceux qui ainsi feront, seront leurs fortunes robustes, leurs aventures meilleures, leurs noms plus clairs, et toutes leurs besongnes de plus grant efficace et de plus grant vertu encontre tout chascun qui les pourra traveil* lier ; et met avant que ainsi faisant et gardant devoir et vertu devers lui, n'y a point de perte un bouton ou une petite fleurette, si «sur ingrat ne prend en gré la'bonne opération. Que veut dire ce coeur ingrat, là où il condescend arrière à particulière personne, et met en' non chaloir le mal prendre en gré des Franç(»s, comme s'il voul* sist dire en la personne de son parti : < Ne me chault de < vous un oignon ; prenez-le en gré si vous voulez, ou c le laissez si vous voulez : tout m'est un. >
HNTSMMEMBKT. — Dame, beau chemin large et ouvert est àm léger passaUe, et est d'une mesme prestance et
aisibleté à un id jot comme à un sage, parce qu'en cheminer dessus n'a point de maisirie, ni d'avantage plus pour un que pour autre. Mais là où l'ignorant et le sage, le subtil et l'idyot voudroient tous deux ou devroient passer parmi un destroit, parmi un creux ou fossé frémissable,là certes y auroit honneur de s'y savoir conduire; et y auroit le sage et subtil homme grant avantage par dessus l'aulre, et le passeroit à son honneur là où l'autre y demourroit enraquié.
Au propos de ce que tu m'as dit maintenant de l'acteur, que mal se pourra sauver en cestui passage, tant le saché-je deffendre, qu'il n'y demeure brouillié : dame, le brouillis n'y est pas jusques tu le y vois. Donc, et si je le puis tirer parmi et ramener net, au moins faudras-tu à tes ententes. La première partie de son article est honorable et digne de grand los, et la seconde partie est véritable et digne d'estre soustenue, car là où il dit au premier :
An fort, par nous mettre en nos deToln Justes,
l'acteur, comme sage et recongnoissant ce qui est de devoir et d'honneur, présuppose tousjours son parti infailliblement vouloir faire bien, l'avoir fait à son pouvoir, et avoir intention tousjours d'y continuer; car lui-mesme recongnoit que ce qu'il fait, il le fait par devoir, comme il appert par propre escrit : Au fort, par nous mettre, etc. Présuppose aussy que faire justement son devoir, pour ce que plusieurs y fallent, est une chose honorable, et qui est moult agréable à honneur. Donc, par congnoissance qu'il a du cas, et que devoir faire et honneur ensiévir est vertu et une chose qui attend mérite, dit par manière de confidence, en la personne de son parti , pluriellement :
< Au foirt, plus nous mettrons en nos devoirs justement c et vertueusement, tant plus nous seront nos aventures c bonnes et vigoureuses , tant plus seront nos personnes
< claires et mieux recommandées , tant plus seront nos
< œuvres pleines de vertu et de bonne expectation, contre € un chascun qui d'aventure nous voudroit traveiller ou « mordre en nous. » En quoy disant et maintenant. Facteur parle bien et ne fait à reprendre d'un mot jusqu'à ce point; ains dit chose si vraie que contradiction n'j auroit point de lieu. Mais là où il dit après : qu'il n'y a point de perte une vermeille qui devoir fait et se cœuvre de vertu, si cœur ingrat ne le prend en gré : là convient-il entendre rintention de l'acteur, et le parer de ce qui sonne aigrement ; car n'est pas son intention si mauvaise que léger jugement y assied sa sentence.
Kacteur, dame, espoir* est homme de bon vouloir, est homme de bon fonds tout entier et tout franc , aime honneur et preud'hommie, aime vertu et vertueuses gens, affecte tout bien, ressongne tout mal, hait toute perversité, toute descongnoissance, toute présomption, toute iniquité et malice ; et soy congnoissant quel il est et quel il désire devenir, et voyant quel est le monde aujourd'hui, quels les hommes, frères à frères, amis à parens, affins à voisins, pleins de fautes, pleins de rancœurs, pleins d'envie, pleins de suspections, pleins de mautalens et d'ingratitude, et que ceux qui dussent estre vertueux et raisonnables, justes et honnestes en cœur, ensiévir équité et droiture', et que ceux qui le mieux s'y acquittent aujourd'hui et le plus honorablement besongnent, sont les moins congnus.
* Espoir, peui-étre, ici plutôt: sans doute.
' Ajoutes ici, poar oompléter la phrase : sont Us plus à reprendre.
390 ExrosmoH
iœpatieat de ce et courcié, ardant on hoimeuf et boB vouloir, dit, deeplaisamment en général à tout le monde : c Puisque ainsi va, et que bien fait ne pent eatre re- < congnu, au fort qui bien 8 y porte et s'y met en son « devoir, ne peut chaloir, ai coeur ingrat ne le prend en t gré. »
Et n*entend pas l'acteur par ce cœur ingrat une singulière personne sans jdus, ne un singulier cœur tel ou tel, mais un cœur qui est distributif à tous ceux qui peuvent estre entachés d'ingratitude. Par quoy je dis que œste clause que tu prisas tant, dame Fmâgination, n*est pas si dangereuse pour l'acteur comme tu pensoies; mrâ est excusable et réparable honnestement et en vraie équité , parce que le parler aigre lui est mu par ardeur à bien et par impatience du mal perçu, non parlant touteavoies ne aux François, ne aux autres, fors que à toute la gé^aéralité du monde entier.
TMAGiNATiON. — jEntendemMt, tes solutions sont moult belles, nutis ne sont pas de nécessité à croire, qui ne veut. Donc, si tu es passé par cestuidestroit, qui me sembloit assez fangeux, vez-en cy encore un autre aussi mauvais ou plus que celui-là , où il y a bien mystère, ce me semble, de passer parmi pieds nets. Ton homme va toujours de pis en pis, et de felle en plus aigre : il se vante en son vingtdeuxiesme article, que Dieu et hommes congnoias^at bien leurs vies et leurs manières de faire, et que par cela riens ne se peut ne celer, ne estordre, que tout ne soit sçu une fois et vienne à congnoissance ; mais en nos hauteurs et fflialtationa. Ton y perçoit nos œuvres si clairement que tout le monde y peut mordre. Donc , si le faire ainsi nous vient de faute d'ordre et de bonne raison, ce ,poise lui, mais le vice en redonde ai nous-meames* Que veux^tu
id respoadre, ff^endemefU, ne quel esclaircisâeineDt m y saruns-tu donner, qui me suffise ?
ENTENDEMENT. — Dame, de peu menace, de peu espovente ; et n eat digne de soy exposer au péril, qui ne l'ose atl(enâre. De ce que tu m'aa résumé droit-ey, fust aussy aigre et aussi dangereux comme tu le me fais , j'en dusse moult craindre la solution et le destroit par où je le voudroie parer ; mais entends bien que aussi peu crains-je cestui que l'autre passé. Pourquoy ? par ce certes que je n'y voy ri^is hors de voie, ne riens à répugner, selon le pourpos de l'acteur qui aigrement a commencé sa matière à bonne intention; sy convient que par là mesmes il la déduise pour venir à ses fins , non que ce soit nécessité, mais il peut estre utile.
L*acteur dit voirement et parle en la personne de son maistre en pluriel , pour couvertemônt parler de lui : que Dieu et les hommes congnoissent bien nos vies et nos opérations et toutes les bonnes intentions qui sont en nous, c'est-à-dire en sa noble personne, et que icelles ne se peuvent ne céW, ne estordre au paraller, que une fois toutes ne viennent et redondent en fruit et en rétribution, en l'équité divine et du monde. Et parlant ainsi de sa noble pereonne, il le glorifie en ce qu'il y sçait et perçoit de bon; en quoy faire ne fait tort à nuUui, mais fait son devoir d'exalter celui qui le vaut. Mais retirant ses yeux d'ensus lui et les rejettent en vous qui le vexez et à qui il lui (X>n vient avoir à faire et respondre, dit affirmativement : que les envies que vous avez dessus lui, sont si claires et si manifestes que tout le monde les peut percevoir. Donc, s'il y a faiiite de raison en vous ou de bon ordre , ce poise lui ; mais il dit que le venin de vostre envie redoode en vous-mesmes, comme il dit vray; car envie ne peut faire
33i EXPOSITION
mal à nul qu*à celui-mesme qui la porte, comme dit le grand Alain* en ses paraboles. Or, belle dame, puisque tu me quiers de si près, je te résume arrière la protestation que a fait Tacteur ici devant, et te renouvelle que je n*entends, non fait l'acteur, comprendre, en nuls de mes termes, ne en nuls de mes argumens, la très-noble personne du roy, comme qui nulle part ne s'y trouve toucbé; mais lui seul réservé, je me contente que tout s'y puisse comprendre , qui s'y voudra joindre. Venons au point doncques : ce qui est, il est, et est impossible que ce qui est, non soit. François sont bons, ou ils ne le sont point ; bons sont et tu les prononces. Mais s'en contraire de tout, ailleurs ils se desvoient devers nous, et envers nous ne usent point de bonté, n'est-il loisible de leur remonstrer ce en quoy nous nous dolons , et de les toucher en celui vice propre où nous les sentons desvoyés? Nous ne touchons point à particulières personnes, ne telles, ne telles. Nous réservons par exprès la majesté inviolée; et notons que ceux qui abusent de vertu et de noble condition, répugnent et reboutent celui du monde que plus dussent honorer et chérir après le souverain. Certes , il me semble que gens de bon vouloir, voyans autrui avoir envie ou despit en leur félicité, peuvent bien remonstrer ce qui est visible et percevable de lui-mesme et que à eux touche. Car, quoy qu'il soit de toute chose et de toute opinion, veulent gens ou non veulent, la vue descouvre les faits. Quand doncques les veuillans bien faire voient desvoiés ceux dont ils voudroient traire amour et grâce et se deulent de leur aucune imperfection, ne peuvent-ils, pour les mettre en la perfection où ils désirent, dire : < Vous estes tels ou tels envers
* Alain de Lille. Ses paraboles ont été reproduites dans diverses éditions de ses œuvres.
c nous. Ce nons griève et nous est dur, et à vous ce ne • vous est point honneste d'ainsi faire; et tant plus y € continuerez, tant plus en redondra le meschief en yous-
< mesmes. » Certes oy I et n*y a riens en ceste réparation, dame, que tu sçusses nyer par raison, sinon que tu pourrois maintenir et nyer que le vice d'envie ne fust point là où l'acteur le descrit, es nobles françois. Sur quoy je te répliqueroie tant et tellement , et te donneroie tant d'exemples , que les probations y seroient évidentes assez. Mais n'est heure encore, et peut estre que autre part pourroie estre constraint de les alléguer.
YMAGiNATiON PRANÇOiSB. — Or çà, loug arrest sur une chose, là où il y en a plusieurs entre mains, donne fatigue aucune fois et fait perdre temps. Nous sommes en ma* tiëre odieuse , ce me semble , et en difi5.cile transaction , dont encore ne voy fin de long temps; et me vient férir à l'œil présentement une esparque de bien aigre sentence que ton homme met en son vingt-troisiesme article.
Droit-là il arraisonne les François incrépamment et leur dit : c Si vous régnez en grant exaltation et triomphe, et c qu'en vos bras glt fortune endormie, comme s'elle fust
< toute pour vous, régnez si bien et si sagement que ce c régner vous demeure durable, et que la fin n'en retourne
< triste, car cela ne nous griefve point. Mais à l'autre lez € aussi, si fortune nous est amie un peu et qu'elle nous € faveure, n'y prenez point de desplaisir non plus que c nous, car cela ne nous vient point de vous, ne de vostre I cœur. » Laquelle chose sonne au commencement en manière de correction , et en la fin en descongnoissance
ENTENDEMENT. — Dame, sl tu Sainement entends, tu sainement jugeras. Cestui article que tu as relevé
maint^ant, n*est pas vicieux, et le te prouverai tellement, ce me semble, que la solutiou t'en semblera honueste. L^acteur droit-cy note trois choses et les déclare. Il note premièrement lagloire, Texaltation de fortune , la kaute triomphale régnation des François, dessous lesquels, lui, son maistre, ses suppos et subjects il leur convient vivre et temporiser; et est un des points qu'il note et confesse estre ainsi. U note secondement et donne à congncHstre Tamour qui est en lui et en tout son parti envers vous les François , quand voyant vostare r^nation si excuse, il la contemple et s'y délite; et de peur qu elle ne puist tourner par aucun meschief à décadence, dont il auroit deuil, vous advertit en titre de charité, et requiert que vous régniez si bien et si sagement que vostre haut glorieux règne ne retourne en triste fin, vu que les choses humaines ne sont estables, fors d'autant qu'elles sont ac* contrées de vertueuses sollicitudes; et est le second point lequel il déclare.
Tiercement, il donne à congnoistre taisamment, en faveur de son maistre, qu'il y a gloire aussi en haute fortune en icelui » et que comme ceux de deçà ne sont courciés de leur haute félicité et régnation, mais très-joyeux , que eux aussi en celle de deçà ne veuUent prendre murmure ; car ce que nous en avons, ne vient point de leur lune, ne de leur avancement.
Au premier point, là où il glorifie François en leur haute régnation qui se voit à l'œil» ne fait à reprendre, car vous est los et gloire quand tel il vous juge comme il vous voit. Au second point, là où il démonstre Tamour qu'il a en* vers vous par contempler vostre bonne fortune et par avoir soin et peur de vostre stabilité , n'est à reprendre aussi, car lui vient de dilection cordiale et de noble
vouloir, quand il vous avertit et requiert que voud mettiez sain et poorrision que la roue ne tourne; et le devez eo ceate qualité chétiT et aimer, quand il vous adrertit de vostre Balut et de chose qui est digue d'estre tous jours devant Tcsii, quand les plus hauts aucunesfois du monde et les j^us eslevés ont esté déçus par non y entendre.
Au tiers point où il parle taisamment en la faveur et vérité de son maistre, disant que si fortune lui est amie, n*y preniez point de desplaisir aussi, non plus que nous de la vostre, car de vous ne lui vient point ceste haute lunoîson : dame , si bien l'entendez , ne dit riens mal et encore moins de desplaisir à nuUui, comme vous fersi bien entendre; et n'y cherra difficulté nulle, qu'en cesté dernière clause, qui est que nostre bonne lunoison, nostre bonne aventure et félicité, ne nous viennent pas de vous. Et sembleroit par ce, que nous serions ingrats, descon*gnoissans et tous essours et eslevés en présomption et orgueil, dont je te monstrerai tout le contraire et apaiserai ton cœur.
Cestui prince voirement, puisque l'acteur taisamment le note, est plein de haute fortune et de glorieuse régna^ tion. Et ne convient point longue démonstration pour ce faire apparoir, quand ce qui en est de . lui-mesme, le juge. Il est prince parti de la très-noble maison de France, de laquelle comme les autres, en mesme degré de rang , il prend gloire et titre , et avec ce en emporte les biens grans et laides que point ne descongnoist, mais s'en répute atout grant et puissant entre tous ses semblables. Mais, avec ceste félicité et gloire que tirée a et produite avee lui du noble ventre de sa mère, et en laquelle il a longu^nent régné prince puissant et renommé , sy lui a
Dieu multiplié encore sur vieille grâce, nouyelle gloire et exaltation ; et qui Tavoit fait naistre duc par nature et succession de père, pour estre égal aux autres ducs plusieurs, Ta tellement pourvu de fortune, qu'en terre maintenant n*a duc son pareil. Donc, comme Dieu la pourvu de multiplication de seigneurie nouvelle sur la vieille qui estoit haute , a mis peine aussi de multiplier à Tavenant sa famé par multitude de vertus et de hautes opérations, par lesqueUes il espère mérite. Et comme cestes chosescy ne viennent point du tronc de France , ne viennent de donation, ne d'acquest, ne viennent point d*achat, ne de tirannie, ne viennent par aide, ne secours de main forte , mais viennent nuement du don de Dieu , de haute amie juste fortune , de vraie naturelle succession légitime du tronc de Tempire, du sang tout autre de France, d'autre condition, d'autre tenement, et qu'en icelleil resplend et règne glorieux et vertueux prince : ne peut dire l'acteur de luy-mesme et en faveur de la vérité, qui souvent n'est congnue là où besoin fait, que ceste haute superlative lune , ceste haute gloire et exaltation particulière ne procède point, ne ne vient directement et sans moyen de France, dont il porte nom et gloire connaturelle, quand ceste-icy est accidentale et lui procède de Dieu par nouvel don , lui procède de fortune par singulière faveur et lui procède de ses propres vertus et conditions, lesquelles il a appliquées à son pouvoir à toutes glorieuses opérations? Donc , et quand ainsi seroit que terres et possessions tous venroient du royal tronc françois et que de là les tenist, sy ne peut-il tenir les vertus que de Dieu et de son bon cœur, lesquelles font l'homme promptement glo-* rieux, non pas les hautes seigneuries, quand icelles souvent se possèdent sans glorieuse renommée ; mais ne se
SUR VÉRITÉ Mal prise. 557
peuvent acquérir nuls glorieux titres jamais» sans glorieusement vivre.
Or regarde, dame» si tu as cause de toy contenter droit-cy» ne si tu as cause d'imputer à Facteur, ne à autrui, vice en cestui endroit, comme d'avoir descongnoissamment parlé ou trop en arrogance, quand je te déclare distinctement que veut dire ceste lune qui ne vient point de vous autres. Et bien dis notamment vous autres; car quand tout viendroit du royal tronc , sy n'y a le pied de vous autres, lui seul réservé, qui doie entendre part en ceste contribution; car n'y avez mis ne doy, ne main, ne donné faveur, ne confort , ne vestu baubergeon, de son temps, en son avantage. Et par ainsi, posé que lui, en sa noble personne qui est toute humble, ne se vante, ne ne glorifie, et ne se veut extoUer ne en ce, ne en cela, l'acteur toutesvoies , qui procède à l'équité des choses, peut bien remonstrer quels dons il a de Dieu espéciaux, quels de nature et de succession légitime, quels aussi de fortune et de glorieusement vivre , et dont tout vient et de quel lieu, sans estre réputé arrogant, ne descongnu, ne disant injure à autrui.
FBANÇoisB YMA0INÂTION. — Quo tu trouvcs d'estrangcs vuidanges. Entendement, et de subtiles perçures pour vuider un destroit! N'y a trou si grand que tu ne trouves cheville pour le boucher, ne pertuis si estroit que tu ne 'passes parmi. Or çà, n'est rien fait, qui ne fait plus fort. L'acteur arrière, en son vingt-quatriesme article , se présume, et pense bien que cela se veut appliquer à son maistre; et dit qu'en lui a gloire, honneur et resplendissance qui l'air parvolent et font fendre les cieux. Mais ce n'est pas, veut-il dire, qu'il ne recong^oisse dont ce lui vient, car le tient de la haute puissance et faveur divine.
339 EXFOSiTIOli
laquelle, comme il subjoint, sera ponr le deffiendre su besoin, et lequel Dieu, si François le craignoient à offenser, ils se tiendroient à ce qu'ilsont de grâce et de bénéfice de lui, et sou£&eroient de la félicité de Tautre. Icy semble , à l'entendre , qu'un François doit avoir descongnoissance premièrement en leur haut régner, et seconde* ment que ne redoubtent à offenser Dieu, dont ils ont tous leurs bénéfices: laquelle chose porte de soy injure et ramponné'.
BNTRNDBMBNT. — Quo plust à Dieu, dame, que le thrône des François jamais ne dust estre touché de plus grant injure , que de telle que droit-cy; et je croy voir que jamais ne recevroit tache dont on le pust juger souillié, car droit-cy n'en y a nulle. Bien est vrai que l'acteur, en vuidant de son autre article et là où il parloit de ceste lune dessus touchée, maintenant spécifie un peu au clair ce que avoit mis par devant en termes obscurs ; et rendant gr&ces et louenges là où elles sont dues, dit : qu'en son maistre a gloires et exaltations qui parvolent les airs et les cieux. Donc, pour donner exemple à tons glorifiés hommes comment ils doivent user de leur fortune, dit : que ce n'est pas en descongnoissance, ne en aveuglissement que icelles possède, mais en crémeur et rétributions de louenges à son Créateur, dont il les congnoit avoir reçues plus que à son mérir, confiant de sa miséricorde , qu'en icelui bon vouloir et regart qu'il a envers lui, il le defiendra et secourra en temps opportun. Belle dame, ici y a-il vilain? y a-il riens droit-cy pour mordre, ne en quoy courage françois se dust mouvoir, ne troubler, quand ce que l'acteur dit de son maistre , il le
* Bamponne, taillerie, losalte.
