A JEHAN CASTEL. U
Bt qu'en clarté sur tons fidts tes haulx flaita Seront comme le soleil sur Tespôre; Pour tant procède en avant et prospère, Et en cest art yeuilles si prospérer Que le haut bien qu'après mort on espère, En sûr espoir tu puisses espérer.
Quant Je goutte de tes faits la substance, Si firant faveur en chose onques ne pris.
Et congnois bien qu'U y a grant distance Des tiens aux miens et que j*ay peu apris ; Car tellement sont profons et compris En ryme et sens et sans comparaison Qu'on te debvroit sur tous donner le pris Et couronner de laurier par raison.
Tu es en Tart de diter si expert
Et as langage aoumé si profond
Que tout dictlé, tant soit gracienlx, perd
Son los vers toy du tien qui le confond ;
Car plus doulx est que le miel qu'on fond.
Ton beau parler est si à bien assis
Qu'il m'est advis que tous facteurs qui fbnt,
Ne t'aprochent n'a cinq pieds près, n'a six.
Quant livre ou main, ainsi qu'on se repose.
En sommeillant je mets dessoubs ma temple.
Et ton hault stille, un peu d'espasse ou pose. De mon gros sens je remire et contemple.
Je te trouve des orateurs l'exemple Qui en fVanoois le temps présent ont bruit, Duquel les f^its auront, comme du temple De Salomon, renom dont tant on bruit.
Bien est amer qui très-doulx ton dit stUe Ne sent en goust, et tes beaulx dits reAise; Car ta langue si doulx parler distille, Et ta bouche si sacrés mots diflFùse Qu'il m'est advis que c*est façon conftise Que de mes fiiits et mots tous superflus Envers les tiens pleins de grftce difftise.
Tant sont dorée, plaisans et dulciflus.
Mais in sçais bien que d'un homme de otolstre Ne peut ni bel, ne plaisant langage ystre,
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Comme de court qui tant fiait à congnoiitre Ses faits ou dits qa*on les met en registre, Non pas de moy , car à peine une épistre Pourroye-je faire en bon sens et bon art, Ne composer en rayson un cbappitre Dont compte on flst ne que de ceux qu*on art.
A ton engin trop pluscler que cristal, Chose impossible à moy, faire est facile; Mais au dur mien pesant comme métal, Légière chose est grave et difficile.
Car tout le sens de Rome et du Concile, Ne du monde si grant qui passe avant, Tant suysdo sens ignare et imbécile, Ne me feroyt, sy croy-je, pas savant.
Tu semblés miculz à ton parler estre ange, Tant hault attains, que humaine créature; Car ton parler vers aultre est plus estrange Que n*est feu vif vers feu fait en peinture.
Ta langue h point si à ton escripture Conduit ses mots par ton sens qui les maine, Que mieulx semblent d*angéiiquc nature Estre parfaits que de nature humaine.
Dont te procède et dont te vient ce bien
Dont tous facteurs ont admiration?
Est-ce de toy ? Nenny, tu le sçais bien.
Point ne t'en fault la déclaration ;
Car tu ne peux faire opération,
No homme vivant, rien qui soit fructueux,
S'il n'est permis par l'inspiration
Du Tout-Puissant qui tant est vertueux.
Et pour ce, amy Clmstclain très-loyal, Congnois le bien que le prince d'honneur T'a ministre, comme ausmosuier royal Qui donne tout, tant est largo donneur, En luy priant, comme au duulx pardonneur, Qu'il te pardoint dos biens rinj^ratitude.
Et merciant afiîn qu'il te donne eur, Après trespas gloire et béatitude.
Or prens en gré si tu veulx ou ne vculx ; Car Je t'escry comme à cousin germaiu
 JEHAN GâSTEL. 445
Que j'ayme autant que frères oa nepyenx, Pour te monstrer signe de oœnr humain.
Que plust à Dieu que sans taster de main, Je te touchasse, aujourd'huy intangible, Et de ton œil tu me visses demain Sans regarder, et je fusse invisible.
Ici se trouvent intercalées dans le ms. 2366, deux strophes qui ne sont pas de Jean Castel ;
Adonay des cleulx fabricquateur,
Qui du monde gouverne la machine,
Dont trois fois fut saint Pierre négateur «
Par la langue de Tordeuse meschine,
Face celluy des dos courbe ou d'eschine
Ou au gibet trayner au chériot.
Qui trahison te pourchasse et machine.
Comme Judas le traistre Scariot.
Escript par moy de l'université Estudiant Castel en un collège.
Dedans Paris où nlaint divers cité Larron se voit quand il est sacrilège Ou homicide ou commet sortilège ; Là face fruict lequel a privilège, Dont est pitié quant après il faut qu'on Porte souvent Tarbre de Monfaulcon.
Le copiste du n<> 2366 se nommait-il aussi Castel ? Il est fort probable qu'il était, comme il le dit, étudiant dans un collège de Paris, et Tadjonction de ces deux strophes ne constitue qu'une farce d'écolier.
Voici la fin de la réponse de Jean Castel :
Plus tien que mien me répute castel Dont chastelain tu es, garde et concierge, Qui te vouldroye honneur faire en cas tel Qu'en gré Dieu Teust et la très-doulce Vierge; Car plus ardant que brandon, torche ou cierge. Mon désir est d'avoir ta congnoissance, N'aultre que toy en ce monde ne quiers-je, Après mon Dieu et ceulx de ma naissance.
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