RECOLLECTION DES MERVEILLES ADVENUES EN NOIRE TEMPS
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Qui veult ouyr merveilles Estranges raconter2?
Je sçay les nonpareilles Qu'homme sçauroit chanter1, Et choses advenues 4 Depuis longtemps en çà'; Je les ay retenues Et sçay comme il en va.
Les unes sont piteuses Et pour gens esbahir;
1 Les variantes de ce poème sont très-nombreuses. J'ai fait usage do ras. de Florence, Bibl. Laurentienne, 120, du ms. de Bruxelles, 7260, du ms. de La Haye, B. 60, des mss. de Tournay, 87 et 105, du ms. de M. le baron Pichon, en comparant les textes imprimés dont les plus récents ont été publiés par MM. Buchon et de Reiffenberg. Je saisis cette occasion de témoigner toute ma gratitude à M. le baron Pichon.
1 On lit dans plusieurs manuscrits :
Qui veut ouyr nouvelles Estranges à conter ?
3 Qu'homme ne sçait chanter. Texte de M. Buchon. Que nul ouyst conter. Ms. de M. Pichon. Qu'onc homme oy chanter, Mss. de Tournay et de La Haye.
♦ Et toutes advenues. Ms. de Bruxelles. Plusieurs grands advenues. Ms. de M. Pichon.
8 Depuis Van trente en &. Mss. de La Haye et de M. Pichon.
188 RECOLLECTION
Les autres sont doubteuses De meschiefs advenir; Les tierces sont estranges Et passent sens humain, Aucunes en louanges, Aultres par aultre main.
En France la très-belle, Fleur de crestienté, Je vis une pucelle ' Sourdre en auctoritc *, Qui fit lever le siège D'Orliens en ses main*\ Puis le roi par prodiege Mena sacrer à Reims.
Sainte fut aourée4 Pour les œuvres que fit; Mais puis fut rencontrée Et prise h bon proufit •, A Rouen arse en cendre Au grand deuil des François*, Donnant puis à entendre Son revivre1 aultre fois8.
1 Jeanne d'Arc.
* De grand autorité. Ms. de M. Pichon.
1 Des Anglois à Orléans. Ms. de M. Pichon. 4 Sainte fut renommée. Ms. de M. Pichon.
* Telle est la leçon du ms. de Bruxelles, du ms. de Florence et des mss. 37 et 105 de Tournay . Et prise sans proufit. Ms. de La Haye et texte de M. Buchon. Et prise par estrif. Ms. de M. Pichon.
• Au grand dur des François. Ms. de Tournay , 105, et texte de M. Buchon. A grand tort des François. Mb. de La Haye et ms. de Bruxelles.
1 Revenir. Ms. de Tournay.
• Ceci se rapporte à Claude, la fausse Pucelle d'Orléans. Elle parut en 1486, se vit soutenue par la duchesse de Luxembourg et le comte Ulric de Wurtemberg, prit part à plusieurs -expéditions militaires
J'ai vu un petit moyne En Home dominer Et en très-haut ensoigne Le pape gouverner :
Dont depuis Tadventuré Fut d'estre escartellé A honte et à laidure, Comme traistre appelle'.
J'ay vu un ypocrite Par le monde prescher, Soy disant Carmélite, Et fol, luy advancer De dire messe sainte Sans de prestrise adveu, , Laquelle chose atteinte,
Fut condampné en feu*.
Depuis vis en Escosse Le rqy Jacques meurdrir * D'espée et de taloche ; Et ce convint souffrir 4 Et prendre en patience A sa noble moullier La royne qui en ce Mist peine à se venger.
et fût reçue en 1439 avec grand honneur à Orléans. Vallet de Viriville, EUt. de Charles VII, tome II, p. 366-369.
1 Voyez Monstrelet, tome V, p. 47.
1 Thomas Cornette ou Couette, breton. Voyez Monstrelet, tome IV, p. 302 et tome V, p. 43.
1 Jacques I«, qui fut assassiné le 20 février 1437. La reine mit une grande vigueur à poursuivre ses assassins, le duo d'Athol et Robert Graham, et quarante jours après le meurtre, ils avaient péri dans les plus violents supplices (note de M. Buchon).
4 Et tout convint sonfrir. Ms. de M. Pichon.
190 RECOLLECTION
J'ai un duc de Savoie l Vu pape devenir, Ce qui fut hors de voye Pour à salut vepir.
Sy en vint dure playe A l'Église de Dieu; Mais il en reçut paye A Ripaille, en son lieu.