SUR VÉRrFÉ MAL PRISE. 539
baiQe à tous autres pour faire pareillement, et ne réprime, ne ne corrige nullui de cas contraire, mais remonslare par son maistre : que de haute prospère fortune glorieuse est due haute singulière rétribution curieuse à Dieu, quand par décongnoistre, par non entendre à son devoir, par non vaquer et veiller en œuvres vertueuses, en diligences et sollicitudes, en choses de stabilité et de fruit, et souverainement en crémeur et louenge de Dieu, maints royaumes, maints [rois et monarques, du plus haut de la roue, non bien gouvernés, sont jettes confusément misérables en basse poussière, là où ils voutroullent \ tristes chétifs par leur démérir? Sy croy que aujourd'hui Dieu ne fera pas une nouvelle fortune pour la nouvelle régnation de présent, et [ne croy pas] que ayant eu mis tout le monde passé subjet à la vieille, doie exempter de sa loy et puissance la génération d'aujourd'hui nouvelle ; ains sou£Mra que qui en vertu et sens règne , que celui pardemeure, et que qui défectueux et mal sage possède le haut siège, que celui méritoirement trébuche, ou son équité seroit autre maintenant, que n'a esté trouvée en nos vieux pères. Doncques, et si l'acteur voiant que son maistre a esté surquis en plusieurs voies et ramponné autrement que ami à ami, et ce en doubte que crémeur de Dieu n'estoit point pleinement là où elle devoit bien estre, et que, par faute d'icelle, les deux hautes félicités, tant de l'un comme de l'autre , pourroient tendre à diminution et cheoir toutes deux; fait-il mal s'il subjoint que, si François craignoient offenser Dieu , ils se tiendroient aux grâces et bénéfices qu'ils ont de lui , et souffreroient de l'autrui, à qui Dieu a telle liberté de donner et chérir comme à eux? Certes,
* VimirouJUtU, se yautrent.
il m'est advis que nenny, et n'y a chose qui en mal se doive entendre.
vEAMçoisB TMAaiNATiON. — Plus parlos, Entendement, que plus tu me crois mes admirations; et plus te baille matières estroites , plus tu m'eschappes, et ne sçay comment; et te trouve hors de mes mains telle heure que je te ouide tenir à tenailles. Mais vecy où ton homme injurie terriblement nous autres François, là où, après confesser que nous avons un haut glorieux thrône par dessus le leur, et que icelui portant sceptre et couronne est tout plein de gloire ancienne, et que la clarté du siècle s'y resplend à l'entour, si vertu estoit en cour, comme soloit, mais nenny ; de quoy nous donnant reproche et mespris il dit : que vanité et présumption nous ont tellement abuvré les cœurs que la hantise en est fière et sauvage. Dit en outre en son vingt-cinquiesme article : que nostre orgueil et hautaines manières, nos élat^ons en nos nouvelles fortunes, avec le mespris que nous faisons d'eux, tous ces points-cy lui ont esté cause d'entrer en ceste aigre tractance, ei voudroit bien que la cause y fust moindre : par quoy il me semble qu'en ces deux articles le vingt-cinquiesme et le vingt-sixiesme il y a publique injure.
ENTENDEMENT. — Jo to respouds , damc, et concède qu'en aucun des points récités droit-cy il y peut avoir assiette de rigoureux termes sonnans aigrement, mais non injures proprement injurians et blessans, parce que injures sont choses faites et dites torcionnèrement* et sans nulles occasions précédentes, qui procèdent de felle villenneux estomac délibéré et proposant blesser en famé ou en corps; de quoy oncques l'acteur ne fut en talent', ne jamais ne
' Toreionnèrement, à tort, li^oBtement.
' Talent, intention.
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. Ui
sera trouvé tel; mais bien confesse que^ selon la portion et qualité que voit les hommes et les conditions de ce royaume en présent, et en quoy ils se desvoient et desmesurent, souverainement endevers ceux dont il est de la multitude, il les ose bien descrire et nommer tels comme à son jugement il les trouve par expérience. Par quoy, s'il les trouve et congnoit estre fondés en vaine gloire, et que de cela se paissent et abuvrënt, il n'y chiet point de grant meschief à dire : qu'en celui endroit la hantise aujourd'hui en est fière et sauvage , quand eux-mesmes se sont assauvagis de sauvages conditionsnon à eux appartenans, parce que lui-mesme les juge avoir leur thrône plein d'anciennes gloires par leurs anciennes glorieuses vertus: lesquelles, comme tu peux bien entendre, n'estoient pas fondées en vanités, n'en présumptions outrageuses, mais estoient fondées sur sciences, sur nobles mœurs et conditions, sur équité et bonnes consciences, sur preud'hommies et félicités sous recognoissance et crémeur de Dieu, sur regart à la chose publique, sur honnesteté de propre personne, sur amour et charité à son prome, sur courtoisie et bénignité envers chascun, sur Tespargne du peuple et de humain salut. Sur ces points-icy estoient fondées les vertus anciennes des François. De cestui grain remplissoientils anciennement leurs granges, de tels splendeurs décoroient-ils et enluminoient leur thrône, non pas d'orgueil et de jactance, non pas de confidence et de présumption en propres vertus, non pas de menaces et contemptions de leurs voisins, non de rigoureuses et roides tractations sur ses amis, par fierté, par envie, par despection, par dol, ne par fraude, comme font les mauvais, qui ne sont dignes de nuls titres, qui jamais ne parattaignent à glorieuse fin, ne jamais ne persévèrent à glorieuse durée, car seroit
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contre nature, et contre loy et ordre de toute équité et raison.
Doncques l'acteur voyant François en Htespas, et souverainement en tant qu'il lui touche, les peut bien nommer tels comme il les conçoit en son entendre. Et est vraisemblable que leur nouvelle fortune, laqudle je appelle nouvelle par rénovation, non pas par origine, leur peut avoir extollé les cœurs, parce que leurs mains cmt esckrd leur thrône de ce qu'en trois cens ans paravant oncques ne se put purgier par main nulle. Sy en peuvent estre leurs cœurs plus grandis, leurs natures plus ensoufflées de vanité, et leurs conditions plus hautaines et moins humbles. Mais pour parattaindre encore à plus hautes fins, comme je leur garde une fois, dussent louer et glorifier Dieu, à lui attribuer l'honneur de leur victoire, mettre peine à y persévérer longuement, et de non riens emprendre qui pust estre contraire à Dieu, ne à conscience, et gardans propre félicité, propre honneur et l'autrui, soy exposer et paroffrir en toute chose honneste et utile.
Vecy l'appartenir des François, vecy l'appartenir des vrais glorieux hommes, des baux victorieusement régnans, qui désirent mérite emprès Dieu et gloire du siècle. Donc, si l'acteur se deult par y sentir contrariétés, lesquelles il plaint et les frémist, comme il monstre bien en la fin de cestui vingt-sixiesme article, quand il dit que toutes cestes aigres manières et conditions lui sont cause de procéder en aigreur contre eux ; mais n'en fait mie pour tant à reprendre si fort, comme font ceux qui sont cause de l'aigreur; lesquels ne sont que une petite part de gens à l'aventure, et non pas toute la généralité, car seroît dommage; et envis l'acteur la y voudroit comprendre, mais seulement il note et entend aucuns particulieis.
sur lesquels, sans nommer nuUui, sa doléance est causée.
THAaiNATiON. — Et que dites-vous maintenant doncques du vingt-septiesme article de vostre homme» là où il dit et repreuve aux François : que leur orgueil maintes fois les a punis, et a fait passer et traverser toute infortune parmi leur royaume, en quoi autrui quelque estranger s*est glorifié en leur propre infélicité ; mais ce poise lui que constraint il le leur convient remonstrer pour y résister et mettre pourvision. Bepreuves, tu sçais bien, sont injures.
ENTENDEMENT. — Damo, tu dis mcrvcilles, et ne puis tant dire, ne tant faire que par devers toy tu misses une fois le bon bout , et que de toy-mesme tu te contentasses, quand de toy-mesme il te convient estre juge. L*acteur droit-cy , pourquoy ne peut-il mettre ce que dedans Paris, le nombril de France, les petits enfans qui vont à la moustarde, savent bien raconter l'un à l'autre, par le recort qu'ils ont oy de leur père : que les péchés, les orguelx, les desrèglemens, et les envies des François l'un à l'autre par maintes et diverses fois les ont punis ; et en ce mesme en quoy prenoient plaisir et délectation, en ce mesme ont esté battus et prosternés confusément, comme leurs intentions et fins quises estoient confuses et mauvaises. Se délitoient en envie et division l'un avec l'autre, et en envies et divisions sont esté morts. Se dâitoient en orgueil et vanités excessives, aujourd'hui tirans, demain pleins de mauvaises intentions^; et par nation orgueilleuse et excessive, rapace et convoiteuse de sang, pire que eux cent fois et plus inique, ont esté humiliés ; et y sont entrés roys et ducs, tirans et gens crudèles, et les ont calamités et persécutés, fait devenir misérables et recrans, vaincus en batailles et en sièges, et tout avieuti et pollué
leur thrAne; dont eux-mesines volontairement avoient esté cause, et en avoient produit la verge dont autrui les chastioit.
Et, belle dame, si l'acteur remonstre cecy et le leur met à l'œil affin que cecy plus n'avienne, et que par gravité et prudence, par longue pondération des matières, ils mettent pourvision, fait-il mal? fait-il chose contre hoimeur et loyauté? Certes nenny. Mesmes est une chose que les histoires françoises récitent et recordent, que ainsi en est, et que toutes conditions d'hommes, jeunes et vieux, recongnoissent aujourd'hui et jugent estre vrai. N'entends-tu que si division et envie ont pu autrefois esbranler les François, les faire cheoir et perdre honneur et salut, que aujourd'hui ne leur puisse procurer ce mesme, et les faire perdre et exterminer comme lors? Certes oy ! Et en seront les périls aussi prochains, comme ceux qui les aiment et quièrent, sont prests de les nourrir.
Or va avant, dame, et nous délivre de ton résumer; car la matière m'est contre cœur durement, et voulsisse bien en estre hors, si honneur me pouvoit permettre de non tant y respondre. Mais tant m'est près l'acteur, et son œuvre que je connois partir de meilleur fons que n'a esté prise, que à très-envis et à très-dur l'abandonneroie. Siques, ou déporte-moy de tes difficultés et interrogations maintes suspicieuses, ou me abrège mes peines et langueurs, là où envis je tire au collier.
TMAGiNATiON. — Sire Bnùendemefi^, ce ne m'est joie nulle de te vexer, et ne me délite point forment en l'occasion qui droit-cy nous assemble. Je t'ay mu des questions et difficultés aucunes droit-cy, dont maintenant un peu je te donrai déport, en tant que interroger touche ; et te requiers seulement que [tu me expliques les] huit articles
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. 3i5
enfiièvanSy lesquels huit articles ne sont pas si reboutables en sentence, comme ils sont dignes d'estre mis en question, pour quoy ils y sont mis. Siques prend le papier rnesme, s'il te plaist, et les regarde ; et de chascun à ton plaisir foy une petite déclaration pour suffire aux François, tant de l'un comme de l'autre.
ENTENDEMENT. — Dame, à le te faire brief et selon la lettre, laquelle est claire de soy et non disetteuse d'exposition : quant au premier où tu veux que je parle, qui est le vingt-huitiesme, et allègue l'acteur : que tous, ne nous autres, c'est à dire nullui, n'avons de propre force, ne de propre fierté nulle certaineté, 'il dit vray l'acteur. Et en ce disant, il glorifie Dieu de qui tout vient, force et vertu, et recongnoit propre fragilité, propre insuffisance dont l'humain genre est plein. Lors quand il dit que là-haut au ciel, glt le bras et la trenchant main qui coupe et détaille cy en bas ; donc si les hommes composent et ordonnent les batailles. Dieu envoie les victoires là où il lui plaist, et règne la main là sus invisiblement qui mène l'œuvre : de ceci ne te faut autre exposition que telle qui se prend à la lettre, quand toute vraie et non répugnable est approuvée et exemplée réalement et de fait par toutes saintes Escritures , que vous autres nobles et sciencieux François savez par cœur toutes.
Quant au vingt-neuviesme, là où l'acteur dit :
Puissance humaine est une po^re chose, Qui est fondée en vanité légère ;
ne dit vray l'acteur, te semble-il? N'est-ce pas une povre chose et très-petite que de vanité et présumption qui se mettent en puissance et en confidence humaine? Certes, sy est. Et tu sçais mesmes que l'Église reboute
celle confidence qui est seulement en homme, et avoue et autorise celle qui se pose en Dieu et non pas en princes. Dit en outre : « que millions et cens millions de gens, là « où péché et orgueil, descongnoissance de Dieu et préc sumption régnent, ne sont en comparaison que un € voirre de fougière qui se casse à la main et se froisse à € deuK dois en mille pièces ; > là où il vrai dit, et professe les œuvres et les merveilleux jugemens de Dieu estre à craindre, lequel coustumièrement vient en aide et secours à petites routes de gens humbles, à gensespeurés et craintifs, à gens traveilliés et vexés par mains de tiran ; et à ceux-là baille et pourvoit de victoire et de régnation, pour réprouver l'orgueil des autres et la confidence qu'ils prennent en l'infinité de leurs multitudes. Si on me demande nuls exemples, ne alléguemens, quand trop me seroit peine de y prendre recours, et que tous livres et tous bons sentimens françois et autres en sont pleins , et que François mesmes, par ce qui leur en est avenu en leur temps, présentement et de vive mémoire peuvent juger estre tel, quand cent mil des leurs sont chus , hélas ! par eestuy meschief devant un petit troupeau , non pas par la bonté des autres, ne que Dieu les aimast mieux, mais pour rompre leur orgueil et corriger par leurs plus meschans. De ceste déclaration du vingtrueufviesme, se passe légièrement et tout à net l'exposition plus avant du trentiesme, là où il dit :
Quans a-Von vu de si faits hauts mystères, etc.
Car tout est dit cy-devant ce que de cestui-là se poorroit dire ou déclarer plus.
Pareillement est du (xente^et-uniesme , excepté que
SUR VÉaiTÉ MAL PRISE. 347
cestui-là fait mention en la fin : que Dieu yeut donner à cosgnoistre aux hommes, que plus en lui qu'en nulles puissances humaines gisent la paix et le salut des royaumes et des roys.
Donc après, au trente-deuxiesme » il amplie un petit sa matière et dit : que Dieu souffire assez aux hommes faire grans apparaux beaucoup de proposements et de machinations y mais quand tout a esté proposé et mis sus , tout entrepris et délibéré d^e faire ainsi et ainsi, sur le clin d'un oedl fait-il tourner tout et fait tout avenir et cheoir au rebours de leur intention , au contraire de leur entendement. Pourquoi, certes? pour ce que les intentions à Taventure n*estoient point justes, ne saines, n estoient fondées en regart qui regardast Dieu , ne qui demandast sa gloire, ne sa louenge, mais tout le contraire d'humain salut publique et de propre, conune maintenant de vous autres se peut dire : que les proposemens, les machinations rumoreuses et diverses qui se préparent couvertement à rencontre de ceste maison , les alliances et renforcemens qui s'y quièrent, les substractions qui s'y essaient et espreuvent, pour et à fin de suppéditation, à fin de vendicatif appétit, pour povres causes, pour particulières privées passions dont les racines ne sont ne justes, ne honnestes , au tour d'une main, au clin d'un œil peut-estre, tout se tournera ce dessus dessous, par mort de personnes, par pitiés et compassions divines, par maintes autres diverses divines pourvisions, qui font eontretenir les roys et les princes malgré eux, et desquels souvent les légières, malsaines, mal causées, mal méditées, très-povres et petites causes, me sont abhominables et me donnent terreur et espoventemebt de leurs grosses, larges, desvergondées et immisârioor^euses
consciences, èsquelles si peu ressongnent et poisent persécution de peuple, et de respandre et calamiter sang humain.
Par quoy sainement adjoint Tacteur ce qu*il dit en son vingt-huitiesme article : que pour cestes et telles causes , besoin fait bien que la main de Dieu retienne devers lui le frain des roys volontaires et ireux , parce que leurs passions et fragilités humaines , non veullans vivre de conseil, ne de raison, seroient maintesfois préjudiciables et de grand grief au povre innocent peuple qui ne peut fuir leurs mains , sinon en tant que Dieu les préserve et garantit en leur innocence. Et vous met conséquemment un exemple l'acteur, du vertueux et très-puissant victorieux roy, le roy Henry d'Angleterre darrenier, lequel, après que Dieu l'avoit souffert calamiter et corriger son peuple françois, et non pas tant seulement le peuple, mais tout le thrône avec son contenu, Dieu le fit révoquer de son contendre plus avant, et par son propre message le fit rappeler et lui enjoindre que plus avant il ne persécutast son peuple, ne attemptast outre en conqueste, parce que la clameur d'icelui montoit jusques en son regard ; et vouloit convertir ses hautes vertus et diligences que lui avoit données, en plus hautes et glorieuses fins et opérations. Mais ledit roy, embuvré de convoitise, pessu de vaine gloire et de élation en sa haute fortune, proposant le sien fait devant celui de Dieu, et contempnant le message divin et son avertissement, ne voulut obéir à conseil; et proposant à bouter outre ce que avoit empris, continua en son erreur. Donc, dedans Tan, de la mesme main qui l'avoit fait vivre et régner jusqu'alors, fut perçus et exterminé en terre, et perdu et esvanui entre les hommes, comme une nuée qui droit-cy vole et là prend sa résolu-
tion en pluie. Ainsi fut-il de lui; et ainsi peut-il advenir des autres roys et princes ses semblables.
Donc après» pour encore plus ouvrir sa matière, dit : que Dieu, qui voit tout et tout sçait, congnoit et entend les cœurs de tous ceux qui contendent à bien et à fruit et disposent et ordonnent leurs cogitations à publique salut, et pareillement entend et congnoit aussi ceux qui par contraire n'entendent que à la vanité du monde et à propre privée affection, en quoy labourent et veillent; desquels tous, ce dit après, comme il voit et congnoit leurs chemins et proposemens divers, Tun cy, Tautre là, tout en ce point les conduit et fait prospérer en leurs voies, par plus, par moins, selon que leurs affections plus ou moins tendent à utiles et louables fins.
Dame, et que dis-tu droit-cy ? N'est vray et soustenable cestui article? N'est Dieu sur les roys et princes terriens? N'est-il celui qui voudroit tout le monde estre paisible, les hommes estre justes et raisonnables, les choses humaines estre gouvernées establement, les vertueux et les bons régner, et les mauvais exterminer jusqu'à non estre? Donc, si sur princes peut avoir un regard singulier, les bons doncques et ceux qui contendent à.bien publique doit faire prospérer en leurs voies, et les présumptieux et remplis de vanité réprimer en durée. Sy a bien mis et notamment l'acteur l'exemple de ce roy Henry, lequel, par les vertus et singularités créées en luy, pouvoit estre instrument du bras de Dieu esmerveiUable à l'encontre des Infidèles et autres rontures et plaies de la chrestienté, dont il pouvoit estre répareur; mais lui tout plein de sens, plein de prudence et d'activité, plein de labeur et de diligence, plein de vertu et de condition séant à conquéreur, à prince belliqueux, batailler, jeune et robuste de corps, riche de
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finance sans nombre, puissant de peupk ei de chevalerie, s'exposa tout au traveil des chrestiens et de propre querelle, à vanité de privée gloire; et là persistant et désobéissant à Dieu, qui à plus grand chose le vouloit convertir, fut en fleur de ses jours précipité de mort.
Et dame, n'est^e pas un exemple bel aux autres roys et princes terriens, lesquels peut-estre sont instrumens, ou seroient, à Dieu pour g^rands besongnes faire, si leurs vertus et nobles conditions vouloient convertir en choses de gloire publique, en choses d'expectatdon méritoire, dont Dieu et la foy sainte sont matière subjecte? Certes sj est. L'exemple y est bel et séant. Mais aujourd'hui fuyansicelle voye, et ignorans quels dons ont de Dieu, quels instrumens ils sont ou pourroient estre , s'aguisent et s'escharnent en l'un l'autre, s'entregnongnent et s'entremenacent ensemble pour privées affections, pour particulières que* relies non nécessaires , pour causes et subtilités non honnestes, ne saines; et parvenus à la gloire du monde, par grâce de Dieu , se disposent à la remettre en branle et danger, par conseil de l'ennemi. Et belle dame, qu'est-il aux François, qui avec le divin bras ont purifié mainte* nant leur thrône des vieilles bruynes qui , passé a trois cens ans, y ont courues, et ont les bras au desseure de leurs ennemis anciens, ont bouté guerre hors de leurs metes pour avoir paix, et maintenant en dedans eux vont quérant une nouvelle, lune main contre Tautre? Que est-il à eux, si titre n'ont juste en leur propre région, de la quérir illec ou mouvoir, de la venir quérir à Luxembourg \ hors de leur congnoissance, hors de leur dition et appartenir, pour mouvoir et exciter celui qui
* ro|f«stni,p.90O.
jusqu'à la darniëre et toute extrême censtrainte fuit la mellée? Est-ce chose honneste à eux, ne respondable qu'eu ce qu'en glorieuse vertu et main forte est obtenu victo* rieusement et conquis , et jà si justement possédé que oncques nuls d'eux, fors depuis peu de temps en çà, n'y réclamoit riens, que maintenant on traveille, par couvertes subtiles voies non honnestes, de l'atraire hors de la main du possessant, qui chevalereusement et à juste titre y a exposé son corps , y a mis son exercite, donné soin et labeur, et tant fait que triomphamment a fait d'une spelonque de larrons, pays de justice et de tranquillité.
