‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 40 sur 54 · POUR FIN DB LIVBB · texte numérisé non relu

POUR FIN DB LIVBB

très-chrestien roy des Frans, très-noble et très-excellent roy Charles , que tant ont vu hommes en affliction dure, tant circui à tous lez dlmpugnation ennemie, qui conduit toutesvoies tousjours et non relenqui de la main de Dieu, -as vaincu tout et suppédité par vertu, as triumphé sur la moqueresse fortune en constance, et tirant fruit de ton vertueux persévérer en labeur , es monté glorieux et tout sage en la sublimité de la roue , là où te regarde par admiration confuse celle qui te soloit faire la moue jadis, en desrision costumière! trèa-glorieux roy doncques, roy esmerveillable et prodigieux, roy plein de mistères et de divines ostentions, que sens ne parataignrat, ne entendemens à comprendre suffisent 1 ici preste bénignes oreilles, droit-cy atourne tes royales clémences, et qui congnois toutes précieuses fleurs croistre sur estocq humble, dévale doncques ta précieuse nobilité un peu envers ma personne, qui suis, comme le poulieul ' de la terre, tout povre, et toy le précieux cèdre de Lyban, là où convenience ne peut avoir aucune, proportion nulle, ne confor-

< Ce mot manque dans les glossaires.

mité, sinon d'autant que ta hautesse se pourra humilier envers ma basseur et me prendre en grâce non digne.

le soleil des princes , ciel reluisant sur les mortels hommes, plein de djaprure céleste,^ plein de glorieuse impression divine , plein d'exaltation de fortune, plein de faveur et de dilection de nature, qui tout le précieux de son contenir rue à tes pieds, tout Tabscons de son cloistre te présente en service, et non ayant riens autre que or précieux et gemmes en dignité emprës toy, les estime non comparables 1

perle des roys, roy très-clair et luisant, roy juste par succession légitime, mais plus roy encore par dignité de personne , qui as en toy mœurs et conditions royales, et vertus à régalité requises, et par lesquelles non-seulement ta personne , mais les hautesses et dictés du haut nom de roy sont décorées 1 Roy très-humain, roy trèsexpert et prudent, roy exalté plus par vertus que par fortune; roy régissant et régnant, roy que non nom seulement mais fait glorifie : moy ton très-humble orateur, serviteur indigne et scabeau de tes pieds, requérant grâce et merci , miséricorde et clémence, non pas seulement de pardon, mais debening ascout, à vue déclinée enterre» aujourd'hui, à genoux révérons et mains jointes, à voix souspirant et alarmes missives, viens aourer ta face, viens rouver ta bénignité intériore, viens exclamer et requérir ta toute humble débonnaireté et bénivolence , laquelle, par grâce, non par mérir, mais par noblesse de bonté propre je exore que me soit donnée !

N*es-tu l'exemple des vertus humaines? n'es- tu le cofire de toutes mœurs et conditions nobles? n'es^tu la balance du vrai poids et équité du monde? sy es, voir! Donc, sans ce que tu soies l'estoile des roys très-claire, sy

4S2 EXroSITION

es-tu la roche inexpugnable aussy et invincible que redoubte fortune, que fortune craint et frémit de aheidre; comme qui vaincue est en ta vertu , matée et ruée à l'envers; et rompue confusément et froissée entre tes mains, s'est rendue à ton sceptre ancien et t*a abandonné def et eschielle de sa roue.

roy très*noble et clément, roy de cui bonté et vertu tant se sont perçu d*bommes, tant se sont sentu et expéri*mente diverses créatures, roy proprement insécuteor de divine condition qui est miséricorde et bénignité, modestie et clémence, espaigne de sang et taidivité à fureur : par peur aucune qui m'est prise que ne puisse avoir offensé ton r^ard^ eommu aucunement tes royales entrailles^ pour icelles, si ainsy estoit, remettre en leur paix, pour à toy exhiber gloire et laudations condignes, pour procurer au monde salut et transquiUité , et à moy propre justification libéralement ascoutée, après l'exposition de mon livre droit-cy que Entendement a fait du tout et en tout, je m'en viens mettre en tes mains, je m'en viens rendre en ta correction et chastoy; et qui, par prmidre peu4restre mes paroles plus aigres que je ne les ay pensées, as pu avoir sang altéré de toute la corrosiveté d'icelles^ j'expète miséricorde , protestant devant Dieu et toy, que riens n'ay dit et escript que à intention de bien, à affection de salut et de paix, et par condoléance de l'austère marastre fortune d'aujourd'hui , qui toy et mon maistre, ton humble frère et parent, ton léal vrai cordial serviteur et ami, tient et a mis en question , en frivoles et murmures ensemble, et en froideurs et dampnables difidences, de quoy les expectations du monde sont de mau-vais espoir, et à moy causes de mon aigre ^escrire.

