‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 4)Chapitre 9 sur 42 · EXTRAITS · texte numérisé non relu

EXTRAITS

^fcjan*^-

I. — Lettres envoyées par maistre Jehan Robertet, secrétaire de Monseigneur de Bourbon, à Monseigneur de Mont/errant, gouverneur de Monseigneur Jacques de Bourbon, à cause d'une épistre que ledit Robertet envoyoit audit Mont/errant pour présenter audit messire George, orateur de Monseigneur le duc Philippe de Bourgongne.

Dans cette lettre, Jean Robertet rend hommage, non-seulement à la célébrité littéraire de Chastellain, mais aussi à ses hauts faits dont la mémoire s'est effacée. Il s'exprime en ces termes :

« Je me sois enhardy d'escripre à George l'épistre que vous envoyé avecques ces présentes enclose. Ne la prose, ne la rime, ne le françois, ne le latin, ne sont pas pour estre mis devant si cler orateur qu'il est ; v mais U fanlt que je face comme l'ouvrier qui, avec ostil de dur fer, tire le bon et pur or de la parfonde mine. Je présume, si ainsi se peut dire peut-estre trop avant, de provocquier cellui devant qui moy, ne plus parfait d'engin mille fois, en nul endroit ne pourroit demourer invaincu. Néantmoins, soubs la fiance de son gracieux support et à vostre exportation , je me suy mis à descouvrir ma témérité et fol

1 Publié d'après l'édition de M. Batissier, collationnée sur les rnss. de la Bibl. imp. de Paris.

to«. vu. iO

cuider, tous priant que, si l'escript vous semble aucunement mal sonnant, le veulliez taire et soppir, que nul fors vous ne cognoisse ma folle entreprise. Et si voyez que puisse seulement magnifester mon amour audit George par icellui escript, vous plaise me recommander à lui. Quant à la langue latine, j'escrips tout soubs la bonne correction de George ; car vous savez que longtain suis du lieu où elle ait règne et vigueur, et ne suis pas digne de en ouvrir devant lui ma bouche. Au surplus, Monseigneur de Montferrant, pour ce que vous sçavez que, entre les vivans hommes François , je suis cellui qui, espoir, a plus amé, quéru, prisié et recueilly par deçà les haulx et accomplis faits dudit George, vous prie que, par les premiers venans, vous plaise m'en envoyer aucune chose. »

IL — Lettre de maistre Jehan Robertet à Monseigneur de la Rière, escuier d'escurie de madame la duchesse de Bourbon.

Robertet dit dans cette lettre :

% J'ay esté en aueun temps en la case nostre en repos, durant une partie de la brumale froidure; et là, recordaius sum verhi fuod wihi diœit monseigneur de Montferrant, vostre ennemi non mortel : c'est à savoir qu'il se faisoit fort de moy envoyer aucune insigne œuvre du très-copieux coffre de George et de son éloquence procédant, dont tant suys, comme sçavez, désireusement affamé. Et en milieu de mon oyseuse, pour satisfaire à Teahortation de mondit seigneur de Montferrant , j'ay fait une petite épistre audit George, de la première empainte de mon povre engin, laquelle envoyé par ce porteur, afin que par vous deux soit vue ; et si digne n'est d'estre baillée, dont fort je doubte, au moins vous congnoistrez que, si j'avois le sens et bien de savoir fyîre, je ne plainderoye point un peu de paine pour honnourer cellui qui en est digne. »

IU. — Èj/iste* envoyée à George Chasteliain par maistre Jehan Robertet.

Je reproduirai en entier cette épître :

« 81 par long espaoe de temps j'ai flotté comme nascelle sans gouvernai en trouble mer de espoir et peur perplex , hésitant me faire

apparoir au salubre port de ta congnoissance, pour Tardent amour et désir que j'ay d'estre seulement congnu sur tous autrea bienveillant de ta gloire et de ton honneur, très-clair orateur, à présent, non mie de mon audace, mais à la postulation du bon et sage escuier, comme je croy ton entier amy, Montferrant, lequel, après plusieurs familières conférences eues entre nous de tes faits louables, m'a enhorté à t'esoripre aucune chose : je, soubs le mantel de crainte, me suis aventuré, et non soubs l'appui et confiance de mon foible engin et rade stile, aine sous l'umbre de ton bénigne et gracieux support, à toy ouvrir mon courage et monstrer mon amour par ceste lettre inculte, te priant que, par ta bonne constume, veulles excuser mon ignorance et rudesse, non ayant regard à mon gros et confus langage, mais à l'exubérante partie d'amour qui en moy gist, laquelle, pour le demeurant, qui n'attrait fors honte à mes yeulx , veulles en gré recepvoir, sachant, 0 très-chier et digne orateur, que si en moy avoit vertu par laquelle je fusse digue de te loer et prisier à ta desserte, je esleveroye ton nom immortel par escripts à toutes postérités futures, magnifiant tes hauts et resplendissants œuvres, dignes et méritoires d'accumulation de loenges extrêmes. Mais tu peux congnoistre par mon escript que trop suis de sçavoir dépourvu pour ce faire. Or veulles doncques estimer mon bon et entier vouloir en lieu de la faculté deffaillant, me reputant zélateur de ton nom et cellui qui désire, plus que nul autre, ta gloire, honneur et renommée par tous siècles estre durable.

