RONDEL
En quelque endroit et au besoing seceure Les serviteurs submis'à robservancei Quoyque souvent il leur tourne à grevanoe De non avoir leur plaisir à toute heure.
De long souffrir en pénible estrivance Naist aux souffrans haute et riche observance Finablement qui les paye et honneure.
Après Taigret trouve^n la doulce meure Qui radoucit en leur propre savance Les serviteurs submis à Tobservance, Quoyque souvent il leur tourne à grevance De non avoir leur plaisir à toute heure.
Les manlx que m*a fait espérance.
Pour amour des dames de France, Je suis entré en robservanoe Du très-renommé saint François.
ROMDBL DE VAILLANT.
Des amoureux de Tobservance Je suis le plus subgiet de France, Car je sers d'estre mandien Et cherche le cotidien ; Mais nul en mon sac rien ne lance.
« Aux frères l'aumosne pour Dieu ! »
Tousjours vais criant d'huis en huis.
Las ! charité ne trouve en lieu, Ne pitié ne scet qui je suis.
Retourner m'en fault sans pitance ; Désir le poarveur tance, Puis le beau père gardien ; Pis suis que Boesme mendien :
L'ordre veuil laisser sans doubtance.
Des amoureux de l'observance Je suis le plus subgiet de France, Car je sers d'estre mendien Et cherche le cotidien ; Mais nul en mon sac rien ne lance.
Thrdne azuré, merveilleuse lumière, Refflamboyant de mainte fleur dorée.
Noble maison françoise, coustumière De toute honneur, sourse de foy première.
Dont, soubs le ciel, la terre est plus parée. Jointe emprès Dieu, des autres séparée Par cas dlionneur, de titre et de louenge, Comme est sur terre un homme emprès un ange.
glorieuse excellence royale,
Renommée batillière anchienne.
Du peuple Dieu championne loyale.
Bras renforchié de gr&ce espéciale
Pour enyair mescréance païenne,
reluisant majesté terrienne.
Dont mal au vray peut s*exprimer la gloire :
Içy tu livres un peu ton auditoire.
Tournant, virant toutes histoires saintes.
Bibles, psaultiers, légendes, prophéties.
Dont j'ay au cœur les substances empraintes, ! que j*ay fait méditations maintes.
Noble maison, sur tes controversies.
Qu'après honneurs et gloires infinies
> Publié d*aprèe le ms. 120 de la Bibl. Lanrentienne à Florence.
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iSi LE THRONE AZURE.
JTay vu souffrir à ta noble nature Soubs le flayel de divine batture !
Voyant déchoir ta hautesse fameuse, Ta dignité violer par injures.
Et d*une main vile homicidieuse. Persécuter ta hauteur glorieuse, Par feu, par sang, par famine et laidure , Qui soloyes les autruy fourfaitures Battre et punir toy-mesmes en tout lieu :
Bien a droit-cy mirable œuvre de Dieu.
Et vraiemfint est bien Vœuvre admirable Et bien obscure à congnoissance humaine, Quant tant d^annuy et de grief misérable , Fortune et Dieu comme desfavorable, Tont fait souffrir par rigueur inhumaine»
Dont il n*y a qu^un point qui me ramaine L^entendement de ce couvert mistère:
C'est que péchié t'a fait ce vitupère.
Et soit péchié ou volenté divine
Qui fa fait choir soubs ce glaive adversaire.
Et trébuschier à honteuse ruyne
Pour estre au loup engloutie rapine.
Serve et chambrière à tout villain hausaire S
Au moins ton cœur par pité nécessaire,
8'est condolu aveucques ta souffrance,
Plorant sur toy, noble maison de France,
De qui les maulx et povretés extrêmes.
Pertes, douleurs, confusions terribles,
• Hamaire, mercenaire? On Ht dans Monstrelet (IV, p. 392) : « Aucans haulfiaires, tenans le parti du roy Charles. » Corrigez la note I, tomel*», p. 172.