Donc, et afin que tu pardonnes à ma fragilité, congnoisses

aussy le bonté de ton léal humble parent, et à toy-mesme tu profites et vailles en honneur et salut» quérant union et ccmeorde entre toy et mon nourrisseur, transquillité par le univers siècle» en rudes et mal assis termes viens exorer ta bonté, implorer ta grâce et clémence, et suadant paix et retour de ton ire , présenter & ton oye aucune en moy conception fructueuse.

O très-humain prince! et s'il te plaist que présentement ouvrir puisse mon estomac, et que je monstre révéramment à tes yeux ce qui s'y cœuvre, sire, tu y percevras douleur justement causée, et intention bonne et honneste tendant & fin utile. Donc, pour toy attraire bénivolent envers moy, et toy donner à entendre la vérité de ma cause, comment me suis mu et enaigri ainsi, non pas envers toy, mais envers tout autre à qui il touche , sire, mon premier mouvement sy fut : que un jour passé,' h mes yeux intériores se prés^ta en mon estude mon maistre le duc, lequel tout vestu de ses armes, mais d'un manteau long tout noir où estoient tissus dedans multitude de larmes avecques lettres d'or qui disoient : Etenim sederunt principes, et adeersum me loquébantur; servus auUm tuns tzercehatuT in justificationibtts tuis \

Lequel, comme ainsi vestu s'estoit monstre devant moy et que le regardasse ententivement , ne me donnai garde que soudainemeni; le vis cheoir à genoux. Donc, esmerveillié de la cause, et devant qui ce fist, surlevai les yeux 4m peu. Et me sembloit que de loin visse ta noble personne laquelle il révérendoit , et du doy touchant la lettre du manteau par embas, te monstroit la clause qui vers toy s'adressoit, répandant larmes abondamment avec l'ostension.

< Pm/m, Gxvin,23.

Ali EXPOSITION

Et moj, prestement privé de ceste Tision mentale et glosant sur l'entendement d*iceUe que je compris , et me sembloit piteux en mistère» commençai à plorer aussy par compassion du cas « de qui je tiroie douleor touchant l'une part, et de l'autre grant joye pour son fructueux donner entendre. Car me signifioit la clause première, haynes et machinations mauvaises à rencontre de ton noble parent, en pleine congrégation des princes : dont, avec autres choses précédentes beaucoup que j'avoie recueillies, je ne pouvoie riens traire fors noises et débas, rumeurs et tribulations misérables renouvelées arrière en to.n royaume , que tu si glorieusement avoies purifié. 3y m'en estoit la conjecture finablement désespoir, et lexpectation non. autre que de mourir en tribulation povre, comme je fus né. Â quoi veullant prévenir par remonstrance, j'en ai un peu vuidié trop légièrement ce que j'en avoie en courage, où toutesvoies la fin de l'intention doit parer Tardant' aigreur du procéda.

La seconde clause, sire, qui me donnoit joye et m'estoit fondement très-seur d'un noble édifice , icelle certes je attribuoie à toy, comme j'avoie vu qu'en icelle s'estoit humilié envers toy la personne de mon maistre , qui non content de toy monstrer la lettre une avec son courage, la séella des larmes de ses yeux pour t'en monstrer l'origine; car lui qui avoit fons véritable, cœur noble et léal, comme prince qui recongnoit Dieu et soy-mesme, qui aime juste opération et fuit blâme, dolant de la charge et malignité de ses hayneux, devant tes pieds se laissa cheoir humble ; et veullant, comme devant son juge et seigneur, remonstrer leur tort, se prononcia; et disoit : Servusau^ tem tuus exercébatur in justificaiionibus tuis. Sire , ton serviteur humble a esté toujours net envers toy, ne s'est

en riens desvoié en ton contraire , maïs s'est embesongné toujours vertueusement en ce qui te doit estre agréable et à lui juste. Donc , de l'interprétation que je y conçus , avec la réalité que je congnois estre ainsi, ensemble et que mes yeux virent ceste humilité cordiale, et voient tous les jours, je Tai mis second fondement de mon œuvre dont l'indignation m'a esté causée.

très-clément royl souflFre, te prie, que maintenant, en délaissant la cause de mes ruineux escrits de pièça, je te remonstre la cause de mon venir droit-cy et de mon humble et clamoreux parler de si loin, qui ne voy que ta figure comme en un miroir. Sire, te plaira-il de livrer ascout, ne de prester yeux à l'affection d'un si povre homme que moy? Tourne doncques droit-cy ton humilité, et te rabaisse à entendre ce que ardeur d'amour et prononce.