Musa fave ceptis, dulcesque favete sorores Castalidea, ne forte canam quod pectora turbet Sacra, pater, fessasque tuas nec mulceat aures.

IV. — Johannis Roberteti, incliti domini Borbonii ducis sccretarii, ad clarissmum virum Georgium Castellani, incliti ac excelsi principis et domini Burgundiœ ducis oratorem eximium,epistola incipit féliciter.

Cette épître latine, jointe à celle qui précède, est ainsi conçue : .

Nisi tantum humanitatis et benivolentiœ quantum activitatis ingenii atque leporis tibi inesse animadverterem, clarissime vir ac nostratum eloquentissimc, non auderem tuam, quam, tum privatis negotiis. tum

publicis,ad totius inclitœ excelsœque domus Burgundiœ decus etgloriam assidere intentam atque occupatam claritadinem esse oognoeco, hiis meis impositis epistolis tuas aures lautissimas offendere, meamque tibi nesciciam detergere. Quod et si antehao distulerim, soin enim ad scribendum tardus, tamen imprœeentiarum mei in te amoris aperiundi gracia, tom viri nobilis et, ni fallor, toi amantiarimi Montferrant adhortatione, id aggredi ausus som , eo tamen fldentius quo ille de tna me humanitate certiorem feeit. Atque itaque frétas aumtua beninvolentia, ut si quid mei» ineptum litteris autabsurdum inveniea, facile* id in meliorem existimari partem atque jnxta accipi oredam; sed vide, amantissime Georgi, quam familiaritatem teoum ago. Poasent plerique mortales hac mea temeritate haud me parum arcere, toque etiam me imprudentem juvenem censere, quod ego ignarus, qui prima» vix litteras novi, tibi, homini clarissimo, tum latin» tumgallie» duloedinem linguœ redolenti, arcemque tenenti eloquenci», meas presumpserim inoultas epistolas mittere. Verum in omni re opua est incepto : iter inde multis patet viis. Sic ferri duriasimi instrumente aurum a mineta purissimum trahere cupio. Sic candela parva aolia radioa micantes juvare conor; sicque rivulo tenui acaturiginem mundare. Sio etiam frustra nitor oculum niticoratis opponere Phœbo. Verum enim vero Btrenuissimi Hectoris animi virtus, audacia,robur, ceterœque sui corporis vires integerrimœ Trojano in bello haud tantum eluxissent, niai enim infelix ille, férox atque dextra fortis, virions tamen Hectoris impar, Eacides, crebro acriterque ad pugnam, inter Achivos plurima sternentem corpora, lacessisset atque provocasset. Neque id a me tibi scriptum iri putes velim, ut tecum de virtute aut dicendi facultate oertarecupiam. Namque faciliusclavam amanibua Herculeis inermi mihi fas est arbitrare, quam quod dictis aut scriptis uaquam meis tecum con ferre auderem. Sed hoc, Deum testor, Georgi, efBoit animus ardens meus , quatenus amori illo flagrantissimo , quo sum tibi devinctus , satisfacere possit. Video prseterea a te , fonte veluti a quodam in cacumine sito montis, rivulos deorsum circumquaque emanare tu» dulcis atque mellifluœ eloquenci» quam a doctiaslmis clarissimisque viris, qui te intus et in cute norunt, scio laudatam atque approbatam accipio, ut te superiorem omnibus qui bac tempestate scribant, arbitrentur. Ego vero quid de te sentiam, haud facile reticeo : at me hercule, mihi crede, Georgi , quotiens aut epistolam aut libellum, tuarumve scripturarum quicquam video, audio, teneo, totiens lumen aidusque quodam ex cœlo demissum mihi affluere videntur. Nec ea crede mihi cupienti amantique vidiase satia. In hiis quippe totus versor; ea veneror, colo, amplector. Tum, postquam