Et dame, Luxembourg, qui n'est de la concemence de France nullement, ne des François, qu est-il aux François, en qui main elle soit? Doivent François, qui ont paix maintenant et gloire, en extrémité aller quérir droit-là guerre qui leur baillera ignominie, et laquelle, quand l'auront mue en dehors leur royaume, la retireront arrière malgré eux en dedans leur gyron, et se retrouveront en pestilence et en malédiction jusqu'aux yeux , dont jamais n'auront fin.
sens de France et proud'hommie ! ô haute glorieuse noblesse et vertu ancienne, que estes-vous devenues? 6 salutaire et utile crémeur de Dieu ! 6 haute circonspection et prudence royale d'équité et justice de conscience ! et où sont^vos natures? où sont vos habitations aujourd'hui? et où sont vos salutaires et fructueuses opérations et doctrines qui de vous procèdent et naissent, quand aujourdliui visitant et quérant les anguelets des haulx royaux palais, ne vous trouve nulle part, ne me perçoy de vos conditions, si peu non, dont à Dieu prenne pitié, et au monde puist-il non tourner à dommage i
A ce mot s'avança dame Flatterie, une dame fainte en
condition, ce sembloit, et déceveuse; et faisant signe aucun comme pour vouloir restraindre entendement de tant parler, dressa mesme sa parole envers lui et lui dit :
entendement^ trop tu es aigre et précis; et ne sont ' point à desvelopper toutes choses lesquelles on voit; et convient supploier aux temps et aux hommes parfois. Donc, si les yeux, que tu a& clairs et subtils, voient des choses beaucoup , dont les unes sont claires en nature et les autres troubles, ne fait besoin pour tant tout descouvrir, ne respandre, quand beaucoup d'icelles peuvent estre odieuses; car, jà-soit-ce que tirent à vérité, sy sont-elles indignes et mal acceptables, parce qu'elles infèrent plaies aux escoutans. Sy ne dois, tant pour ton bien propre que pour autrui paix, tant te descoudre, quand indignation des princes fait moult à craindre, et que leur gr&ce est une haute félicité pour ceux qui se sçavent avoir autour de leurs personnes; car fait icelle monter lliomme en autorité, avoir faveur et portage, entrée en Testroite fermeture de privante, là où autres maints, crians à lliuys, bien notables, se pourmainent non appelés, s'acquièrent droit-là dons et offices, promotions et haulx estats, dont la vie leur est pourvue contre indigence, et leur indigence rasseurée par pourvision.
Sy te dis bien, sire, que bon fait vivre avec les vivans, et savoir tourner son voile avec le vent qui avance. Vivre est délitable, mourir, horribleté extrême ; et n'a mort que une seule amertume pointue, là où vie miséraUe a mille similitudes de mort. Siques, obtempère et donne cours aux choses que tu ne peux destoumer, et n'expose point de peine en quoy tu ne peux mettre remède. Roys sont roys, princes sont princes. Si bien font, c'est pour eux ; si mal, ne les siet à reprendre : le repreneur n'y a jamais
bien. Qui les lone et prise, et sçait complaire et ployer, celui rë^e et monte.
BNTBNDRMBKT. — Dame Flatterie, ne sçay comment jà si longuement tu t'es sçu contenir de parler et de me remonstrer ce que tu ores m'as dit, quand jà en beaucoup d'endroits j'ai usé de termes bien aigres, dont, comme bien sçai, tu as eu bide des sentences. Mais comme ton propre est de décliner de vérité par malice, le mien propre est de la maintenir roide par vertu.
Ta condition, dame, sy est molle et vicieuse, et ne regardes que utilité propre ; et la mienne est invincible en courage, et considère équité universe. Tu ne peux, comme dit Nostre Rédempteur Jésus, servir bien à gré deux seigneurs de contraires natures, que tu ne baies l'un, et l'autre tu aimeras ; ou que l'un tu ne soustiennes, et l'autre tu contempneras. Vérité, c'est Dieu droit-cy, laquelle tu contempnes parce que tu aimes la fausseté du monde; et ton monde je le contempne parce que vérité n'y est point aimée. Vérité, dame, de soy est aimable; et comme Dieu est à aimer de soy, aussi est vérité; car vérité est Dieu, et Dieu, vérité. Si ne penses que pour les bienfaits et menaces du monde, je me voulsisse estordre de ce que j'ai du don de Dieu, si noble et si pur, ne que je voulsisse changer ma propriété en perverse opération contraire à ma nature, qui est de concevoir les diverses choses du monde telles que les sens extériores les me présentent, et icelles enquérir et méditer songneuaement et parfondement en dedans moy, telles comme je les ay conçues par vue ou par oye ou autre sentement. Lesquelles choses, à qui que elles touchent, ne quelles que puissent estre en réalité, bonnes ou mauvaises, ne peuvent changer, ne varier le concevant, ne elles ne se peuvent ne changer, ne muer
TOI. Tl. 23
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que, tjàJ&s (ffi» xfjfi fi^ prâ^ntéias ef conçues, qw teUes ne demeurent. Si doncques les faits 4n moijude ^ pr^^en* teiffif ^ jfxoj^ ep je les conçois tels ppmme ils soi^t» ^ que d*icç]i|i^z longuen^nt médités et tractés en la lomièrQ de raison saine, je suis con^tri^nt d'en parler et faire conclusion, ne les dois-je manifester tels comme ep la réalité je les ay conçus, sans que je sp|e repris pour ce, pe redar^ gué d'o&nse? certes oy. Mais non pas que je le fisse i^ intention de grever, mais à inteiitiop de me Toploir tenir inporroptpu m ma nature.
Dame, au^ peu que les montagnes et les arbr^ des ch^pips, ai:|ssi peu que le ciel et les élépsns se peuvent ipucier de la vue des hommes, aussi peu se peuvent mucier, ne celer le^ faifs des roys et des haulx princes devant les liumai^ies conceptions, que tout n'y soit logé et incorporé, tout compris et mis en estuy, par plus et par moins, comipe le^ choses par plus at par moins se présentent aux sentemeps, et comme les entendemens aiissi, plus et plus, 8*appliqiient à les concevoir beaucoup ou peu. Entre lesquels ceux qui beaucoup en conçoivent, en ont laidement congnoissa?^ce, et cefix quj en ont conception estroite, n'en peuvent faire que aschars jugemens. Si hommca osent faire, hommes osenf bien regarder. Donc, comme les faits n'esppyentent pqint ne n'esvei^opdent les facteurs, le viiveqient parler aussi n'espoventa poii^t les regardans, ou en couvert ou en publique.
Qui est*ce qui fit mettre une royne de France *• . . . . . . estre traynée à Paris entre quatre chevaux, fors celui qui Iç vit aux yeux, dont toutesvoies les enfans se fussent tenus à injuriés, qui lour en aust fait ?acord?'
* Lacnne.
^ De BwAehaut étaient issus les lois (TAostraile.
SUR VtRftÉ UkL PRISE. B66
Vm otelilkt lôliteBVoies éellô t^néliieûr , «y f^^il ttis pài^ esctit^ «t lelleiaént que iaujonrdliui eïicore thrône ffençoiA en à feàipreiiite de Tomb^re. Qui est-ce qui^ de ce glorieux tonquéreur Hdiiybal, en récitation Ae ses propriétés et vertus^ fit ajoindre aussi ses pluseurs détestabléê cotidi-^ tions et grans vices par lesquels dénigiroit I^ dignité de sft famé? Qui est-ce qui au conquéreur du monde, César, a mis Tescart ténébreux en sa clarté, par lequel, tout assis au siège des meilleurs, est regardé souppeçonneusement de maints yeux contraires? Qui au meilleur des Grieux, Achiles, vainqueur sur le meilleur du siècle, lui a donné note dont ternie est à tousjours sa renommée? Qui à maints autres chrestiens* et payons, avecqties dignité mainte de haulx titres, leur a donné taches en leurs matateaux^ dont moins ils resplendent? sinon ceux qui, parforciés de vérité dire, ont proféré ce que vérité leur a fait concevoir; Claire famé, que tu l'entendes, procède d'estroite coiltre^ garde. Donc, posé que les choses ne se plaquent aux visages des délinquans et se cèlent du temps de leur règne, ne se coàuvrent point toiitesVoies es livres qui après eux sespandent en diverses mainsi et là où se trouve^ veu-^ lent, non veulent» ce qtii est de leur fait. Mais ne dis pas cecy à nul titre, fors par advertissement que qui glorieux est et clait, se contregarde de polluant œiivre^ et qui mott désire non impugnée de famé, se abstienne de ignomi^ liîeusement vivre.
YMAOïNATioN PRANçoisB. — FntittdeiHent, tu relièves des ehodes beaucoup, et te boutes, te me semble, en une haute théologie dangereuse, et à toy non moult nécessaire. Te pourroit bien suffire si tant seulement tu réparer ponvoies et sauver les aigres et Nuisantes paroles dé cesttii hoitdne que tu deffeiids, sans y riens adjou^ter du
tieo» ne de tiouvel, quand ce qui est au principal mesmes y est trop. Beau sire, ne te descous pas tant, et ne nous quiers nulles matières nouvelles, qui en as assez devant toy bien difficiles, lesquelles, premier que tu les saches bien soudre, te donront à souffrir; et tout premièrement droit-cy, où l'acteur dit :
François, François, remitiges vos ires, etc.
Que veut dire ton injurieux homme droit-cy : t Fran- « çois, François, remitigez vos ires et ramodérez vos « passions? » Nous veut-il corriger, ne reprendre en nos mœurs? nous veut-il donner règle, ne discipline en ce qui nous siet à faire quand il dit que nous nous remitigions, que nous ramodérions nos passions? Où, ne en quoy est l'esmouvement dont il se est perçu en nous, et par quoy il peut avoir cause de nous enseigner? Et puis : « gouvernez « vos haulx nouveaux empires ! » Nos empires sont-ils nouveaux? nos régnations et. puissances sont- ce choses d*huy et de hier, venues nouvellement en vivant d'homme et à coup esvaoouissables? comment l'entend-il ? Où sont les sauvetés que tu trouveras sur cecy et par lesquelles tu le penseras à parer, qui semble nous vouloir corriger, qui semble nous vouloir assagir et préaviser de nos meschiefe, et avec ce nous réprimer en nostre ancienne clarté, disant: que nos empires sont nouveaux et que mestier nous fait de les gouverner bien.
ENTENDEMENT. — Damo Fmaginottùn , moult certes t'est bien séant ce nom, et moult es proprement baptisée en icelui, quand proprement il est tout tel que ta nature. Tu as des fantaisies beaucoup en toy et des ymaginations que tu estiines de grand poids, lesquelles, revisetées par
autrui main, setrouvent de trës-povre effet. Et, belle dame, en ce présent article qui est le trente-sixiesme, que tu maintenant eslièves si haut, quel chose a dit, ne escrit l'acteur de quoy toy, ne autrui se doive troubler? Il a dit « François, François > notamment par deux fois pour donner à congnoistre la fermeté de l'impression qu'il a en son cœur touchant vous, et par considération des choses précédentes qui ont esté cause de son escrire, et parce que mu de bonne àme, il vous a donné exemples et figures, remonstrances et allégations salutaires pour fiiir propre péril et à autrui donner paix et salut. Il vous requiert que, si vous avez aucunes ires ou passions , comme possible est, que vous les veuilliez amodérer et remettre en douceur, par ardeur et affection qu'il a grandes de vous voir en vostre paix envers ceux souverainement où il affecte.
Donc, par povre confidence qu'il a en fragilité humaine, qui de tant légier est desvoiable par diverses passions et à coup encourue en péril grand, adjouste et prie : que vous gouverniez tellement vos nouveaux empires que vos noms et titres enfin ne vaillent moins. Et en tant que François s'arrestent beaucoup sur ce mot t nouveaux em- « pires» , et qu'il semble parlerrepréhensîvement en devers eux, outre l'appartenir : belle dame, je laisse l'adresse de ma raison envers François, et en toy seule je tourne mon parler. Tu as uns yeux pour noter le mal, et non pas pour percevoir le bien là où il est. Si l'acteur dit que l'empire des François est nouvel aujourd'hui, entends-tu que ce il doit avoir dit par ignorance, et qu'il ne sçust que c'est de ce royaume, ne de son très-glorieux triomphe ancien? Certes, tu le tiens à plus simple qu'il n'est, et plus ignorant. Âins le congnoitet entend; et par si bien le congnois-
3Sft EXPQSmpK
trç e^ çwtencl^, 1» glprifiç et prise suc tpute rijço, «Atre* M^ais, quant au pr4sei;it touché, lA ot^ il dit « mpi^yoaux c empires », , ce wuuifu ne seutend^ nue ^ur commencement de royaume entrant en régQation nouveUe» maja ^ur commencem^ent d*hompies parvenu3 h règne en. nouvelle amie fortune; lesquels encore^ par iiegard au. vieil infortune don^ sont vuidés, soi^t en Te^cheU^ de rég^ation glorieuse tout freschement remontés sus, de l^queUe, si d'aventuroi par union désordonnée ou par autre accident, illjBur çoQvenoit redescei^dre et estre ti;esbuciés en bas, ce leur seroit faute grande et reproche ei^, lei}^ hau^ npms, quand n'^uroienjt sçu garder en vertu, ce qu!ei^ vertu et hapt sens avoient parohtenu et acquis. Sj n'eu est pas 1& sentence si mauvaise, d^iqe, comme tu la fais; mais est sai^e et honneste» et n'en est li^ remoimtrapj^e que véritable et utile.
Donc, là où tu viens h l^ conclusion de cestui. artic^e^^là où l'acteur dit : que il siet avoir sens pour garder Qst9r ble ce dont on a ^quis pleines ses granges, l'acteur dit bien ; car voirement j a bien mistère et vertu de ^ypir biens acquérir ; mais encore y a-il mistèijQ trop plus d'en, savoir bien user apr^ l'acquisition, faite.
N'entends-tu que, tant que l'homme labeure et contend ^,une fin aucune, que, pour parvenir à icelle, il y subtile» ^ e^^pose tous ses. ee^rits, et y emploie sena et vertti, soin et diligence pour y attaindre; et là. en. icelui estât estril 2Hîtif,et8oi(gneux, pron^ptet mouvant; toosjoura, se^ désarme des^ choses grevables^à^sou intention.,, et s^ren^ force de. celles, qui lui sont utiles Qt vaillables; lequ4« IMM^.enu à se:^ fin^ prend. gloire^ et. exu^tion grades. en. son açqueat. Maiâ alors,, conune longuement tramiUé en 8oi| coutendrci, en la.tranqjaillité^ dei squ cpeur a^isi. a^.
scR vMrrK mâL prise. sb»
Impose; donûô ^uoieté à ses membres, dotme solaB* H ies éifpriU et Tertt», lesquelles s^endorment et s'apparesitotft totb enseûible avec le corps , parce que n'oât mais en quoy eux exercer. Donc , comme haiseuse est mère de péché, nourrice d'orgueil et de voluptés, extinction de lumièM et d'Mtendement, devient à estre cause' slussi de Mtè reperdre à l'homme 9on ax^quedt et de le* faire re^ dieoii^ en celui estât povre, là où consti^nte de sa dîure fortune, lui- fit aherdre vertu pour monter avec elle. Sy afppert droit^cy quelle différence il* y a enti^ le contendant ef^le possessant. Le contondant, par constrsdutô, est tbusjôurs solliciteur, plein de labeur ; et le posseSËâlit, pkr naitare^ plein de délis etde vaitité de courage.
Ne te recordes^u quelles BomainS', taiidis que lÀbôui^ient en amplier leuf seigneurie, ou que' par auti^s rebelles à leur empire se l^ilvoient iûvadésf et veiés, que dors ^es, ne volupté^ntâfes n'avoieiU Ueru avecques? eu^ ; mais quand et sitostque se trouvèrent bras au dèsëûrë, et que tf a^roient en quoy elert^itei^ leurs cohortes batalUeresses, tantost tous vices, toutes lascivetés, toUtel^' envies et divisions, toutes murilitire^ et privées aflbèfions se boutèrent entr'eux) efrvisans à^conVoitise et à partieûlier bien, laiÉMtis* commune et gMëràle félicité, se mirent en parties et en tumultes Fun contre l'autre', en guerres et en tribulations enseiftble, et^en sourdii^nlfleë crudèles et inhtmittfbes batdllëd civiles, lesquelles depuis, peu & péU, "^ttans â*à!i liieschief en unisiltre, 1^ menèrent' jusque à piérii'et redescendre en toute povrèté et affliction decœui*, eU toute cbïif use- décadenee et servitude, là où aUjourdliiti enoei^'sont spectacles d'avoir^ esté'les plus glorieux delà tifrfè, mais pai^ contraire de moindre MputatibU à <M^ hteUrè^^* les ^àtts miséridtaès.
360 BXPOSmON
Dame, que tu l'entendes I Bégnation n'est e6taUe à nullui, et n'en fut oncques nulle si longue que venue ne soit à tennination. CeUe des Assyriens prit fin en son période. Sy fit celle des Cartagiens ; celle des Macédoniens pareillement ; et la damiëre et la plus haute, qui fut celle des Romains, et la plus prochaine k nous autres, jà a mil ans que elle est terminée aussi ; et en est esvanouie la gloire, sinon d'autant que les hon^mes en prennent par les escrits. Sy est venue depuis la régnation des Francs, qui n'ont leur certaineté ne que les autres, combien qu'il y a plus apparence de durée que ailleurs, pour cause que la foy y est en son giron de repos. Toutesfois à doubler fait que , après avoir duré jà mil ans, luttans et milîtaufl contre fortune, maintesfois chus et maintesfois relevés, finablement ne puissent venir au terme de leur période aussi, et que, comme les autres sont venus à termination par aucun H^ eux aussy, par un si non c<Mignu, parvendront au semblable, et tant plus tost comme plus s'esloogeront de ce qui plus les pourra faire durer : c'est union et amour en dedans leur clos l'un avec l'autre, et justification de leurs personnes par beaux exemples pour autrui mettre en règle et en ordre par noblement vivre.
Or sçai-je bien, dame, que tu me veux remouvoir question nouvelle ; et contondant tousjours à recharger cestui povre acteur, lui imputer plus et plus cuisance de paroles et d'injurieux mots ; et ce à cause de son trent^-septiesme article. Car pourroient dire François : que despitementleur repreuve icy et ramentoit leurs aventures passées, disant: « Trop a esté de vostre part cousteuse, et vous devroit « estre chose annuyeuse rentrer arrière en sa grippe > , comme si l'infortune fust trop plus par devers eux que par devers le parti de deçà, en quoy se peut noter injure et
reprenve non véritable. Dame, toutesvoîes, pour non te donner peine de y arguer dessnis, moy-mesme je y viens au devant et contends d*y donner Tappaisement qui y est séant. L'acteur considère deux choses : Tune sy est le très^victorieux bras des François que fortune a eslevé maintenant, et lequel en sa haute exaltation se peut présumer de plus avant emprendre ; l'autre sy est, que les couvertes haynes longuement portées se devront plus tost montrer en temps de forte triomphante main que de foible. Sy craint tant l'acteur ces deux points, que veuUant avertir les François, que choses qui pendent en fortune, ne sont point certaines en nulle main, souverainement celles de guerre et de bataille, dit que : t guerre à ce lez (pour € ce que ailleurs ne lui touche), ne vous est besonc gueuse, sinon que vous soyez jà lassés d'avoir esté en € paix » ; et allègue la raison, disant que : < guerre vous c a esté trop cousteuse de votre part» ; non pas cousteuse que le coust vous soit venu de ce lez dont il parle, mais que à vous-mesmes elle a esté trop cousteuse en ruines de terres, de seigneuries, d'édifices, de hautes glorieuses possessions, et de peuple innombrable comme les estoiles du ciel.