J'ai vu en la grant Rome
Meurdrir un cardinal
Par un faulx mauvais homme,
Son barbier desléal,
Gisant en lit paisible,
Quérant sa coyeté,
Dont en tourment horrible
Il fut exécuté ",.
J'ay puis vu sourdre en France,
Par grant dérision',
La racine et la branche
De toute abusion,
Chef de l'orgueil du monde
Et de lubricité 4:
Femme où tel mal ' abonde,
Rend povre utilité.
Puis ay vu par mistère Monter un argentier e,
1 Amédée VIII, duc de Savoie, pape sous le nom de Félix V. 1 Angelotto Fusco, cardinal de Saint-Marc, assassiné en 1444 par un de ses valets.
• Sourdre et à déraison. Ms. de La Haye.
• Agnès Sorel. Voyez tome IV, p. 365.
' Où tel los. Ms. de Florence.
• Jacques Cœur. Voyez ci-dessus, p. 91.
Le plus grand de la terre !, Marchand et financier, Que depuis par fortune Vis mourir en exil, Après bonté mainte une Faite au roi par ichil *.
«Tay vu par excellence Jeune homme de vingt ans Avoir toute science Et les degrés montans, Soy vantant sçavoir dire a Ce qu'oncques fut escript Par seule fois le lire, Comme un jeune antécrist4.
1 Le plus haut de la terre. Ms. de M. Pichon.
2 Telle est la leçon de plusieurs mss.
Après toulte mainte une Faite au roy, paye ichil.
(Ms. de Florence.)
Après fraude mainte une Faite au roy par cas vif.
(Texte de M. Buchon.)
Après fraude mainte une Faite au roy par exil.
(Ms. de Tournay, 105.)
' Et sy sçavoit tout dire. Ms. de M. Pichon.
4 En 1446, vint à Paris un jeune homme de vingt ans, maistre es arts, maistre en médecine, docteur en décret, docteur en théologie. II disputa au collège de Navarre en présence de trois mille clercs. Il parlait latin, grec, hébreu, chaldéen, arabe, et cent ans n'auraient pas suffi pour apprendre tout ce qu'il savait. En même temps, il était si intrépide et si habile à la guerre qull s'élançait à vingt-quatre pas d'un seul saut sur ses adversaires. Il jouait de tous les instruments et peignait et enluminait mieux que personne à Paris. On craignait qu'à l'âge de vingt-huit ans il ne devînt TAnte-Christ. Voyez le Journal du Bourgeois de Paris.
192 RECOLLECTION
Par fortune senestre Vis à l'œil vifvement ' Le haut duc de Glocestre " Mourir piteusement ; En vin plain une cuve Fallut qu'estranglé fust8, Cuidant par celle estuve Que la mort n'y parust.
Un Gilles de Bretaigne,
Nepveu au roi Charlon,
Vis-je, par mode estraigne,
Estrangler en prison ,
Par ladveu de son frère4,
Qui, cité devant Dieu, '
Mourut de mort amère
En fondant comme sieu *.
D'Espagne un connestable * Très-hautement1 régnant, Grant maistre redoubtable De Saint-Jacques le grant, D'or riche oultre mesure, Celuy vis-je mourir
1 Depuis vis-je ensement. Ms. de Florence et ms. de M. Pichon.
* Le grant duc de Glocestre. Texte de M. Buchon.
* Humphroi, duc de Glocester. Voyez plus haut. p. 87. On raconta depuis la môme chose de la an du duc de Clarence.
4 Gilles de Bretagne fut étranglé par l'ordre de son frère, le duc François, le 24 avril 1450. Son frère mourut le 17 juillet suivant, après avoir été ajourné, dit-on , par sa victime. Voyez tome II, p. 159, et tome VII, p. 87.
* Tout soubdain comme sieu. Ms. de Tournay, 105, et texte de M. Buchon. Comme sieu, comme du suif.
* Don Alvarez de Luna, connétable de Castille , décapité en 1458. Voyei plus haut, p. 89.
* Var : hautainement. Texte de M. Buchon.
De mort confuse et dure ; Ce fit son démérir.
Le trésor de Venise, Où si grant apport a, Vis-je embler par l'emprise ' D'un Grec qui l'emporta; De quoy un sien compère Fit l'accusation, Dont domaige grant ère De pendre un tel larron s.
Depuis en un province Trouvay un accuseur, Qui me disoit qu'un prince Couchoit avec sa sœur1, Soubs une fausse bulle, Guidant dispense avoir, Dont honneur le reculle, IJt non qu'à bon debvoir.
J'ay vu Milan conquerre Par un povre routier4 Et plus los y acquerre Qu'un roy vrai héritier; Sy luy en est bien due La gloire de Tarroy, Car sa vertu congnue Vaut couronne de roy.