multorum evolvo libros, volumina, versus, carmina, o ratio nés, epistolas, invectivas, epigrammata atque alia, tu m etsi teneat plures Gallia nostra optimos in dicendi facultate peritos atque landabiles viros, in te unum agnosco clarius palladium amorem influxum esse; tibi Elieonidas Pegaseum melos infudisse existimo ; tibi obsequi musas oranes atque astrafavere cuncta credo. In te praeterea viro Lactantii spiritura, si posset aliquorum opinio pbilosophorum stare, baud fore transfusum non dubi tarera. Sed Dec ea assentandi gracia dixerim, cum plurima in te liquido conspici virtutum alimenta possint, quam imprsesentiarum scriptis commendaro vateam. Debuisti enim famam operibua tuifl atque virtutibus, quorum cumulus ingens haud immerifo, nedum apndGallos tantum, sed Ytalos, Hispanos, Anglos, Germanosque, apud rates plerosque, multa immortalique laude effertur. Ceterum tu, domine Georgi , felix mibi ad molim videris , qui principem babes augustum in oœlum nsque suis attollendum meritis, de quo audeas atque posais plene et amplissime edicere, tum qui omnes simul virtûtes complectitur , quique suis egregiis facinoribus atque operibus Claris omnem tuam dicendi potentiam coœquet, eloquenciam vincat tuam, atque omnia de se scripta laudabiliter atque dilucide, facillime factis exsuperet. Sed quid ulterius de eo dicturum me putes, nisi quod alterum Ulixem eum canain, qui, Miner va comité , omnia borrenda subilt, omnia temptavit aspera, omnia adversa snperavit? Quippe, ea adjutrice sapientia , Cyclopis antrum introiit , sed egressus est ; solis boves vidit, sed abstinuit; ad inferos demeavit et ascendit, eadem comité; Soi lia m prœternavigavit , nec ereptus est; Caribdi conseptus est, nec retentus; Circe poculum bibit, nec mutatus est; ad Lotopbagos accessit, nec remansit; Syrenas audivit, nec accessit. Ipse quoque, tametsi gloriosus atque invictus princeps, et ut ita dicam, numinis loco babitus Bit, summo tamen Deo immortales babere débet gracias , quod cuncta , quœ ipso sua victrici dextra gesserit, quod hostes fuderit suos, atque féroces et bellicosas nationes, 8U83 ditioni aut rebellea aut celsitudinis suœ émulas, sœpius sua vi atque animi audacia et strenuitate domuerit atque subegerit, alios complures beneficiis atque muncribus , ubi sine sanguinis bumani effùsione valuit, vicerit et superaverit, et quod demum tam religiose vixerit, tua opéra, tuo ingenio atque industria, ad sui nominis domusqué gloriam sempiternam, scriptis, ebronicis, monumentisque tuis mandata traditaque in omnem usque œtatem existimet. Nam haud tantus esset Hector armorum strenuitate, magnanimitateque recolendus, nec belli virtute, tantum Acbilles canendus, nec insignis Mneas pietate prœ cœteris attollendus. nec severitate Catbo, liberalitateGayus

Ccesap, Fabius flde atque animi integritate, inter illustres viros en urne randi forent, ut multos taceam memoratu dignos quos isto in loco ad nostra? intentionis exemplum adducere possem, nîsi Neonii, Virgilii, Livli, Salustii, ceterorumque olarissimorum seriptorum, tam latinorum quam grncorum, qui eos extulerunt pro meritis, diota atque soripta ad nos usque perventassent. At pet Deum tibi juro immortalem, Georgi duloissime, paucos istic esse qui sese hiis humanitatis studiis obleetent, atque eam dieendi copiam colant atque magntfaciant. Quod siinterdum quospiam afflatu tanto perfusos noverimus, hii tanquam numina habendi atque colendi sunt. Inter eos*vero, ut aliquando finem faeiam, quoa «tari nostra vidit, quosque gignit Gallia nostra , ceterorumque parée loquar, tu, domine Georgi clarissime, in hao benè dieendi, orandique faoultate, et dootissimus et promptissimus omnium a peritissimia clarisBimieque viris indicaris. Vale, Georgi suavissime ; sis quoque felix eum tuo Ce&sare per secula, et me tamen, si oculis non vides, oorde ama. Ego quidem te vehementer amo.

Y. — Épistre en rimes de maistre Jehan RoberUt à mesrirc George Chastellain.

Je citerai quelques parties de cette épître de Robertet :

Seul le resort et splendeur de ton lume, Réverbérant sur l'obscurté ombrage De mon engin, tout renflamnfe et alume Par les beaulx rays yssans de maint volume Que tu as fait et escript en ton âge, Embellissant tout autre humain ouvrage Par élégante et haulte réthorique, Moins ressemblant humaine qu'angélique.

J'ay gros engin et rude entendement, Dur concevoir et parler trop agreste, Pour approchier par dit ou sentement De tes êscripts, sans plus de fondement. D'autant taire me seroit plus honneste Que de monstrer par œuvre manifeste La follie de mon cuider. emprendre, Veu liant dire ce que ne puis comprendre.

Mais quant je voy tes escripts et tes faits, En remirant mon œul sur maint beau livre, De ceulx qui sont des peu et jadis faits, Lesquels on tient à bons et à parfaits, En la donlceur des tiens mon œul s'eny vre ; Ton beau dire sur tous plaisir me livre, Et m'est adès soit en rime ou en prose, Trop plus souef qu'en may la belle rose.

Tu nessamble* Gorgias Léonin, En oroison Pline Second ou Tulle, En histoire Titu-Live on Justin, Et Saluste qui fit le Jugurtin ; Pour commenter te rends équal à Jule ; Nul autre escript le tien point ne recule ; Avec les bons, soit Lactance ou Homère, Te puis logier, car fils es de leur mère.