Sire, la cause de mon clamer droit-cy, sy est paix affectée, et guerre à l'autre lez que je redoubte. Donc, comme paix est une félicité commune en quoy Dieu se sert et se glorifie, le monde prend salut et repos, le bien public se augmente, et le privé ^e multiplie; par contraire, guerre est la goule et le gonfle de l'ennemi, qui humaine salut absorbist en son ventre , le monde désordonné et desrigle, félicité désempare, chrestienté mène à perdition, et toute stabilité terrienne démolit et renverse.

Sire, qui est plus expert au monde de ses conditions que toy? Qui est-il qui en est plus sage que ta personne , qui né en la grippe de sa malédiction toute horrible, y as parcru dedans, plein de haulx jours, premier qu'en trouver vuidange, là où les assais d'adversité mainte, lesimpugnations d'austère fortune marastre, te ont fait le plus haut sage roy, le plus expert esvertué prince, le plus purifié en la fomaise d'examination aspre, qui oncques nasqui

guëres, et buvant le vin d'iunertume, tout jeu, [et] paia de douleur encendré de mérancolie, tout viel, aprièmes es parvenu au goust délitable et à saveur nourrissant digestive. Donc, recordant les inquiétudes passées, les douleurs et afflictions juvéniles, maintenant tu trouves repos, maintenant tu trouves solasetquoyeté, et te savoure mieux une heure de vivre, que tout l'eage passé, Pourquoy? certes, par le rendage de paix que Dieu t*a transmise et que tu vertueusement en grand labeur et soin as procurée.

tu roy, doncques, glorifié hautement en compression d'infortune, que mordant guerre fa procuré, et par laquelle, en toy desveloppant d'icelle, tu es devenu vertueux champion par en avoir obtenu victoire, ne te semble-il que le rentrer arrière en champ clos contre elle te pour^ roit causer péril et faire apparoir moult d'infortunes bien à craindre? non pas tant seulement en ta personne, mais en tout lunivers que tu as en garde, et lequel en luite et championnage de quarante ans, le vent au visage, tu as mené enfin en terre de promission, en transquillité de vie et de labeur, et en obtention de la grâce de Dieu et de paix, qui maintenant arrière, toy scient, ce semble, branle et vaucre en péril, et pend à un fil de soie non torse, en périlleuse aventure.

tu, roy noble et humain , ô tu roy tant précisément expert des misères du monde , ô tu qui par adversité tant es devenu sage, par diligence et sollicitude tant es devenu glorieux, et oncques n'exposas vertu nulle, ne vigueur que à intention de paix obtenir : maintenant quand tu l'as embrassée, ne la dois-tu tenir estrainte? ne la dois-tu tenir jointe à tes flans et prochaine , et non souffrir ealongier de ta garde celle qui est i»roufitablie et salutaire à tout l'univers siècle?

Sire, tu-^s le plus e^Mrouvé chevalier des vivans; tu es le plus expérimenté en lice estroite, qui oncques çaîndi espée; battue jeunesse fa fait grave en haulx jours, et meurté de jours graves te redonne espoventement des batures passées. Doncques, quand sens est en toy par apresure, et nous Vj véons et sentons par expérience, et que la vérité est telle qu'en sens et vertu seule tu règnes et floris, tu es monté et glorifié jusqu'aux nues, ne veux-tu, en ce par quoy tu es monté en prospérité, persévérer constamment et en ferme proupos, de peur de non redescendre?

non plaise k Dieu, sire, qu'en ce tu failles! n'avienne jamais que non cbalant tu cecj ignores, et que tu, qui es si glorieux roy eagié, tant décoré de précieuses gemmes esquises,tu offusques celle splendeur glorieuse par aucune povreté de passions, que tu, en vertu dont tu es plein, dois vaincre et dompter, et monstrer que, qui as sçu vaincre et aurmonter légions d'bommes, as bien sçu vaincre aussy et triompher sur tes passions propres.