1 Var : par maUtrite. Ms. de Touraay, 97.
* M. Buchon donne cette variante :
Depuis an sien compère Fist raccasation.
* Le comte d'Armagnac. Fojr. Mathieu d'Esooucby, éd. de M. de Beaucourt, II, p. 290.
4 François Sforze. Vo$e% tome H, p. 166.
toi. tu. 43
m RECOLLECTION
J'ay vu de trois centaines Vieille possession, Expulser d'Aquitaine L'angloise nation, Et Bordeaux et Bayonne Prises du roy françois :
Louange à la couronne Qui fit si haults exploits f !
J'ay vu la Normandie Et la noble Rouen, Submise à la mestrie Du roy et de son ban, Monstrant là ses bannières Sur ses vieux ennemis, Lesquels par armes fières A vaincus et remis.
J'ai vu un hault emprendre Pour advenir grand maux, • De tuer et de prendre Trèstous* les cardinaux, Et du pape ainsi faire, Si Dieu n'y eust pourvu; Estienne de Porcaire * A Rome en fut pendu.
J'ay vu Gand invaincue Subjuguée à mes yeux, D'un prince soubs la nue Le plus victorieux *,
1 Qui fit ces grands exploits! Ms. de M. Pichon.
1 Beaucoup de. Ms. de Tournay, 105, et texte de M. Buchon.
* Etienne Porcari. Voyez ci-dessus, p. 95.
4 Guerre des Gantois contre le duc de Bourgogne en 1458.
D'espée et de mortoire l Vaincre ses habitons; Dont cas de telle gloire Ne fut, passé mil ans.
J'ai vu, estrange* chose, Chevalier sous trente ans * Combattre, en lice close, Vingt et deux nobles gens, Par tant de foys diverses, Comme il y a de noms, Sans foulle et sans traverses :
Ce qu'oncques ne fit homs *.
La cité Constantine
Depuis vis envahir
De la gent sarrazine,
Qui la vinrent saisir *,
Et la teste couppèrent
Au vieillart empereur,
Sans ce qu'ailleurs monstrèrent
Maint aultre grant horreur.
JHai vu une Lucrèce En Borne destiner* De Naples, non de Grèce, Pour le pape honnorer, Aller au devant d'elle Cardinaux et prélats;
1 Mortoire (lai mortagium), mortalité, destruction.
* Extrême. Mb. de Tournay, 105, et texte deM.Bochon.
' Jacques de Lalaing n'avait pas trente ans lors de la joute de la Fontaine des Pleurs. Vo$ez Olivier delà Marche, I, 21. 4 Ce qu'aine nejtst nuls homs. Me. de Tonraay, 97.
* Prise de Constantinopie par Mahomet II, en 1453. Constantin Pnléologue y fit tué. Vojes et-dessus, p. 92.
6 Destiner, se rendre, Gtre envoyée.
196 RECOLLECTION
Et sy n'estoit qu'ancelle Du roy pour son soûlas1.
J'ay vu roy de Hongrie1 Faire préparement De haulte druSrie Très-glorieusement, Qui attendoit la chère De nuptial amour ; Trouvé fut mort en bière ■, Ne sçait-on par quel tour.
Luy mort, prit la couronne Un pauvre compagnon4-, Vertueuse personne Et de très-grant renom*; Ainsi royal racine Prit là son dernier plong, Et la basse origine Monta en royal tronc6.
1 Lucrèce d'Àlagna, qui exerça un grand empire sur l'esprit d'Alphonse Ier, roi de Naples. Pie II rend hommage à sa vertu qu'il juge supérieure à celle de l'antique Lucrèce.
* Lancelot, roi de Hongrie. Voyez tome m, p. 368 et tome VII, p. 94.
* Fut trouvé mis en bière. Mb. de La Haye et texte de M. Buchon.
* Le fils d'un compagnon. Texte de M. Buchon.
* Mathieu Corvin, fils de Jean Huniade.
* Le ms. de M. Pichon offre ici une strophe de plus ;
J'ai vu un fils de roy Engager à villains ; Puis par son noble arroy Estre leur souverain ; Après ce les remestre Soubs Charles roy de France, Mais eux puis se sousmettre A très-noble ordonnance.
«Tay vu l'aisné de France ', Fuitif de son sourgeon', Venir prendre umbroyance * Soubs le duc Bourguignon, Et là mie4 en couronne Non guères bien venu :
Dieu congnoist en son throsne S'il Ta bien recongnu f.
J'ay vu peuplç confondre* Et royaume trembler, Chasteauz et villes fondre Et cités abismer, Cravanter les églises Fendans toutes parmy, Es Naploises pourprises :
Là fut ce grand : ay my !