Cestui-là est le coust que l'acteur y entend et pour quoy vous devroit estre un merveilleux dur ennuy rencheoir arrière en la grippe de celle malédiction qui n'a pas esté tenninée eu vos pères, mais en. vous-mesmes; et y sont morts et terminés vos pères misérablement. Et alors l'acteur, affectant que demourissiez (élices et paisibles, et lui avec vous, vous remonstre et dit : t Au fort, si vostrecœur « ne se peut adonner & nous bien vouloir, veuilliez du < bien à vous-mesmes, et flattez et baisez vostre propre « fortune présente, affin que, moqueresse de nature et
sn EXFOsnm
< plnne^de lalkces, [elle] ne vous paye do sa âassÎBÎQa et « de ses Tidllss cDastames. »
Dame, n'y a riens de mal, qui mal ne l'ediAend. Cap, poiegueœuvres auttrefois bonnes et honnestes peuvent estve interprétées mauvaises et de mauvais effet, plus tost encore paroles doubles, qui peuvent avoir deux et pluaieuift en<tendemens, se peuvent prendre en Tinterprétalfon "pire par les cœuns moins sages. Exemple : tu eçais qu'en la propre et mesme fleur là oit la noble mouche ipteoA son miel, l*7ragne* vient après et y quiert son venscir. Ifest toutesvoies la fleur mauvaise en soy, ne de riens pire du venin quis. Mais est sa bonté nourrissement à deux coih traires natures, dont en Tune elle est convertie en bien, et en mal en Tautre.
L*8cteur après, désirant monstrer la fin' de sa coniten-» danoe, ^Kure en:la personne de ceux dont il' parle, dit :
Houti quant ànoiis, nous désirons àyfrre, ete.
n démonstre assez que riens ne quiert, fors paix et amour avec ses voisins, avec ses plus grands, avec ses moindres, et que riens n'a en lui en quoy il se fie, ne surcuide, par quoy yvresse ou abondance de félicité le flst mespasser contraire de devoir, comme s'il désirast que François fissent ainsi, et toutes autres nations. Donc, pour plus les y attraire et vaincre, leur adjouste : « Si amour f d'un sang, d'un ventre et d'un linage, peut ouvrer de- € vers vous de son devoir et naturel appartenir. » Quantest de par devers lui, jamais n'en rompra ce que nattirney ordonne à estte. Sy serait le salut à tous dëuiL quand
' FlfTogne, rsraignés.
SUR YÙffîik MAL PRISE. 3«3
uif^ \b^ feféieQt. Après condeBcrad h âouerav et letire 9Û0L QwiK d^loogs argumens ea spécifiant les parties de sa bonne affection :
Noll^ TOUS Youdrionsaimei;, servir, daffiandre, etc.
Dame, quantes f<»a s'y est-oa offert à you3 vouloir servir, hpo/orer et aime^, vous François? quaates fois s*7 estron coucbé humblement à vous vouloir faire toute asBÎatance, tout humUe et loial service, que oncques offre u'oxi a esté reçue, ne bon vouloir & peina remercié, parce ({oe là où les personnes ne sont guères bien vou* lnes> à tact Isuss présentations se reçoivmt agréables. It pour ceste cause, dit^il: € Nous le voudricms faire, «. mai» qu'il vous plust l'accepter ag^able et récomc penser amour par amour, comme de nature requiert, a
Donc, parce qu'il congnoit et s'est perçu de tant de maligne» courage» qui U/'enfoncent nulle bonté, qui ne congnoissent nul» vertueux^ ne leurs œuvres, mais jugent l^èrement sans assavourer leurs paroles^ pour et enconti» tels^.gens, l'acteur soy enfiérissant, dit : qu'en usant de leurs fiertés et hautaines^ disant : «Vilain, tu le feras » , on y est sourd, et ne les congnoit«-on, comme le oommnn v^ilgaire liuigage porte : «.Si tu ne mecongnois, non fajjr-je < toy ». Non pas que l'acteur le dio par abnégation de foy et. de recongnoissance là où il la^ congnoit appartenir, maia pai^ improbation. de l'orgueil de telles- gens qui si fol-
Tii^aiNAxiON. FAA^KÇOdSEB. — Né sçay, jSf^endement , que c'est de tes gloses; nudstapt sonne rudem^at ton» texte que*]dus< na pourroit. Etne^ me peut s^nbler vdr, qna Facteur y soit.^ courtois oommotta lery pares;^ parce
que tousjours plus et plus il se boute ou en jactance de sofl fait propre ou en dépression du nostre, comme il appert en son quarantiesme article.
Il se vante d*estre fier et puissant , d'avoir Tescliine roide et robuste, et bras pour conduire grand fait, comme s'il vouloit dire : t Si tu en as faim, sy en prends i . Lesquelles choses sont hautaines et demi deffiemens. Donc, pour nous plus enaigrir , dit outre : que, pour effort nul que nous saurions mettre avant, nous ne pourrions desraciner la puissance qui y est, et que Tassai n'y vaudroit riens, car la folie en pourroit bien rendre un grand grief à l'assaiant. Gomment pourroit-on plus aigrement parler à hommes, ne si cuisamment, sinon à intention de les vouloir mouvoir et provoquer au débat? Et que cela soit vrai, vecy le quarante-et-uniesme article après , qui le déclare tout et outre.
Icy veut ton acteur dire : que ce que vous nous sentez roides et puissans, non craignans vostre effort, c'est ce qui vous cause et donne vostre envie sur nous, et que si nous fussions l'un borgne et l'autre louche; ainsi qu'on pourroit dire deux tigneuis et un pelé, meschans et chétifs sur qui on pust avoir commandement, lors serionsnous prest à vous vouloir du bien comme aux autres communément ; mais il se conviendroit garder après de la cachoire par laquelle on fait saillir avant les compagnons. Ne sont-ce pas beaux mots, sire, et bien amiables, pour venir à bonne conclusion et pour mettre paix entre deux débattans; qui encore loue Dieu et lui rend grâces de ce qu'il lui a preste prince et tel champion que le saura bien garantir et deffendre à rencontre de nos estraignans grippes, lequel ne feroit par menaces, ne craintes, riens . tant soit peu, jà-soit-ce que nous le cuidons; mais l'at-
tempter y seroit périlleux. C'est assez courtoisement menacer et assez couvertement mespriser son compagnon. Entendements doncques que voudras-tu dire droit-cy? nous sauras-tu faire de ce venin, qui droit-cy est, sucre ou miel? ou quelle confection nous en feras qui nous soit bonne?
BNTBNDBMBNT. — Dame, ouvis meurt qui appris ne Ta; et envis se rend mat et vaincu, qui a en soy vertu suffisant à defience. Tu m'as droit-cy proposé trois articles, dont du premier tu te plains, disant ': que Tacteur use de jactance en la personne de son parti, soit son maistre ou autre; et secondement use de dépression en François par hautes sures * paroles dépressives, comme la lettre le tesmoing^e. Pour quoy , pour t'en mettre à ta paix et sauver l'acteur en son équité, d'autant que j'en comprens, avis m'est que si tu as entendu la distinction que j'ai faite en l'article devant, des hommes françois dont les uns sont pleins de savoir et de bonnes mœurs (et ne chiet nullement les impropérer), les autres sont gens partiaux, adonnés à diverses affections non bien à raison concordantes, non bien discutant parfondément une matière, légers en leurs mots, présumptieux en cœur, avancés par fortune mal juste, qui, avec autorité non mérie, conseillent et proposent souvent choses non méritoires; lesquels l'acteur congnoissant estre non profitables çà envers, non fort affectés, ne délibérés à y vouloir aucun bien, ains du contraire largement, et que toutes les chétivetés des questions qui régnent aujourd'hui, d'eux procèdent: l'acteur adresse son langage à eux et à nuls autres , et en telle qualité comme il les congnoit estre par deçà envers, en telle qua-
> SwrtSf seufis, amères.
366 EXVOSmON
lité proprament il hs amdflonne et redarguë , et leur rMttonftre hardiement : qae par deçb on «8t tout autM qua peut-estre ik ne penaant, ne entandeat; car n'en congnoiasentnele parti, ne laa marches, parce que oncquea ils n*y furent. Sy leur dit Taotaur» et dit vn^ :
Cœoi* avoua gros «i avona roida eschiiiei «te.
comme s'il vouloit dire : < Ce que tous ignorea^ je le tous « remonatre, non au très-noble toj trèa-chtestien» le bras c souverain du monde à qui nous sciâmes suppos et bien « veuUans comme vous, mais à vous autres, beaucoup € de gens descongnus, enfiéris en vos aveuglées fortunes» « gens de petite estofie, qui vous vantez et présumes de c cecy et de cela, et ne quéres que discordes et divic sions , pour continuer en vos vanités en quoy estes c nourris et parcrus. »
A vous, teUes gens qui ne prisez nullui que vous, on vous remonstre» que par deçà est roideur et puissance» savoir et hardement, que tous vous, la seule personne royal soy tenant quoye, ne sauriez miner, ne mettre à fin; car y est telle la roideur« qu*encontre toute région autre, fors France, pourroit mettre pied ; et y seroit Fattemp^ tement périUeux pour vous autres d*y vouloir faire escart.
En quoy l'acteur entend deux choses : l'une «y esl« touchant la nature des pays et du peuple qui n'est pas mol, mais a esté assez examiné autrefois, et congnn, passé a mil ana, dont la recordation ne lui est pas remèse obscure; l'autre point que l'acteur y entend sy est, que la nation de deçà a un prince belliqueux, tel en gloire et en pris, comme ses maintes hautes et glorieuses œuvres ont
SUR YÈMtÈ UàJL PEISfi; 3«7
œéri iMiates fois, et à qui Dieu oaoqoes enoo» n'a fiouffert qu0 morsu» lui ait esté fahe^ ne en sa tito-noUe persoJiiia, ne en «i tièe-liaiite non entamée seignourie, pour laquelle daffendre il exposeroit Fàme et le corps; et sur la confidence d*icelui et de ses hautes eheyaleureuees Tertus non onoques subjuguées, Taeteur, en la personne de son parti, dit ce qu'il j congnoit, non pas à ceux dont il pourroit traire reprélieneion de mesdit, mais à ceux qui valent et sont dignes qu'on leur monstre barbe, et qu'on leur paye semblable par semblable. Sy dit bien vrai Taeteur, quand il dit en son quarante-et-nniesme article : que ceste puissance et roideur qui est tant en la personne du prince comme de ses subjets, est cause à vous et nourriture de vostre envie, quand tout clair est que envie jamais ne se oongrée contre un mescbant, ne jamais ne s'envenime en une chose basse, ne foible, mais en une chose qui l'approche en égalité ou en surmontance, comme vous, qui infélices à voua-mesme avez envie de la félicité de vos prochains; lesquels, s'ils estoient si mois et chétifs comme vos fiertés affectent et volontiers verroient, souffireriez estaindre envie à l'aventure et monstreriez en ce lieu une fainte amour, dont la fin seroit servitude et suppédita* tion.
Déal dame, sans que l'acteur ait renouvelées droit»cy oeetes manières de faire, sy sont-elles trop et trop longuement congnues. Par quoy, si vérité avoit lieu d'estre oye, la narration aussi en seroit bien utile et convenable ; car pitié est et une chose désolable, qu'en un royaume et sous un mesme chef à qui tout respond, cestes envenimées rumeurs et envies régnent et durent, et que Dieu visiblement ne punit les uns et les autres, par lesquels tant de périls s attendent en la chrestienté.
Et comment I dame, n*entends-tu que haine et envie sont deux tisons de Tennemi, par lesquels autresfois il a fait cheoir ce noble royaume en sa grippe» perdre tout et anichiler jusques à &mes innocentes par millions? Et comment doncques, si tu congnois tels ces deux tisons, et par science et par espreuve, les y pense-on tenir par héritage? les y quiert-on à faire régner possesseurs par nature? C*est bien doncques une dure malédiction pour les hommes, et finablement petit espoir de salut. dame, si tu savoies ce que Mémoire m'en raconte, et sur quoy je prends pied ferme en mon parler, bien diroie que assez suis expert de ceste hayne et envie de vous autres, quand seulement maintenant Mémoire me prie d'en réciter un cas que longuement a tenu reclos : c'est que un noble homme de ton parti, ayant charge de cent lances autrefois, parfois aussy de plus grand nombre, soy trouvant enmy aucuns de la nation de deçà , desgorgea en publique , si Bourguignons et Sarrasins estoient en bataiUe l'un contre l'autre, il se tireroit de la part des Infidèles contre les Bourguignons ; et s'il convenoit faire rjin, ou aUer sur les payenaou sur les Bourguignons, plustost iroit en la désertion des Bourguignons que des payens*. Cecy m*a rameotu Mémoire droit-cy , comme celle qui l'a conça vivement une fois et le bouta en coffre. Donc, par l'exemple allégué, l'envie et hayne de vous autres qui tels estes, est bien à redoubter , et juste plus et raisonnable d'estre remonstrée, puisque si clairement est congnue, non pas en celui seul homme, mais en plusieurs autres, de quoy le conte se tait.
Donc, si l'acteur voyant et considérant vos natures
« Cf. tome V, p. 443.
enfellies desraisoDnablement encontre un homme innocent, un prince juste et preudliomme qui ne quiert que paix et amour, équité et droituriërement vivre , aimer là où il doit, et servir, garder et deffendrece à quoy Dieu Ta commis, et que les expectations fînablement de telles racines mauvaises sont guerres et entreprises de Tun sur Fautre, confliction de puissances contraires, notamment loue Dieu, quand il lui semble que encore vit celui en cul baston si vous contendez à mordre, qui se saura bien defFendre, et lequel véritablement, comme dit Tacteur, et comme se trouve par expérience de sa nature bien examinée autrefois, ne feroit rien par menaces, ni cré* medr, si le faire ne lui procédoit d'autre plus noble racine de cœur. Car est celui qui oncques ne conçut peur, ne qui oncques ne fléchi Toeil sous main fîère; de quoy ceux dont il trait origine, le doivent honorer et priser, et plus encore quand Texécution y est avec le courage.
Y a aussi un autre point droit-<;y, qui excuse Facteur, et qui lui peut estre cause de parler un peu haut, non pas en la personne de son maistre, mais de ses subjets; car iceux subjets, dont il en y a de divers pays et de diverses conditions, sont de diverses natures aussi et de diverses affections anciennes, qui ne sont point du royaume, ne oncques subjets à icelui, et desquels, à Faventure, les affections anciennement ont plus tiré ailleurs que envers les François , et encore aujourd'hui feroient , ne fast la bonté du maistre , qui les tire devers vous joints avec lui. Donc, ce qu'ils vous honneurent et faveurent, n'est pas par loy de nécessité, mais par révérence et obéissance faites au maistre, avec qui sont contens de prendre toutes querelles, comme avec leur roy et souverain, dont
Toa. ri. Si
autre ne reeongnoifleent, jà-aoit-ce que roy ne soit point, sinon en leur edtinie.
Donc, et si un tel peuple qui est si grant, et qui oncques ne s'est trouvé joint là où il est aujourdliui, posé qu'il veuUe bien recongnoistre et honorer la très-noble personne dont il sçait bien que son pair n'a en la terre, n'est pas affecté pour tant, ne constraint de ployer envers les autres membres dessous celui, lesquels il perçoit et congnoit estre rudes et pleins d'argus envers leur seignear et prince, et par chascun jour pleins de nouvelletés et de hautaines très-despites , comme non mie les nobles et royales perscmnes des seigneurs du sang, mais povres gens de fortune, compagnons de sauvage venue, mesmement et par coustume ceux du parlement, qui non faisans poids, ne pris de lui, ne diffèrent à l'injurier et de lui faire ou faire faire rudesses , là où semble avoir faute de prudence, et encore plus de noble et saine raison , qui dès le principe du monde conseille de traiter les hommes selon leur qualité. Déa! dame, entends bien : oncqués ton royaume ne reçut un tel suppos , oncques nulle telle branche partie de son tronc, oncques nul tel subjet, ne tel serviteur, oncques nul tel ami, ne si propice, oncques nul de tel poids, ne de telle roideur. Sy ne devroit pas esire traitable avec les communs membres, qui, passant toute puissance et ancienne production, se trouve traité mainte^ nant à la oorgée ' par ceux dont lui-mesme se est plaint souvent, et qui n'en sont ne de valeur, ne de prix, là où hayne se descouvre et envie, et se cachent volontairement honneur et preud'hommie derrière l'uys , comme qui n'y a«cônteBt. De quûy plusieurs je doûroie bien exemple, si
* AMeofffte, sa bAton.
je vouloie, qui mesmes ati trèa-nôble et prudent cœur du roy net sembleroient ne justes, ne honnestes, et ne fust que celui de Lille, une fois, là où un sergent de parlement vint rompre à marteaux de fèvre la prison de ce duc, lui ' estant joignant à six maisons près , pour toutësvoies un garnement le pire des autres, dont il estoit suffisant assez pour en faire justice et raison. Sy procéda cëstui exploit, non pas de la très-noble personne du roy, mais de ceux de son parlement qtii si peu prisoient sa personne. Et, dame, ne penses-tu point que telles et si faites besongnes animent le peuple et le retirent d*a#ection envers vous, quand vous, si peu prisans un tel prince leur duc, aguillonnez par al faites pointures et rudesses, qui tant leur est parfbnt en leur dilection, comme nul roy autre à son peuple dont aifné est et obéy.
9BANÇ0IÔB TMAGiNATiON. — Ffîteniemtnt , né sçay si ta cause est juste, comme tu la couleures de divers pare* mens, mais ne puis entendre quelle différence tu peux mettre entre le roy et ses siibjets, entre la royale majesté et ceux qui Tadestrent, ses princes et barons, ensemble ceux de sa justice et de son conseil , quand ce que son conseil est, le roy est, et ce que ses nobles princes et barons manient ensemble , ce mesme se conçoit et retourne €fn la personne royale, par tel ^î', que qui Tun bonneuré, honûeure l'autre, et qui l'un injurie, l'autre il blesse. Sy m'esmerveille coçiment tu penses choses de si grani poids et de telle aigreur parer par argumens de si povre effet 6t qui ne sont pas suffisans à la substance du cas, entendu encore que cy-après ton acteur, en continuant son œtlvre plus et plus , continue toùsjôurs en dures paroles ;
« Par tel si, par telle condition.
lesquelles, jà-soît-ce que tu les poiles * et racles icy et là, cuidant les nettoyer, demeurent toutesvoies pleines de neux et de superfiuités bien rudes, par lesquelles elles donnent à entendre leur nature silvestre ; et prestement droit-cy arrière, en son quarante-troisiesme article, là où il affirme et dit : que c'est chose claire et fort congnue de cbascun , qu'en ce royaume n'a rien que un homme trop, lequel, si Dieu l'avoit mis à l'envers par mort, François auroient les bras au desseure alors, voire ce leur sembleroit; mais sachent bien toutesvoies qu'en celle heure quand il définera, qui leur sera bien dure, l'honneur du siècle mourra avec lui.
entendement, icy a moult de haulx langages que je ne sçay à quoy ils servent; les uns sont advinémens et portent charge à aucunnuy , les autres sont supposemens qui n'ont point de fondation , les tiers sont vantises et exaucements qui autrui dépriment. Donc, pour amplier encore plus cestuy article et l'accompagner par sentences plus couvertes, dit conséquemment en son quarante-quatriesme article :
Affectez fort sa mort et sa raine, etc.
comme s'il voulsist dire que ce fust l'honneur et le soustènement de France et l'estoile tremontane dont tout se gouverne; et sy ne savons qui il est, car nous n'avons que un roy, et autre ne nous loist congnoistre.