roy excellent, et s'il loist clorre un oeil devant ta majesté excelse, s'il loist non regarder d'ioelui ta haute dignité radieuse, et l'autre ouvrir envers ta personne comme mortel homme, et te semble-il à autrui pouvoir inférer guerre et observer propre paix? et quand l'occasion aucunement y pourroit estre juste, que la production en peut estre salutaire aux jours où tu es parvenu , qui es déjà venu à eage bien avant , et plus encore près de soleil abscons celui en qui tu te troubles? nenny voir ! il ne t'est possible, et encore moins portable à ta raison, que présentement, quand tu vois l'Église de Dieu désolée vaucrer et mendier en emprunt , la foy estre impugnée de main vile, icelle prévaloir sur le divin peuple, menacer la religion chrestienne criant sur toy et pleurant comme

4iS EXPOSITION

posteau de son attente, et tu, endurci en cœur, fuyant Tappartenir de ta vocation, et obéissant tout à volonté ireuse encontre ton propre sang , encontre ton humble cordial serviteur et ami, qui mesme se veut exposer en ton deffaut en ce que propre dusses entreprendre, tu resmusses guerre, tu renouvelasses tribulation passée, tu renchargeasses mortalité sur plaie endormie, et que tu, qui es la tresmontaine des chrestiens , le ciel immobile des roys et des princes, spectacle de paix et de bonnes mœurs , et as purifié ton centre de toutes ténèbres , décoré icelui glorieusement de félicité, tu arrière mettant le monde en desvoy, et toy propre en affiction personnelle pour frivoles , pour questions non honnestes , pour passions vicieuses, pour privées causes et rancunes, tu consentiroies le fait de Dieu estre oublié, sa foy estre non chaîne, chrestienté non reconfortée, la chose publique non réduite à ordre, et povreté et tribulation humaine non estre mise en estime! non plaise à Dieu, non plaise au roy de lassus, que tu, oublieux de tant de grâce reçue et reveleux en la grâce de ta félicité, tu te refasses d*un roy de paix, d'un roy possesseur de salut acquise, d'un roy conduit jusques ici du bras divin, plein de gloire et de clarté, un roy infélice, plein de malédiction et de mauvaise issue! Tu par cy-devant domptas fortune par sens ; tu la vainquis par diligence ; tu la mis à tes pieds par courage; et Dieu joint avec toy, tu déboutas guerre hors de tes mettes , par main chevalereuse. Sy ne voudroies mie rentrer, j'espoire, en quoy tu es né, et ne voudroies prendre issue en ce où tu pris doloureux commencement.

Tu nasquis en guerre et tribulation, et tu ne contends mie à rentrer en celui eage. Tu pris commencement de règne en pestilence, et tu ne désires mie à vuidier par

cdui destroit, ne prendre issue, quand rapprochement du dernier jour de tout homme, la povreté aussy d'apesandie tieillesse, pour félicité souveraine ne demande que transquiUité de courage, paix et repos de conscience, pour percogiter les mésus de jeunesse, et pour soy pouvoir en son compte rendre où il se convient traire.

Donc, ce qui plus doit donner peur aux princes, parfonde et longue frémison en leur àme, c*est en examinant bien et au net leur vocation, si icelle ont exposée en vanité et privée gloire, ou en l'exaltation de la gloire de Dieu et de l'utilité commune.

Que feroie-je longue persuasion à celui qui a bénigne esprit, oreilles flexibles et débonnaires, nature toute pleine de bonnes mœurs? Seulement, si tu crains Dieu et si tu quiers sa gloire, si tu quiers propre salut et celui du monde, paix seule doncques t'est nécessaire, paix est ta rédemption, paix est le giron de ton repos, et ce en quoy Dieu veut que tu le serves, que tu exposes tes vertus et valeurs, et les autres chrestiens tu avoies et amesures en tes exemples. Donc, comme paix est une chose divine, àtoy glorieuse et salutaire, guerre aussy est production de l'ennemi, douloureuse confonderesse de tout le monde, à laquelle, quand tu luy donras voie et la mouveras contre celui que l'on craint, tu la mouveras contre un dont honneur une fois et nature te donront remors , et lequel, quand tu l'auroies submis par amie fortune , tu auroies obscurci largement du plus beau de ta gloire. Car est le plus beau perle de ta couronne, le plus léal de ta progénie, le plus humble envers toy de tout le siècle , et aussy net chevalier et preud'homme qu'il en est nul en la terre chrestienne.