J'ai vu descendre en France Englès encontre Englôs, Par contraire et puissance, Pour contendre au possès.
Pour Calais et pour Guines Se fit tout cest esmeu ;
1 Louis XI, alors dauphin.
' Fuytifdt son rayon. Ms. de Tournay, 87.
* Venir prendre aombrance. Ms. de M. Pichon. 4 Et le mettre. Mas. de Tournay , 37 et 105, et texte de M Buohon.
Et le mettre en couronne Naguère bien venu.
(Texte de M. de Relffenberg.)
1 Dont Dieu scet en son thronne Quel bien en est venu.
(Mss. de Florenoe et de M. Pichon.)
• Ce tremblement de terre eut lieu au mois de novembre 1456. Voye* Jacques Duclercq, m, 24.
498 RSOOLLECTION
Ce sont estranges signes, Qui bien entendre y veut1.
Passant par Angleterre, Je vis en grand tourment Les chefs* d'icelle terre ffentretuer forment Avec un tel déluge Que cœur esbahissoit* Qu'à peine y eut refuge Où mort n'apparoissoit4.
Un nouveau roi créèrent5, Par despiteux vouloir, Et le vieil déboutèrent • Et son légitime hoir Qui fuitif alla prendre DTïscosse le garant1, De tous siècles le mendre Et le plus tolérant*.
J'ai vu en grant fortune Un duc des fleurs de lys 9
1 Le cas bien entendu. Texte de M. Buchon.
' Les gens. Ms. de Tournay, 37. Les seigneurs. Ms. de Tournay, 105, et texte de M. Buchon.
' Que maint fesbatosoit. Ms. de M. Pichon. Qui moult m'esàaÂissoit. Ms. de Tournay, £7.
4 Chastellain fut, à ce qu'il nous apprend, le témoin oculaire des guerres des deux Roses.
• Edouard IV.
• Henri VI.
1 Le prince de Galles se réfugia en Ecosse. Voyez tome IV, p. 278.
• Tolérant, celui qui souffre le plus. On lit dans le ms. de M. Pichon : le plus doléant.
9 Leduc d'Alençon. Voyez tome III, p. 476.
Tenir en prison brune À très-povres délits, Privé de seigneurie Et de royal honneur, Dont la gloire pôrie Reste en sa prime fleur.
1 *. De Chypre la couronne
Ay-je vu emprunter Du chef de Babilone, Pour le roi en jeter '; Bastard est et d'église, Celui qui la maintient, Et n acompte à reprise Ni à mal qui en vient*.
La royne vis descendre Dedans le marin cours Par un ardant contendre Vers France pour secours ; Qui depuis fut pillée Et mise au sacqueman Par pillars de gallée Du port Vénitian*.
J'ay vu de deux royalmes Deux roys contemporains Confesser en leurs âmes Hauts mots et souverains
1 Voyez tome II, p. 156 et tome IV, p. 193.
~ Ne à nul mal qui en vient. Me. de Tournay , 87.
Et ne compte, ne prise Le grand mal qui en vient.
(Ms. de M. Pichon.)
3 Voyez tome IV, p. 194.
200 RECOLLECTION
De tenir leur couronne Et leur pourpre1 vestu * D'une seule personne, Le grand duc de vertu1.
J'ay unroideCécille* Vu devenir berger, Et sa femme4 gentille, De ce mesme mestier, Portant la pannetiôre, La houlette et chappeau, Logeans sur la bruyère Auprès de leur trouppeau.
J'ai vu de Géorgie Et du haut Orient, De Perse et d'Arménie, Diverse estrange gent, Mesme d'un infidelle, Transmettre au roy Charlon, Pour luy donner querelle Contre le Turc félon.
Le haut duc de Bourgoigne Fort bien * les recoeillit, Dont l'œuvre assez tesmoigne Quel honneur il leur fit; L'honneur fût si profonde Et de si hautain fait,
1 Pourpris. Ma. de Tonrnay, 105.
* Le Haut duc de vertu. Me. de La Haye.
* Le roi René.
4 Et la rofne. Mb. de Toûrnay , 37.
1 Chez luy. Ms. de Tournay, 87.
Que jusqu'au bout du monde La mémoire s'en fait ' .
J'ay vu deux, trois commettes Manifester au ciel, Et d'estranges planettes Plus amères que fiel, .
Dont les fins non congnues Sont dvesbahissement ; Mais de leurs advenues N'est nul vray jugement * .
J'ay vu, chose inhumaine Et cruelle en la foy!