ENTBNDEMEi^T. — Damo, sî à toy cuisent paroles que tu littéralement entends , et n'encherches point les racines dont elles procèdent, àmoy ennuient aussy les déclarations,
* PoiUr, ôter le poil, mettre à nu.
lesquelles, si j'en veux user bien, flottent tousjours et se plongent en matières odieuses, parce que le fondement de nostre matière présente est odieuse en soy; et ne s'y peut fidre édifice , tant soit juste en compas, que l'ouvrage en plaise, ne d'une part, ne d'autre. Toutesvoies, je t'avoie prié autrefois, que tu-mesme misses la raison devers toy , et qu'en escrutinant les matières en leur parfont, tu en fisses le jugement au plus près du sain. Or n'as ce fait ; mais me vas impugnant tousjours en mes solutions, comme si tu me voulsisses prouver menteur ou homme sophiste qui n'a que apparence de couleurs et point d'existence ; de quoy toutesvoies les solutions bailliées sont preuve du cas et de ce qui en est, et de quoy la réalité mesme de nostre matière radicalement me donne assistence. Mais, comme j ay dit, sur mauvais fondement ne peut-on faire édifice bon. Encore le redis-je, car nostre matière à tous lez est fondée sur hayne et envie , repreuves et accusemens ; sy n'en peut estre l'ouvrage que contentieux, plein de rumeurs et de desplaisirs, tant aux arguans comme aux voians, non obstant que faire en convient son profit, chascun endroit soy, le plus bel que pourra. Donc, moy pour la part de l'acteur duquel je congnoi le bon vouloir, ay entrepris de le deflfendre h rencontre de ses indignans; et toy, pour la part des François qui se deuUent de ses escrîts, de le mettre en question sur l'entendement de ses clauses, comme maintenant, après en avoir jà fait grand nombre, tu lui reproches ses aigreurs qui tondis se continuent et vont en montant; et lui imputes charge de adeviner sur l'honneur des François, quand il affirme et juge estre tout clair que l'on désire en ce royaume la mort de ce duc sur tous autres hommes, avec les autres clauses qui y sont. Dame, combien que ce langage-icy est dur pour en
tenir qaestipni et que mal se peut vuidier sans ronger au dianteau* de quelqu'un, sy dois-tu entendre : que les fins de tous ouvrages doivent estre du mesmes de leurs principes, et que les moyens qui sont entre-deux ne peuvent estre autres que de la nature des extrémités. Si facteur eust encommencié une œuvre de douce et agréable ostenf ion, il eust quis les moiens tels que servir pussent à Texécution de sa ^, comipe autresfois a fait, à la haute exaltation de vous autres que maintenant il déprime. Mais ore a-il esté point de matière de rigueur ; il a esté vexé en courage de passion conçue; et pour icelle vuidier à intention de fruit , il a composé son œuvre à la mesure et qualité de sa conception , là où présentement en cestui article, en ensievant son proupos, il maintient et déclare que rhomme de ce royaume qui y est trop, c'est le duc son maistre, lequel toutesvoies est le prince du monde 6n qui le plus a d'honneur et qui mieux y est séant vivre. L'acteur, dame, parle par mamëre d'induction qui naist des prémisses; et lui semble que, selon les choses alléguées dessus, que vrai dit. Il parle aussi après autres assez plus d'un, qui ce mesme racontent et maintiennent. Il parle aussi par expérience des choses faites et dites, qui ce mesme cas vérifient et approuvent. < Donc, ce lui est t douleur, ce dit , et passion que ainsi en va, et que une « si noble génération, comme est celle de France, se souille < et se ternit en une si noble nature d'homme. » Et est voirement cas de pitié et de triste effet, quand, par envie ennemie de tout clair titre, haulx et nobles cœurs d'hom* mes abusent de leur devoir , et que ce que dussent aimer et honprer, ils le contempnent et dépriment, et quiè-
* Cltfn/M», morceau.
rent voies et moiess de le persécuter; Donc, ce n'est ini0 merveilles si beaucoup de meschiefs advienaent et escan^dres, quand si faites et si plorables en sont les causes et racines.
Or doncques, pour venir à Tintention de Tacteilr que tû accuses, dame, de adevinemens sur- les François , Taeteut respond que non ; mais est son dit fondé en vérité et en {preuve, parce que tout clair est que d'amour n'y a-il nulle envers lui, mais envie grant, et par conséquent faayne, de quoy la fin est mort. Donc, si vrai est qu'il y a des conspirateurs à l'encontre de sa personne , y a aussi des Bouhaideurs de son mesohief , qui est fin ultime d'appétit mauvais. Sy ne ment mie l'acteur, combien que cela griève à cœurs ennemis, quand il dit, que « l'honneur du « monde faudra avec lui quand il mourra; » mais dit chose véritable , quand ton roy mesme , l'aigle du mondé et le plus haut prince , autrefois par ci-devant a confessé propre, là où en parlant de lui par humilité, plus que par son mérir, le jugeoit le plus vaillant chevalier de sa maison, et en qui plus avoit d'honneur qu'en tous eux', en quoy soy amendrissant en dessous de son moindre, se fit exalter tant plus comme plus se humilioit en devers celui dont il estoit plus grand. En est demeuré toutesvoies le mot en la terre , qui jamais n'en part : non pas que par tant , l'acteur le juge meilleur de celui qui le loue, mais bien il conferme son honneur et appreuve par dit de si noble bouche , et par ce aussi que vraisemblable est, que un si glorieux mot ne fust parti jamais de bouche de roy, qu'en vérité et précédent mérite. Sy en maudis bien fortune et les mauvais hommes, qui ont mis l'obstacle entre-deux, qui jamais, à leur haute félicité, à leur merveilleuse joye et consolation , à leur perpétuelle
gloire et salut, dame, à Texpectation de leiir mort plus douce et mieux contentée, et à la parfaite et toute entière l)éatitude de ce royaume branlant, ne se sont entrevus ensemble, ne se sont entresentus et conjoïs en leurs deux nobles natures, en leurs nobles glorieuses et vertueuses conditions, qui en leur adjonction eussent espanouy cœurs, commu veines et entrailles, converti sang et racines en fleuve de larmes, qui tous par abondance de
* joye se fussent résolus en pitié. Sy en soit maudite l'heure, et Tennemi d'enfer aussi, qui à ce noble royaume, ne mesmes à eux propres, n'a voulu tant de bien, sans lequel tout n'a esté riens qui fait est, et par lequel tout eust esté intériné en union indissoluble, qui maintenant est dissolvable par une légiëre entreférue senestre et de mauvais accident. Dame, doncques ce n'est mie peu de chose que d'un corps honoré; ce n'est mie perte petite en un royaume, de perdre un preud*homme de tel estime, un tel chevalier, lequel , si François l'eussent voulu traiter bien, en l'absence de leur roy ou en son commant, il leur eust esté champion et tuteur, présentacle de sens et de vertus, à rencontre de toutes nations foraines, dont le bras
• seul autrefois a valu mille chevaliers. Doncques et si l'acteur dit après complaignamment :
Aflëotez fort sa mort et sa ruine, Et lui plaindez sa vie bien heurée,
n'est de merveilles s'il chiet en ces termes, quand il le congnoit si peu grevable k vous autres, si peu contraire à vos félicités, mais par contraire tant propice et bien séant à vostre durée et régnation, au décorement de vostre haut glorieux thrftne, là où se fust trouvée paix, si
vos fautes ne fussent; non pas pour amendement de sa fortune , non pas pour ampliation de sa seigneurie, mais pour ostention de sa très-ardente, charitable et toute humble affection de sa nature, noiée toute et plongée en léauté, liée et restreinte en honneur et en toute condition séant à noble homme. Par quoy , non sans cause dit Tacteur : que quand on le perdra en ce royaume , il s'estaindra en son thrône Testoile qui plus clair y luit et de qui plus tost on se percevra de la faute emprës le soleil, qui est le roy dont les autres prennent lumière. Dame , doncques contente-toy de cestui endroit, et ne te arguë à rencontre de ce povre acteur, jusques en plus aigre et plus estroite cause que ceste n*est. Tu le trouveras à but; car ne dit chose que raison ne te fasse congnoistre mesmes, et qui bien entendue ne tourne à ta grant joye propre.
TMAGiNATiON. — Sire Entendement^ j'entends bien ton cas. Tu fuis toujours et recules arrière du danger ; et ne veux bouter ton doigt, ce me semble, au pertuis estroit, de peur que tu ne Ten retires non sain. Tu fais sens, si par ce moyen tu ainsi peux évader le péril, et si estroites et cuisantes matières parer par telles eslonges. Or çà, si vraies sont et justes, vraies soient; et si autres, tu demeures en la fange de ton mesdit, et nous en la lésion. Appert bien toutesvoies que tu redoubles forment tes escrits, quand par si subtiles voies et circuitions foraines tu viens à Tatouchement de la plaie, et nous fais & croire qu'elle est nette et curée, et y sentons toutesvoies le remain de l'ouverture, et ne nous semble pas que tes ongnemens suffisent pour icelle curer, parce que nostre lésion est trop parfonde, et la plaie trop meurtrièrement faite d'un poinchon merveilleusement agu et délié. Sy me semble que, quelque chose que désormais je te propose, jà
n'en tirerai autre fin. Tousjoura tu te sauveras ea tes subtilités, et ne venras jamais à regéhir nulle offense : sy me vaudroit mieux taire que de maintenir cestuy estrif , là où tondis tu veux avoir droit. Au fort, voise comme il peut , et je te parorrai jusqu'en la fin, puisque si avant sommes, et tu me assouffiras en mes difficultés autres qui encore restent, les plus périlleuses de meshuy. Mais maintenant, sirel à quel conte vient l'acteur droit-cy faire une grant héraudie des louenges de son maistre, si ce n'est à inten« tion couverte de vouloir déprimer autruy et donner à congnoistre que riens n'est qui l'approche? Tu sçais, non obstant ce, que toutes comparaisons entre personnes inégales sont odieuses, et cuist au plus grand ce qu'est donné à son moindre outre mesure. Ton homme nous en fait cy, ce semble, un dieu immortel, et que les neuf preux à peu ne sont que ses pages. Dont lui procède ceste haute glorification, ne dont meut à ton acteur de lui baiUier ces haulx titres, après nous avoir dit des injures beaucoup, si ce n'est à entendement de nous faire obscurs et noirs emprès sa splendeur? Déal nous créons bien que ce soit un gentil chevalier et un vaillant prince, mais non pas de si haute exaltation comme il le fait, c C'est, dit-il, l'honneur « du trésor du monde. C'est, dit-il, 'le miroir des roys et « des princes. C'est, dit-il, la perle des régnans, l'aigle et a soleil qui survole tous les bons de son temps, n N'y met exception nulle, mais dit que nul n'y peut estriver au contraire. Que diras-tu. Entendement» de cecy? Est-ce cas qui appartienne à faire? Est-ce chose qui duise, d'extoller taqt un homme, que autres s'en peuvent sentir foulés? Beau sire, que tu m'en apaises un peu, et que tu me donnes l'entendement de ces quatre couplets, qui font, tous mis epsômble, quarante-huit articles.
BNTEHDEMBMT. — Dame, ne m'est guères de résumer les argumens que tu m'as fait présentement, touchant eslonges et fuites que tu m'as imputées, car je n'en quiers nulles. Je quiers solutions yéritables et claires de cestuy povre homme-icy , qui grossement et sans viser à mal, a produit, à intention de bien, ce qui en est, imaginant en luy-mesme que hommes raisonnables , tant fussent-ils haulx, ne grans, pussent et dussent oyr et souffrir dire vérité, vu encore que vérité procède de Dieu; et n'en est nulle, tant soit aigre, ne estroite, qui de Dieu ne prenne sa dépendance. Donc, par considération que tous sommes à Dieu, et tous conjoins et unis en une foy, pensant que vérité reboute erreurs, comme le soleil, les bruines, se est bouté cestui homme en spéculations véritables, lesquelles matérialement conçues, les a mises en escrit au plus près du vif, espérant que par la clarté d'icelles beaucoup d'erreurs se puriâeroient, et en deviendroient les yeuz et les entendemens des hommes plus sains , lesquels, par contraire de son espoir, en sont devenus tous indignés, plus empeschés et plus ténébreux que par avant, comme Dieu souffire, et veulent, espoir, les aventures du monde, qu'ainsi en soit. Dame, doncques, puisque vérité ne quiert nuls angles, ne absconsemens, ne lui est besoin aussy, pour estre soustenue, de quérir nulles fuites sans venir à réale response ; ou autrement vérité auroit honte de celui dont elle part et en qui est tout son retour, ce que non a, mais elle est baude et fîère de soy comme lyon, et de sa nature victorienne et confonderesse des cœurs doubles.
Pour venir doncques à la matière en son continuer, tu me demandes qui meut l'acteur d'avoir fait ces hautes louenges de son maistre, qui a beaucoup de plus grans de lui et' de meilleurs régnans? Donc, pour solution de ces-
tui point, et je te redemande & toi-mesmes , qui est-ce qui a mu vous autres François prendre et bongréer l'envie et la hayne à rencontre de lui de si long temps ?Contentemoy et me donne solution de cestui cas, et je te donrai promptement après la solution du tien ; ou si tu ne veux respondre, moi-mesme ferai les deux personnages, et je responderai pour toy.
Vostre envie ancienne, dame, et nouvelle, n'est causée, en vous fors de sa béatitude, de la gr&ce et superéminence^ de gloire que Dieu lui a donné en terre, dont courciés en courage couvert, autrefois avez quis à restraindre icelle par rudesse et comprimer par hautaines bien estranges, comme dame Mémoire, au commencement de nostre convention droit-cy , a suffisamment donné à congnoistre. Doncques , si tu veux solution de ta demande, quiers-la en la racine de ton viôe ; car lenvie que tu as, ne te procède qu'en la perception que tu as de sa gloire. Bien entendu que envie jamais ne se congrée contre un meschant.
Donc, et si plus avant tu quiers solution, et que tu ne te contentes de ceste-icy seule, vez n'en cy une autre qui moult est vive, et qui te pourra suffire si tu entends raison. L'acteur droit-cy a regardé à deux choses : l'une sy est que François contempnent ceste noble personne de prince, comme feroient une chose vile qui est digne de contemption, qui en lui toutesvoies n'a riens qui soit contempnable; l'autre sy est que François lui donnent Qt imputent charge qui lui touche à l'honneur , et lequel lui est plus cher que sa vie. Pour la première considération, l'acteur veullant remonstrer ceste contemption estre mal causée, met les causes par lesquelles fait à extoller. Pour la seconde, veullant rebouter leur erreur, afferme et publie les
hautes conditions et clartés qui y reluisent , tout en con* traire de leur maintenir. Non pas que ce il fasse en rava* lement d'autres, non pas que ce lui provienne par hayne en nulles glorieuses personnes, ou pour flatter les oreilles de son maistre en son vivant ; mais par vraie et vive vérité en lui congnue: que la personne de lui est nette, pure et incorrompue envers honneur, et claire et glorieuse entre tous autres en toutes nobles et excelses vertus et bonnes volontés, dont maintes a monstrées et donné à congnoistre par œuvre et par effet, ignorées peut-estre ou non recongnues. Par quoy, si Tacteur lui baille excellence de titres, ce ne m'est point estrange, quand il y perçoit les singularités qui les mérlssent, et qui en autres lieux beaucoup ne sont pas communes. Donc, comme ses envieux contendent aigrement à le déprimer, il , par contraire, contend aigrement à leur en ronger Tongle, et le mettre en haut siège, tendant tousjours à telle fin que de réduire, par vertu de vérité, les cœurs errans à congnoissance de leur salut et de propre honneur.
Sy ne faut exposition nulle sur ces quatre couplets ', autre que la littérale; car ne sont que exaucemens et louenges de sa personne , qui toutes s'entendent sans y exposer riens, réservé seulement, comme la protestation porte au premier : que l'acteur ne comprend nulle part la personne du roy, à qui il congnoit son maistre non vouloir estre équiparé. Non fait-il à nuls autres; car se humilie envers tous, jà-soit-ce que l'acteur de soy-mesme nulles autres n'en excepte que la seule une de qui il ressong^e les comparisons. Par quoy, là où il dit : que c'est l'aigle et le soleil des bons; que c'est la perle des régnans; que
• Le XLv«, xLvi«, xLvii* et XLvm«.
c'est le miroir des roys et des princes ; que c'est Thonnear de France et de l'empire; que tout noble cœur devra pleurer et complaindre à son décès : l'acteur lentend si précisément en termes d'honneur et de devoir, que riens de ce qui au noble roy françois touche, n'y est déprimé, ne compris, mais lui redonde en aide et confort de son glorieux thrône, qui tant plus sera clair et luisant, comme plus il recevra décoration de précieuses pierreries.
Dit l'acteur toutesvoies, en la fin de son quarantehuitiesme article, un mot cuisant que je sçay bien, dame, que tu l'as noté; et est, qu'en lui donnant l'issue de ces louenges, il dit : que c'est celui du monde qui plus prend cure et soin de l'honneur et félicité des François, mais ne le peuvent aimer, ne lui bien vouloir.
Quant au premier point, l'acteur dit bien, et sy dit vrai , car il en prend et a pris soin et cure, voirement de tout temps; et ce a bien voulu monstrer, non pas en un endroit, mais en cent, comme le plus léal vrai François qui vive; et a fait son devoir en ceci, et ouvré de noblesse de cœur et de nature.
Mais là où il dit : que aimer ne le peavent; cela dit-il impropéramment, parce que telle rétribution est injuste, et que autrement devroit estre recongnu comme preudliomme et léal, qui, seul après le roy, peut mieux monstrer sa franchise et libéralité quelle elle est, et quel escart aussi il pourroit faire, quand voudroit , es ennemis de ce royaume, desquels il n'aconte guères, si ce n'est que constrainte et compression de vous autres, forcéement lui en donnent cause , qui dur lui seroit. Mais mort est plus convoitable à homme glorieux que foulure.
FBANÇOiSE TMAGiNATiON. — Voiremcut moustro bien ton homme que las n'est pas encore de mordre, et non pas
tant seulement pai' ce que tu as dit maintenant, mais par ce qui ensieut et naist de celui après, là où il dit :
Ail» par doleur de sa béatitude, etc.
Peut-on plus manifestement reprendre gens, ne les corriger de mésus? Avis m'est que nenny. Or respons cy. Entendement^ et y sauve ton homme, s'il y chiet.
BNTBNDEMENT. — Dame, quel sauvement y quiers-tû, fors celui qui mesme se tire de vos faits? une chose est ou non est. Si vos gens ont fait chose qui fasse à re* prendre, pourquoy se veulent-ils doloir de répréhension? Pense homme oser faire aucun mal, que homme autre à qui ce mal touche, ne s'en doie oser doloir et réciter le cas quel il le voit? Les alliances que autrefois avez quisôs et prises, et que Dieu sensiblement a rompues et cassées en équité de son jugement, et n'en estes de rien convertis pourtant, ne sont-elles évidentement procédées de hayne à rencontre de ce noble prince, et par volenté de le grever par celui que vous sentiez estre son contraire, en la querelle de Luxèmboui^ dont la concernence ne venoit jus* qu'à vous, sinon en tant que vous l'acceptiez de volenté, non de raison/ , et que ce vous estoit plus agréable de porter le fait d'un estranger, vostre très-lointain non bien aidable, que celui d'un vostre prochain, à vous autres tons en un mesme desgré de sang, qui avoit droit pour lui, et vous peut venir, au son d'une trompe, contre lô remanant du monde.
Semble-il doncques aux François que Facteur ayant cecy considéré, n'ait dû avoir hardement de vous blâmer
' T^lfldtoiiidin, p. 891.
en ce en quoy il vous a vu avoir le hardement de faire cas blâmable et trop plus notoire que ne voulsist ; car n*est vivant homme qui autrement l'ait voulu interpréter. Donc, ce poise moj, dame, quant à ma part, que constraint suis de maintenir estrif droit-cy en cestes ruineuses et corrosives matières, qui mesmes me font frémir quand je les touche. Mais toutesvoies, afin que Facteur ne demeure enraquié en ses propres escrits et que la justification appëre que riens n'ait fait sans cause et à bon titre, je le pare et excuse, par ce que je y puis percevoir honneste et véritable. Donc, si après il adjoint:
Boatez avant, mais ne soyez ignoares, etc.
ne fait chose contre honneur, quand toutes les choses du monde qui se font publiques, bonnes ou mauvaises, sont toutes conçues es humaines visions et escrites en livres, là où en quérant les précieuses pierres et marga* rites, l'on trouvera qu'il y aura maille ou macule, lors où celles qui se seront contregardées nettement, seront les plus exquises.
FBANÇOiSB TMAGiNATiON. — Déa! JEntûTidement, combien que je me passe de répliquer sur toy, ne me accorde pas pourtant à estre payée de telle monnoie que tu m'of* fres; mais la reçoy au fort, à tel prix qu'elle vaut. Mais que diras-tu cy-après de ton homme, qui en son cinquantiesme article met :
Lui seul yousput, lui seul vous estàhayne, etc.