Oocisions, rayaUemens, blaphèmesS Pleurs et clameurs d^enfiaiiB, hommes et femmes, Par feu, par sang, par famines horribles»
Sont à tout cœur à tout prendre impossibles ; Car ne pourroit exprimer bouche dliomme De ces meschiefs Finnumérable somme,
Hellas ! quelle est la douleur comparable A ton souffrir, glorieuse auriflamme.
Que au droit nombril de ton thrône honnorable Voir tout énorme obprobre inséparable»
Verser ton peuple et mettre tout & flamme, Et qui plus est, piteusement en blasme Estre enchâssée à honte et à péril , Hors de ton propre en souffraiteuz exil,
Tant qu'il sembloit à ceux qui te veoient, Que Dieu te volt lors estre exterminée, Et mesmes ceux qui en tes plours rioient, Les faulx tirans, leurs cœurs glorifloient D'avoir ainsy ta hautesse muée»
Guidant que Dieu t*eust toute abandonnée A leurs pouvoirs et vouloirs inhumains,' Pour demeurer tousjours ferme en leurs mains.
Mais Dieu piteux de fons et de racine»
Provideht juge et bénigne en ses fiiits.
Jamais un arbre, ainsy je Timagine»
Dont il congnoist sll est bon d'origine»
Ne veut souffrir Tamortir par ton faits; Mais pour venir aux nouveaux fruits parfaits» Souvent permet Teflcoroe au dehors muire*»
Pour meilleur fruit de tronc battu prodube.
* Blaplème$,liïàm^^màptiB.
..w^.. ,. , *V.Hà«-.-«Ss
Ainsy je croy certes et ainsy juge
De toy, o digne ezoellente planture.
Dieu a souffert desriyer ce déluge
De tous meschiefs sur toy et ton reffuge,
Point, pour ta mort, mais certes pour batture;
Car luy voyant bonne estre ta nature,
T'a corrigée atout Tare en sa corde,
Mais point jeté hors de miséricorde.
Ses dignes mains, sa sainte providence, Furent de toy primiers planteurs en terre, £t choisirent le fruit de ta semence Entre autre fruit par très-haute excellence.
Comme il appert à qui s'en seult enquerre ; Sy cuide voir, et ne croy pas que j'erre.
Qu'en la vertu du vieu fruit trespassé Cil d'aujourd'huy a son maleur passé.
Bien a paru à ceste œuvre présente
Où Dieu t'a fait jà restitution
De la plus part de ta gloire excellente,
En ramenant Normandie dolente
Hors de servage à sa rédemption,
Dont en fureur et en contention
Tous faux Anglois, d'humain sang enyvrés,
S en vont confus comme à la mort livrés.
Dieu a sa gloire en toy revertuée,
Et ta vertu a reprinse vigueur.
Tu as esté dessoubs les pieds ruée ;
Mais à présent fortune a remuée
En pitté fresche, enviellie rigueur.
Tu as ressourse après griefve langueur ;
Tu as ta gloire arrière en ton recœuvre :
Ce sont beaux dons, qui bien les met en œuvre.
ToQ glaive point, tonespée retrence.
Ton bras roidist, ton hamois refiiamboye.
Ton eur revit, ta gloire recommence.
Ton fruit sourt grant hors d*un foulé semence,
Ton vergier secq reflorist et verdoyé,
Tu viens arrière en l'ancienne voye
De ton triomphe à grant félicité :
Dieu, et quel joye en tant d'adversité !
Le vray soleil de justice étemelle
T'a respurgié ton thrône de bruine,
Et a réduit ta vertu naturelle
A toute aigreur et fierté corporelle,
Pour relever ton los mis à ruine,
Veant ton cœur au plus bas de sa mine.
En qui l'on peut par temps grans faits attendre,
Par quoy en toy tu y dois bien contendre.
Poursieu ton coup, tout Ânglois s'espoente Devant ton bras qui fait trembler le monde.