Légitime héritier de Valère, Des faits romains eeorlpteur au ten tique, Nommer te puis, car cellui fut ton père, Et depuis lui n'ay vu nul qui s'appère Plus cler d'engin pour faire œuvre publique ; Laissons Lucan et l'œuvre Thessalique, Car ainsi qu'eux mainte guerre et es tour As hautement puis escript à ton tour.

En toy reluist la satire de Perse, De Juvénal, aussi celle d'Orace, Ton élégant parler Térence perse Et tous poètes soit d'Ynde ou de Perse ; Pour réciter ne faut quérir Bocace :

J'en parle cler, il ne me chaut que face, Mais pour tissir langaige triumphant Tu monstres bien que tu n'es pas enfant.

Mais entre ceulx que Attropos de son art

Y a férus et à terre cassés,

Te sont dues loonges plus qu'assez.

Et non obstant quo leurs faits si notables, Leurs proverbes et haultes escriptures,

Grang sentences par raison et notables, Douloefl d'un lez et d'autres prooffi tables, Passent l'odeur de tontes flouritures, Toutesvoyes, s'entre les créatures Tu suis plus près la lueur qui ffeulx part, De los pareil dois bien avoir ta part

Entre les vifc en obtiens la couronne Pour escripre soit en prose ou en vers. Sur la terre que la mer environne, Nul autre escript au tien cler ne foisonne, Tant as en toi plaisans mots et divers. Si tous facteurs qui gisent à l'envers, Bessuscitoyent pour auoun honnourer, Pour toy tout seul devroyent labourer.

S'engin parfait en grant activité,

Tost concevoir et comprendre légier,

Sens résolu en œuvre excercité,

Langage prompt tost dit et récité,

Très-copieux, soubtil aigre jugier,

En mémoire se pouvoyent logier

En un suppost pour tes haults faits deaeripre,

Sy faudroit-il trop de tempe à resoripre.

En tout genre as escript et dicté, Si hautement que chascun se remire En maint livre et en maint beau dicté, Que tu as fait, comprins et médité, Lesquels sans fin et sans cesse j'admire, Et me tiennent à la fois lieu de mire Dessoubs le fait des curieux ennuis Que je porte bien souvent jours et nuits.

Lyon bandé as baultement tissu Parlant des faits de ton César Auguste. Puis que d'amours après en fut yssu, UOultré d'amour çaint de mortel tissu, Long temps a, fis de sa douleur auguste, Puis le Miroir des nobles bel et juste, Trosne asurf pour feu le bon roy Cbarle ; Benoite soyt bouche qui si bien parle !

De tes œuvres, c'est la moindre partie; Pas n'ay tout vu le surplus en un monde : Que plust à Dieu que m'en fust départie Quelque chose de ta plume partie 1 Car sur tes dits plus qu'en autres me fonde, Magnifiant ta grâce et ta faconde, Ton excellent, exquis et joyeux stile, Qui n'est de riens plus bas que de Virgile.

Et jà soit ce que ton duc glorieulx, Par sa vertu luisant et immortelle, Ait déservi d'estre eslevé aux cieulx, Comme très-haut prince victorieulx, Tout enchâssé en mémoire éternelle, Bien lui duisoit aussi personne telle Que toy, Georges, qui de lui fist histoire, Pour pardurer à tousjours mais sa gloire.

Doncques s'amour en ardant charité Me fait parler de toi en plusieurs lieux Pour réciter, en disant vérité, Les loenges que tu as mérité Infinies à tousjours, sy m'ait Dieux, Pas ne le fay pour en rapporter mieulx, Ne chalengier vers toy loyer semblable, Car je scay bien que point n'en suy capable;

Mais seulement pour m'acquitter vers toy Et t'honnourer comme il est de raison ; Car en ton corps tant d'excellents biens voy, Que pour faire d'un empereur ou roy Ou d'un très-haut chief de triumphant maison, Comme est celui qui porte la Toison, Dont les vertus passent humaine famé :

Plus digne en es que nul de ce royame.

Or prens en gré, George, mon épistre A laquelle fay fin et me vueil taire : Autre parler plus bel je ne scay tistre, Mais, si tu veuls plus sçavoir de mon tiltre, Je suis sans plus un simple secrétaire Qui désire moult ton amour attraire,

Pour toy servir, quant te semblera bon, Des biens que j'ay en l'ostel de Bourbon.