ENTENDEMENT. — Ha 1 damel paix, droit-cy. Je t'entends bien. Je ne te veux souffrir faire question en vain.
là où je puis prévenir à ton demander. Quiers-tu contentemens de ta demande? va et t'en retourne à Vendôme, là où tu trouveras vivement escrit le contenu de cestui article, et les causes et raisons sur lesquelles est fondé, quand oncques ambassade de prince ne fut si froidement traitée comme estoit lors celle qui y estoit de par lui, et par la réception de qui se pouvoit percevoir clairement quelle amour il y avoit envers elle, ne envers celui de qui estoit trammise ; et là où le procureur royal, présens tous les princes et pairs, touchant plusieurs articles graves et pesans, chargea icestui duc de désobéissance, et lui imputa plusieurs grans cas, cuidant, le confondre, et faire animer contre lui toute la congrégation des seigneurs, avec très-froid et très-povre exploit en autres matières, après la demeure de six mois*. Par quoy, si Tacteur dit après, par pitié et compassion du cas, qui est de si mauvais espoir :
Or Dieu gart tout, et les sains et malades I etc.
dît bien, car il entend que : jà-soit-ce que droit-cy on se seuflfre du plaisir et vouloir des hommes, qui tel fois est moult sauvage, ailleurs toutesvoiesse convendra-il trouver, là où compte sera rendu du tout, et du bien fait et du mal fait, qui est la dernière et certaine expectation des justes et innocens, d'avoir droit et bon jugement de leur tenu tort. Et belle damel et ne dit bien l'acteur après, en son cinquante-uniesme article :
C'est en ce monde un empereur en gloire, etc.
L'acteur met sa haute exaltation glorieuse qui est tant en fortune comme en nobles opérations ; et puis met sa
• r<>ye« tome m, p. 466.
TOX. Tl. 25
trëâ-parfonde humilité, qui est en sa vertaense exaltée personne. Et veut donner h entendre Taetenr : que ieelle parfonde humilité, monstrée en lui , vous doit estre tant. plus de haute réputation, comme sa personne est plus liante et plus grande et plus occasionnée d'estre fière, non obfitant que, pour nulle fortune terrienne, ne pour joyr de sceptre impérial sur le monde, sc»i cœur ne se peut, ne ne veut enfiérir devers voua, ne se voudroit ^uilter, ne Toidir à rencontre du thrône où il prit estre, n;^ai& ployer et décliner en terre» envers le giron dont il prend titre et gloire.
Et donne Uen & entendre cela Tacteur, par ce qn'il dxt : qu'il a mis peine d'essourdre et faire voler la gloire de ce royaume par dessus les cieux, non répntant riens wxt povre fait emprès le vostre trës*excell«[itement recordaUe» Doncques, n'y a point de présumption en lui, qui vous cause indignation; n'y a point d'orgueil qui le juge soy descongnoistre ; mais y a parfonde humilité, par laquelle il contend de tout temps de vous vaincre et gaigner, pour mesmes se parer de vous et faire glorieux. Pour laquelle chose monstrer encore plus distinctement, dit en outre en son cinquante-deuziesme article :
Non serf à nul, tout Bubjet se présente, etc.
Et n'est vrai ceci, dame? Recongnoi, te prie, en un prince chrestien ce que demain ou après tu récongnoistroies en un payen en pareil cas. N'est-il non serf à tout homme, par loy de franchise à lui accordée sa vie durant, et laquelle chose tu ne peux descongnoistre?Et toutesvoies, non serf par possible et honneste, se présente et paroflre serviteur et subject, de libéralité cordiale* Grand emprès
tous autres du monde, se fépute humble envers vous ; vous offre corps, biens, pays, peuples et possessions; n'a rien qu'il ne députe et abandonne & vous servir, et à estre converti tout et exposé en vos haulx glorieux affaires; soy-mesme il se ployé et appétisse, il se ravale et confute devant là où il honneure ; et roide à tout autre du monde fors à vous seul, il se prosterne devant vos yeux pour glorifier soy-mesme. t Quérez, dit l'acteur, un autre ailleurs, c qui si bien s'y acquitte ; » comme s'il vouloit dire : t Vous n'en trouverez point. »
PBANçoisB TMAGmATioN. — Los mots sout beaux, mais les excusations sont povres. Sy est peu de fait de parole, là où l'opération se monstre si froide. Quoique dient les hommes, les oeuvres approuvent les courages. Tu m'as cy donné de mots emmiellés, de paroles farcies de sucre, dont tantost après et en l'instant le venin se descœuvre tout clair ; car tout si tost que ton homme, que tu tant prises, vuide des termes que tu as dit droit-cy, il rechîet arrière en repreuves et en arrogans parlers tous contraires des autres devant. Et dit en son cinquante-troisiesme article l'acteur : que jà-soit-ce que son maistre se monstre si humble et si entier envers nous, toutesvoiés ne le fait*il point par crainte qu'il ait de nos personnes, ne que envers lui nous ayons desservi de soy monstrer si humble, ne si lige comme il a dit; mais le fait seulement en vertu de noble courage dont il est maistre et vaincueur, pour nous monstrer, par vive opération et exemple, que sang, na« ture et raison sont en lui , non pas orgueil et vem'n. £n quoy semble vouloir dire l'acteur : t Ce qu'il en fait, il le % fait comme bien ; mais sy est-ce de sa vertu et franchise, « mais non pas par crémeur de nuUuy, ne par devoir € ausQy, qu'il ne s'en passast bien s'il' vouloit; 9 qui est
povrement ensîevir les paroles ici devant remonstrées, qui servent plus à injure que les autres à bonne acceptation. ENTENDEMENT. — Dame, & co que j'entends, encore n'est pas ta suspicion bien résolue, quand, après tant d'esdaircissemens faits sur un cas, tousjours tu f arrestes sur choses légières. Donc il convient, partes scrupules qui n*ont point de lieu, réitérer deux fois une chose jà dite. Dame, n'y a point icy d'arrest ; et n'y a riens qui répugne aux beaux mots de devant, si tu veux parfonder à demi ce que tu ne regardes que superficiellement par dehors. Tu t'esmaies arrière et te semblés troubler encontre cest homme, qui mettant humbles langages et savoreux, tantost refiert d'une queue poignant pleine de venin, comme tu dis, et ayant monstre manières de dévotion extériores, descœuvre le fiel de son ypocrisie secrète. Et lui impites charge de repreuve et d'arrogance parce qu'il dit :
Non pas pourtant que crainte à ce Toblige, ete.
Dame, droilrcy je te veul respondre par ordre contraire à l'assiette de l'acteur ; et laisse la crainte dont il parle premier, et viens à la desserte qui se touche en la ligne seconde. La desserte dont l'acteur parle, est tout évident quelle elle est. Si les choses devant mises par l'i^teur sont vraies et réalement avenues, les dessertes aussy touchées droit-cy sont de tel effet comme l'acteur les y entend. Mais les entend-il petites et non dignes de grand rétribution, quand les choses de dessus alléguées sont de petite et sobre amour, et encore de moindre mérite. Sy ne convient point aller de deux à trois. Mais pour férir au vif, ains tost que tard, dame, prends ton retour à la journée de Vendôme, et considère droit-là quelle desserte il y peut avoir, qui doie
causer ce duc d'en faire haute rétribution. Retourne après à Théonville, là où François lui envoyèrent menaces en barbe, pour luy r'oster ce que glorieusement a conquis & l'espée. Retourne arrière à l'alliance faite avec le roy Lancelot en son contraire, de qui main encore vous, François, tenez enonglée la querelle de Luxembourg. Retourne après au roy des Danois , lequel , lui faisant oflfre de cinquante mil hommes, à son siège de Deventer, pour entrer en la conqueste de Frise, vous François , vous lui avez soustrait maintenant ; sans autres encore grans cas semblables que je cèle pour l'heure, et n'en veux faire poids, pour ce que & très-envis je me boute en ce destroit par la pitié qui y est. Toutesvoies, dame, combien que toutes ces choses icy alléguées soient de povre mérite, de povre prix, et de piteux effet, ne veut tôùtesvoies ce bon prince rendre mal pour mal, austérité pour orgueil, ains remeir tant tout en la main de Dieu, et dispensant en humaine fragilité le plus que souffrir en peut, veut rendre bien pour mal, devoir pour mauvais acquit, honneur pour desdain, service pour menace, et donnant voie et auctorité à noble nature, se humilie et supploie à raison vertueuse, là où il voit que honneur l'oblige de le faire, et que nature l'en semont. Donc, s'il ne vous honnouroit et servoit qu'en la qualité que vous le desserviriez envers lui, n'y auroit point de mérite, car ne seroit que eschange d'une chose pour autre, tant à tant ; mais, en ensievant l'exemple de nostre rédempteur Dieu et honmie, il vous affecte et honneure en celui point, où glt le vrai mérite ; c'est en celui estât où il vous perçoit non estre guères affectés envers lui; et dit : c Là il espréuve sa vertu, il monstre c sa vraie bonne inclination et ne desmeut point sa noble c ancienne nature, que prise a au tronc là où il affecte.
« comme veullant sievir tousjours honneur et léal devoir, € et mettre Dieu en toute équité par deyers luy. t
Or venons b la crainte. Dame, n*entends-tu que crainte fie distingue en deux parties : Tune sy est une crainte s«^ yile par laquelle les moindres redoublent les princes tirans, et n'est pas icelle méritoire au portant, ne fructueuse ausBj, ne contemplative à qui la reçoit, car elle est sans amour; l'autre crainte sy est, qui se appelle filiale, et est celle qui procède devrai cœur aimant, envers Vautre que l'on répute digne d'estre aimé. Sy est ceste fondée en racine d'amour vraie, en ardeur de dilection comme qui toutes deux ne peuvent estre l'une sans l'autre, ne icelle des deux se desjoindre de sa coïnpagne, que l'autre me perde son efficace.
Ceste-cy est la crémeur, dame, dont Dieu veut estre crému des hommes, quand, par icelle congnoistre en eux, il y perçoit ce qu'il y quiert : c'est vrai amour. D'amour servile, ne crémeur ne tient compte, parce que ceux qui de ce le servent, ne l'aiment, ne ne doubtent que par peur qu'ils ont de sa puissance, de sa rigueur estroite, de sa vengeance droiturière ; car autrement se passeroient de lui, ce leur sembleroit, pour ce que vraie amour n'y est. Or, dame, quand l'acteur dit que ce n'est point par crainte de vous qu'il s'oblige ou présente si avant, il dit vray certes; car en lui n'a nulle crainte servile, par laquelle il redoubte nullui. Il ne craint ne tirant, ne tirande ; il ne ressongne ne menace, ne main mise, ne estroite compression, ne estrainte; il craint par amour non servile et sj aime par amour filiale. Oncques ne se trouva en crémeur vers homme, que telle que a envers Dieu. Mais pour ce qu'il a en lui amour radical, que Dieu congnoit et que les hommes ont pu percevoir assez, il a une crémeur aussy
SDR VIÂRITÉ MAI. PRISE. 3»f
filiale, 4e iaqtiélle ne se vent esMipfler, paroe que eonna' tiiveUe est ayec ramotir de sa mcine, q[Qe toy, dime, de ^ar Dieu 1 et vous messeigBeurs les François aussy, avez «sseE pu oongnoistre s'il vous a plu, et laquelle, quand la voudriez ignorer, n'est pas ignorée pourtant ailleurs, ne faite en vain. Donc, et si v^us les François affectez à »V3oir la vérité de ce^ <rréineur,. si elle est filiale ou antre, enquérez-vous et revisitez ses œuvres recommanda hiieBy là où il a monstre quel est son amour entre vous, ou filiale, ou servile , car là oongnoistrez-vous sa crémeur maintenant, dont il parole.
Sy pourrez mordre aussy, et sus bien que k ferez, aur le dnquante^uatriesffne article, là où il dit enapi^ :
Son fous, son cour, «on iatentioQ tootor etc.
De cestui article, dame, je te veux prévenir en response, premier que tu m'en boutes en argument. Or entends bien, te prie, à ma solution , comment d'une cbose qui mal sonne à cœurs non parfons, je te feray sentir le gemon d'une favoreuse sentence non repréhensible. Quant au premier point, là où il dit : «Son cœur, son fons, il met < tout en Dieu » ; l'acteur ne dit chose à reprendre, mais dit cbose méritoire à tout prince de faire ainsi. Mais là où il dit:
MaSfl ne TOUS craint» ne tonte votre tonte-,
là est le point où il semblertnt qu'il y eust assez parler arrogant et despiteux, par le semblant qu'il fait de non craindre nullui. Mais, dame, il convient droit-cy avoir plusieurs regards : Premièrement, que l'acteur icy ne parle en personne de nuUui, fors en la sienne propre, qui.
de maintes prémisses touchées dessus, fait ces conclusions telles qui en ensievent, es quelles, s'il y chiet avoir aigres, ne précis termes à la nature du cas, n'est pas cela à imputer à autre nul que à Taoteuf , dont toutesvoies il se parera comme en propre personne, sans en laisser charge à nul autre. Convient regarder aussy que, comme le temps se juge par les vents et disposition du ciel, que les choses futures aussy de ce monde se prévoient et conjecturent par la disposition et gouvernement des seigneuries auxquelles le monde est suhjet; et préavisent les hommes Tun l'autre, en celui endroit, de leur prochaine infélicité ou salut. Comme maintenant l'acteur droit-cy, considérant les misérahles difficultés, les douloureuses machinations et contendances qui appërent, qui se mettent sus et visiblement se monstrent, juge en lui-mesme icelles devoir venir à tribulation, tourner à batailles et à mortelles rumeurs, et non pouvoir vuidier autrement, sinon par contre-nature par inopinable, par seule grâce de Dieu et par mort de personnes, en quoy toutesvoies ceux que congnoit iniquement vexés, innocens mesmes et justes en leurs œuvres, mettans Dieu en leur titre, équité pour leur appuyé, honneur et vertu pour leur defiPense, îceux, quand ce viendra en temps de tribulation, il prononce fortifiés de la main de Dieu, asseurés à l'encontre de fortune, et évadables naturellement les périls apparens, trop mieux que ceux qui, pleins d'apostumes en cœur, se trouveront mouveurs du meschief; car lui semble que divine équité devra estre pour eux, là où elle devra tourner en contraire aux traveilleurs des bons.
Dame, donaques, pour venir à la lettre de l'acteur et à l'entendement d'icelui : ne dit-il vray quand il remonstre que le cœur, le fons et l'intention de son maistre, tous gis-
sent en Taapect de Dieu qui tout voit et congnoit ce qui 7 est ; et sur icelui regard, qui par riens nulle ne peut avoir empeschement, il se confie et s'y ose bien attendre, car sent en lui«mesme que tout y est bien, tout y est net et léal, tout de nature et condition de preudliomme qui ne quiert nuls brouillis, nulles couvertes fins cauteleuses, nulles fraudes, ne déceptions, riens seulement que paix, amour avec chascun, non quérant Tautrui, gardant le sien propre, non voulant grever et non estre grevé de nuUui. Ceci est le fons de son cœur sur quoy il se confie; ceci est le secret de ses repostailles sur quoy il met son attente, et par quoy Facteur dit, en justifiant sa personne : que ne vous craint, ne toute vostre route, que le doiez trouver autre ; mais le gardera Dieu et le conservera à l'équivalent de son mérir et de son bon vouloir. Fmagination française! icy ouvre ton œil ; icy regarde et encerce la profondité de ceste parole, s'elle n'est juste en soy et véritable, s'eile n'est raisonnable et honneste pour estre maintenue, quand riens n'y a en terre subject à Dieu, que tout ne soit conduit et prospéré de la main de Dieu de lassus, par plus et par moins, selon que par plus et par moins les hommes tendent à bonne équité et à bonne fin. Laquelle chose considérée, l'acteur dit pour fin de cestui article :
Cœur net et bon n*a besoin qu'on le farde,
non, n'a besoin qu'on lui baille pointure, ne décoration nouvelle ; non ; car il est net et clair de soy-mesme, et tel en son dedans que ce qui s'en monstre dehors, lui sufBt. Mais tels ne sont pas, ce dit l'acteur, les cœurs qui sont doubles et vicieux; car là sont les neux et superfluités, là sont les frondes et les apostumes, dont se tirent les suspicions, dont se traient les périlleuses et doubteuses attentes.
394 EIPOSmON
Et met ce, non par regart à uullui qui peut avoir cœur tel, mais par contraire de celui qui est net et tout vray, pour le monstrer plus luisant emprës son contraire , comme s'il vouloit dire : < Qui que soit non net et infect, « mon maistre est clair et sans reproche. »
TMAGiNATioN. — Déa! EntendefMwty j'entends bien tes excuses et les évasions que tu quiers par fentes terriblement estroites, mais aucune fois tes paroles répugnent Tune à l'autre et se contredisent, comme droit-cy en présent, là oè tu dis : que ton acteur, parlant des cœurs infects et vicieux, ne le met point par regard à nullui qui puist estre tel ; et tout prestement après , en son cinquantecinquiesme article nomméement, il accuse les François; et comme il a voulu justifier son maistre et le juger de bon fous, tout au contraire il accuse et juge François estre pervers et iniques, et non avoir fons, ne occasion que tout ne soit contamineux, malsain et reboutable.
Comment donc, Entendement^ n'est-ce pas répugnance ^roit-cy à ce que tu as dit, que ton homme n'avoit regart & nullui qui eust.cœur infect, quand tout prestement, en vuidant de celle sentence, luy-mesme te desment par confession propre, lors où il dit : c Que ne avons fons, ne c occasion juste, fors seuleenvie ardant, qui nous dampne t et diffame par tout le monde, et en cui brassin et sau- « ces que nous broyons, tout chascun se pourra percevoir « clairement quelles espices il y aura en la mixtion. » Il semble que c'est assez noter que nous avons cœur infect, et que l'accusation y est toute volontaire et délibérément faite endevers nous, comme la justification endevers son maistre y est produite à nostre impropère.
ENTBNDBMBNT. — Dame, et que puis-je mais, si aucunnui t'approche de blâme, là ou je ne puis réparer l'œuvre
Sm VÉRITÉ MAL PRISE. 395
qui lui en est cause. Jà ne puis prévenir aux choses faites, qu'elles ne demeurent en leur qualité telles ou telles ; mais je puis bien justifier personnes en leur innocence, non contaminées de faute.
Ce m'est dur, voir, que la lettre de l'acteur a besoin de mon réparer; mais encore m'est-il plus amer de la cause qui l'a mu à escrire. Je n'ai, grâces à Dieu ! cœur gros à rencontre des nobles François, par quoy je doie adhérer à nuUui qui les déprime. Mais je désire bien à parer les aigres paroles de cestui escrivain, qui aux François ne sont bien agréables. Sy me pardonne, dame, si je parfai ce que j'ai commencé, car ne tends, moy, que à fin bonne, à fin de paix et de transquillité en ta conscience, et que les murmures qui maintenant, à cause de ces aigres escrits, te troublent en courage, soient applaniées un peu et mises à néant, par bien donner entendre. Dame, n'en soit à toy tout le tort, ne à l'acteur aussy ; soit myparti cestui fardeau, et en porte chascun sa portion, tant du bien comme du mal. Peut-estre qu'en prestant main à lun l'autre , le poids en sera moins dangereux et la charge moins grevable chascun.
Pour gouvernement des choses humaines ne convient mais que discrétion : peser les matières, parfonder les causes , déterminer gravement et vertueusement exécuter, et que chascunes privées personnes, pour parvenir à la congnoissance et distinction de toutes choses, mettent peine premièrement à congnoistre ce que c'est d'euxmesmes, ne quel jugement ils en pourront donner véritable entre Dieu et leur âme; car là glt la racine première de sapience, le fondement de bien entendre et le commencement de bien savoir faire à mesure; par lesquelles choses toutes choses estables et bonnes se peuvent parmaintenir
en estre, et toutes ruineuses et déclinatoires de salut rele* ver et ressourdre.