Donc, et si tu autrement crois, c'est pitié; et qui autre-

430 EXFOSmON

ment te rap|)orte, ce lui est faute. Car, quel est envers Dieu, est envers roj; et ne fait à croire que qui est exemple d'humilité 'envers tout le monde, que envers toy son souverain sire, le chief de sa gloire et splendeur, dusl enrudir en mœurs, dust abastardir en condition noble, et soy monstrer pervers contre jugement de raison saine.

Hélas ! sire, moult povre chose est que la vie de Thomme, quand exposée n'est en vertu ; et moult est chose recommandable aussj, quand déduite est , par bien faire, à fin fructueuse, Sy n'est pas tant félicité , régner austèrement sur les 'hommes, comme est immortalité de haut titre, parattaindre à l'affection de leurs cœurs, laquelle ne se peut conquérir par force, posé encore que les corps constraintement se supploient à tîrannie.

L'amour, sire, des courages' est la richesse des princes; et débonnaire tractance de subjet, c*est ce qui renforce seigneurie. Or est tout clair ton royaume, ton thrône purifié ; tout y est tranquille et paisible, ce qui à toy et à autrui peut donner béatitude; et ce qui à mes yeux a esté royaume de malédiction , cité de l'ennemi misérable, est royaume de félicité maintenant, cité de Dieu glorieuse, parla paix que tu y as mise et par la guerre que tu en as deschassée par main forte. Donc ne reste mie fors que division arrière n'y rentre par tes deffaulx, et qtfen avancement de salut propre et commune, en exaucement de la gloire de Dieu , par tes prudences et vertus, tu l'en tiennes fourclose. Car est chose vraie : qu'en union et amour avec tes suppos, il t'est plus expédient d'entendre en ton dehors, qu'en esvertuant force encontre toy-mesme, revigorer tes ennemis, mesmes quand ton bras belliqueux, ta main triumphante est requise maintenant en cas plus nécessaire,

1 Des courages^ des cœurs.

en œuvre plus méritoire et de plus grand fruit, qu'en soy enaigrir en questions privées, en querelles et chétivetés non honnestes, de chrétien à autre, de parent à parent, de seigneur à subjet, par Tattisement de lennemi, qui le monde parvole et pertrasce, et encheme la rondeur chrestienne ; dont, 6 tu hélas ! as les miroirs qui te doivent non seulement commouvoir les entrailles , mais fondre toute ton àme et tes pensemens en larmes de compassion piteuses, par volonté d'y remédier, comme celui dont les progéniteurs nobles d'icj devant en œuvre pareille ont acquis ce très-glorieux sublime titre, comme d'estre nommé le Trës-Chrestien roy, non pas en confliction certes de chrestien contre chrestien, non pas en exposement de force par ardeur de convoitise, mais en estre bras deffendeur de l'Église, invadeur de ses ennemis, expugnateur de ses hérésies , permainteneur de sa liberté, et répareur yé* ritable et protecteur de la généralité chrestienne.

roy françois, roy glorieux si tu le sçais entendre, roy bienheuré si txi le veux recongnoistre ! 6 que tu me coustes larmes aujourd'hui t que tu me donnes pointures et dou* leurs! que tu m'envoies angoisses et passions intériores, quand tout plein de dilection envers toy , plein de tes haulx et glorieux faits et vertus , plein de tes mœurs et de tes nobles conditions fructueuses, dignes assez pour estre second Auguste, nouvel César triumphant sur le monde , autre Charlemaine victorieux, je frémis à l'encontre de ce que je crains que tu n'attemptes, et que de main propre injurieuse à toy-mesme, tu ne dérompes ce glorieux dyadème qui te circuist et te préfère, si tu y pardures , sur le thrône des roys.

comme peur m'est ^que celle clarté ne se contourne en ténèbres ; que celle radieuse glorification parobtenue