VI. — Épistre de messire Georges Chastellain à Monseigneur de Montferrant.

TraveiUeur de mon esprit, Montferrant, je t'envoye, que volontiers qu'envis, à ceste heure, ton longuement désiré objet, lequel, si à l'aventure n'est à l'assoupissement de ton appétit et comme la peur m'y est, sy te prens toymesme par propre nez, et juge ta propre folie, qui te es vanté d'un ouvrier dont l'œuvre mesme et à tôy et à lui fait confusion, mais te rend au moins un fruit qui est de congnoistre par cecy que fier ne se faut, sinon simplement, et fonder sur autrui pouvoir. Donc le cœur ne gît pas es mains de celui qui s'y confie. Déa, Montferrant, hommes sont non angels; ils ont mémoire labile et beaucoup d'interventions dépressives de leur engin : et est tel clair aujourd'huy comme un soleil , demain il souffre éclipse en sa clarté par obscurté interposite. Et par ainsi un homme toudis un en tout temps sans mutation de substance, devient tel foi3 de diverses qualités variables selon l'instabilité des choses. Entends bien, Montferrant, et t'informe par exemple : un cristal, mucié en un coffre, de soy ne peut donner lueur quoyque l'abilitation de nature y est pour la donner et prendre, lui tyré dehors, quant donc le soleil en regarde le corps, il lui donne effet à l'incitation de nature. Pareillement est, si tu cuides aucun homme estre le précieux cristal, et de qui tu ne sçais de son aventure comment temps et fortune le gouvernent ; ains, toy ignorant, il gît en coffre, peut-estre il gît environné de

ténèbres , là où le ciel ne lui rend apport , ne nature esjouyssement. Certes, tu peux bien entendre que de lui à par lui ce n'est riens, et que, si le soleil ne lui amministre sa vertu, la disposition naturelle qui y gît formée, n'aura point d effet. Samblablement aussi tu dois noter de George, non que ce soit le cristal, mais le noir plonc. Tu t'es fyé de lui et tu en as fait tes vantises, mais par follement cuider tu as prononcié plonc estre cristal , et donné à entendre que toudis clarté se trouve en lui sans que tu Bceusses ses accidens, s'en ténèbres gisent ou non, ou si le ciel lui prestoit respection. Or çà tu as fait ton plaisir, mais de ton tel plaire ne te naistra point fruit espéré. Mais tu seras payé à la mesure de ton mérir, comme fol de meschante main ; mais ne t'en prens qu'à toy. Déa, il n'est pas regardé du soleil, qui veut, et ne sont, telle fois est, les nobles corps maistres toudis de leur aventure. Aucune fois la diversité du temps les tourmente, et tel fois est, les fait cheoir en fange, et en relièvent à dur, et tel fois est que force et violence les comprime et les ternit et desnature. Donc, qui à celle heure les quiert pour s'en ayder, ne doit attendre donc que ce qui est du mesme du point où il les trouve. Prens doncques et te contente. Le coffre m'a esté prison ; le ciel m'a esté clarté refusant. Fortune m'a livré assaut et ne m'a souffert sourdre mon entendement hors de là boue, pour quoy tu en seras moins assouffi et non sans cause; mais tu en seras plus sage après, et apprendras à restraindre tes légiers dévolemens sur autrui fiance. Vive et fay bien.

Par l'humble George tout vostre.

VII. — Épistre de George CJuuteUain à Mont/errant et à ses amis.

Mes bons seigneurs, je me recommande à vous. .Tay reçu vos escriptes le premier d'april, et par lesquelles me signifiiez le envoy d'un livret à vous transmis pour me en faire présçpt, adjoutant à ce, que le facteur d'icelui est l'homme du royaume qui plus exauce mes faits pt qui plus appète me congnoistre par vue, donc et affin que l'honneur à moi exibé par celui et par si notable main ne demourast abscons aux yeuxdutriumphantduc, ensemble et à multitude d'autres, Messeigneurs et amis, me advertissiez de l'ostension que vous en avez faite, et comment, après l'œuvre vue et oye, en tous estdemourée une opinion commune, c'est que tenu suis de y respondre si congruamment que la satisfaction en appère par devers l'envoyeur à l'équivalent de son mérir. Or, Messeigneurs, droit-cy loist bien vous remercier; et après avoir usité aussi et conçu l'effet de vostre envoy, non moins me loist-il faire grant poids de ceste besongne et de varier en l'acceptation agréable ou non pour cause du mystère. Car n'est chose vue autreffois, ne gaires coustumière, de telles louenges transmettre à homme, et dont les déifiques natures cornpétamment s'assouffiroyent de l'honneur. Et partant qui à vostre pourchas et instance, comme il appert, me trouve eslevé en siège à moy non décent, et lequel, que plus est, me certifie confusion, doy bien différer donc de vous rescripre sur ce, quant je ne sçay à quel titre faire le pusse bon ou autre souverainement, et de respondre à celui