Dame, qui emprendroit à faire d*une terre arbuste,
d'une espaisse forest, terre pour semer grains, ne conven-
droit-il avoir divers engins de fer pour tirer ddiors et
essarter les racines, et puis, icelles tirées à diverses la^
beurs, replanier la terre arrière, et remettre en disposition
j arable? certes sy feroit. Pareillement est-il droit-cy,
I dame. L'acteur perçoit aujourd'hui la terre françoise
I estre arbuste, durement pleine de superfluités nemoreu*
j ses, non bien cultivées et moins encore proufitables à
commune salut. Sy a quis ses crocs de fer et havès, pour
aller quérir les racines dommageuses qui empeschent la
semoison, et les faire mourir et sécher au ventre de la
: terre qui les produit, affin que la noble semence y vienne
/ qui y est dû de nature. Sy ne le peut faire que par fer,
/ parce que le fer rude et de rigoureuse matière est tout
/ propre à la rigueur de Touvrage, et que vaincre et rompre
* convient fort pas fort. Qui est la chose, dame, qui plus j s'aguise que le fer? ne qui est la chose qui plus perçant
• soit, ne plus aguë que parole? L'acteur doncques, faindant parler familièrement avecques François, non pas par contention, ne repreuve, mais par argumentation proufîtable, tendant à salut, et considérant eux non avoir occasion juste, ne titre honneste d'eux animer en contraire de ce prince le duc, ne de lui monstrer, ne procurer ce que lui procurent et monstrent, est allé quérir ses crocs de fer trenchans, ses havès pointus et parfons, pour tirer dehors le fous de leur cœur les racines mauvaises qui y croissent, et dont les arbres et ramures qui ennaissent, sont ombrages de mort et de malédiction qui s'y embûchent , que pitié est, quand si noble terre n'est arée et disposée au
fruit tel que nature y demande. Et ce voyant l'acteur, et tendant à y vouloir devenir essarteur, vient .hardiement férir au vif des racines, pour essay s'il en pourroit nulles eslocier ; et remonstre aux François ce qu'il perçoit radicar lement en leur fons, disant : « Vous n'avez fons, ne occa- « sion nulle, fors seule envie ardant, laquelle il vous « convient jeter en voie et souffrir extirper. Pourquoy? € pour ce certes que avec le grief que elle vous fait « mesmes, elle vous dampne, diffame et recule par l'uni-
< vers monde. Et pourra cognoistre chascun, quand tout « aurez fait et brassé, et longuement persévéré en ceste € manière de faire, quelle raison, ne quelle cause vous y
< pourrez avoir, ne quelles sont les fins et conclusions € que vous y quérez. » Ne dit pas ceci toutesvoies par repreuve, mais par advertissement de vostre honneur et salut, et pour vous donner à entendre ce que la généralité du monde vous impute en darrière. Dame, si bien que paroles flatteresses coustumièrement sont agréables, si bien sont répréhensions aucune fois de grand fruit; et est langue de corrigeur médecine au prudent, lorsque venimeuse est et tacère celle du flatteur. Congnoit bien toutesvoies l'acteur qu'il ne lui appartenoit soy bouter droit-cy, ne de prendre une correction si aigre sur une si haute et glorieuse nation comme est celle des Frans, là où vertus et bonnes mœurs sont comme en rivière poisson; mais ne peut estre la chose autre. Il convient ou réparer ou nier. Nier ne peut ; car l'ouvrage accuse l'ouvrier. Donc il convient réparement aucun honneste et véritable, là où le nier ne peut donner à l'ouvrier sauveté,. ne fuite. Et pour tant, dame Fmagination, si comme tu poses sur les aigres mots droit-cy, pose-toy un peu aussy sur le bon vouloir de l'acteur, qui, par aigres voies parties de bonne ftme.
tend à fin de salut et de félicité» non pas à intention de injurier, mais par affection de r^Doionstrer en vérité estroite, ce qui à hautes glorieuses personnes blesse et messiet. Adjouste après encore l'acteur chose laquelle je pense bien, dame, que tu lèves bien haut, parce que arrière il accuse les François donner charge à son maistre, là où il dit : ^
Vous imputez ohaxge et blâme importables, etc.
PRANÇoisB YMAOïNATioN. — Holà, Fntendemcnt, tu me préviens de cestui et m'en romps la parole ; mais je te préviens maintenant d'un autre, et la te rendrai telle. Tu as dit voir i Certes, ton homme charge François comme il sçait bien faire; et dit que eux le chargent et aggravent par paroles piteuses et de grand poids durement» qui toutesvoies est le prince du monde là où reposent plus de vertus et de nobles" mœurs, et qui, pour Dieu, ne pour nulle rien créée, ne voudroit faire chose laide, ne contre honneur.
Hntendemewtf cecy il convendra bien que tu exposes, et que tu preuves en quoy François le vont accusant contre vérité. Mais quand tu auras fait cela, et que, à bien venir, ta raison y seroit bonne, sy te trouveras-^tu au plus haut péril de meshuy, en un passage dont moy-mesme prends hide d'y jeter l'œil ; car n'a sufB, à ton homme, parer son maistre et le nettoyer de toute laideur ; mais vient, en son cinquante-septième article, fërir à gorge béant sur François généralement, et ne sçatt-on sur qui.
N'est pas droit-cy reproché vilainement tout le thrdne françois? n'est pas droit-cy la généralité de France reprochée de faute et de grand chaire? Où est la vertu en
homme, ne constance, où est la tempérance et fortitude, qui droit-cy conseille estre patient, comme de sentir telles flacques vilaines ruer au visage de nobles gens, dont onc^ ques nul, et fussent-elles déméries, ne fut si constant que de les porter?
BNTBNDBHBNT. — Dame, si je pouvoie faire que ce qui est fait fut non fait, tu n*auroies occasion d'entrer en cet argu, ne moy de me mettre en tes dangers, là où tu contens de me tenir clos. Me poise bien toutesvoies, et le t*ai dit assez, que à dur et regret je me trouve droit-cy, parce que nulle solution, tant pust estre véritable, ne pourra estre délitable à Toye. Et pour tant en ai^nasse-je mieux le déport, et que Tacteur, entre toy et moy, fust demouré cause de nostre non ai^er. Or n'est-il autrement, et ne se peuvent paroles révoquer, qui tant sont amples et manifestes partout que cbascun les porte conçues. Sy convient passer par cestui destroit que tu dis, ou y laisser l'acteur enfondre; car de fuite, ne d'eslonge n'y a-il point, n y convient ou pendre ou rendre. Constraint, damé, et contre cœur je me dispose à y passer parmi, en toy requérant que, h si léger que tu me verras passer outre, que à si léger tu te veulles contenter de moy, sans moy y faire rentrer coup après autre ; car ne me plait point le longuement y arrester sus, parce que l'activité courte t'y doit estre aussi agréable comme à moy propre.
Voirement accuse l'acteur François de charge que donnée ont & son maistre à tort, de quoy marri, comme raison veut, le justifie et le profère celui du monde où moins a de reproche et plus de nobles conditions, par contraire de la charge que à lui imputent. Donc, et qui voudroit avoir spécifié quelles charges : on regarde et preigne*on recort quelles on lui a données à cause de
monseigneur le dauphin, dont ne mors, ne vivans , ne angels, ne hommes, ne le sauroient rattaindre. Car qui a mangé son pain, jusquà un petit chanteau', en honneur et proud'hommie, et qui a mené son jeune flourissant eage volage et léger jusqu'au terme de hauts glorieux vieux jours, tous nets et impoUus, est vraisemblable et digne de croire, qu'envis terniroit la clarté de si longue régnation glorieuse, sur le bord de sa fosse ; combien que vous, seigneurs François, souventesfois et assez, dont c'est pitié, lui avez donné des occasions assez légitimes pour le despasser, qui toutesvoies s*est contenu méritoirement en vertu, là où excusablement et à titre honneste pouvoit traire & la voie oblique. Mais plus s*y est porté bien, plus y est esprouvé bon ; et en tire tant plus gloire, quand, ne en dur, ne en foible, oncques légèrement n*a obéi aux passions, jusqu'au dernier, là où constrainte dliônneur ou de péril le perforçoient de soy deffendre.
Sy a bien dit Tacteur voir : « que pour tout l'avoir et « seigneurie du monde, non pas pour Dieu mesme, ne « pour son paradis, ne voudroit faire faute > ; entendant que Dieu ne l'en requcrroit jamais, et que paradis n'est point à obtenir par ce mesmes : mesmes sont fautes et telles opérations contraires à Dieu et à salut. Donc, après l'avoir ainsi justifié par vos causes propres, il tourne le visage envers vous et dit :
Tournez, Tirez, perquérez ses légendes, Le droit, Tenvers de sa vie honnorée,
comme s'il vouloit dire : « Vous n'y trouverez riens qui > Chanteau^ morceau. Vopet plus haut, p. 974.
« à reprendre fasse ; mais en fouillant ses fautes et amen- « des, quand vous aurez tout quis et riens trouvé,
« Retonmec-TouB sur vos propres kalendes, « Là dont lecture est assez proférée. •
Veci l'estroit point, dame, où tu dis que Tacteur charge évidamment François d'honneur mesfait, pour ce qu'il dit : « Retournez-vous sur vos propres kalendes, sur vos « propres faits qui sont escrits et enregistrés, car ceux-là c vous feront taire d*autrui. » Or, dame, ce qui escrit est et tant publié, il convient bien qu'il demeure ; et plus est possible de le réparer par bonne interprétation, que de l'anéantir tout et estaindre par désavouer Tœuvre. Kalendes, tu sçais bien, dame, est une diction qui signifie mesure de temps générale sur tous les mois de Tan, et sous laquelle les mois se distinguent Tun de Tautre. Or dit l'acteur : t Retournez-vous à vos propres kalendes, aux « heures, aux jours, aux mois des années passées, où € choses diverses sont avenues en ce royaume, et dont la
< lecture se peut trouver es livres. Retournez-vous vers « îcdles, comme en qui vous devez avoir vostre confic dence; car sont faites et escrites de ceux de vostre « parti, de ceux qui vous faveurent et magnifient, et qui
< vivent de vos gages et bienfaits. Prenez vostre recours « à icelles et les visitez ; mais vous n'y trouverez rien qui « blâme lui soit, ne qui le repreuve de nul mésus. » Et n*entend point l'acteur, dame, bl&mer ne un tel, ne un tel, ne ramentevoir, ne relever rien du vieil temps, tant soit peu ; mais seulement que devez avoir recours à vos pro* près escrits et escrivains, qui sont devers vous, dont la lecture, par ceux qui en ont vu tant de deçà que delà, est assez proférée, est assez publique quelle elle est, comme
TOH. TI. S6
si Facteur voulâist dire : c Je m'ose bien fier es escrits de < vos propres historiographes, que vous n'y trouverez « riens mal, non plus que nous. » Et monstre bien cela par la chose qu'il adjoint après :
Von Yona dit bien : Ciel et mer ont durée, IfalB pins possible est demain tons deux KHnpre, Que son haut cœur de mauvaisté corrompre.
Là monstre-il bien qu'il ne vuide point de ses termes, et que toujours a son regard en un lieu , combien que la figure qu'il fait du ciel rompre avec son coeur, lu'est mot évangélique, ne article de la foy ; mais il le dit par une manière de confirmation de sa preudliommie et léanté, en quoy il est résolu pour mourir, premier que les rompre.
Dame, doncques puisque une chose peut avoir deux entendemens, et que l'acteur en prend devers lui le meilleur, n'est pas de nécessité pour tant que celui qui reste, mauvais et poingnant,* soit imputé à l'acteur à charge, quand sciamment il désavoue et révoque tout mal dit, et souverainement en la personne royale.
Et que ceci vrai soit, l'acteur le monstre en son cinquante-huitiesme article.
Cecy met l'acteur notamment et tout de gré à rencontre de plusieurs clercs et officiers, non tous, mais aucuns hautement promus, qui non nobles, ne de sang, ne de mœurs, occupent les sièges et dignités souvent en court des vrais nobles en cœur et en fait ; et les accompagne na* turellement plus vdœté que raison, plus affection oblique que discrétion grave, par flatterie, par complaeenee, par regart à privé bien, et parce que la grâce du monde leur
est plus quise que la gloire de Dieu par vérité eésourdre. Encontre telles gens doncques, met Tactenr ce qu'il dit : < Ne tous vos clercs, ne toutes vos contretives, ne « sauront riens mettre avant, comme loings, né parfont ils c le voisent quérir, de qnoy ils puissent ternir sa gloire, « de quoy ils puissent noircir sa renommée, ne de quoy a ils le puissent prouver atoir délenqui encontre honneur, € ne encontre devoir, ne encontre équité nulle. » Sy te dis, dame,' que sans que désormais tu me mettes guèréé plus en question, moy-mesme te veux mettre en teirmes les article qui encore y restent scrupuleux, jpiour tant plus abréger nostre procès, qui jà longueinent a duré; et saillant de Tune clause en Vautre, viens au cinquante^-neuviesme article, là où l'acteur arguë encontre François;
. Es deux premières lignes de ce^tui couplet, l'acteur, en confessant l'envie des François et leurs haynes, remonstre la gr&ce que a de Dieu et du monde, son maistre qui est tenu et jugé à preudliomme de tout le siècle et de ce qui est dedans, roys et empereurs, lesquels l'ont tenu et tiennent le coffre d'honneur et de haut los. Par quoy, condoléant en François et en la régnation d'aujoiïrd'hui, dit suspiramment :
Vous donc, hélas I que le siècle tant nomme Haulx et fameux, et le jaste agraves ; O et pensez quel los propre y avei I
< Vous les François qui estes si haute et si glorieuse « nation que nulle vostre pareille, et agravez et chargez « le juste, l'avez en hayne et en despection pour sa gloc rieuse fortune, ruez et machinez en sa ruine par enfie, € qui riens toutesvoies ne vous demande, ne empesche,
« mais fait vos mains 1)elliqiieuses» vos extrêmes cheva- « leureuses puissances, et renonçant à fierté et orgueil « encontre vous, vous offire service et révérence hum- « blés : oh 1 pensez quel los vous vous acquérez en vous € tenir «n ces termes devers lui ; i comme s'il vouloit dire : < Vous vous en faites blâmer par tout le monde, et « en mettez vos âmes en grand péril. »
Or sçai-je bien que cy-aprës, en son soixantiesme article, il y a un mot qui te cuit beaucoup, dame, et lequel par aventure tu notes estre assis en tout excès d'outrage et de fel orgueil. Sj désire bien à t'en esclarcir un peu la fantaisie, comme qui sais bien que tu y muses beaucoup, et est un des principaux points sur quoy plus tu arrestes.
Et ne dit bien vrai l'acteur, dame, quand il dit : que mouvoir guerre à son maistre vous est bien possible, puisqu'il est en vostre franc arbitre; mais il dit ^rës : que le proufit qui en pourra venir à vostre part, cestui-là certainement n'est point sçu , car il glt oélé en fortune ;
Mais si la cause en est jnste ou loisible, Ou 8*elle est moins à faire ou plus taisible. Cela scet Dieu qui règne sur la lune.
Droit-cy dit-il vrai aussy. Et n'est œil si troublé qui ne voie bien et entende ceste lettre, qui n'a besoin d'exposition autre que telle que elle porte , parce que nul autre ne sepourroit donner plus claire. Mais dit après: < Soit c vostre querelle noire ou claire, soit juste ou telle que c peut estre, quand François vendroient pour confondre < son honneur,
n est non loy, mais duc pour eux respondre. »
Non roy, mais duc pour vous respondre, notent François et prennent à aigre, je pense, et en grand ravalement.
parce qu'il semble parler pair à pair en compagnon, et que l'un ne donroit à l'autre avantage d'un chivot * ; comme s'il vouloit dire : « Si tu me quiers, tu me trouves ; je suis « homme pour toy. »
Dame, à ceste difficulté il convient respondre et donner l'interprétation saine qui y siet. L'acteur droit-cy , par les choses ainsi que les voit disposées, et que à tous lez on circuit subtillement pour avoir bras dessus ce prince pour le faire ployer , et qu'en icelle quisîtion pour venir à ses fins les moyens sont moult divers et de très-évident péril, si Dieu ne les contretient contre la volenté des hommes, suppose l'acteur et craint pouvoir advenir ce qu'il voit en disposition de non pouvoir faillir, qui aucun temps long y persévère : c'est guerre et tribulation, dont nourrice aura esté envie, et nulle riens autre. Par quoy venu jusqu'à là, et que nécessité constraindral'aignel de devenir loup, qui tousjours aura foi la meslée, toujours se sera monstre sage et souffitmt homme de paix et de léaulté vive, et néanmoins lui voudra-on courir sus, le mordre et le mener à confusion en ses vieux jours, qui oncques ne fut humilié par force, jamais ployé, ne mis à subjection par menace, ne par hautement entreprendre : dit l'acteur Ae lui-mesme et en faveur de celui, lequel il congnoit invincible en courage et sans peur : c II est non roy » ; comme s'il vouloit dire : € n est celui qui n'a pas puissance d'un roy pour égdiser « la sienne à l'encontre des Frans, mais il est duc pour « deffendre son honneur, pour defféndre ses terres et ses € pays à rencontre de vous, quand vous le surquerrez de c desraison. » Et ne dit pas c duc pour vous respondre » , par entendement qu'il le veulle faire égal avec le roy,* ne
I Je ne sais pas ce qae Chastellaia entend par : un ehivot.
406 £îposrnov
qu'il le die par orgueil, ne despectijon à Teocontre de sa très-noble personne» mais par confession de vérité, qui est teUe en effet : quil est non roy et non si bon que de l'estre, mais il est duc povre emprès lui, plein de courage toutesYpies pour oser deffendre son honneur et sa que* r^U^y constraint, contre vous les François tous autres, rés^rvé seul le roy. Donc, et si le fait est plus grand chose que parole, encore est p}us pen^issible à homme de remonstper aigrement ce qui peut advenir, que n*est de faire de fed^ ce qui peut porter domm^ge et danger.
O^r autrefpis, dame, ont princes non roys, comme cestui, donné des affaires beaucoup à ceux qui roys estoient très-puissansi et n'ont point resspngnié, par la hauteur de leurs titres, à deffendre fièremei^t leurs querelles en moindres possessions de seigneuries* Exemple de plusieurs contes de Flandres, qui toujours n'ont pas esté coi^cordans avec les roys françois, mesmes leur ont donné des vexations beaucoup et des répugnances très-dures et rpides plus d'une. Entre lesquels Ferrand de Portingal, non 4p sang ^i bon que de France, se monstra moult felle, et soy exposant contraire à la couronne , en confidence de sa l^autp fortune, fut humilié toutesvoies et vaincu par le pesché de son dpscongnoistre. Or n'est jt^e cestui un Ferrand de Pprtingal. Ce n'est mie c^lui qui descongnoit la s^ve donji il prend estre. Ce n'est zpie celui qu|, rebelle à la majesté glorieuse, se veulle eslever contre elle h main ennemie. NonI Mais est celui qui assailli de tout le monde, et seulement son roy et son chief mis dehors, s'exposera à 1^ fortune d'un jour pour soy deffendre. C'est cétai fîgurativement que l'on peut dire saint Ifichel, qqi championne avecques le roy de là-haut , à l'encontre du dragon; et n'est mie celui qui adhère au prince de rébel-
SUR YÉRÏTi Mal prise. 407
lioo, au i^înce d*oigueil prés(»aptîenx. Mais puissant sous h bras de son roy jdus que nul autre, plus que nul autre voudroit soy exhiber déprimeur de ses omtraires, là où comme non roy mais duc trës*puissant se peut bien nommer justement prince pour respondre à tous ses ennemis françois mis en un tas, parce qu'entre eux tous, réservé la personne royale, n*a nul de si haute condition que par honneur et licitement il ne puist dire le mot et Texécuter par fait.
Appaise-toy doDx^ques de ce mot;
U est noa roy, mais dJio pour youb Mqxmdie.
car ie respondre ne s'entend point au roy, mais s'entend à tout le remanant en dessoi^ lequel il veut revérender par amour, et non craindre, par le surquerre en main ennemie. Dit en outre l'acteur en son soixante-imiesme article, Antinuant sa matière selon les dispositions que voit tendre à péril :
Bien le pourrez molester et oombatre, etc.
Droit^cy Tacteiu', soy arguant en lui-mesme et impatient des choses que voit couver bien douteuses, et desquelles ne peut traire fin autre, en son avis, que guerres et tribulations recommencées, là où les victoires sont incertaines tant au plus puissant comme, au plus foible^ mais prenant le pire devers lui^ dit : « Bien le pourrez € combattre et molester, vous autres qui tant avez la dent « à lui, et à l'aventure le vaincre et humilier, si cela « vous est permis de fortune, ou que sa destinée le porte « ainsi ; mais ne saurez par tout vostre effort, diminuer
« son honneur, sa glorieuse renommée acquise en hautes c opérations passées, laquelle, quand le corps vieUart « seroit succombé en vos mains sous honneste et coura- « geuse deffense, ne seroit pourtant point amendrie, ne € prosternée avec lui sous la clarté de vostre victoire; « ains seroit chu plus glorieux vaincu, que vous, à bras « deseure, ne vous acquerriez gloire vaincuers, parce c qu'en juste deffense, posé qu'il y peut cheoir infor^ « tune, sy n'y peut-il cheoir reproche; mais est titre plus c clair, cheoir courageux en juste querelle, que estre « vaincueur en tyrannie. » Et ce considérant l'acteur, avec ce qui est méri par avant, moult haut et moult clair, et en quoy sa famé attend glorieux diadème, dit : que maugré vous tous, ceux qui avez ainsi envie de ce qui ne vous griève, meure, vive, soit vaincu ou vaincueur, il aura son siège au plus haut du palais d'honneur, avec tous les meilleurs et les plus nets de la terre, s'en ses vieux jours, et contraire de ses mœurs et conditions, il ne se mue et change, et souUe et pollue tout volontiers ce que si curieusement a gardé jusques-cy ; que l'acteur ne craint point. Et parle droit-cy l'acteur notamment contre ses envieux égaux de lui et moindres, et non pas à autres. Dit en outre l'acteur en son soixante-deuxiesme article:
Montez, régnez, smpliez vos clostares, etc.