En eux n'a plus courage qui se vante :
Dix de tes gens sont bons pour leur soixante. » Il n'est François qu'un sept n'en confonde; Le juste Dieu veut que sur eux redonde L'énormité de leur conqueste indue :
Terre à tort prise, à droit se voit rendue.
Dieu a sa face inclinée vers toy Et affîchié ses yeux en ton emprise ; Sa sainte main a rebaillié convoy.
Sens, industrie et courage à ton roy.
Pour toy remettre en liberté aprise. ^ Donc, s'en toy est ceste bonté bien prise.
Tu en dois bien grant louenge h sa face D'avoir tels biens en Tan joyeux de grftce.
138 LE THRONE ÂZERÉ.
Vive ton nom, croisse en tous temps ta gloire. Ton haut triomphe à tousjours mais pardure !
Ton los jamais ne parte hors mémoire.
Mais soit escript , glorieux en histoire, Gomme immortel , en marbre et pierre dure; Et soit honneur, paix et bonne aventure Si joints à toy pour gloire avoir suprême, Que ton nom vive apprès le monde extrême.
Et vous Anglois, tirans du bien publique,
Murdriers de peuple, engloutisseurs de vies.
Loups affamés de faim dyabolique
Pour perturber toute foy catholique
Par une ardeur d'insolables envies.
Laissez, laissez vos rapines ravies.
A vous n'affiert nul si royal partage:
Riens n'y avez que mort pour héritage.
Pensez, pensez, persécuteurs des hommes ;
Persécuteurs, pensez aux vieux outrages
Qu*ont fait vos mains murdrières de preudliommes,
D*enfans petits et de femmes par sommes,
Cuidans domter les haulx françois courages ;
Trop a donné fortune ses ombrages
A vous, le plus maudit peuple qui vive :
Fuyez-vous-en, que le dyable vous suive !
ÉPISTRE A JEHAN GASTEL*.
Castel aerin , tout çymenté d'estoiles, Fondé sur ciel d'espurée * nature, Là où gros yeux couverts d'espaisses toiles N'ont pouvoir nul d'y adresser leurs voiles, Ne d'y attaindre à porte*, ne closture, Castel tout plein de divine painture, Qui esblouis * terreuse humaine vue, SeuflFre en ton ray qu'un foible œil te salue.
Castel, vers toy mes entrailles souspirent ; Vers toy s'en vont volitant mes pensées, Comme envers cil que les haulx Dieux aspirent, Et dont la bouche et langue qui respirent.
Produisent fleurs plus souef qu'encensées.
Castel, s'en moy sont vanités pensées Que d'avoir* l'œil en toy un si haut œuvre.
Pardonne un cas : ce fait amour qui œuvre.
Castel basti de pierres précieuses, Resplendissant de pures margarites,
> Publiée d*aprÔ8 le ma. de la Bibl. Laurentiennel90, à Florence, collationné sur les mss. de la Bibl. imp. de Paris, Célestlns, 47, et 2366. ' Wespurgée, ms. Célest. 47.
• Ife d'ff entrer par porte, ms. Célest. 47.
« Bsbahis^ma, de Florence,
* Coi»f»^a9^r,m8. Célest. 47.
140 ÉPLSTRE
En qui du ciel les formes spécieuses Vont espardant leurs voix délicieuses, En lieu de guet, en dedans ses guarites, Castel, prends gloire, augmente tes mérites Par un petit entendre à mon vaucrage.
Car j'y mourray, ou j'y auray ancrage *.
Tes sommités parattaignent le thronne.
Percent neuf ciels et tous les aers décorent. Portant en chief radieuse couronne De quoy tout œil, qui en tout s'avironne.
S'amende et vault, et bons cœurs s'en estorent ; Par quoy s'en toy mes yeux ainsy s'essorent. Contemplas voye excelse et mal tirable, C'est un g^nd cas, mais il n'est pas mirable.
Ton toit * resplent de perles et de gemmes.
