‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 4)Chapitre 11 sur 42 · XII. — Lettre finale de Mont/errant à Bobertet · texte numérisé non relu

XII. — Lettre finale de Mont/errant à Bobertet

Monseigneur, le beau parlier de Bourbonnois, le secrétaire des illustres dames estranges, et la harpe en la maison de Bourgongne, nouvellement suscitant les cœurs, je me recommande à vous. Comme Jà trois mois a que me envoyantes un livret pour adrescher à George, et lequel avez fait en sa faveur et à mon instance, me signifloyent vos lettres, et comme je croy que vray soit, moy veullant honnourer ▼os prières, pour paraccomplir icelles, en fis l'en voy par main de deux

nobles chevaliers en avancement de vostre œuvre. Donc, comment George le reçut lors, ne en quel ploy, ne m'est sçu, car ne le vis depuis, mais bien aj oy que longuement a pesé sur sa bride, premier que y voloir conclure, et ce, par variation entre les deux entendements où il sentoit scrupule. Avoit touteffoies esté averti assez, et mesmes par mes lettres, de l'honneur et amour que lui portiez, et que, entre les hommes du monde c'estoit cellui seul que plus désiriez veoir, et dont les faits vous estoyent plus chéris, par quoy tant mieux se pouvoit et devoit tenir devers le bon sens, qui en telle intention, ce scay-je bien, l'avez basti, et non moins s'y fie autrement George. Or a ce livret porté vertu ; et après longues fuites et hauts personnages entre George et moy , flnablement on vous renvoyé nouvel object. Donc, si vostre amour a donné à penser en forme de son hault escripre, non moins vous donnera matère la rendition transmise de non avoir Hœil à oyseuse ; car, l'honneur saulf entre vous deux, il me semble qu'on vous respond. Et pour ce que plusieurs lettres qui précèdent entre George et moy, ensemble autres personnages, dont le de quoy vous est vu, vous ont donné plaine narration de nostre mlstère, et ne reste riens à y renouvelle^ sinon que voyez et ayez par possès ce que destiné vous est par révérence, je certes, en acquit de mon dû, par amour aussi envers George, vostre honnourant, et pour fin de matère qui tourne en vous, je vous envoyé douze descriptions de douze dames, qui par icelles, comme de propre cœur, vous saluent, vous priant que, comme les noms des aucunes sont peu en usaige, et peu vues aussi leurs personnes, que telle rareté aussi vous soit tenue à chiè're et à révérence condigne ; car elles singulières, comme j'entens , à vous singulier homme, font cest honneur, et veullent que par elles au trosne de voétreseignourie soyez vu par excellence, et que les ymages en demeurent en vos parois par* signacle. Robertet, vous prenderez en gré : ce n'est ne le mien fait, ne celui de George le mistère droit-cy ; c'est le vostre propre, procuré de haute main, mais, obligié en requeste, j'en suis l'envoyeur. Si riens y a du coffre de George, vous le trouverez à la fin ; mais le principal et le premier, c'est ouvrage de femme que George l ignore . Icelui-ci ignorant se recommande à vous, et je, par sa prière, le vous recommande.

1 Quelle était cette dame de Bruges, habile dans l'art de composer des vers? Rien ne nous permet de retrouver son nom; mais il est à remarquer que l'auteur du poSnie de YHospital d'amours, inséré dans les œuvres d'Alain Chartier, souhaite également de pouvoir :

à celle deviser Qui est à Bruges ou à Garni.

Aimes-le par mon conseil, et, en fait d'honneur, donnes lui en telle portion, comme à vostre jugier. Vives, seigneur, et prospères.

C'est nne fertile accoin tance

Et chose de loable bruit,

Quant deux hauts cœurs, en commun fruit,

8fentrefont honneur et prestance.

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