dont vos lettres font mention que je le doy. En quoy toutesvoies pour le mettre à effet, a plus de note beaucoup que de chant, et plus de mystère en le sçavoir bien faire qu'en follement l'emprendre, jà-soit-il que le cas de ôoy le requiert qui auroit qui pourroit; or ne suis celui. Et quant donc en moy n'a celui pouvoir, posé que du vouloir assez, il, faut bien donc que le bon vouloir du méritant demeure non remercié par ma povresse, et de quoy vous, Messeigneurs , m'aurez esté cause alors de ceste honte par vostre imprudence, dont ne m'estoit mestier; mais comme la honte me sera venue de vous, sur vos dos aussi en remettray-je la faute pour ma décharge. Toutesvoies , et afin que l'ancien bon espoir que toudis avez eu en moy, ne vous soit couppé totalement ou précis \ je encores, sans riens promettre, vous accorde bien d'avoir advis dessus un peu , et de sentir si au fons du coffre se pourroit trouver chose qui condigne f ust, ne convaluable au cas, et en quoy l'honneur d'une si glorieuse maison comme la nostre pust demourer non flescy. Car vous dis bien : non grant chose est à un George garder son honneur encontre un autre sonhonnourant; mais grant chose est défendre l'honneur de la maison de Bourgongne encontre un autre qui honneur fait à la sienne, siques du faire, ne du laissier, en quel ne suis conclu encores , ne vous puis donner certitude , et de ce qui gît en divine disposition et en clarté d'entendement non encores ouvert, ne vous donne point aussy de deffiance, quand mesmes ne sçay que Dieu en fera, ne si par labeur y pourray attaindre. Comme doncques cette ambiguïté pend encores en moy et ne sçay à quoy me ressoudre, mal vous puis-je acer-

1 Précis (du latin : precisus), retranché.

tener de chose qui vous donne repos, sinon déceptoire que fuyr voudroye en observation de vostre amour.

En Valenchienne.

Légière main sur pesant œuvre A tart parvient à haultain pris ; Mais en peu pensé, tost empris :

C'est là où geu sens se desceuvre.

VIII. — Depuis ces lettres reçues de Mont/errant en Bruges, se fit une apparition de douze daines audit de Mont/errant, lesquelles, après lavoir accueilli en un verger, T arraisonnèrent en telle manière.

Les douze dames raillent en ces termes la paresse de Chastellain :

Montferrant, n'agairesquereçuas une épistre de George, par laquelle il se desceuvre à toy estre quasi perplex de reseripre en Bourbonnois, par crainte de non bien y pouvoir souffire à point. Donc, comme le dit Georges , en couvrant sa telle crémeur, samble nourrir aucunes doléances sur toy, comme d estre mis par toy en ce destroit, tant par les tiennes trop libérales instances, comme par tes recors meilleurs que deux, lui ores, qui se sent grevé par toy, et as mis son honneur en pente de dangier, expette aussi à eatre conforté par toy et relevé d'apparente vergogne. Or, comme George, en cestui cas, samble avoir cause assez parant, et non moins action contre toy bien fondée, et que, du destroit en quoy tu Tas mis, sambles porter légier soing, mesmement n'y accontes tant peu, nous pour tant, ayant vu sa perplexité, la vergongne aussi que tu lui as procurée soubs cuider bien faire, sommes venues vers toy ; et là où peut-estre nostre âme ne s'ose découvrir à toy de sapovreté, ne révéler la durté de son engin, que Ton cuide agii, nou8congnoi88ans sa faculté et pouvoir, t'en venons mire la déclaration véritable, affîn que, après crédence mise à nos dits, tu l'aydes à avoir support de ton homme en rescription légière , congnoissant par ton propre cœur que mal se peut traire du vaisseau ce que oneques n'y entra, mesmes et d'un roc sans liqueur ou précieux encens.

Que penses-tu, ô Montferrant, que ce soit de George? Quel titre lui assigne 8- tu eu faculté déparier , qui eu as fait les hautains recors? Cuides-tu que ce soit l'aigle de la terre, ne que ce soit un autre Homère ou Virgile, par quoy la celsitudeen doye survoler les autres? Certes, si tu cuides ainsi , tu nourris abus ; tu mesmes te déçois et autrui; tu prises ce que tu ne congnois, et honnoures ce que mesmes se anéantist ; mais nous sommes qui en avons la cognoissanoe, qui avons l'enfonsement de son valoir, et qui sçavons, à un grain près, ce qui est en Testai de son coffre. Car si rien a, de nous Ta acquis, par quoy si l'acquest y a esté petit, le possès donc n'en peut estre que sobre. George est bon fils certes, et sy ayme honneur, mais n'a portion autre de nos biens, sinon d'avoir passé seulement devant nos portes dont s'espardent nos précieuses odeurs et lesquelles, par enclinement naturel, il convoite bien si avoir y pouvoit entrée. Mais ne est venu à heure que sa clef pust avoir ouvert nostre verroul : donc, parce que esrouillié est maintenant et inepte pour y entrer, le convient demourer souffreteux dehors, dont temps coulé en perdition a esté cause. Déa, ce ne disons-nous point en son despris, mais à «jauge seulement de le défendre contre ceux qui y cuident grant chose. Certes heureux fust et bien né, si en dedens nos clos, où trayoit sa nature, eust eu habitation par arrestée fortune ; son nom en seroit bien autrement clair qu'en présent, et sortiroit bien autre effet de sa famé non maintenant bien causée. Lui-mesme congnoit bien que, par la carence de nous, il est homme obscur, par quoy aussi et |que cela lui est soeu, loenges à lui imputées, ce dist, lui sont ternissement. Ton Robertet, 6 Montferrant, est un clair homme et de haut sens ; il est un Hercules en estour, en comparison à Georges ; il est estoile en ténèbres fulgent ; il est buise plaine d'harmonie en oreille ; il est exemple de Tullian art, et forme de subtilité Térencienne dont naist éloquence ; il est, comme bien diç ne, le trésor de Bourbonnois, et est l'estorement des montagnes d'Auvergne pour les circonférer de gloire; qui nourri est et tout parcru de notre lait ; qui succié a de nos seins notre plus intériore substance par faveur ; qui, outre la grâce donnée en propre terroir, se est allé rendre en pays gourmant pour réfection nouvelle, là où enfans parlent en aubes à leurs mères, frians d'eseole en doctrine sur permission de eage. Là s'est allé rendre icestuy ; là s'est tenu long temps à l'emblée, soubs les arbres, et desquels, après avoir pris l'ombre de leurs rainsseaux, en a rapporté aussi la vertu et qualité de leurs natures. C'est en Ytalie, Montferrant, sur qui les respections du ciel influent aorné parler, et vers qui tyrent toutes douceurs élémentaires pour là fondre harmonie. Mais George qui est homme indoct,

