LE LYON
Lyon, lyon, veuille fortune ou daigne, Soubs son effort mourrez resplendissant ; Mais il n'est feu qui par eau ne s'esteigne Lorsque plus est espris et flambissant, Car Dieu ne fait homme nul si puissant, Ne roy, ne duc, qu'il ne soit transitoire, Et soubs sa main en baille exécutoire A qui luy plaist, ainsi le faut entendre ; Mais par raison serez mis en hystoire Second Hector et derrein Alexandre.
Prince éternel en inflny prétoire Qui aux justes rens loyer méritoire, En paradis te plaise l'âme prendre Dont le corps fut par œuvre péremtoire Second Hector et derrein Alexandre " .
1 Cette ballade, comme toutes celles de Chastellain, eut un grand retentissement, et le premier vers, inspiré par les insignes héraldiques de la maison de Bourgogne, devint un refrain populaire. Les poëtes de >\ la cour du duc Charles mettaient en regard du noble lion de Flandre,
, adopté par la maison de Bourgogne, l'emblème bien moins chevale-
il resque du cerf volant qui ne remontait dans le souvenir de cette géné-
ration qu'à un caprice de l'imagination troublée de Charles VI. Ils adoptèrent en môme temps, pour désigner le monarque qui étendait ses intrigues sur toute l'Europe, la figure de l'araignée aux toiles peri fldes, au venin dissimulé, et elle passa des vers de Chastellain, qui ont
été insérés plus haut, dans d'autres compositions historiques ou poét- tiques. Plus tard, en 1467 et en 1468, quand Dammartin, envoyé avec
>n une petite armée en Champagne, y essuya une défaite que Meyer
j ! seul mentionne d'accord avec notre poëte, et quand les hommes
j d'armes français éclatèrent en altières menaces (voyez tome V, p. 439),
le vers de la ballade politique devint de plus en plus acéré. Nous reproduirons ici quelques pièces de cette époque, qui font suite à celle de Chastellain, en faisant remarquer que, selon nous, la première des ballades suivantes lui a été injustement attribuée, tandis qu'il faut la restituer h Molinet, comme le porte le Ms. 12490 (208) de la Bibl. imp. de Paris :
Souffle, Triton, en ta bucce argentine ; Muse, en musant en ta doulce musette ,