Droit-cy l'acteur présuppose le pire encore par devers son parti, comme tout reconforté du meschîef, et concède que le bras des François se pourra tant estendre et soy eslargir, que le monde et les nations voisines tremblent devant luy-mesme, pourra faire humilier, si l'aventure le doit*
' Lisez : Le donne ainsi.
ainsi, cestui duc son maistre de quoy la hayne des Fran^ çois seroit estancée alors : toutesvoies, dit l'acteur après, quand François auroient toui ce parobtenu, et que l'assailli seroit chu à l'envers, ses pays trascés/ et courus, ses hommes et subjets mis à Tespée, et dissippées toutes ses richesses et substances, toutesvoies y a-il une chose à laquelle il leur deffend qu'ils ne atouchent, laquelle luimesme a conquestée et est inexpugnable et invincible : c'est l'honneur, la gloire et la bonne famé qu'il a acquises en son temps par léauté, par preudliommie, par intégrité et par noblement et chevaleureusement vivre avec tous les meilleurs de la terre, entre lesquels ne se trouvera nul plus clair, ne pins net. Donc, en conformant sa raison, il expose plus amplement ce qu'il y entend, et dit en son soixante-troisiesme article ce en quoi glt la custode de son honneur, la garde et conserve de sa splendeur et clarté, qui n'est ailleurs qu'en sept pieds de terre très-glorieuse, que honneur lui garde, et qui sont plus dignes et de plus grand fruit que nulle couronne , es quels tant plein de gloire et de bon nom, plein de mérites et de hautes recommandations, il gerra enseveli comme la précieuse pierre est assise en l'or. De laquelle fosse, posé que serpens et venins plusieurs y pourront circuir autour, sy y pourront-ils mourir plustost que y atoucier, parce qu'en la précieuseté de sa famé ne pourra mordre venimeuse langue.
L'acteur, veullant confermer ceci : que ainsi en est, et que son honneur est si par très-clair comme il afferme, dit, en son soixante-quatriesme article, pour contemjmer'
' ConUmpner (du latin : eot^temno), mépriser, flétrir.
4i0 EXPOSITION
les ambitions et vaines gloires de ceux qui parent leurs cœurs autrement eu la vanité du siècle :
Cest cy raoqLoest de ees longs Jours félioes, etc.
comme si Tacteur voulsist dire : c Cestui pcmrchas et « contendement qui est de mourir en nette famé et claire, « non avoir riens fait, ne conseillé qui ait esté contrehonc neur, ne contre entière preud*hommie, soy estre ofifortà « servir Dieu et la chose publique, avoir ^isievi vérité et « raison humaine, affecté bonnes mœurs et opérations
< nobles : c*est ici Tacquest de ses longs jours; c*est ici la
< chierté qu il propose devant toutes richesses et poséesf sipns de seignouries, lesquelles mourront avecques lui, « m^is cecy ne lui mourra jamais. » — c Or lui r*0Btez, ce « dit l'acteur, cestui acquest; r*ostez*lui ses villes et « cités ; déprivez-la de toutes ses possessicms, par tyrannie ; « vainquez-le et humiliez en bataille; faites-lui du pis que « vous pourrez; au moins cecy ne lui osterez-vous jamais, « et f ussiez-vous cent empereurs ; car il vous en fait figue, f quand, en la perdition du tout, eecy lui demourraadjoînt, a cecy lui demourra inséparable à toujours et non n?is*
< sable. Mais vous pourra bien tourner sa netteté en con- « fusion et en enlaidissement de vos faces, quand si juste % homme et si noble en tous ses faits, par envie, par dd, « par pure malignité de venin, aurez persécuté et mené à c sa fin, laquelle, vaincu au pis venir, lui sera glorieuse, c et à vous dampnable et confuse, vainqueurs, i Et droitcy Taoteur, compressé en cœur d*amertume, et excité à larmes par pitié du cas que parfondément a enfonsé, dit en son soixante-cinquiesme article :
« L'estrif m'ennuie, et me poise que né suis de telle
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. l\\
« hieure, que traiter me convient telle matière, ne que les « pitiés conçues me sont occasioQ de baigner ma plume « en propres laines, qui aimasse mieux avoir autre occu- « pation que ceste, qui est pleine de rumeur, pleine de « mérancolie et d*amertume, et flnablement tendant à « ruine et dampnation infallibles , par le conseil et pour- « phas de Tennemi, qui allume tout ce feu et tient les c qœurs de biiute sorte, les cœurs des princes, si vicieux ^ et si frois, que honneur n'y a lieu, ne remors habita- « tion. » Donc plein d'ennui, de douleur et de passion, et voiant que dire n'y sert riens, ne change, ne ne meut les desvoiés, ains persévèrent plus et plus en leurs erreurs, en leur^ dolentes et damnables entreprises, dit en son soixante-sixiesme article :
« Pour mettre fin, ô vous François, en mon œuvre, la- « quellp vous semblera plus aigre en son qu'elle n'est « toutesvoies en essence, j'ai peur, si Dieu ne vous œuvre « les cœurs et vous nourrisse d*un autre avis, que la con- « séquence ne doie estre dure, et que les fortunes et « occultes destinées incongnues ne fassent rapt et exter-
< mination finale de ce royaume, par vos péchés, par vos
< envies et divisions, en quoy chascun, comme pour soy, « doit le guet pour s'en parer et justifier. » Et dit notamment rapt; car, comme l'escouffle* vient fléchissant des ailes au long de la terre, et ravit le poussin et l'emporte, ains ont esté les autres règnations de jadis emportées et triinsférées d'une main à autre et venues à leur fin; et pareiUeinent pourra avenir, et ne sçait-on quand, de cestui très-glorieux ettrès-chrestien royaume, qui plein de gloire anciennement et de vertus, chiet h nos yeux et se renverse
* JBêcotufie, milan, oiseau^de proie.
& plénitude de vices. Laquelle chose Facteur regardant, et veuUant mettre au front des François ce qui autrefois et toutfreschementles avoit mis tout bas, pour leur donner hide du danger où passés sont, leur dit :
« Felle jadis division murtrière mena presque ce a royaume jusqu'à finale termination, mais après que « grâce de Dieu l'en a déjettée, dont il a esté remis sus et « relevé assez glorieux, tantost arrière s y est reboutée « dedans; et l'ont repris par devers eux les hauts mem- « bres d*icelui, à leur piteuse et très-confuse attente. > Et dit l'acteur notamment division murtrière, non pas que par ce il entende nulles vilaines œuvres du temps passée mais que division, en elle-mesme et de sa nature, est murtrière cause, et fait avenir murtres, homicides, ruines de peuples, blasphèmes de Dieu, et toutes choses inhumaines et dyaboliques, que le monde abhominer doit, et Dieu non tolérer.
Donc arrière, plein de regrets l'acteur, et pour faire mieux apparoir que les choses touchées dessus ne lui procèdent point tant de felle courage envers nul, comme de dévotion à la chose publique et honneste, jettant ses yeux au ciel, invoque Dieu et tout ce qui peut avoir puissance ou administration en humaine salut, et clame envers fortune et nature, envers toutes les puissances célestes de lassus, et toute bonne et dévote créature d'icy en bas, priant que pitié leur puist prendre de cestes si douloreu^ ses et dampnables questions et chétivetés, qui aujourd'hui se nourrissent, en dure attente et perplexité de l'univers monde chrestien et de chascune privée personne, par l'instruction de l'ennemi, qui les bons contend à faire perdre en ttibulation, et les mauvais essourdre en règne et durée pour desrigler tout l'univers. Par quoy, en cestui
son soixante-haitiesme article, dit enfin : que ne peut percevoir riens autre en cestes rumeurs et tribulations présentes, que fin prochaine en vieilles prophéties, et que nous sommes sur la fin du monde, sur la venue d*Ânte- Christ, que nostre rédempteur Jésus nous a certifié de venir , et assez démonstre Teure et le temps par les circonstances que mises y a, et qui maintenant et de piëça appèrent et ont eu continuation longue; car foy et charité fallent par l'univers siècle, amour et cordialité entre parons, nature entre enfant et père, vérité en cœur des princes, honneur et vertu entre les nobles, vergogne et honnesteté entre les prélas ; se prisent vices et desrèglemens; se quièrent vanités et ambitions, flatteries et voluptés de corps; n*est cure aux princes des choses de Dieu; ne leur est cure de la chose publique ; ne leur est soin de félicité commune, moins encore à leurs nobles, moins encore à leurs conseilliers, moins encore à leurs juges et préfets. Mais tous au privé bien entendent; Dieu oublient; honneur ne congnoissent; de pitié n*accontent ; au salut ne avisent ; seulement au corps malheureux vivent et l'ennemi servent. Donc à ceste cause sourdent gens contre gens, peuples contre puissances, régions contre royaumes ; et les roys et les princes de la terre, par convoitise, par affection desriglée, par ire, par envie, par gloire vaine, par affection de régner, s'entre-ruent, s*entre-mordent, s'entre-confroissenten batailles et en effusion de sang, dont ne leur est ne que de bestes mues ; car pitié n*a lieu en eux, ne crémeur de Dieu. Et par ce dit Tacteur : que TIestes choses considérées , n'y entend autre chose, fors fin prochaine en toutes vieilles promissions. L'acteur met en son soixante-neufvie^ne article icy la vision deMéronnée, de laquelle ne fait guères ample réci-
tation, parce (][u'il la remet en la main des clercs et de ceux qui hystoriens sont. Et encore présentement moj n'en quiers faire autre déclaration que celle de l'actenr, parce que le quérir au lieu où il est escrit, pourra donner contentance aux affectans, savoir le mistère.
Sy met droilrcy Facteur son dernier couplet, qui fait le soixante-dixiesme.
Cestui article ne besongne de nuUe exposition autre que la lettre lui baille, excepté que l'acteur donne plainement à entendre par icelui quel homme il est et de quel fons lui est mu son ouvrage, quand il requiert à Dieu pour amendement en tout cela où il fait besoin, et pour conservation en paix et en bien, ce qui est en bon train. Donc après il recongnoit la povreté de sa passion, qui a esté cause de son aigre escrire, et confesse que si le fruit peut estre povre qui en sera tiré, encore sera le délit moindre qui s'y assavourera par cause de son aigreur.
Dit toutesvoies en sa dernière ligne là où il tout clôt, pour tant mieux pardon obtenir envers les mal prenans : que tel qu'il est, il l'a fait angoisseux et plein de larmes, en son lit. Donc, comme larmes procèdent de racine de charité vraie, présuppose et entend que son œuvre doit estre prise et entendue cotnme faite à bonne fin, parce qu'elle procède et est fondée en bon (jommencemetit.
Dame doncques, françoisé Fmaginatim, vecy le réparement que j'ai sçu faire présentement sur le mordftnt langage de l'acteur dont tu t'es plainte, euidant y avoir cause plus juste à laventure que je n'y ^tttends, si mes spéculations et parfondances de vérité peuvent avoir lieu et prévaloir sur mauvaises interprétations grosses et non bien atteintes eiyp racine, comme il siet considérer plus parfont maintes fois que le sens littéral, lequel en sa pre-
miëre conception souTont est tout antre à Tintention de Facteur* Siques, dame, si mes présentes expositions te peuvent suffire et donner contentement, j'en loue Dieu et en répute mon heur bon, sinon par ce toutesvoies que je ne puis excogiter réparation plus ample, ne plus vraie. Sy convient-il que je m*en tienne à tant, et que j'en attende ton bon plaisir , comme qui ne puis désavouer l'ouvrage qui fait est, et que tu as par devers toy en nom de celui qui en est l'ouvrier.
Donc, jà-soit*ce que je redoubte assez que, non obstant mes solutions, ilne te doie demeurer tondis des soupeçons non bien apaisées, sy m'est-il espoir à l'autre lez, que tu, qui es concierge de tant de nobles et de haulx cœurs, pleins de science, pleins de vertus, pleins dé bonnes mœurs, pleins de preud'hommie, pleins de grand sens et de prudence, seras trouvée aussi contentable avec eux, comme avec autres de perverse condition murmurant tousjours et doubtive.
Dame, le lieu de ton habiter, si le ciel a plénitude d es* toiles, sy a-il plénitude aussy de cœurs nobles en son dos; et n'y fallent prudences et profondités graves, ne qne au firmament le soleil, sur lesquels, en tout l'estroit parai- 1er, je me fonde et confie. Et ne m'est la difficultatioiï des cœurs volages point tant crémue, que la saine concep* tion des prudens hommes ne me soit plus potence de repos. Donc, et si aucuns non convertissables, comme l'on en trouve beaucoup, disoient : c Que nous est-il des solu* « tiens et des vestemens que tu trouves droit-cy pour « parer un injurieux livre, dont tousjours le venin perce « la couverture ? £t nous cuide Entendement faire à croire « que blanc soit noir, et que ce que nous voyons noir aux a yeux et au sentement, que par fallaces et par tour-
4iC « EXPOSITION
« noier autour il puist devenir blanc? nenny voir 1 Donc- « ques ce que entendement en fait, il le fait constraint, « et parce que lui-mesme perçoit que le cas est mauvais a en soy et plein de venin; et pour tant contend-il à le « parer et vestir d une robe de déception , pour abuser « gens; mais toutesvoies ne peut» que tousjours la chose « ne demeure en sa nature, telle comme elle est, et que « Facteur aussy ne demeure enfangié de l'ordure de son « escrit. »
 cest argument il y cbiet, dame, response moult belle. Et prends, au nom de l'acteur, le pire que telles gens pourroient supposer, et que l'acteur soit vaincu de non avoir autre sens en son escrit que le littéral, ainsy qu'il glt. Donc, pour lui venir à secours, et que raison veut que la plus foible partie trouve main forte aucune pour la deffendre , je dis pour l'acteur : que encore en son sens littéral ne peut avoir tant de mespris, qu'en équité et jugement de raison saine ne se puist honnourablement parer et sauver sans encourir grief. Et ce je te prouve par exemple et par induction véritable de ce qui avient tous les jours par fait, qui est trop plus que parole. Tu vois tous les jours vassaux avec leur prince mener guerre encontre un autre plus grand , et iceux mettre main violente en un roy, ruer en lui et se joindre au corps en bataille, le vaincre et occire sous la main de son seigneur. Comme doncques main mise est le dernier exploit d'appétit vindicatif, et que nulle injure n'est si griève que percussion, n'est doncques parole aigre plus supportable que main mise, quand main exécute son ire par fait, et cœur passionné tant seulement par parole, qui ne offense que l'oye? Donc, comme vrai est que Dieu a créé les hommes de divers seçiblans , les a créés aussy de diverses condi-
lions, de diverses natures et influences, et leur a donné diverses propriétés différentes : les uns a fait ndstre à labeurs et œuvres serviles, autres à gouvernement de villes et de cités, autres à préfectures et dignités sur le peuple, autres à marchandises et mutuations de biens , autres à servir Téglise en diversités de degrés , autres à maintenir Testât de noblesse en diversités d'ordres, en bacheliers, en chevaliers , en barons et en haulx princes , roys et ducs , qui tous respondent à une vocation finale, qui est de deffendre l'église de Dieu, augmenter et targier la foy chrestienne, garder le peuple d'oppression, maintenir la chose publique et conserver en estât, rebou*er force par roideur, ttrannie par puissance, rébellion par bataille, fortifier paix, esvigorer justice, et soustenîr et essourdre vertus et vie tranquille.
€estes droit-cy sont les propriétés appartenans à Testât des nobles, et en quoy se doivent exposer selon leur vocation. Donc et comme il a ordonné une telle iérarchie de précieux hommes bateîllères, et qui ont cœurs pour hautement emprendre, perfections pour glorieusement conduire, natures non espaourées, corps pour rompre batailles, bras pour vaincre et Mre cheoir hommes par milliers : ne peut-il avoir créé aussy et fait naistre aucuns qui ont natures pour loger diverses conceptions , yeux pour spéculer et entendre les choses variables de ce monde , dont les unes sont contemplatives, autres de triste inspection? Et emprès tels regars, comme choses conçues donnent ou passion ou joie, et qu'en l'homme n'a membre qui ne serve et n'ait son oflBlce, tf y peut-il avoir langue qui profère ce qui est conçu, et main qui mette en escrit la vuidange de son entendre? Certes sy fait. Et sont tels gens aussy nécessaires et de semblable utilité avec les autres, à prendre
TOH. TI. 27
les circonstances et conditions des choses temporelles , qui besongnent d*aatant de personnes diverses, comine les événemens sont sauvages et de diverses natures.
Escrivans, dame, en lotienge , on ils rafferment et en^ conragent les bons en bon persévérer tous vivans, on ils exaltent les esvanouis du siècle et les couronnent en renommée, lors quand ceux qui reprennent et détestent aigrement les fautes conçues, profitent souvent, et réduisent les délinquans de leurs vices, parce que nature raison^ nable , souverainement en prince , doit affecter toujours» avecques haute régnation, claire renommée, ou la fin con* tredit à son contendre * .
Dame, doncques, contente-toy, te prie, de mon respondre, et ne te griève si les hommes usent de la vocation telle que ont de Dieu , et souverainement quand leur user n'est qu*dn office honneste, en œuvre profitable et utile, et conjoint à la vérité souveraine qui est Dieu, qui envoie ses instrumens en terre tels qu*il lui plaist, et comme il voit estre utile et expédient. Et te recorde, pour fin de mon conte : que comme le marteau est instrument au fèvre diversement, à l'un pour rompre fer et le planier par force et vigueur, à l'autre est instrument pour ouvrer en or et argent qui sont métaui précieux , là où le férir dessus est doux et amiable : pareillement est^il ainsi de
* Le Vénitien Laurent Justiniani, adressant au prince de Galilée, à un descendant des Lusignan, une Tic de Cimon, fils deUiltiade, y joignait ce noble éloge delhistolre : a Sachez, prince! quMl y a dÎTersea « branches des lettres qui peuvent être Thonneur et Tomement des « hommes illustres, mais Tbistoire est surtout utile à ceux qui, comme a VOUS, sont appelés à prendre part à de grandes choses. L^hlstoireena soigne aux grands comment ils doivent viyre, et elle ne peut être ni « assez cultivée, ni assez méditée. C'est Thistoire qui est raiguillon de « la vertu, et combien sa mission n'est-elle pas féconde, quand elle a s'adresse h des princes qu'anime déjà la passion de la gloire ! •
SUR VÉRITÉ Mal prise. 419
rhumain engio. En matières roides et rigoureuses, il convient férir dessus à Tavenant de leur nature pour les amollir ; et en celles qui sont douces et agréables aux sentemens , \h volentiers se délite et j preste main décora* tive, pour encore le» faire plus belles et plus claires par son art, et que les autres, qui les regarderont après lui, puissent prendre délectation en son œuvre.
Et à tant je mets fin à ceste contention avec toy, et te dis adieu.
Lors comme les paroles estoient finées entre ces arguans à ma cause, et que Je perçus aussy soudainement esvanouir tout, comme soudainement s*estoient venu apparoir à moy leurs personnages, alors, tout revenu à moy et resvertué en mes esprits, commençai à rendre grâces à Dieu du fruit que tiré avoie de ma vision, et de la trèssaine ethonneste réparation que avoit fait Entendement smt mes escrits, dont hautement me tenoîe joyeux. Mais, comme une chose encommencée si substancieusement comme ceste, et déduite par tels personnages comme drolt-cy ont esté oys, ne devoit avoir que terminatîon de mesme par aucune glorieuse issue , au point proprement où tous les autres s'estoîent esvanouîs et perdus, ne savoîe où, advîs m'estoît que de loin visse ouvrir unes courtines asurées, semées pleines de fleurs de lis d'or, là où estoit dedans la très-noble et très-humaine personne du roy, qui arrestéement contint ses yeux en ma très-povre personne, sans les en retraire. Donc moy doubtant que ce ne fist par aucun mistère, fust de malveillance ou d'autre couvert appétit, et que raison aussy me enseignoit que révérender dévoie la noble représentation de sa vive image, me laissai cheoir à genoux.
Et lors, par espoir de lui pouvoir attendrir le cœur, si mu l'avoit à rencontre de moy à l'aventure, ou de le pouvoir traire àbénigne ascout , si envers autrui pouvoit avoir intention non profitable, fondant larmes des yeux, avec gémissement de voix, commençai à crier en haut et à dire :