432 EXPOSITIOU

ne redescende en estât infélice : que impossible est toutesvoies, sinon par donner Toie à division, place à envie en dedans ton clos, dont fait se pourroit sourdre, gfuerrey rentrer et renaistre, et toy et autrui faire encourir en fin reprochable et confuse* Donc, comme de la fin se trait le titre de l*homme, et que les titres volontiers ensiëvent les mœurs, tu qui auroies en disposition pour estre exalté avec les preux, par tes vues et passions volontaires malheuréement seroies devenu abjection et pied choulé des nobles. n esr-tu celui qui représentes en terre Timage de Dieu, et qui ensievir dois au plus près du possible ses conditions? Oy voir! Doncques, si tu es ymage de celui qui est bonté souveraine, donne doncques ce qui divin est, et tes mœurs les conforme avec ton estât; donne paix à toy propre; donne salut et soulagement au monde qui sous toy respire; et qui as guerre enchâssée pour fin de paix, entretiens icelle aussy pour fin de béatitude. Car est paix la damiëre expectation de félicité ; c'est l'exultation souveraine des angels; c'est le solas et consolation des hommes; c*est le repos de la terre, la seule envie de fortune, et qui seule tient en estre et en vertu toute la construction de l'œuvre divine.

Ô doncques , qui as icelle en ta possession , et qui par si longue labeur l'as acquise et parobtenue, ne la dois-tu craindre à reperdre? ne la dois-tu tenir clause et estrainte entre tes mains , quand par icelle , tant que tu la tendras chière, tu surpasses les roys de mil ans, tu survoles les princes de l'univers siècle, et tant plus et plus hautement, comme les fortunes en jeune eage plus et plus te ont esté basses?

Sire, s'il te plaist l'entendre, amour vraie engendre peur , et dilection vers aucune personne cause soin en

Tamant. Donc, je puis dire que amour aucune envers toy me donne soin de ton estât, et que la peur que j'ay de ton mescheoir, me procède d'amour, tant par congnoissance que j'ay de ta royale glorieuse dignité à qui nul ne se acom* pare, comme par nourriture que j'ay prise sous ton ombrage en longtie habitude avec ta chevalerie, là où mon heur a esté ample outre mon mérir , et ma fortune large et amie sur mon appartenance. Sy m*en restent encore les impressions jadis conçues; et me causent amoureuses souvenances souvent les fréquentations que je y ai prises, quoyque imputé m'est d'avoir aigrement parlé, d'avoir mis termes avant, farcis de venin, qui ne l'ai fait toutesvoies sciemment, ne à ce voulu contendre. Donc, s'il peut ou doit estre ainsi tourné, sy m'est*il parti de cœur adolu, d'estomac pressé en mérancolie sur les choses que je véoie, là où cuidant parler en équité entre frère et frère, entre père et enfant, entre amant et aimé, sans regarder conditions, ne personnes, dignités, ne précédences, qui plus, ne qui moins, je me suis eslargi peut-estre et eschauffé en mes paroles ; et quérant fin bonne, qui est paix, par aigres remonstrances j'ay esvidié mes passions à l'oye des princes, comme à mortels hommes, sans toucher oncques toutesvoies à ta hautesse royale, ne à la glorieuse inviolée clarté de ta personne, fors à iceux seulement en général qui parçonniers en ceste présente action, froids et hayneux, te distraient les oreilles de bénigne ascout, et te fourvoyent à l'aventure et destournent de bonne œuvre. Donc, marri en cœur, je crie contre eux, priant Dieu, ou qu'il les révoque temprement de leur erreur et envie, ou qu'il fasse punition publique de leur démérite ; car n'est à maintenir en cœur de roy perversité nuUe, malice à hon-

TO». Tl. 28

neûr royal contraire, comme celui mesmes maintenant dont iu te desfies, et qui est si vertueux et si noUe en lenfonsure, qu*il ne Toudroit avoir pensement envers toy, que tel qu'il vouldroit avoir son léal serviteur ou fils envers lui, jà-soit-ce que moult de diffidences s*y entre^-trouvent, par rinstinction de l'ennemi, qui impugna ta fâicité et la sienne, et ne contend que à rompre le neu entre toy et lui, poilr ambedeux perdre, et ce qui en deppend, qui froids maintenant et pleins de rumeurs par malignes personnes, dussiez estre féablement conjoins en amour et dilection charitables, l'un comme roy envers son ti!è9-oher parent humide, et l'autre comme serviteur, léal mainteneur de sa querelle envers son souverain sire, par supploiement de l'un envers l'autre, selon l'eschëance des fortunes et des opportunités auxquelles il convient approprier lés affaires, par considération que besoin fait que une main tousjours lave l'autre, et que le moins suffisant, en autrui perfection et humanité, se parfasse et emprunte, quand par telle accommodation, par telle amiable et libérale prestance de l'un à l'autre , le monde dès oncques se gouverne et pardure. roy singulier 1 et quelle cause de hayne m'est-il, si je deffends celui que, toy seul réservé, je congnois la perle des princes régnans, le réceptacle des gloires et des gr&ces de Dieu , le coffre de léauté et de preud'hommie, l'espargne des honneurs et des chevaleries du monde, que toy-mesmes dois contempler, que tu propre dois honorer et chérir, quand du tronc de ton précieux arbre est partie plante si glorifiée que ton thrône mesme en resplend.