Tuer à force pleine Gens d'église à desroy ; La cité de Mayence En est tournée en feu Et à si grefve oultrance Qu'onc pité tel ne fut*.
0 haut duc plein de gloire, Et vous son noble fils, Ceste brefve mémoire De tant de divers dits
1 Voyez Jacques Ducleroq, IV, 27.
2 On lit dans 16 ma. de M. Pichon :
Puis ay vu deux cornettes Manifestes es deux, Et d'estranges planettes Plus annoier que feux, ï)ont les fins incognues Sont d'esbaïssement; Mais des non advenues N'est nul vray jugement.
' La ville de Mayence, assiégée par l'archevêque Adolphe do Nassau, fut la proie d'un terrible incendie au mois d'octobre 1462.
<m RECOLLECTION
Ay fait en vos louanges D'un cœur non vermoulut :
- Il plaise au roi des anges Qu'il vous tourne à salut1!
1 II paraît toutefois qne Chastellain résolut quelques années plus tard de poursuivre lui-môme son œuvre jusqu'à Tannée 1466. Dans le texte du ma. de Florence, le vers de la première strophe :
Depuis longtemps en çà,
est remplacé par ce vers:
Depuis cinquante ans en çà,
et au lieu de la dernière strophe, on trouve les huit strophes suivantes:
J'ai vu basse personne
De povre extraction
Monter en si haut thronne
Que le mont de Syon,
Puis par œuvTe confuse
Faire si ordre fin
Que la terre refuse
D'en porter le noirin * .
Depuis sans menterio Le monde vis croiser Pour aller en Turquie La foy contrevenger ; Mais ne sçay que ce f u :
Chascun s'en retourna, Quant il ot despendu Tout ce qu'il y porta.
Puis vis le roy franchois, Ne sçay pour quel raison, Oster de son francq chois Sa droite pension Aux princes de son sang, Tendant les eslonger :
Si ce fut sçavoir francq, On en peut tesmoigner.
1 On lit dans le Ms. de Tournay, 37, marin (lat. tnorina), dépouille, chair contagieuse.
Puis sens qu'il eut d'un duc, Par moyen d'autres gens, Grant finance et grant plue, Comme infinis argens, Dont ses lieux engagiés Luy fuient tous rendus, En luy quittant deniers Oultre cent mille escus.
Xay puis vu l'image De duc apparente Par mésus et oultrage Falloir estre absente, Pour conspiration Faite contre le fils Du haut duc bourguignon :
Chascun en est tout fis.
Puis vis un josne prince De réale puissance Entrer eus en province Du royame de France, Là combattre le roy, Chief du jour dexnorer :
Sy l'en dis, quant àmoy, Digne de couronner.
Puis vis peuples liégeois Pour un jour indignant Bourgongne et Charrolois, Et mesmement Dinant Laquelle en fu punie' Très-rigoreusement, Prise et arse et pillie En cinq jours seulement.
J'ay vu mainte autre chose De moult grand extimer, Que cy point je n'expose, Ne ne veul résumer :
Par temps il vendra l'eure Qu'ailleurs auront leur lieu, Dont de ce qui demeure Je le remets en Dieu1 .
Je remets tout à Dieu (Ms. de M. Pichon).
204 RECOLLECltlON
Dans l'édition de M. Buchon, la chronique rimée se termine par la strophe suivante:
J'ai tu dore vieillesse Qui me vient tourmenter ; Sy tout que je délaisse L'escripre et le dicter En rime telle quelle, Puisque je vais mourant : Molinet, mon séquelle, Fera le demourant.
La continuation par Molinet commence ainsi :
J'ai tu un petit comte, Seigneur de Charolois, Qui bailla bien son compte A Loys de Valois, Au Mont-Héry en Franoe.
H y en a dans le ms. de M. le baron Pichon une autre évidemment écrite en Franoe, dont voici les premiers vers :
En Tan soixante et un Advint un piteux cas, Au chastel de Mehun De la mort et trespas De Charles, le bon roy, Auquel Dieu soit propice !
Le ms. de Tournay, 87, renferme une première rédaction de la continuation de Molinet, écrite sous Marie de Bourgogne. J'y remarque ces deux strophes qui ont disparu dans le texte complété et remanié :
J*ay vu, chose piteuse Commettre au roy Loys.
(Incrédible et honteuse ?)
Sa filleule et parente Que deffendre devoit, D'hiretaige et de rente Despouilla comme on voit.
Sur trêves accordées Au père que je plains,
Il pressa les sooldées Pour l'ochir sur les plains.
Pour engendrer famine En pluiseurs lieux divers A la povre orphenine, Fist fauchier les bleds verds.