‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 4)Chapitre 13 sur 42 · SENECA · texte numérisé non relu

SENECA

Ingratus qui beneflcium accepisse se negat quod acoipit. Ingratus qui dissimulât; ingratus qui non reddit; ingratissimas omnium qui oblitus est.

CICEBO.

Odiosum sane genus hominum est. Officia exprobantur, quœ meminisse débet is in quem collata sunt, non commemorare qui contulit.

XV. — Renvoy fait par maistre Jehan Robertet à monseigneur de Montf errant y après qu'il a vu Us choses dessusdites à luy tramises par ledit messire George.

Robertet exprime avec enthousiasme son admiration pour les beaux vers de Chastellain.

Frappé en l'œil d'une clarté terrible, Atteint au cœur d'éloquence incrédible A humain sens difficile à produire, Tout offusquié de lumière incendible Outre perçant de ray presqu'impossible Sur obscur corps qui jamais ne peut luire, Ravi, abstrait me trouve en mon déduire, En extase corps gisant à la terre, Foible esperit perplex à voye enquerre Pour trouver lieu et oportune yssue Du pas estroit où je suis mis en serre, Pris à la rets qu'amour vraye a tissue.

Où est l'œil capable de tel objet visible, l'oreille pour ouyr le haut son argentin et tintinabule d'or ? Les sens et puissances organiques d'un pur corps terrestre, où sont-ils à ton advis disposés à réciproque œuvre à celle surpassant, que, puis huit jours en ça, tu, ô cler esperit, Montferrant, corps d'homme heureux, amy des dieux immortels et chéri des hommes, haut pis Ulixien, plein de melliflue faconde et courtoisie, ostil et organe des muses, m'as envoyée. Qu'est-ce à ton jugier de cest œuvre? N'est-ce pas le trésor dont l'université du monde, mieux estorée de hauts engins, se pourroit facilement assouvir ? N'est-ce rear plendeur équale au curre ' Phœbus ? N'est-ce son mélodieux en toutes oreilles plus que l'harmonieuse lyre d'Orphéus, ouvrant les parfons enserrés cœurs, la tube d'Amphion retentissant? N'est-ce point une ferveur eschauffant à désir de savoir, et l'aguillon incitatif de mieux valoir ? N'est-ce encores l'caue et doux ruissel sourdant des inexpui- Bables fontaines d'éloquence? N'est-ce la Mercuriale fleute qui endormy t Argus, et n'est-ce l'existence scientifique qui soufflroit pour unes Athènes refaire? N'est-ce un presques divin spectacle entre les hommes

1 Vurre (du latin : currus), char.

DE RHÉTORIQUE. i8f

de sa vocation que ton George, 6 Montferrant? Sy est voir et plus assouvy corps et entendement d'homme que langue ne peut exprimer. Doncques à présent que me loist-il, qui suis aveugle de sa clarté, tellement que ne puis traire mon regart contre la lumière de ses clarescentes œuvres et rescriptions? car pensant seulement à mon fol hardement dont l'ay provoqué par ma légère témérité dont tu fus cause primitive et l'ennorteur qui m'as à ce contraint, telle honte m'esprend, telle confusion me charge et tombe sur la face, que je n'ose lever l'œil en l'aspect de ceux qui me congnoissent : et n'oseray jamais appliquer main après si noble plume, après si haut historien, après tel précepteur de totale escripture. Ce ne suis-je moi, ô Montferrant, à qui l'envoy des Douze Dames appartiengne, qui ne vis oncques de leur affaire que par loingtive récitation mal comprise. Mais ton George, c'est le bras dextre exécuteur de leur traditive, leur consistorial secrétaire, cil qui en œuvre met les gemmes de leur précieuse mine; c'est l'inquisiteur et lustrateur de leurs infinies abismes et parfons secrets, qui est de leur conclave et estroit conseil, à qui elles sont non pas sœurs, ne nourrices seulement, mais vrayes espouses et à lui inséparablement conjointes par acquisition loable, duisant à sa prédisposée nature. Et à toy, ô Montferrant, est immortelle gloire due, qui soyes digne d'avoir rccombé sur le haut Parnassus moullié de la liqueur de la très-claire fontaine Pégaséique, dont George, en son bers, fut par les Héliconides enyvré ; et depuis, parle conférer, tu en as esté embu pour magnifier ta nature et amplier ton los ; car bien duit à bras chevalereux et corage héroïque, bouche éloquente et sens historial. Or reviens à parler de mon povre estât. Tu m'a mis de perplexité doubteuse en impossible affaire; tu m'as mis sur l'espaule poids surmontant ma force et ma vigueur.... De ce bon voloir me sens-je obligé à toy, et te remercie aussi de la peine que tu longuement as prise au fait de ton riche envoy, et si je ne suffis à rendre pour icelui grâces condignes à ton George, simulacre que je, après les immortelles essences, plus honneure, qui est l'astre irradiant dont les ignées pointes aguillonnent ma foible nature, et est celui qui n'a pas eu regart à mon mal faire, mais comme soleil luisant également tant sur vile que sur noble matère, ains sur mon obscur nom a jeté son ardent flambeau, et m'a oultre et sans mérites exaulcié, comme si j'estoye un grant suppos de science, faut-il neantmoins qu'il prengne en gré mon peu comme j'estime son grant. Or est ainsi que George, par dictiers résonnant, me loue, prise et magnifie oultre desserte. Là est-il hors de la balance de jugement; là se transporte George, où il croit plus à tes recors qu'à mon dur et indigent escripre. Lui, il est mon empereur et précepteur;

de lai dois-je endurer sans réplique. Si autrement le faisoye, ce seroit récalcitrer et doublement me poindre. Je ployé soubs lui; j'acquiesce à «on mander; je jamais n'oseroye plus entreprendre à lui mettre ma povreté au devant, qui ne suis digne d'approchier les murs cristallisa du haut jpalais de tes Douze Dames, au milieu duquel en tronne riet George, plein de titres. Là lui sont les secrets magnifestés ; là est sa demeure ; là est monté en pinacle pour voir choses à son estât scibiles; là a-il prises sa nourriture d'enfance au giron de dame; là luy. aramotisa Calliope sa bouche qui depuis a tant espars de ses rices odeurs que la terre en est souef flairant. En ce lien par destinée lui fui ordonné d'escripre et d'avoir, pour ce faire, le miroir du monde en ton regart, où il peut voir vraye représentation des plus hautes choses du monde, où il peut extendre ses nerfs et puissances diclbles, et plus puiser de biens qu'en nul autre lieu, n'en a tant soit plein de diverse grftoe ou mérite. Et pour abrégier, Mont/errant» je ne sauroye que plus dire, tant suis surpris de l'excellence de l'œuvre Géorgienne que m'as envoyée, fors que je l'ay deument présentée au très-noble et exoelse duc, monmaistre, qui de George et de toi a dit paroles louables, recevant en gré et louant hautement l'œuvre. Au surplus j'aime George, non de nouvel, et le chéris plus qu'oncques. Voire je l'admire et le voy en mon esperit incessamment. Et Bi je ne puis satisfaire à son escript, obstant ma rudesse et ygnorance, si luy plaist-il, me donnera excuse et se fondera sur mon vouloir indéflcible, considérant la povreté que j'ay des biens et richesses dont il afflue. D'amour ne me sçauroit-il surmonter.

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