cœur plein de prudence 1 6 noble royal nature pleine de humanité! c'est d'icelui dont je puis dire : Susciians â terra inopem, et de stercore erigens paupetem, «/ colhcet

étm eUm pnncipibuè populi 9ui'. Il nfà suscité de terre poVre homme; et de potreté et ordure in'a fait sourdïe en haut pour me loger avec les princes de son peuple ; lequel, jà-wit-ce que clair assez soye de génération, et que moult noUe et vertueux ventre me répandi en main de matrone, ne fust toutesvoies de la grâce de Dieu, et de lui, qui povre nasquis et petit en comparaison pour atteindre à si haut que d'avoir un tel maistre, que d'avoir habitude et oongnoissance de sa noble personne, et de le congnoistre en fons et en mceurs , ne ftisse parvenu jamais là où je suii^, là où j*ai obtenu en ses yeux grâce et bénivolence, outre mon mérir, outre mon valoir et appartenir, et par ^nojr je suis tenu, tant -par bénéfice reçu, comme par certainement congnoistre sa noble nature , de l'extoller et louer, de le défendre et parer, et de le proférer et juger tel qu'il est et que je le cognois^.et comme je l'oSe bien certifier et conclure non estre autre.

Boy très-prudent, donne soin, te prie, et disposement à la crémeur de Dieu ; donne voie à toute noUe condition royale ; donne lieu à vertu ; résiste à passion fragile ; et qui par vertu et haut sens as obtenu gloire, par vertu aussy et bon persévérer tiens serve fortune, et ne te soit rietis désormais ceste povreté présente, ceste malheurée suspéction venue entre toy et ton humble parent; ne te soient riens cestes douloureuses matières eslevées, non utiles, non nécessaires, non honnestes, ains ruineuses et confuses, dampnables et infamieuses. Tu as Dieu en objet et sa foy sainte; tu as l'ennemi de la chrestienne religion, invadeur de l'Église; tu as la corne des infidèles dressée en ton front ; tu as desriglement en l'univers siècle ; tu as

* Psalm, cxii, 7, 8.

IZQ EXPOSITION SUR YÉRITÉ MAL PRISE.

clameurs à tous lez de la perversité du monde que tu dois rigler, que tu dob restndndre et corriger» que tu dois exempler et mettre à mesure, et non toy adonner à basses choses petites, à propres privées affections particulières par si^ ne par guia^ dont la fin» où qu^élle tourne » ne pourra estre honneste, et moins encore à Dieu agréable.

Parfay doncques ton temps, glorieux roy! parfay-le en gloire; parfay-le en béatitude et en crémeur de Dieu; parfay-le en bénignité et clémence ; parfay-le en prudence et compassion sur humaine salut! Et si passion aucune de courroux peut ou doit avoir voie en toy envers aucun- -nuy , je requiers doncques que ce soit en ma trës-povre et très-petite personne, non utile à riens, non d'aucune prestance à la chose publique, et non digne d'aucune recommandation. Car icelle libéralement je paroflfre à tes plaisirs ; et baissant le col à l'exploit de ton ire, si ton cœur y est, je prosterne le corps sous ton glaive, requérant toutesvoies miséricorde, à laquelle je me recommande, en laquelle je me confie «t repose. Et finablement me subordonne et dispose à ta très-humaine bonté et royale noblesse, qui, d'autant, comme le dd est plus haut •que la terre et l'occident lointain du levant» d'autant a-il distance entre ta noble nature et la mienne , d'autant a-il différement entre ta perfection et ma povreté, d'autant lointaineté entre ta glorieuse vertu et mon vice, lequel j'ose bien submettre à ta correction, priant mercy, et par humbles prières clamoreuses exorer Dieu pour ta bonne vie et salut.

Page 1