gros et mal propre à doctrine, peu nourri de nos fruits, moins appris de nos mœurs, lent à labeur, povre en rétention et non si heureux enoores que d'avoir vu pour pouvoir oublier, mais est homme flandrin, homme de palus bestiaux, engroissi de meubles qui les organes encombrent, qui endorment les esperis, et les vertus et opérations de l'âme compriment et obfusquent. Icellui n'est pas à estre mis cy-enoontre, 6 Montferrant, ne à prendre siège par équai avec nostre alléguié, car n'est que, ce que durement plaint, ygnorant, bloisant de langue, gras de bouche et de palat, et tout enfangié d'autres povretés corporelles à la nature de la terre. Cessent doncques, 6 Montferrant, cessent tes opinions passées, cessent tes légièretés dévolées en loer son nom ; cessent tes affections non expertes de son dû ; cessent décantations dre8cées endevers sa famé; cessent mains d'escripre aveugléement, bouches à raconter fables, et tous nobles et hâulx entendemens à prester oreilles à telles mocqueries ; mais gardans leur beau dire pour lieu de meilleur employ , suefrent paix au povre assouffy, qui content de sa maigre fortune, n'est murmurant certes sur autrui par envie. Donc nous, pour lui estre en alégement de son fardeau, et que nous te prions aussi que tu t'y employés en lui procurant support, nous avons tiré de nos coffres cestes enseignes que nous te laissons, et lesquelles, affin que notre âme ne succombe soubs honte, te prions que les veulles transmettre à ton homme pour le supplément de George, affin que, vues icelles, avec la forme de nostre excuse pour lui, il puist évader et non avoir cause de respondre en sa brute langue.

Les douze dames se nomment, puis elles ajoutent :.

Montferrant, ce sont droit-cy nos descriptions, par lesquelles tu as bel congnoistre aussi nos natures. Sy te prions que ains tost que tard tu les envoyés à Robertet et lui signifies que , en sqnlaigement de George ployant sous son fais , lui faisons cet envoy. Nous sommes compagnes de dame Rhétorique qui un clair trosne a en Bourbonnois. Sy désirons moult à y estre portées et nous tenir conjointes avec elle en sa gloire qui sans nous est nue. Robertet est fils -de nostre lait, et digne proprement de nous donner trosne en celle marche, qui en lui resplend, sique par considération qu'il a fait à George par excès, nous, par rétribution de ce, mais non condigne, le voulons rehonnourer de nos personnes, et voulons que de nostre envoy il pare ses royaux palais, et que le noble duc, son maistre, se sente de nos affections envers lui à sa cause. Quant à George, il est nostre donné pièça et est comme un mendis en nostre religion, qui de nostre charité emprunte,

et en ses affaires sommes prestables; mais à Robertet sommes héréditaires, moult désirons à estre devers lui , où que trouver pust an moins nos faveurs que nous lui avons tyssues. Tu lui prieras que il les prenne en gré ; et quand le cas s'y offrira pour lui faire plus d'honneur, nous pourvoirons de l'expédient plus nécessaire sans y faillir.

