‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 4)Chapitre 14 sur 42 · XVI. — Lettre de Robertet à monseigneur de la Rière · texte numérisé non relu

XVI. — Lettre de Robertet à monseigneur de la Rière

Dans cette lettre, Robertet témoigne au seigneur de la Bière sa vive gratitude de ce qu'il lui doit l'honneur d'avoir reçu une épître de Georges Chastellain :

Monseigneur de la Rière, je me recommande à vous plus de fois qu'il n'a de cataractes au ciel , vous remerciant encore delà peine que avez prise envers George, cette grosse cloche si haut «sonnant, pour me faire avoir si largement du doux fruit de son très-plentureux et fertile verger, dont les moindres feuilles sont d'or et les fruits passans la beauté et saveur des pommes hesperides. En somme, George est homme ; mais quel ? Certes sa renommée n'est mie si gi-ande encores

que son mérite requiert. Nul ne l'approuche, il surmonte soy-mesme de vraye et immortelle gloire. Son œuvre a esté présentée par dom Martin Henriquès de Castille ', il a huit jours , à Monseigneur le duc nostre maistre, en un banquet qui se faisoit ce jour, prise en gré de lui, louée de tous et de moy après recueillie en tel honneur et vénérence qu'il appertient à si haut et riche envoy. J'en escrips à monseigneur de Montferrant une petite épistre testiflcative de la réception d'icelui ; quant au surplus, que je sçusse plus avant passer , ne me aventurer envers George, là fault mon sens. Je demeure scabelle sous son pîé, vous priant que me recommandez très-humblement à lui et au dit seigneur de Montferrant.

XVII. Lettres de renvoy final de George Chastellain à Robertet.

Faingnant ignorer désormais que un Robertet, Bourbonnois, soit homme scient , et que sa vie soit illustrée de multiformes donnisons de lassus, dont hommes et divins esperis l'accueillent en grâce, et l'adeptent à leur amour ciel et terre, une tant seulement chose m'est en lui de regart et me accline envers lui : c'est que la famé de lui le grandist, plus encores par gens de bien amer, que vertus et propres sciences ne le décorent par clarté de leur richesse; dont, comme de l'un et de l'autre, m'ayt esté fait record, et que ses œuvres me ont apporté avec eux équité de digne famé, moy non veullant plus entendre à loenges, ne à vanité de wides paroles de main sur main renforcées, prêtons à en rompre la manière, et là, où la porte a esté ouverte longuement par où dame Vanité a fait pas et repas, je me assaye à y mettre la barre pour l'obstacle de

\ Martin Henriquez de Castille, chambellan de Charles VII, mort vers 1464. Sa femme, Jeanne de Montberon, épousa en secondes noces Louis Chabot, seigneur de Jarnac.

.tel usage. Déa, amer loist bien et chérir, et en est la condition louable, quant bien est fondée; mais parceque louenges esvergondent mesme les loués, et que adulation s'y semble entreférir en couvert, souvent amer grossement et à moins dire est plus, fructueux à cœur d'amy que à plus semblant en faire. N'est à doubter certes que qui bon est, ne soit digne de los, et que qui de los est digne, ne soit digne aussi de noble amour. Ce ont les bontés de leur nature, que l'une s'attire à l'autre, et que leurs natures nourries en séparés terroirs s'entrejoignent en une dilection par entr^sentement de similitude. Ce mesmes font vertus ; ce mesmes, sciences et nobles mœurs, qui, toutes semblables à semblables, par incitation naturelle, fichent cœur, yeux et intériore vivité, en l'un l'autre non divisibles, et par quel secret, quant desjoindre se voudroyent, dont n'ont garde, certes ne pourroyent. Que doncques vous, les hommes pluiseurs , qui amusés vous estes en aucuns escripts entre Robertet et un George, et dont l'ardeur de vouloir bien peut-estre l'un à l'autre a fait passer le familier stille à vraye amitié propice, cuident vos cœurs amour estre consolidée entre eux, ne plus vive, par leurentrelouer venteux, quand, si la matère n'y estoit, qui est digne d'amour, n'y eust oncques plume mise en œuvre pour quisition d'accointance? Sachent hommes, sache Robertet et tout autre, qu'en George n'a siège nul où louenges lui soyent acceptables, ne où vain escripre puist apployer l'oreille à son ascout; mais du mesmes que nature a ouvré en lui, soit quel qu'il peut estre, de ce il se parôflfre estre large; mais où rarité a des biens,, là est libéralité de povre estime et peu sert. Robertet ma surfondu de sa nuée, et dont les perles, qui en celle se congréent comme grésil, me font resplendir mes vestements ; mais qu'en est

eux au corps obscur dessoubs autrement , lorsque ma i déçoit les voyans, et moy, si je me glorifie en autrui Jus, je me dégoise mesme en propre follie? Sy ai décrété moy et délibéré pièça , non certes de donner occasion Robertet d'user mais ainsy envers moy , mais de lui faire fermer le3 bondes de son estang , dont les saphirs jui en voilent sur moy, me polluent, quant l'existence n'y est pas digne de les capter, mais bien de les congnoistre Imal contournés. Doncques, qui est-il, qui m'advancera cest [heur, qui moyen entre deux corps, non entre-unis, tendans chascun à un commun complaire, à honnourer son compagnon et chérir, fasse taire deux langues flattices pour cuider s'entrevaincre? Un Montferrant en fut sourgon et l'esmeute , qui fust ores son pouvoir , si le vouloir y est, de le restraindre du fort. Si à lui tient , et qu'il ne s'y employé, à moy ne tenra que je ne m'y assaye par rudement lui en rompre la broche par ceste épistre, par quelle, protestant devant Dieu et hommes, si plus le dit Robertet me quiert par termes accoutumés, et widant famillier stille, comme amy à autre, et ses lettres et ses louenges et ^ses exquises singulières contrevues, tout je tenray à desct, tout à irritant et suffoccant tranquille courage, tout et obscur, insultant mon front. Et, de peur que je ne en esmeuve, non vu, je le contourneray en brèse. Comknt donc n'y a-il fin en toutes choses? Si j'aime Robertet, ir les biens que je y congnois, ne le quiers louer pourît selon ce que je le sçay valoir. Son valoir m'est matère (l'amer, par quoy je l'ayme. Je l'ayme aussi comme je kulx estre amé, familièrement, privéement, sans cérimolie, comme deux cœurs entr amer se doivent par une convénience de bonté entre eux commune, laquelle ne polly langage ne peut amieudrer, ne sachamment traire, priver

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