Tout ton pavé sy est de dyasprure.
Piliers d'or fin, chambres, salles de mesmes. Là où tes mains, atout clers diadèmes.
Ont composé l'ouvrage et la voussure.
D'azur sy est toute la destemprure, Qui par léans mur ou posteau couleure; Miracle y œuvre et le ciel y faveure.
De fin cristal, de béricle céleste.
Toutes en toy se treuvent les verrières,
Là où grosseur de matière terrestre
Ne parattaint pour y faire moleste,
Ne pour y mettre empraintes encombrières.
Portail, fermoir, ferrures* et barrières,
• Bntrage, ma. Célest. 47.
« Tect, ms. Célest. 47.
" Serrures, ms. de Florence.
A JEHAN GASTEL. Ul
Toutes y sont de grâce habituées •, Loings de péril près Dieu constituées.
D'yeulx de soleil, d'un regard séraphique, Y est paré, dist-Fon*, le fenestrage.
Où ciel, mer, terre et toute autre fabrique' Te comprent tout comme en fons angélique, Là où n'a point d'encombre, ne d'ombrage; Tout s'y conçoit sans perte et sans nauffrage*, Qui s'y obombre, et à l'œil s'y présente Saison future et matère présente.
Trompes, clarons qui entour se foisonnent, Et cœurs dedans et par dehors excitent, Parmy les aers s'y misent et résonnent Que les ascouts' en qui leurs clameurs sonnent, Remplis d'ardeur, joyeux s'en ressuscitent Et tellement les mainent et incitent A prendre en eux. leur plaisante harmonie.
Que la douceur en purge l'âme honnie.
Jardin dedans tout au milieu se trouve.
De qui l'odeiur précieuse fait vivre, Et dont le fruit qui l'agouste et espreuve , Les yeux délecte et le cœur s'y abreuve, Qui sens endort*, et rayson s'y enyvre; Car mis y a le trésor de son vivre Et de son cœur plus excellent nature.
Pour seul suffire à humaine pasture.
< Sn grâces situées, ms. Célest. 47.
» Partout, ms. Célest. 47.
' Et toute leur fabrique, ms. Célest. 47.
* Dammage, ms. Célest. 47.
* Les ascouts, les échos. On lit : les astres, ms. Célest. 47; Us estres, ms. 2986 de la Bibl. imp. de Paris.
* £e sens s" f dort, ms. de Florence.
Cestoi castel \ qui le garde et posBôde, Bien est heureux» et nasqui de bonne heure; Dieu des haulx biens singuliers luy concède.
Mais garde bien que mésusant n*excède La dignité de si noble demeure.
Castel, rends gloire à Dieu, qui tant tlionneure, Et mets ton dos en main qui ne Toublie :
Un Chastellain, rude homme, f en supplie.
Feu, main, marteau, fer, englume, font forge; Chacun a art, maistrie et engin, fors je.
Mais qu'en feray , si Dieu ne me reforge?
En pur or fin ne puis changier gros orge; Qui n'a palais, passer se faut d'un porge.
Ce qu'au ventre est, la bouche le desgorge :
Quel le mercier, telle la mercerie.
Castel fameux, cler homme, digne gorge, Prenez en gré le salut de George, Soy offrant tout à vostre seigneurie'.
> Jardin, ms. Célest. 47.
* Castel fit à cette épître la réponse suivante :
Au Chastelain qui George se nomme Soit donnée ceste épistre présente, De par celuy qui tant sien se renomme Que corps et biens humblement Iny présente.
Comme ainsi soit, Geore:e Chastelain, Que tant de biens ayez de moi rescript, Vu que je suis tant simple chapelain Et moyne lourd indigne en Jhésu-Crist, Et le dy bien que tu dis par escript Ne soit h moy : à toy seul sy l'applique, Comme à celuy dont plus doulx que sucre yst Souef langage et doulce rhétorique.
Car je congnois par les faits que tu fiais, Que des facteurs renommés tu es père