IX. — Response de Montferrant aux dames. Montferrant s exprime ainsi :

Mesdames, le respondre droit-cy m'est de grant poids, et non moins estrange vostre humble acte à ma personne, qui imaginer ne puis la cause dont ce vient, sinon que je perçoy bien que le fait de George avez fort en cœur, et que soin vous est curieux, ce semble, pour le deffendre, non obstant que avec amour montrée vous entrejetez aucunement retai Hures de son nom, contraires à nostre cuidier, qui l'avons tenu jusques aujourd'huy homme d'un élégant parler et dont l'engin espanny entre nous autres nous rendoit fleurs non communes. Quant à sa faculté, ne sçay quelle elle est, ne s'en lui a grant science acquise, ou non ; mais, quant à son faire et de ce qui encores est apparu, il y a eu grant grâce. Donc, si l'effet lui meut purement de nature sans art, ce lui est titre donc de grande gloire d'avoir tel don sans science. Vous me priez que je l'excuse et que par regard à son insuffisance je lui face avoir déport de rescripre, comme qui désire à laisser couler, ce samble, la chose en oubly, dont je me merveille, quant je sçay bien qu'en autres besongnes pareilles à celle, George autrefois s'est montré homme. Mesdames, quant à l'excuse, j'y ay povre pouvoir; et quant je en feroye vostre précepte, sy serolt-ce blasme à George pour lui attribuer non-puissance, qui m'est contre-cœur; car en ensuivroit que moy qui auroye esté son promoveur en terre longtaine, seroye recoppeur arriéré de mes paroles par lettres contradictoires dont la honte tournerait en moy. Sy ne vous desplaise, vous prie, quant deffier ne me puis de George que finablement il ne se esvertue et qu'il ne se mette en son ancien ploy, qui est de garder l'autruy honneur et le sien, et là où tant seulement l'honneur de la maison dont il est, lui est cause assez de le devoir faire, combien que espoir m'est bien que ce il ne fera par arrogance, ne par présomption en propre sens, mais plustôt, ce cuide, en humilité et par fuite de vaine gloire qu'on lui a offerte. C'est beau débat que de deux bouts chascun to*. vn. 41

s'e^ertue volontiers en ce qu'il est. George et Robertet feront bien entre eux. N'y a celui qui ne sente bien lequel doit fléchir, dont si l'un nonneure l'autre par vertu, l'autre honnourera son compagnon par devoir, et demeurera ainsi honneur entre eux deux par équal. Quant à l'envoy de vos descriptions à Robertet, et dont l'exoelae matera passe . mon engin, certes je le feray, et ne passera gaires de temps, si Dieu plaist, après George en estre averty, que je ne m'y acquitte. Mais sy ne sera-ce point en lui retaillant son los, ains en redoubloison de sa fttme, quant de son fait vous prenez telle cure, que ne lui feriez jamais si le nom de lui ne vous estoit en grâce, en quoy Dieu le conserve I

X. — Lettre de Moutfèrraut à George sur h précédent mystère des dames à luy apparues.

George, je me recommande à vous. Une haute et eatrange aventure m'est avenue en Bruges, le huitième de may que moi entré seul en un vergier, très-matin, pour la douceur du temps, me vinrent accueillir douze dames, ne sçay nimphes oufaées, et m'approoier de paroles. Donc, pour en faire le vray conte, ne sçay si transmises venoyent de vostre part. Hais par oyr leurs mots qui sonnoyent agu, il sembloit que vous y poyez avoir coulpe ; car parloyent en forme, comme si dolu vous vous lussiez à elles, et que mon légier indiscret loer vous •ustproourésoussy en vostre honneur. Donc, comme rayson vouloit, me oonvenoit bien les souffrir dire et livrer ententif et songneuxasooutà leur raison qui estoit sérieuse. En l'un endroit se doloyent de moy et de ma trop ouverte affection envers vous sans cause ; et en l'autre usoyent de rétorquement en vostre famé, dont la grftce ce disoyent estre déoeptoire. Usoyent aussi de termes honnourables à Robertet hautement, et di prières envers moy pour vous excuser vers lui en fait de resoripre, parce que perplexité vous avoit ahers et vergongne en son commencier si haut, et partant, vous fuiant le destroit tel, suadoyent qu'on peut couler la chose soubs honnourable moyen, lequel mlmputoyent. Plaingnoyent durement vostre temps perdu, et que fortune n'avoit esté de sorte en vous avec nature pour parfaire Tan l'autre.; car sambloyent dire que grant homme fussiez devenu lors, et bien de laudaiion plus digne qu'en présent. Pardonnez-moi que je résume tels mots sur vostre estât, qui n'en suis que relastnr ; mais ce fay-je pour faire le vif personnage de leur dire, en quel se sambloK

DE RHÉTORIQUE. i63

couvrir feinte. Finablement, et après longues devises, me ont prié que je, pour vostre soulagement et en leur nom, envoyé àRobertetleur douze descriptions, lesquelles m'ont laissiées. Et requierrent affectamment que ledit Robertet les eust emprès lui, comme digne d'en avoir la gloire; car afferment leurs vertus et nature estre en lui radicalement plantées , par quoy désirent aussy à y estre portées en représentant leurs personnes. JTay promis, après vous avoir averty du cas, d'accompli* leur plaisir, sauve que le vostre y fust pareil. SU vous plaist donc, vous me manderes ce que je y ay à faire, ne si vostre affection n'est point d'en voir la copie. Ce me semble hébrieu à moy, tant pour la gravité des sentences, comme des mots qui haut comprennent; mais moult vous y font grant bonneur les dames, quant par prendre vostre fait si à cœur, se exposent pour vous en tel soing. Dieu maine le surplus, mais le commencement de vostre part est grand.

Page 1